Djihadisme

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 Cet article traite du « djihadisme », une doctrine contemporaine prônant l'usage ultime de la violence à des fins politico-religieuses ; à ne pas confondre avec le « djihad » dont il dérive et qu'il recoupe partiellement, mais qui est un concept historique et religieux qui n'est pas nécessairement violent.

Le djihadisme ou jihadisme[1] est une doctrine contemporaine au sein de l'islamisme qui prône l'utilisation de la violence pour la réalisation des objectifs islamistes. Bien que le djihadisme soit dérivé du djihad, ce dernier est un élément important de l'islam qui n'est pas nécessairement violent. Le djihadisme, lui, est violent et on pourrait employer l'expression « terrorisme jihadiste »[2].

Le djihadisme moderne naît dans les années 1980 au cours de la guerre d'Afghanistan. Dans le contexte de ce conflit, émerge notamment la figure d'Abdallah Azzam, considéré comme le père fondateur du djihadisme. À partir des années 1980 et 1990 apparaît le salafisme djihadiste, traduction de l'arabe salafiyya jihadiyya, qui puise ses racines chez des penseurs musulmans radicaux comme Abou Qatada, Abou Moussab al-Souri ou Abu Muhammad al-Maqdisi, il s'étend à l'ensemble du monde musulman et devient le principal courant du djihadisme. Au début du XXIe siècle, des organisations terroristes islamistes comme Al-Qaïda, l'État islamique ou Boko Haram, se réclament du salafisme djihadiste[3].

La définition du djihadisme varie cependant selon les spécialistes, pour certains ce terme renvoie uniquement au salafisme djihadiste, mais d'autres l'étendent à des mouvements non salafistes, notamment chiites[3],[4].

Définition[modifier | modifier le code]

Pour Jarret Brachman (en), le « jihadisme » est un terme maladroit et controversé qui réfère au courant de la pensée extrémiste islamique, qui demande l'utilisation de la violence de façon à chasser toute influence non-islamique des territoires traditionnellement musulmans, ceci pour établir une gouvernance véritablement islamique fondée sur la charia[5]. Le terme contient le mot « djihad » qui, pour la plupart des musulmans, est le fondement d'une vie pieuse mais qui pour certains consiste à faire la guerre pour la défense de l'islam. Le premier principe du djihadisme est qu'il existe un complot pour détruire l'Islam et que les pays conspirateurs sont les pays chrétiens « croisés » et leurs alliés juifs et sionistes d'Israël[6]. Pour le théoricien koweïtien du djihadisme Hamid al-Ali (en), il faut ajouter à ces ennemis du djihadisme, les chiites[7].

Le mot « jihadisme » a été adopté dans le monde islamique comme la moins mauvaise option pour désigner les groupes comme Al-Qaïda qui ont un intérêt exclusif pour le côté violent du jihad. Le terme est utilisé par les médias arabes et aussi par les milieux du contre-terrorisme où il désigne, même si le terme est problématique, ceux des musulmans sunnites qui utilisent la violence pour poursuivre leurs buts politiques universalistes. Pour autant, le djihadisme est loin d'être un mouvement uni. Il est même parcouru de multiples fractures. Des questions telles le renversement de régimes islamiques, le droit de tuer d'autres musulmans et l'attitude vis-à-vis du chiisme sont sujettes à des considérations de partage du pouvoir[5].

Pour les historiennes Ladan Boroumand et Roya Boroumand, la source de l'idéologie des jihadistes n'est pas le Coran mais le léninisme, le fascisme et les courants totalitaires du XXe siècle[8].

Pour Farhad Khosrokhavar, directeur d'études à l'EHESS, le djihadisme est « l'idéologie totalitaire la plus élaborée depuis le communisme et le nazisme » et certains jihadistes peuvent même être chiites. Selon lui, « les idéologues [jihadistes] intègrent les idées extrémistes occidentales, notamment de l’extrême gauche et de l’extrême droite et présentent une version de l’islam qui tente de briser le tabou de la « sécularisation irréversible » »[9].

Pour Benichou et al., le djihadisme puise ses racines dans le Coran et les Hadîths[10].

Histoire[modifier | modifier le code]

Pour Antoine Sfeir[11], le djihadisme est né au cours de la guerre menée par les Soviétiques en Afghanistan durant les années 1980. Il est le fruit de la synthèse entre le courant traditionaliste wahhabite et la stratégie des Frères musulmans. Il suit une « ligne révolutionnaire, base intellectuelle du terrorisme et des opérations suicide, encourageant des actions violentes contre les Occidentaux »[11], fondée sur la pensée du Frère musulman égyptien Saïd Qotb et celle de l'écrivain jordano-palestinien Abu Muhammad al-Maqdisi) et obligeant d'affronter ceux « qui oppriment les musulmans pieux », qu'ils soient musulmans ou non[11]. Saïd Qotb exalte tout particulièrement la lutte contre les Juifs : « Les juifs devinrent les ennemis de l'islam dès qu'un État musulman fut établi à Médine. Ils complotèrent contre la communauté musulmane dès que celle-ci fut créée (...) Cette âpre guerre que les juifs nous ont déclarée (...) dure sans interruption depuis quatorze siècles et enflamme, encore maintenant, la terre jusqu'en ses confins. »[12].

Pour Anne-Clémentine Larroque, maître de conférences à Sciences Po en Questions internationales, le djihadisme n'est pas « consubstantiel à la religion ». Bien qu'il soit fait référence texto au jihad dans le Coran, « le djihadisme est un mouvement contemporain qui puise ses racines dans les thèses de deux grands idéologues » : « la pensée de Saïd Qotb (1906-1966), militant des Frères musulmans qui lutta activement contre l'État de Nasser jugé « mécréant » car ne respectant pas la loi coranique et théorisa dans les années 1960 le retour à un islam politique où le jihad prend une place centrale » et « la pensée de Abul Ala Maududi (1903-1979) théologien fondamentaliste pakistanais qui à la même époque pense et encourage la lutte pour la création d'un État islamique pakistanais. Ses thèses seront suivies par les Talibans: il prône un retour au jihad global »[13].

Les jihadistes prônent la lutte armée non seulement pour libérer les pays musulmans de l'occupation étrangère mais aussi pour chasser les régimes jugés impies[11]. Aujourd'hui, Al-Qaïda[11], les Talibans et l'organisation État islamique (souvent nommée aussi « Daech ») en sont des représentants.

Certaines actions jihadistes ont été menées à l'échelon national, en Afghanistan, au Liban, en Tchétchénie, en Irak, en Palestine et en Algérie ; et d'autres à l'échelon mondial avec les attentats du 11 septembre et ceux de Bali en 2002, de Madrid en 2004, de Londres en 2005[11], de France en 2015 et de Belgique en 2016. D'autres encore ont visé l'Afghanistan, l'Arabie saoudite, l'Inde, l'Indonésie, l'Irak, Israël, la Jordanie, le Kénya, le Koweït, le Liban, le Maroc, l'Ouzbékistan, le Pakistan, la Russie, la Somalie, la Turquie et le Yémen[6]. Boko Haram commet ses actes de terreur au Nigéria.

Pour Gilles Kepel[14], Al-Qaïda a été vaincue et maintenant, « c'est l'État islamique et sa culture qui mène le jeu ». « Daech [...] s'est infiltrée par les réseaux sociaux au cœur de l'Europe pour la détruire en déclenchant la guerre civile entre ses citoyens et résidents musulmans et non musulmans ». Pour Daech, « soit on est musulman à leur manière, soit on mérite la mort ».

L'attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 à Paris est revendiqué par un groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda[15]. Quant à celui contre un magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, son auteur se présente comme lié à l'État islamique[16]. Les attentats du 13 novembre 2015 à Saint-Denis et Paris sont aussi revendiqués par l'État islamique[17].

Campagne de communication contre le djihadisme[modifier | modifier le code]

Peu de temps après les attentats de janvier 2015, le gouvernement français met en ligne un site internet ayant pour but de lutter contre la propagande djihadiste[18].

Cette campagne s'appuie sur le site stop-djihadisme gouv fr. Cette campagne fait suite à une campagne menée par les États-Unis[19].

Cette campagne s'appuie notamment sur une vidéo à la manière de la communication menée par les djihadistes[20]. Il informe les jeunes, parfois asociaux, du fait que sous couvert de gloire, en réalité les djihadistes cherchent à les conduire à la désolation, notamment au travers de la phrase : «Ils te disent: sacrifie-toi à nos côtés, tu défendras une juste cause. En réalité tu découvriras l'enfer sur terre et mourras seul loin de chez toi»

Le site web vise également à soutenir les familles dont les enfants sont incités à la radicalisation par les djihadistes, à l'insu des parents[20].

Le djihadisme chiite[modifier | modifier le code]

Selon Sabrina Mervin, chercheuse au CNRS et spécialiste du chiisme, le mot « djihadiste » peut être utilisé pour désigner des mouvements armés chiites — comme par exemple le Hezbollah — mais c'est un terme qu'ils emploient rarement pour se désigner eux-mêmes. Conscients de leur caractère minoritaire, les chiites considère toujours le djihad comme défensif[21].

Diffusion en Occident[modifier | modifier le code]

Si à l'origine, le djihadisme s'adressait à un public arabophone, avec la montée en puissance d'Internet, et des nouvelles technologies de l'information et de la communication que tout le monde connaît, la propagande djihadiste s'effectue à présent également dans des langues étrangères comme le français, l'anglais, l'allemand ou l'espagnol[22]. La puissance argumentative du djihadisme, et sa simplicité redoutable, se développe ainsi à travers une propagande multimédias. Cette démarche s'inscrit dans une volonté de mondialiser le djihadisme[23].

Cette abondance de lecture djihadiste peut conduire certains jeunes gens manquant d'esprit critique à se faire radicaliser par quelques rencontres ou quelques lectures internet hasardeuses[24],[25].

Cet endoctrinement s'inscrit dans l'empirisme et l'amateurisme mais il est toujours violent[26].

Les djihadistes européens ont souvent une très faible connaissance de la langue arabe. Leur endoctrinement se fait alors au travers de traductions approximatives de la propagande disponible sur internet [27].

Les motivations de cette radicalisation sont variées, elles peuvent notamment se développer pour des raisons sociales, culturelles, individuelles, familiales ou psychologiques.

Entrent notamment en jeu, d'après des études internationales, une surestimation ou une sous-estimation de soi, la double aliénation des jeunes ne se sentant ni appartenir à leur pays de résidence, ni à celui de leurs origines familiales, l'âge, ou encore la victimisation. Entrent aussi en jeu, d'après ces mêmes études, la recherche d'appartenance à une communauté, à une famille, une mauvaise gestion de sa colère, et aussi la dimension psychiatrique[28].

Les enfants d’immigrés sont intégrés culturellement à la société d’accueil mais ne le sont pas structurellement, car souvent discriminés aux plans de l’emploi et de l’habitat. Cette antinomie entre intégration culturelle et intégration structurelle peut inciter les plus frustrés à la violence[29].

Le djihadisme bénéficie parfois d'un effet de mode, il peut apparaître romantique à une personne trop candide. La réalité est quelquefois plus sordide, certains sont employés à des taches logistiques (il faut par exemple enterrer les cadavres), d'autres peuvent être tués à l'occasion[30].

Pour Loïc Lepape, anthropologue et chercheur associé à l'Institut d’ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative (Idemec) AMU-CNRS :

« Cette forme d’engagement radical ne s’apparente ni à une conversion religieuse classique ni à un militantisme sectaire : elle allie la force du sentiment religieux à l’engagement politique et militaire. La soudaineté des trajectoires de radicalisation s’explique par la cohérence apparente d’un système de pensée composé de bric et de broc. Si l’Etat islamique tente de mettre en place une lecture théologique de la violence politique, ceux qui s’en revendiquent ne vont pas aussi loin. Les jeunes convertis à l’EI se basent sur une lecture réductrice et violente des préceptes de l’islam et allient des croyances millénaristes et apocalyptiques à une vision conspirationniste (les juifs, l’Occident, les Illuminati) qu’ils combinent à une histoire géopolitique grossière. Ramener le radicalisme à une simple histoire de religion est donc aussi hasardeux que de considérer que celle-ci n’en constitue pas l’un des déterminismes[31]. »

Sources et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. La lettre arabe « ﺟ » est quelquefois transcrite « j » plutôt que « dj » ; en français, la transcription retenue par le dictionnaire Larousse est djihadisme.
  2. Bénichou, Khosrokhavar et Migaux 2015, p. 25
  3. a et b iReMMO Paris : Dominique Thomas, Abdelasiem El Difraoui, Marjane Kamal - Origines et manifestations du Djihadisme.
  4. Clément Therme, Jihadist Ideology : The Anthropological Perspective, 2011.
  5. a et b Brachman 2008, p. 4 et 5
  6. a et b Brachman 2008, p. 11
  7. Brachman 2008, p. 12
  8. Ladan Boroumand, Roya Boroumand, Terror, Islam, and Democracy, Journal of Democracy Volume 13, Number 2, April 2002.
  9. L'idéologie du jihadisme sur le site de l'EHESS
  10. Bénichou, Khosrokhavar et Migaux 2015, p. 329
  11. a, b, c, d, e et f « ISLAM – Salafisme, jihadisme », sur Le blog d'Antoine Sfeir, journaliste, politologue, directeur des Cahiers de l'Orient, source : Sfeir 2011
  12. Cité par Pierre-André Taguieff dans « Ces islamistes malades de la haine des juifs, entretien entre Pierre-André Taguieff et Violaine de Montclos », sur Le Point,‎
  13. Eugénie Bastié et Anne-Clémentine Larroque, Hamas, Frères musulmans, djihadistes : les différents visages de l'islamisme, FigaroVox, le 8 août 2014.
  14. Entretien de Gaïdz Minassian et de Nicolas Weill avec Gilles Kepel dans le Monde, no 21769, daté du 13 janvier 2015, page 20, lire en ligne
  15. « Al-Qaida dans la péninsule Arabique revendique l'attaque contre « Charlie Hebdo » », sur Le Monde,‎
  16. « Dans une vidéo posthume, Amedy Coulibaly revendique l'attentat de Montrouge », sur Le Monde,‎
  17. « Attentats à Paris : l'État islamique revendique les attaques », sur Le point,‎
  18. « Le gouvernement met en ligne le site stop-djihadisme.gouv.fr », sur La Dépêche,‎
  19. Blandine Le Cain, La presse anglo-saxonne se gausse de la campagne «Stop Djihadisme» sur le Figaro
  20. a et b Fabien Jannic-Cherbonnel, Djihadisme: le clip choc du gouvernement sera sans doute inefficace sur Slate.fr
  21. Ignace Dalle et Wladimir Glasman, Le cauchemar syrien, Fayard, , p.251.
  22. Michel Guérin et Jean-Luc Marret 2014, lire en ligne
  23. Philippe-Joseph Salazar, Paroles armées : Comprendre et combattre la propagande terroriste, Lemieux Editeur, , 261 p.
  24. Michel Guérin et Jean-Luc Marret 2014, lire en ligne
  25. Anna Erelle, Dans la peau d'une djihadiste : enquête au cœur des filières de recrutement de l'État islamique, lire en ligne
  26. Michel Guérin et Jean-Luc Marret 2014, lire en ligne
  27. Michel Guérin et Jean-Luc Marret 2014, lire en ligne
  28. Michel Guérin et Jean-Luc Marret 2014, lire en ligne
  29. Dominique Schnapper, Qu'est-ce que l'intégration ?, Gallimard, 2007, p. 57, 82, 88, 194 et 195
  30. Michel Guérin et Jean-Luc Marret 2014, lire en ligne
  31. Loïc Lepape, jihadisme-n-est-pas-seulement-religieux_1427012 Le basculement vers le jihadisme n’est pas seulement religieux, Libération, 17 janvier 2016.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sophie Jacquin, « Les voies de la radicalisation des jeunes jihadistes français : entretien avec Farhad Khosrokhavar », Défense, no 176,‎ , p. 34-37 (ISSN 0337-9434)
  • Luisa Pace, « Stratégies terroristes : le changement », Défense, no 172,‎ , p. 12-15 (ISSN 0337-9434)
  • David Bénichou, Farhad Khosrokhavar et Philippe Migaux, Le jihadisme : Le comprendre pour mieux le combattre, Paris, PLON, , 496 p. (ISBN 978-2-259-22803-9)
  • Michel Guérin et Jean-Luc Marret, Histoires de Djihad, Des Équateurs, (lire en ligne)
  • (en) Jarret Brachman, Global Jihadism, Routledge, (lire en ligne)
  • sous la direction d'Antoine Sfeir, Dictionnaire du Moyen-Orient, Bayard,
  • Anna Erelle, Dans la peau d'une djihadiste : Enquête au cœur des filières de recrutement de l'État islamique, Robert Laffont,
  • Olivier Roy, Le Djihad et la mort, Paris, Le Seuil, coll. « Débats », 2016

Articles en ligne[modifier | modifier le code]

Reportages[modifier | modifier le code]

  • Sofia Amara, Passe ton Djihad d’abord , Canal + (Mag, L’Effet papillon, 10’), 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]