Enfance de Mahomet

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L'enfance de Mahomet désigne le début de la vie de Mahomet. Mal connue avant ses 40 ans, la vie de Mahomet a été transmise oralement avant d’être mise à l'écrit principalement par les auteurs musulmans du IXe et Xe siècles. Selon l'historien Maxime Rodinson[1] « C'est dire combien l'imagination a pu travailler pendant ce laps de temps ».

La biographie traditionnelle doit être, pour de nombreux chercheurs, nuancée. La fiabilité historique des sources de la tradition est remise en cause par des chercheurs. Des recherches actuelles ont prouvé certaines chaines de transmission de hadiths sont des constructions tardives[2]. Les hadiths présentent la vision de Mahomet du IXe siècle et participent donc à la mise en place d'une figure.

Sources biographiques[modifier | modifier le code]

L'enfance de Mahomet est une absente du Coran, son nom même apparaît tardivement (en période médinoise). La tradition biographique s'est fixée à partir de hadiths et d'écrits ultérieurs, comme ceux de l'exégète Tabari. Cette tradition, détaillée ci-après, a accumulé sur Mahomet de très nombreuses qualités et des faits surnaturels.

Histoire[modifier | modifier le code]

Mahomet est né à la fin du VIe siècle, l'histoire retient la date de 571[3], à La Mecque, cité caravanière vivant du commerce de marchandises transitant de l'Inde vers l'Occident via Aden puis la Syrie, en traversant le désert de la péninsule Arabique. Il serait né précisément un lundi soir, le douzième jour du rabî`a premier[4], troisième mois lunaire du calendrier arabe[5].

L'année de naissance de Mahomet est appelée traditionnellement « année de l’éléphant » en référence aux évènements qui s'y seraient déroulés[5]. Le général chrétien éthiopien et vice-roi du Yémen, Abraha, aurait attaqué en vain La Mecque avec une troupe d’éléphants pour démolir le sanctuaire vénéré par les Arabes (la Kaaba ou Ka`ba). Le Coran rapporte ce récit (Le Coran, « L’Éléphant », CV, (ar) الفيل), et il est dit que l'attaque fut repoussée par la riposte miraculeuse d'oiseaux jetant des pierres brûlantes. La tradition musulmane dit que des témoins oculaires de cette attaque étaient encore en vie lors de la révélation de cette sourate.

Mahomet appartient à la tribu de Quraych (ou Koreish), une ancienne tribu arabe. Il descend de Ghâlib, fils de Fihr, surnommé Quraych, guerrier puissant et redouté. Son père `Abd Allâh ibn `Abd Al-Muttalib est fils de `Abd Al-Muttalib, fils de Hâchim, prince des Quraychites, gouverneur de La Mecque et intendant de la Ka`ba.

La famille de Mahomet est hachémite par référence à son arrière-grand-père Hâchim ibn `Abd Manaf. Les Quraychites se réclament de descendances de Ismaël, fils d'Abraham et ont la garde de la Ka'ba, sanctuaire reconstruit par Abraham et son fils Ismaël, selon la tradition musulmane, et désigné par le père des trois monothéismes comme un lieu de pèlerinage.

Mahomet est issu du mariage de `Abd Allâh ibn `Abd Al-Muttalib et Amina (Amina ou Aamina bint Wahb) fille de Wahb, chef du clan médinois des Banû Zahrah. Elle accouche de lui à La Mecque dans la maison de son oncle paternel Abû Tâlib du clan des Banû Hâchim, le lundi 12 rabî`al-awwal. Son accoucheuse est Ash-Shifâ', la mère de `Abd Ar-Rahmân ibn `Awf [réf. nécessaire].

La mort de son père `Abd Allâh survient avant la naissance de Mahomet à Yathrib, qui depuis a pris le nom de Médine. Le septième jour après sa naissance, son grand-père `Abd Al-Muttalib donne un nom à son petit-fils : Mahomet, ce qui signifie « Le Loué »[réf. nécessaire]. D'après l'historien médiéval Tabari, le lendemain de sa naissance, Abdou'l-Mottalib lui donna ce nom[Contradiction]. Mahomet a été gardé par Halîma, fille d'Abou Dsouwaib appelé Abdellah ben al Harith et son mari était Harith fils d'abdou l Ozza fls e Rifa. Les deux personnes faisaient partie de la famille des Beni Sa`d [6]. C'était une famille pauvre qui devait élever Mahomet[7]. La coutume arabe préconisait que les enfants soient élevés à la campagne[7].

Conformément à la coutume des familles nobles de Quraych, sa mère Amina le confie à une nourrice, d'abord à Thuwaybah, la servante de son oncle Abû Lahab, puis à Halîma bint Al-Hârith As-Sa`diyyah[8] (de la tribu des Saadites, Banû Sa`d), qui emporte le nourrisson dans le désert où son mari vit avec la tribu des Saadites à l'écart du reste de la population. La vie dans le désert, au milieu des Bédouins réputés pour la pureté de leur langue, était censée prodiguer aux enfants santé et force d'expression. Dès qu'ils emportèrent l'enfant, toutes sortes de bénédictions touchèrent la famille de Halîma pendant tout le temps du séjour du futur prophète de l'islam ; il eut le gonflement des seins de Halîma de lait, les pis de leur chamelle se gonflèrent dès l'apparition de l'enfant, leur ânesse qui était la plus lente devint la plus rapide, malgré l'aridité du désert leur troupeau revint tous les jours repu et plein de lait contrairement aux autres troupeaux[9].

Alors que Mahomet et l'un de ses frères de lait avaient la garde de quelques bêtes à proximité des habitations, Halîma et son mari Abû Kabshah auraient été alertés par leur fils de lait qu'il (Mahomet) aurait été pris à partie par deux hommes de blanc vêtus, qu'ils l'auraient couché sur le sol et lui auraient ouvert la poitrine et y ont plongé leurs mains. Accourant sur les lieux, Halîma et son mari auraient trouvé leur enfant debout tout pâle. Le jeune Mahomet leur aurait raconté la même version que celle du fils de lait. Selon la tradition musulmane, les deux hommes vêtus de blanc auraient été deux anges, envoyés pour purifier le cœur de l'enfant, destiné à être le prophète de l'islam. Cependant, la poitrine de leur fils adoptif ne portait aucune trace et rien d'anormal n'altérait la perfection de son petit corps. Le seul trait insolite se trouvait au milieu de son dos, entre les épaules : une marque de forme ovale, petite mais très distincte, où la peau était légèrement gonflée, semblable à l'empreinte laissée par une ventouse, mais cette marque était là à la naissance de l'enfant[10].

Craignant pour la santé de l'enfant, Halîma et son mari se seraient empressés de rendre l'enfant à sa mère Amina qui décédera trois ans plus tard. Mahomet n'a alors que six ans. Son grand-père paternel `Abd Al-Muttalib le prend alors dans sa maison. Deux ans après, sur son lit de mort, `Abd Al-Muttalib charge Abû Tâlib, l'aîné de ses enfants, frère utérin de `Abd Allâh, se chargea de prendre soin de Mahomet. Son oncle Abû Tâlib — le père d'Ali — l'élève comme ses propres enfants[11].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Alors que Mahomet a douze ans, Abu Talib décide de tenter sa chance dans le commerce caravanier avec la Syrie. Son neveu insiste pour l'accompagner.

À La Mecque, d'après les deux biographies (Sîra Ibn Hichâm et Sîra Ibn Kathir), Mahomet se serait distingué des gens de son âge. Une tradition, avec ses exagérations selon l'historien Maxime Rodinson, « en fait dès cette époque un modèle de perfection physique, intellectuelle et morale »[12] : il aurait été fort, judicieux dans ses propos, énergique dans ses expressions, fidèle à ses amis et plus encore à ses promesses. Il aurait évité avec un soin extrême tout ce qui peut faire soupçonner en lui quelque goût pour le vice.

Les Quraychites, ayant déclaré la guerre (connue sous le nom d'al-Fijâr[13], (l'impie) vers 590) aux Tribus de Kénan (Canaan) et de Hawazan[14], ils marchèrent contre elles commandés par Abu Talib. Mahomet, âgé de vingt ans (ou de quatorze ans[15]) se serait distingué par son intrépidité. Les deux Tribus sont battues et dispersées[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maxime Rodinson, Mahomet, Essais, Seuil, 1994, p. 67.
  2. J. Schacht, A revaluation of Islamic Traditions, dans JRAS, 1949, 143 sqq.
  3. On connaît la date de sa mort : le lundi 8 juin 632 (lundi 13 rabî`al-awwal 11 A.H.), mais Tabari indique qu’on n’est pas sûr de son âge au moment de son décès (Voir Tabari (trad. Herman Zotenberg), La Chronique, Histoire des prophètes et des rois, vol. II, Actes-Sud, coll. « Sindbad », (ISBN 978-2-7427-3318-7), « Mohamed, sceau des prophètes », p. 354). Selon lui, Mahomet était alors âgé de 63 ans, ce qui rend possible la naissance en 570. Il rapporte que d'autres traditions lui donnent entre 60 et 65 ans, il n’est cependant pas précisé par Tabari s’il s’agit d’années solaires ou d’années de douze mois lunaires.
  4. Rabî`al-awwal en arabe : rabīʿ al-ʾawwal, ربيع الأول, premier (mois) du printemps, nom du troisième mois sur douze de l’année lunaire. Ce nom n’a plus de sens puisque ce type d'année, sans le mois intercalaire, (Le Coran, « L’Immunité ou le Repentir », IX, 36 ou 37, (ar) التوبة) instituée par Mahomet se décale par rapport à l’année solaire et par conséquent par rapport aux saisons.
  5. a et b lundi 12 rabî`al-awwal / (dimanche 4 ou) lundi 5 mai 470, Tabari, op. cit., vol. II, « Mohamed, sceau des prophètes », p. 25
  6. Tabari, op. cit., vol. II, « Mohamed, sceau des prophètes », p. 29
  7. a et b Tabari, op. cit., vol. II, « Mohamed, sceau des prophètes », p. 30
  8. Halîma as-Sa`diyya, en arabe : ḥalīma al-saʿdīya, حليمة السعدية
  9. Martin Lings, Le prophète Muhammad, Éditions Seuil, p. 48
  10. Martin Lings, Le prophète Muhammad, Éditions Seuil, p. 49-50
  11. Le Prophète Bien-Aimé, abu Baqr al-Jazâ'irî
  12. Maxime Rodinson, Mahomet, Essais Seuil, 1994, p. 73
  13. Al-Fijar en arabe : ḥarb al-fijār, حرب الفجار, la guerre impie, ce nom viendrait du fait que les combats se sont déroulés pendant les mois sacrés. Voir Traduction d’Albin de Kazimirski Biberstein, Le Koran, Paris, Librairie Charpentier, (lire en ligne), « Notice biographique sur Mohammed », viii
  14. Abū al-Fidāʼ Ismāʻīl ibn ʻAlī, Noël Desvergers, Vie de Mohammed, Impr. royale, , 280 p. (présentation en ligne, lire en ligne), p. 10
  15. (en) Mahdi Rizqullah Ahmad, Mahdī Rizq Allāh Aḥmad, Syed Iqbal Zaheer, A Biography of the Prophet of Islam: In the Light of the Original Sources, an Analytical Study, Riyad, Darussalam, , 1re éd. (ISBN 978-9960-9690-2-2, OCLC 85772841, LCCN 2006320183, présentation en ligne, lire en ligne), p. 124
  16. al-Sira, Ibn Ishaq

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]