Jettatore

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Totò jouant un jettatore dans Questa è la vita (1954).

Le jettatore (en italien iettatore et parfois menagrame) est dans la tradition populaire italienne et surtout napolitaine un jeteur de sort. Figure majeure de la culture populaire que l'on retrouve souvent dans la littérature italienne et internationale, elle est liée à d'autres pratiques et croyances superstitieuses telles que le signe des cornes ou le mauvais œil.

Étymologie du terme[modifier | modifier le code]

Le terme jettatore désigne un jeteur de sort et est aujourd'hui principalement utilisé en Italie du Sud et en Corse. Écrit iettatore ou jettatore en italien (le «j» et le «i» étant originellement deux formes de la même lettre), plusieurs autres traductions en français sont possibles notamment jétatore (proposé en 1971 par Nina Catach)[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Le termes «jettatura» et «jettatore» apparaissent pour la première fois en 1787 dans un ouvrage écrit par le juriste et écrivain Nicola Valletta, personnalité du siècle des Lumières napolitain, et intitulé Cicalata sul fascino volgarmente detto jettatura. De nombreux autres traités sur ce phénomène de croyance populaire paraissent ainsi dans les décennies qui suivent : Capricci sulla jettatura, écrit par Marugj en 1815 ; Antidoto al fascino detto volgarmente jettatura, de Schioppa en 1830 ; et La jettatura e il malocchio in Sicilia, de Giuseppe Pitrè en 1884.

Comme l'ont relevé Valletta puis le philosophe Benedetto Croce plus récemment, la jettatura serait un terme moderne servant à désigner un phénomène bien plus ancien, auparavant nommé «fascino» (équivalent du mauvais-œil), et qui remonterait à l'histoire médiévale et antique[2]. De plus, la jettatura serait un phénomène qui, à ses débuts vers la fin du XVIIIe siècle, aurait surtout été populaire auprès des classes aisées, tandis que la croyance en la magie restait forte dans les zones rurales et les campagnes.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Types de Jettatori[modifier | modifier le code]

Deux types de jettatori sont souvent différenciés dans la croyance populaire :

  • Le premier est le jettatore par présence («iettatore di presenza» en italien). Il attirerait la malchance par sa simple présence et cela involontairement. Cela peu, d'ailleurs, alors être une source de douleurs pour le propre jettatore[3].
  • Le second est le jettatore par intention («iettatore d'intenzione» en italien). Beaucoup plus rare, il serait capable d'attirer la malchance et le mauvais-œil volontairement sur une personne ou un groupe de personnes[3].

Stéréotype[modifier | modifier le code]

Étiquette et marginalisation[modifier | modifier le code]

Protections[modifier | modifier le code]

Exemples historiques populaires[modifier | modifier le code]

Au cours des deux derniers siècles, de nombreuses personnalités ont été considérés comme des jettatori. Parmi les plus célèbres on compte notamment l'empereur allemand Guillaume II, un des monarques européens responsables de la Première Guerre mondiale puis forcé d'abdiquer en faveur de la république en 1918, qui acquit sa renommée de jettatore en Italie lorsque, lors d'une de ses visites officielles, il fut témoin de plusieurs évènements infortunés dont l'écroulement d'un lustre au centre de la salle des banquets du Palais du Quirinal (résidence du roi d'Italie)[3].

Présence dans les arts[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • En 1843, Alexandre Dumas dédie plusieurs chapitres de son œuvre Le Corricolo à la figure du jettatore et à divers jettatori célèbres napolitains[4].
  • Dans le court roman Le Comte de Mazzara, publié en 1866 dans son journal Le Mousquetaire et édité pour la première fois en volume en 2019, Alexandre Dumas met en scène la destinée fatale du protagoniste éponyme, un aristocrate palermitain « jettator » qui fait involontairement le malheur de ceux qui l'entourent.
  • La nouvelle fantastique Jettatura, écrite par Théophile Gautier en juillet 1856, met en scène un jettatore, le comte Paul d'Aspremont, dans la ville de Naples.
  • La première œuvre théâtrale de l'homme politique et auteur dramatique argentin Gregorio de Laferrère était intitulée ¡Jettatore! et fut représentée sur scène pour la première fois en 1904 devant le président argentin Julio Argentino Roca.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Le premier film du scénariste et acteur allemand Hans Rameau, paru en 1919, était intitulé Jettatore.

Musique[modifier | modifier le code]

Jaloux du succès du compositeur et violoncelliste franco-allemand Jacques Offenbach (1819-1880), le romancier et poète français Théophile Gautier aurait propagé une rumeur selon laquelle Offenbach aurait été un jettatore[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « JETTATORE », sur Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, (consulté le 27 mars 2017).
  2. Ernesto De Martino, Sud e magia, Feltrinelli Editore, (lire en ligne), p. 204.
  3. a b et c (it) Alfonso Burgio, Dizionario delle superstizioni, Hermes Edizioni, (lire en ligne), « Iettatore », p. 136.
  4. https://books.google.it/books?id=Bze68R0Ky5gC&pg=PA80&hl=fr#v=onepage&q&f=false
  5. « Deezer », sur Deezer (consulté le 30 août 2017)
  6. Jean-Claude Yon, « Actualité de Jacques Offenbach », émission Concordance des temps sur France Culture, 8 septembre 2012.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sergio Benvenuto et Marguerite Pozzoli, Une superstition des Lumières à Naples : le jettatore, La pensée de midi, (lire en ligne), chap. 23.