Jetée-Promenade de Nice

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Jetée-Promenade
MHNT PHa 912 Am16R.jpg
La Jetée-Promenade en 1904.
Présentation
Type
Casino et salles de spectacle
Style
Architecte
Construction
Démolition
Commanditaire
Marquis d’Espouy de Saint Paul
Hauteur
25 m
Localisation
Pays
Région
Département
Commune
Adresse
Coordonnées
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La Jetée-Promenade de Nice est un ancien bâtiment, construit sur pilotis sur la mer face au jardin public en 1882 et détruit en 1944. Elle avait une vocation ludique et touristique pour contenter les touristes, Anglais notamment, qui affluaient sur la Côte d’Azur. La jetée niçoise s'inspirait en bonne part de la Jetée de Brighton.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le projet[modifier | modifier le code]

Le projet naît lors d'un voyage à Londres du marquis d’Espouy de Saint-Paul, qui découvre alors le Crystal Palace (Hyde Park) et souhaite reproduire ce bâtiment à Nice. Le marquis imagine un palais flottant en verre sur le modèle des « piers »[1] qui sont en vogue à cette époque en Grande-Bretagne.

Cette idée est soumise au conseil municipal et adoptée le . La Ville établit un cahier des charges strict : la construction du futur bâtiment est soumise à la couverture du Paillon afin d'y placer le futur Jardin Public[2], aux frais de la société du casino[3].

Plusieurs demandes de concession sont alors envoyées en préfecture pour une construction de 6 500m2 sur le domaine maritime. Le , le Préfet autorise la concession afin d’établir une jetée promenade « où les touristes pourraient, après avoir acquitté un droit d’entrée, se promener au-dessus de la mer »[2].

Les travaux commencent en . Lors du dépôt des statuts de la société (Société Anonyme de la Jetée-Promenade de Nice), le marquis cède son poste à un nouveau groupe présidé par le général de Jaugigny.

La Ville de Nice, devant le peu d'intérêt suscité par ce projet et les difficultés de financement envisageables lors de la construction, décide de construire son propre casino : le Casino Lazard. Cette volonté politique du maire Borriglione, qui engendre des frais de construction très importants (construction sur le Paillon), va entraîner une ferme opposition à l'ouverture de la jetée-promenade avant le casino de Borriglione. Le maire, fermement décidé à avoir son casino, va former une société (la Société Anonyme du Casino Municipal) afin d'obtenir des fonds nouveaux.

Pendant ce temps, les travaux de fondation de la jetée arrivent à leur terme, la dernière portion consistait à raccorder la jetée-promenade à la promenade des Anglais par une estacade. Toujours dans la même optique, le maire refuse toutes les demandes de raccordements qui lui sont adressées durant toute l'année 1881. Le directoire de la jetée-promenade fait donc appel au préfet qui signera un arrêté de raccordement le .

La presse de l'époque décrira « cet immense vaisseau aux coupoles hardies et lignes capricieuses » avec son dôme culminant à 20 mètres, et ses aménagements : kiosque à musique, salle de concert, théâtre, cercle nautique et bains de mer. Une ouverture partielle sera lancée en . L'exploitation est donc faite alors que seuls le dôme, les 2 premières salles, la promenade et les terrasses latérales sont achevés. Les critiques seront mitigés à propos du lieu.

Ouverture de 1883[modifier | modifier le code]

L’ouverture générale s’effectue le dimanche [4], bien que la salle de théâtre ne soit pas encore totalement achevée.

Trois jours après son ouverture, un incendie interrompt l'exploitation. L'inauguration officielle devait avoir lieu le , il n'y aura donc aucune victime. Les causes de l'incendie ne seront jamais connues. L'enquête fit apparaître des informations importantes à propos des matériaux de construction employés. Le comburant de l'incendie se trouvait dans les boiseries et marqueteries du bâtiment, imprégnées d'huile de pétrole[2],[5]. Les locaux penseront à un incendie volontaire[6], qui visait à ralentir l'exploitation au profit du Casino Municipal, pourtant les pompiers de l'époque tenteront de sauver le bâtiment en vain. Il ne restera que la passerelle d'accès et les terrasses[2].

Action de la Nouvelle Jetée-Promenade de Nice en date du 22. Novembre 1888

La Belle Époque[modifier | modifier le code]

Malgré l'incendie, la société, optimiste, annonce une réouverture rapide. Pourtant les finances manquent afin de réaliser des travaux rapides. La banqueroute est prononcée, la jetée promenade est mise aux enchères à l'aube de l'année 1884. Il n'y a aucun repreneur et la société est dissoute en 1885. Un liquidateur judiciaire est nommé qui met tout en œuvre pour trouver un repreneur et obtient même une autorisation ministérielle de rétrocession. Après trois adjudications infructueuses, une nouvelle société, la Société Anonyme de la Nouvelle Jetée-Promenade de Nice, est constituée le . La reconstruction du bâtiment en ruine reprend dès 1889.

Les travaux s'achèveront deux ans après. Entre 1891 et 1914, le palais de la Jetée enchantera les hivernants de la « Belle Époque » à qui la société exploitante offre un lieu de promenade, de convivialité, un cercle de jeux, de lecture, et des spectacles musicaux de qualité[3] à côté de la programmation du Casino municipal. La photographie et la carte postale, avec les éditeurs Jean Giletta, Léon et Lévy ou Neurdein, diffusent l'image de la Baie des Anges et de sa Jetée dans toute l'Europe, alimentant le mythe de la Côte d'Azur.

Première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La première guerre mondiale éclate. Le bâtiment est réquisitionné et reconverti en centre de convalescence pour les blessés, à l'instar de la plupart des hôtels niçois.

À la fin de la guerre il est affecté à l'American YMCA et utilisé en 1918-1919 comme centre d'accueil pour les permissionnaires des troupes américaines en attente de rapatriement outre Atlantique.

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Au retour à la Paix, le sénateur Pierre Gautier, maire de Nice entre 1922 et 1927, désireux de relancer l'économie niçoise, entend redonner son faste au casino. A la nuit tombée, le palais, dont l'exploitation reprend jusqu'en 1942, s'illumine dans le ciel de Nice, se reflétant dans la mer et contribuant à l'image touristique de la ville.

En 1928, un nouveau casino est édifié face à la Jetée-Promenade, le Palais de la Méditerranée, financé par l'Américain Frank Jay Gould.

Nombreux sont les visiteurs de Nice à avoir alors apprécié sa silhouette aux bulbes orientalistes et, parmi eux, le peintre Raoul Dufy, qui l’a maintes fois représentée.

Deuxième guerre mondiale et disparition de la Jetée[modifier | modifier le code]

Le , les Alliés débarquent en Afrique du Nord. En réponse, l'armée allemande envahit la zone libre et l'armée italienne prend le contrôle des Alpes-Maritimes[7]. Nice occupée, la Jetée-Promenade doit fermer ses portes le .

Après la capitulation de l'Italie fasciste rendue publique le 8 septembre 1943, les troupes italiennes se retirent de la zone sud et sont aussitôt remplacées par la Wehrmacht, qui entre dans Nice[8].

La Ville doit se soumettre aux exigences du nouvel occupant et notamment contribuer à la mobilisation des métaux non ferreux. Le casino de la Jetée est donc dépouillé en 1943-1944 de tous ses cuivres, bronzes, statues, argenterie, câblage électrique et autres métaux susceptibles de servir l'effort de guerre allemand.

Puis, afin de protéger la ville de l'éventualité d'un débarquement des troupes alliées depuis l'Afrique du Nord, l'armée allemande barricade le bord de mer et utilise le bâtiment de la Jetée comme camp retranché. La Wehrmacht abandonne finalement ce lieu et le général de division Von Kollermann ordonne de démanteler la superstructure du bâtiment (plusieurs milliers de tonnes d'acier) en janvier 1944.

À la Libération, il ne reste plus que des débris immergés et les nombreuses structures métalliques[9].

Le , la société d'exploitation du Casino se voit retirer son autorisation d'occuper le domaine maritime par arrêté préfectoral. Elle saisit alors le Conseil d'État, jugeant cet arrêté contraire à l'exercice de son activité. Le , le Conseil d'État confirme l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes : la jetée-promenade ne ressortira plus jamais des eaux dans lesquelles elle a sombré.

Bâtiment et structure[modifier | modifier le code]

Fondations[modifier | modifier le code]

Schéma

La première structure de 1883 avait été construite trop proche de l'eau et était la proie des hautes vagues[10] ; la reconstruction de 1889 modifie donc la structure. La plateforme est tout d'abord surélevée de 1,75 m[10]. La superstructure repose sur 250 pilotis, de fonte creuse, vissés à une profondeur de 5 m dans le sol (diamètre enterré de 0,9 m)[11]. La profondeur de l'eau varie suivant la position des piliers par rapport à la plage de 2 à 10,40 m[1].

Les pilotis sont reliés en leur partie supérieure par des poutres en treillis et des croix de saint André au-dessous. Des voûtes minces, réalisées en béton de Grenoble (7 cm d'épaisseur), constituent le plancher établi sur le treillis (surface 100 x 130 mètres).

Structure[modifier | modifier le code]

Schéma

La structure, quant à elle, est réalisée par l'entreprise de Moisant. Elle est décorée grâce à des briques creuses qui confèrent plus de légèreté à l'ensemble.

L'ensemble constitue une structure dont les données sont les suivantes :

  • Surface : 6 500 m2,
  • La coupole de 1883 mesure 25 m de haut,
  • Pont : 60 m de long pour 13 m de large.

Architecture intérieure[modifier | modifier le code]

Le bâtiment était organisé en plusieurs salles [12]:

  • le grand dôme : il était la pièce principale et servait de salle des fêtes, de cette pièce on desservait toutes les autres,
  • La salle de spectacles,
  • Des salons de lecture : la « salle des glycines », de conversation : la « salle des hortensias », de jeux : la « salle de baccara » ou « salle des petits chevaux »,
  • Un grand café-restaurant.

La décoration des différentes salles était variée, dans le style orientaliste (japonais, indien, turc, mauresque). Le peintre principal est Mathon[13], et l'architecte d'intérieur Charpentier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Emmanuelle Gallo (architecte), « La Jetée Promenade » (consulté le 13 octobre 2013), p. 3
  2. a b c et d Alain Bertolo, « 1883 - Feu de la Jetée Promenade de Nice »,
  3. a et b La mairie de Nice était plutôt réticente au projet (Mairie de Nice, « La Jetée Promenade »)
  4. Le Casino de la Jetée-Promenade ouvre donc ses portes près d'un an avant le Casino municipal de Nice.
  5. La pratique était courante à l'époque -surtout employée pour les bateaux en bois. On utilisait de la paraffine ou naphtaline fabriquée à base de pétrole léger afin de rendre les boiseries étanches et brillantes. (Jean-Jules Beauverie (préf. Lucien Daubrée), Le Bois, vol. 1, Paris, Gauthier-Villars, (notice BnF no FRBNF31782680), p. 686)
  6. « L'incendie de la Jetée-Promenade », Le Petit Niçois, Nice, no 95,‎ , p. 1 (ISSN 1769-5414, lire en ligne)
  7. Jean-Louis Panicacci, L'occupation italienne. Sud-Est de la France, juin 1940-septembre 1943, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-753511262)
  8. Jean-Louis Panicacci, En territoire occupé : Italiens et Allemands à Nice, 1942-1944, Vendémiaire, , 288 p. (ISBN 978-2-363580221)
  9. Le métal récupéré par les troupes allemandes est estimé à 1 000 t de cuivre et 3 000 t d'acier.
  10. a et b Guy Maybargue, La Jetée Promenade de Nice, La Nature, (lire en ligne), p. 145-146
  11. La section moyenne des piles est de 4000 cm2, il reçoivent une charge utile de 6 kg/cm2.
  12. Gustave Simons (dir.) et Gaston Coindre (photos et images) (ill. Alix E.), Au pays des enchantements : d'Antibes à San Remo, t. 2, Paris, E. Dentu, (notice BnF no FRBNF31372004, lire en ligne)
  13. Aucun lien avec Jean-Baptiste Mathon selon les sources citées ci-dessous, il pourrait s'agir d'Emile Louis Mathon.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]