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Jeppe Aakjær

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Jeppe Aakjær
Biographie
Naissance

Aakjær, Fly Sogn (près de Skive, Danemark)
Décès
(à 63 ans)
Jenle, Salling (Danemark)
Sépulture
Jenle
Nom de naissance
Jeppe Jensen
Nationalité
danoise
Domicile
Jenle (d) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
poète, romancier, dramaturge, historien régional, journaliste
Conjoint
Marie Bregendahl (1893-1900)
Nanna Aakjær (1907-1930)
Enfant
Svend Aakjær, Solvejg Aakjær Bjerre, Esben Aakjær
Autres informations
Parti politique
Mouvement
Œuvres principales
Champ de seigle (d), Les Enfants de la colère (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Plaque commémorative.

Jeppe Aakjær, né Jeppe Jensen le à Aakjær, dans la paroisse de Fly près de Skive, et mort le à Jenle, dans la péninsule de Salling, est un homme de lettres danois. Poète, romancier, dramaturge, il aussi historien folkloriste. Il est surtout l'un des représentants de la veine sociale du moderne Gennembrud La Percée moderne »)[1], mouvement de rupture avec un romantisme jugé trop bourgeois et trop éloigné de la vie du peuple.

Profondément ancré dans la culture paysanne du Jutland, il consacre une grande part de son œuvre à la lande, au sort des travailleurs ruraux et aux conditions de vie des domestiques agricoles[2]. Son roman de dénonciation sociale consacrés à la vie paysanne du Jutland,Vredens Børn (Les enfants de la colère, 1904) pèse directement sur le débat public et contribue à la révision d'une législation qui donnait aux employeurs un droit de regard absolu sur leurs domestiques[3].

La critique l'a parfois désigné comme le « poète du quart-état », formule qui dit bien l'attention qu'il porte aux classes populaires rurales, même si son inspiration tend à embrasser le peuple dans son ensemble, passé comme présent[4].

Origines paysannes (1866-1884)

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Jeppe Jensen nait le dans le hameau d'Aakjær dans le Jutland. Élevé dans une famille paysanne modeste, il passe son enfance dans les paysages de lande et de tourbières qui devaient durablement marquer son imaginaire poétique[3].

Un instituteur acquis aux idées de Grundtvig l'oriente vers la littérature danoise romantique et régionale[3] Dès cette époque, il prend gout à collecter chansons et traditions populaires.

Formation et engagement (1884-1893)

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En 1884, Aakjær s'installe à Copenhague pour y poursuivre ses études. Il s'imprègne du climat intellectuel du Moderne Gennembrud, dominé par la pensée critique de Georg Brandes[1]. À la fin des années 1880, il s'engage dans les débats politiques et sociaux. Ses prises de position anticléricales lui valent des poursuites judiciaires rapidement abandonnées[3]. Il rompt progressivement avec la foi luthérienne de son enfance et adopte un rationalisme teinté de darwinisme.

En 1890, il est mobilisé et affecté à l'infanterie à Skive, avant d'être réformé pour des problèmes de vue. Il reprend brièvement l'enseignement[5] avant de regagner Copenhague en 1892 pour y poursuivre des études d'histoire[3].

Débuts littéraires et mariage avec Marie Bregendahl

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Le , il épouse l'écrivaine Marie Bregendahl, originaire comme lui de la région de Fly. Le couple s'établit à Copenhague, où Aakjær poursuit ses études d'histoire sans les mener à terme[3].

Sa notoriété publique commence en 1897 avec le pamphlet Missionen og dens Høvding, virulente critique du mouvement piétiste de l'Indre Mission. Son premier récit, Bondens Søn (Le Fils du paysan), et le recueil poétique Derude fra Kjærene paraissent tous deux en 1899[6].

Reconnaissance littéraire

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Au tournant du XXe siècle, , Aakjær s'impose comme l'une des voix majeures de la littérature rurale danoise. Son roman Vredens Børn (1904), qui retrace l'enfance de Per, orphelin placé dès l'âge de onze ans dans une ferme et contraint à l'émigration vers l'Amérique faute d'avenir possible, rencontre un large écho[1] et aboutit à la révision d'une loi médiévale réglant la condition des domestiques agricoles[6].

Malgré ce succès, sa situation financière reste précaire. Il accumule une dette de quelque 8 000 couronnes envers son éditeur Gyldendal, tout en ayant la clairvoyance, rare à l'époque, de conserver l'intégralité de ses droits d'auteur[3].

Les recueils Fri Felt (Champs libre, 1905) et Rugens Sange (Les Chants du seigle, 1906) assurent sa consécration poétique[1]. Le poème Jens Vejmand (Jens le cantonnier), publié en 1905 avant d'être mis en musique par Carl Nielsen, devient l'un de ses textes les plus populaires.

En 1906, il adopte officiellement le nom d'Aakjær, emprunté à son village natal[3].

Les années de maturité

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En 1907, Aakjær épouse en secondes noces Nanna Aakjær, artiste et artisane. Le couple s'installe à Jenle, propriété située dans le Salling, qui devient son principal lieu de résidence et de création littéraire[3].

À partir de 1908, les époux organisent à Jenle des réunions estivales associant littérature, culture populaire et débats politiques.[3] En 1908 également, l'État lui accorde une allocation annuelle de 800 couronnes qui, complétant ses revenus d'auteur et lui assure une relative sécurité matérielle[3].

Aakjær soutient les mouvements de réforme sociale liés au monde rural danois le Husmandsbevægelsen (Mouvement des petits exploitants)[7] et demeure proche des milieux radicaux et populaires[8].

Affaibli par le diabète à partir de la fin des années 1920, il entreprend la rédaction de ses mémoires, publiées en plusieurs volumes entre 1928 et 1929[3]. Il meurt le à Jenle, à l'âge de soixante-trois ans[3].

Orientation littéraire

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L'œuvre d'Aakjær s'inscrit dans le sillage du moderne Gennembrud, dont elle prolonge la critique sociale, sans renoncer pour autant à un attachement profond à la culture paysanne du Jutland[8]. Sven Hakon Rossel y voit l'expression d'une « percée matérialiste » caractérisée par le réalisme social et l'attention aux mutations du monde rural scandinave[1].

Sa double inspiration croise la tradition régionale danoise, celle de Steen Steensen Blicher, dont il devient l'exécuteur littéraire, lui consacrant une biographie en trois volumes en 1903-1904 puis dirigeant l'édition de ses œuvres complètes mais également la poésie du barde écossais Robert Burns, dont il transpose en 1922 Auld Lang Syne en dialecte jutlandais[2];[9]. L'influence de Burns se manifeste également dans Esper Tækki : En Sallingbo-Empe (1913), récit dialectal dont la trame s'inspire du poème Tam o' Shanter[3].

Place dans la littérature scandinave

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Aakjær appartient à l'aile « radicale » du Moderne Gennembrud. Vredens Børn (1904) illustre bien la tension qui traverse son œuvre entre drame social et ce que Fournier nomme une « rêverie du repos de la terre », déjà sensible dans le poème Jylland (1905), où l'attachement à la lande natale se formule en termes quasi liturgiques :

« Sois bénie, terre battue des vents, demeure / d'un peuple accoutumé à la misère. »

 Jeppe Aakjær, Jylland, 1905, traduction Vincent Fournier[10]

Son œuvre illustre le paradoxe du réalisme scandinave, tiraillé entre déracinement social et enracinement dans le lieu d'origine. Ce « nationalisme provincialisant », selon la formule de Fournier, traverse plusieurs courants politiques dans une dynamique à la fois transidéologique et transesthétique[8]. Aakjær joue par ailleurs un rôle décisif dans la construction culturelle de l'image de la lande du Jutland au début du XXe siècle, dont il demeure le chantre le plus emblématique[2].

Dans le paysage littéraire danois de son temps, il s'inscrit aux côtés de Johan Skjoldborg, Johannes V. Jensen et Jakob Knudsen, dans une tension propre à la génération : radicalisme politique d'un côté, nostalgie du monde paysan de l'autre[1].

Sa prose romanesque, centrée sur la vie paysanne et le travail agricole du Jutland, a parfois été jugée trop tributaire de l'intention militante, au détriment de la profondeur des personnages[1]. C'est sa poésie qui constitue la part la plus durablement reconnue de son œuvre : inspirée des paysages de lande, des traditions populaires et des souvenirs d'enfance, elle se distingue par une versification simple et mélodique qui se prête naturellement à la mise en musique, qualité portée que l'on retrouve dans Rugens Sange[1].

Au théâtre, sa comédie paysanne en quatre actes Livet paa Hegnsgaard (La Vie à la ferme Hegn, 1907) remporte un succès commercial et fut adaptée au cinéma en 1939[11]. Ulvens Søn (1909) et Naar Bønder elsker (1911) complètent sa production dramatique[3].

Parallèlement, il mène des travaux d'histoire régionale consacrés au Jutland et à la région de Skive et supervise l'édition des œuvres complètes de Steen Steensen Blicher[3].

Postérité

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Si la prose romanesque d'Aakjær est tombée dans un relatif oubli, sa poésie lyrique et naturaliste continue d'être lue. Fri Felt (Champ libre, 1905) et Rugens Sange (Les Chants du seigle, 1906) demeurent ses recueils les plus connus. Plusieurs de ses poèmes furent mis en musique par Carl Nielsen ou Alfred Tofft[12], et des chants comme Jens Vejmand ou Jeg er Havren restent vivants dans la tradition des hautes écoles populaires danoises[1]. Après sa mort, sa résidence de Jenle est devenue un lieu de mémoire littéraire consacré à son œuvre et à celle de son épouse.

Œuvres en prose

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  • Bondens Søn (1899)
  • Derude fra Kjærene (1899)
  • Vadmelsfolk (1900)
  • Fjandboer (1901)
  • Vredens Børn, et tyendes saga (1904)
  • Hvor Bønder bor (1908)
  • Arbejdets Glæde (1914)
  • Jens Langkniv (1915)
  • Hvor der er gærende Magter (1916)
  • Pigen fra Limfjorden (1921)

Recueils poétiques

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  • Derude fra Kjærene (1899)
  • Fri Felt (1905)
  • Rugens Sange og andre Digte (1906)
  • Muld og Malm (1909)
  • Den Sommer og den Eng (1910)
  • Vejr og Vind og Folkesind (1916)
  • Hjærtegræs og Ærenpris (1921)
  • Heimdals Vandringer (1924)
  • Under Aftenstjernen (1927)
  • Samlede Digte, éd. Svend Aakjær, 3 vol. (1931, posthume)
  • Livet paa Hegnsgaard (1907)
  • Ulvens Søn (1909)
  • Naar Bønder elsker (1911)

Études historiques et régionales

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  • Steen Steensen Blichers Livs-Tragedie i Breve og Aktstykker, 3 vol. (1903-1904)
  • Hedevandringer (1915)
  • Esper Tækki : En Sallingbo-Empe (1913)
  • Po fir glowend Pæl (1923)
  • Série Studier fra Hjemstavnen : Af min Hjemstavns Saga (1919), Langs Karupaaens Bred (1929), Fra Agermuld og Hedesand (1930), Konge, Adel og andre Sallingboer (1930), Gammel Brug og gammel Brøde (1931), Muld og Mænd (1932), Fra Sallingland til Øresund (1932)

Aakjær a publié ses mémoires en quatre volumes mêlant autobiographie littéraire et culturelle :

  • Fra min bitte-tid : en kulturhistorisk selvbiografi (1928)
  • Drengeaar og knøsekaar (1929),
  • Før det dages : Minder frar halfemserne (1929)
  • Efterladte erindringer : Fra tiden omkring aarhundredskiftet og fremefter, éd. G. Saxild (1934, posthume)

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Rossel 1982, p. 134.
  2. 1 2 3 Olwig 2021, p. 84.
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 Tangherlini 1999.
  4. Preminger, Warnke et Hardison 1974, p. 183.
  5. (en) Hans Henrik Hjermitslev, « Protestant Responses to Darwinism in Denmark, 1859–1914 », Journal of the History of Ideas, vol. 72, no 2, , p. 299
  6. 1 2 Durand1967 1999.
  7. Timothy R. Tangherlini, « Jeppe Aakjær », dans Twentieth Century Danish Literature, vol. 214, Columbia, Marianne Stecher-Hansen (dir.), , 3–13 p.
  8. 1 2 3 Fournier 1992, p. 546-547.
  9. (en) Torben Arboe, « The influence of Scots, especially of Robert Burns, on Danish poets and authors », dans The Sign of the V: Papers in Honour of Sten Vikner, , 41–62 p.
  10. Fournier 1992, p. 546.
  11. Hal Erickson, « Life on the Hegn Farm », The New York Times, 20 mai 2011
  12. Œuvres musicales de cet auteur sur le site de la BnF

Bibliographie

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  • Frédéric Durand, Histoire de la littérature danoise, Paris, Aubier, , p. 300
  • Jean-François Battail (dir.), Régis Boyer et Vincent Fournier, Les Sociétés scandinaves de la Réforme à nos jours, Paris, Presses universitaires de France, , p. 535-571
  • (en) Sven Hakon Rossel, A History of Scandinavian Literature, 1870-1980, Minneapolis, University of Minnesota Press, coll. « The Nordic Series »,
  • (en) Alex Preminger (dir.), Frank J. Warnke et O. B. Hardison Jr., Princeton Encyclopedia of Poetry and Poetics, Princeton, Princeton University Press, , Enlarged éd.
  • (en) Kenneth Olwig, Nature's Ideological Landscape: A Literary and Geographic Perspective on Its Development and Preservation on Denmark's Jutland Heath, Londres, Routledge,
  • (en) Timothy R. Tangherlini (dir.) et Marianne Stecher-Hansen, « Jeppe Aakjær (1866-1930) », dans Dictionary of Literary Biography, vol. 214 : Twentieth-Century Danish Writers, Farmington Hills, The Gale Group, , 3-13 p.

Liens externes

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