Jeannette Vermeersch

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Jeannette Vermeersch
Illustration.
Photographie publiée dans le magazine Regards du
Fonctions
Députée
1945 - 1958
Sénatrice
1959 - 1968
Gouvernement IVe République - Ve République
Groupe politique Groupe Communiste (Sénat)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance La Madeleine
Date de décès (à 90 ans)
Lieu de décès Callian
Parti politique PCF
Conjoint Maurice Thorez
Enfants Paul Thorez

Jeannette Vermeersch, de son vrai nom Julie Marie Vermeersch, née le à La Madeleine (Nord) et morte le à Callian (Var), est une femme politique française.

Compagne (1932-1947) puis épouse (1947-1964) de Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français, elle a été députée et ensuite sénatrice de la Seine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née dans une famille d'ouvriers du Nord — le père est docker et la mère ouvrière du textile —, Jeannette Vermeersch est la plus jeune d'une fratrie de neuf enfants[1]. Dès l'âge de onze ans, elle entre dans la vie active, d'abord placée comme servante chez un marchand de vins, puis dans une famille bourgeoise. En 1921, elle travaille comme ouvrière dans une usine de textiles, tout en continuant à assurer des ménages après ses heures de travail à l'usine.

Son engagement syndical et politique commence en 1927. Elle adhère à la CGTU, à la Jeunesse communiste puis au Parti communiste. En 1929, elle est désignée pour aller avec une délégation d'ouvriers du textile à la découverte de l'Union soviétique. Elle rejoint la capitale russe malgré l'opposition de ses parents, avec un faux passeport. Jeannette Vermeersch choisit de rester plusieurs mois à Moscou, travaillant à l'Internationale syndicale rouge[1]. Elle y rencontre pour la première fois Maurice Thorez venu assister au XVIe congrès du PCUS en 1930[2].

Jeannette Vermeersch devient membre du secrétariat de la Jeunesse communiste du Nord, puis de la direction nationale de la JC en 1932. À cette date, elle devient permanente du parti et se rapproche de Maurice Thorez. Ils vivent en couple en 1934 et ont trois fils : Jean, né en 1936, Paul, né en 1940 à Moscou, et Pierre, né en 1946. Ils légalisent leur union le .

Sur le plan politique, Jeannette Vermeersch remplit des missions tout en restant un peu en retrait, organisant par exemple, sous la direction de Jacques Duclos, un congrès extraordinaire des Jeunesses communistes en 1933, afin de reprendre en main une direction soupçonnée de dérive « avant-gardiste »[2]. Appartenant au secrétariat national de la Jeunesse communiste, elle travaille aussi, avec Danielle Casanova et Claudine Chomat, à une nouvelle organisation de jeunesse voulue par le Parti, l'Union des jeunes filles de France. Après l'éclatement de la guerre d'Espagne en 1936, elle se consacre aussi, en plus de ses autres responsabilités, à la mise sur pied d'un réseau de solidarités envers le camp républicain espagnol, chapeautant l'envoi de vivres et de matériels divers et organisant l'accueil des réfugiés politiques sur le sol français, au travers du réseau communiste présent jusque dans de petites bourgades de France.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le , elle accompagne Mounette Dutilleul venue à Chauny porter à Maurice Thorez la consigne de désertion, transmise par Eugen Fried en provenance de l'IC. Conduits par Alphonse Pelayo, ils partent ensemble vers le Nord, mais passent séparément la frontière belge. Jeannette Vermeersch et son fils Jean rejoignent Maurice Thorez dans une datcha à Moscou en novembre 1939, rejoints quelques mois plus tard par Arthur Ramette et Raymond Guyot.

Après le retour en France en 1945, Jeannette Vermeersch est élue députée au sein de l'Assemblée constituante qui siège du au jusqu'au rejet du premier projet de constitution par référendum. Elle fut ensuite élue, sans discontinuer dans toutes les assemblées jusqu'en 1958. Elle fait partie d'abord de la commission du travail et de la sécurité sociale, puis à partir de 1948 et jusqu’en 1951, elle intègre aussi la commission de la famille, de la population et de la santé publique, pour ne plus siéger que dans celle-ci de 1951 à 1958. Elle prend position de façon répétée sur les questions sociales, notamment sur le travail des domestiques, l'égalité des salaires entre hommes et femmes, déposant de nombreuses propositions de loi[1]. Elle est ensuite élue sénatrice de 1959 à 1968.

En 1950, année où Maurice Thorez est frappé d'hémiplégie et part se faire soigner en URSS jusqu'en 1953, Jeannette Vermeersch fait son entrée au Bureau politique du Parti communiste français, où elle siègera jusqu'en 1968. Pendant la période de convalescence de son mari, Jeannette Vermeersch assure la liaison entre lui et le Bureau politique, jouant un rôle de premier plan dans la dénonciation des rivaux, réels ou supposés, de Thorez : André Marty et Charles Tillon.

En 1956, Jeannette Vermeersch, s'exprimant en tant que vice-présidente de l'Union des femmes françaises prend parti contre le « contrôle des naissances » : « Le "Birth control", la maternité volontaire, est un leurre pour les masses populaires, mais c'est une arme entre les mains de la bourgeoisie contre les lois sociales »[3]. Cette position va à l'encontre de celles de nombreux militants, notamment dans les milieux médicaux. Thorez prend parti pour Jeannette en condamnant les thèses néo-malthusiennes[2],[4]. La critique de Jeannette Vermeersch est plus radicale : « Depuis quand les femmes travailleuses réclameraient le droit d’accéder aux vices de la bourgeoisie ? Jamais »[5]. Mais, au Sénat en 1967, elle approuve et signe une proposition de loi qui vise à abroger les lois réprimant l'avortement et la propagande anticonceptionnelle et à réglementer la commercialisation des moyens anticonceptionnels. La même année, elle vote pour la loi Neuwirth relative à la régulation des naissances[6].

Après la mort de Thorez en 1964, elle est souvent très critique à l'égard de la nouvelle direction, menée par le secrétaire général Waldeck Rochet, et préfère démissionner du Bureau politique en 1968, après que celui-ci eut manifesté sa désapprobation de l'intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie pour mettre un terme au « Printemps de Prague ». Elle met fin par la même occasion à sa carrière politique, tout en restant militante de base, en renouvelant son adhésion au Parti communiste jusqu'à sa mort. Ses rares interventions dans la presse sont pour critiquer l'action de Georges Marchais[réf. nécessaire]. Elle se retire à Callian dans sa maison dont le terrain avait été offert au couple Thorez par Nadia Khodossievitch Léger[7].

Après son décès et son incinération, ses cendres sont transférées à Paris, au cimetière du Père-Lachaise, dans le caveau de Maurice Thorez.

À l'occasion de son décès, les dirigeants du parti, Robert Hue (président du parti) et Marie-George Buffet (secrétaire nationale et ministre de la Jeunesse et des Sports) soulignent que, s'ils étaient restés en désaccord avec la défunte sur de nombreux points, ils tenaient à saluer la fidélité à ses convictions et la permanence de son engagement[réf. souhaitée].

Jeannette Vermeersch a également fait usage, à partir de 1950, du nom Jeannette Thorez-Vermeersch, mais est habituellement connue, notamment au sein du Parti communiste, sous son pseudonyme historique. Elle n'a jamais utilisé l'appellation « Jeannette Thorez ».

Fonctions syndicales et partisanes[modifier | modifier le code]

  • 1930 - 1931 : membre du secrétariat des Jeunesses communistes du Nord ;
  • 1931 - 1932 : membre de la commission nationale des jeunes syndiqués de la CGTU ;
  • 1932 - 1934 : membre du bureau national des Jeunesses communistes ;
  • 1934 - 1935 : codirectrice de l'Union des jeunes filles de France ;
  • 1945 - 1974 : vice-présidente de l'Union des femmes françaises ;
  • 1950 - 1968 : membre du bureau politique du Parti communiste français.

Mandats électifs[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Jeannette Thorez-Vermeersch, Vers quels lendemains ? : de l'internationalisme à l'eurocommunisme, Hachette, coll. « Hachette-Essais », Paris, 1979, 204 p. (ISBN 2-01-006694-4)
  • Jeannette Thorez-Vermeersch, la Vie en rouge : mémoires, Belfond, Paris, février 1998, 242 p. (ISBN 2-7144-3515-7)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Biographie de la IVe République - VERMEERSCH (Julie, dite Jeannette, épouse THOREZ) », sur assemblee-nationale.fr (consulté le 30 décembre 2017).
  2. a, b et c Serge Wolikow, « Notice VERMEERSCH Jeannette [VERMEERSCH Julie, Marie, dite Jeannette, épouse THOREZ Jeannette] », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr (consulté le 30 décembre 2017).
  3. L'Humanité, 10 avril 1956.
  4. Renée Rousseau, Les Femmes rouges. Chronique des années Vermeersch, Albin Michel, Paris, 1983, p. 224 et suiv.
  5. France Nouvelle, 12 mai 1956, page 14/15 - cité dans Révolutions sexuelles de Alain Giami et Gert Hekma, La Musardine, 2015, ISBN 978-2-84271-763-6
  6. « Biographie (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français) », sur senat.fr (consulté le 30 décembre 2017).
  7. Annette Wieviorka, op. cité, p. 104.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de Jeannette Vermeersch sont conservés aux Archives nationales sous la cote 626AP.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Renée Rousseau, Les Femmes rouges, Chronique des années Vermeersch, Paris, Albin Michel, 1983 (ouvrage fondé sur des études de presse, des entretiens des compagnes de lutte et des interviews de Jeannette Vermeersch elle-même).
  • Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, tome 4, Paris, Fayard, 1984.
  • Stéphane Sirot, « Les archives de Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch aux Archives nationales », Cahiers d'histoire. Revue d’histoire critique, n° 88, 2002, lire en ligne.
  • Annette Wieviorka, Maurice et Jeannette : biographie du couple Thorez, Paris, Fayard, , 685 p. (ISBN 978-2-213-65448-5, présentation en ligne).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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