Jeanne de Belleville

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Jeanne de Belleville
Jeanne de Belleville
Armoiries de Jeanne de Belleville

Surnom La Tigresse bretonne ou La Lionne de Clisson ou La Lionne sanglante
Naissance ~ 1300
Poitou
Décès ~ 1359 (à ~ 60 ans)
Origine Count of Poitiers Arms.svg Poitou
Allégeance Armoiries Jean de Montfort.svg Maison de Montfort.
Arme Piraterie
Conflits Guerre de Cent Ans
Guerre de Succession de Bretagne
Famille Épouse de Geoffroy de Châteaubriant, puis de Guy de Penthièvre, d'Olivier IV de Clisson, et enfin de Walter Bentley.
Mère d'Olivier V de Clisson

Jeanne de Belleville, née vers 1300 dans le Poitou, morte vers 1359[1], est une femme noble devenue pirate par vengeance au XIVe siècle.

Malgré ses origines poitevines, elle est surnommée « la Tigresse bretonne » à partir du XIXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jeanne de Belleville naît vers 1300, probablement en Vendée, dans une famille noble dont les terres comprennent notamment l'île d’Yeu et l'île de Noirmoutier[2].

Elle est la fille de Maurice IV de Montaigu, seigneur de Belleville et Palluau, et de Létice de Parthenay[3].

Son père, qui a des terres en Bretagne et dans le Poitou, lui fait épouser à quatorze ans Geoffroy, seigneur de Châteaubriant[4].

À la mort de ce dernier, elle se remarie vers 1330 avec Olivier IV de Clisson, un jeune noble issu d'une célèbre maison de Bretagne[5]. Ensemble, ils ont quatre enfants : Maurice (mort en très bas âge), Olivier (qui deviendra connétable de France), Guillaume et Jeanne[6].

Jeanne de Belleville partage alors ses journées entre l'éducation de ses enfants, les promenades à cheval et des parties de chasse dans le Morbihan[7]. Néanmoins cette période heureuse est bientôt interrompue par la guerre.

En 1337 débute la guerre de Cent Ans, puis quatre ans plus tard, la guerre de Succession de Bretagne opposant le comte Jean de Montfort au comte Charles de Blois. Le mari de Jeanne, Olivier de Clisson, prend part au conflit[7].

Lors du quatrième siège de Vannes en 1342, Olivier est fait prisonnier par les Anglais. Conduit en Angleterre, il est néanmoins libéré dans le cadre d'un échange avec le comte de Stanfort[7] et contre le versement d'une rançon jugée étrangement faible par le roi de France et ses conseillers[8].

Inquiète, Jeanne retrouve alors son époux sain et sauf. Les retrouvailles entre époux vont cependant être interrompues durant l'été[7].

Exécution de son mari[modifier | modifier le code]

Exécution d'Olivier IV de Clisson par Loyset Liédet.

En juillet 1343, son mari se rend à Paris pour participer à un tournoi dans lesquels de nombreux chevaliers du royaume doivent s'illustrer. Cependant les festivités tournent court. En plein tournoi, Olivier est en effet arrêté sur ordre du roi de France Philippe VI de Valois et ce au mépris des règles élémentaires de la chevalerie[9].

Les raisons de son arrestation sont assez obscures. Pour l'écrivaine belge Marie-Ève Sténuit, il s'agirait de problèmes de jalousies comme il y en a souvent à la cour royale[9]. Olivier est notamment accusé d'avoir soutenu Jean de Montfort contre Charles de Blois, le neveu du roi de France et prétendant au trône du duché de Bretagne. Selon le comte de Salisbury, il aurait également intrigué avec d'autres seigneurs bretons afin de constituer une alliance secrète avec le roi d'Angleterre Édouard III. Une telle démarche relèverait alors de la trahison vis-à-vis du roi de France[3],[8].

Bien qu'aucune preuve formelle ne fut apportée, le roi de France se laisse convaincre de la culpabilité d'Olivier de Clisson et le condamne le à la décapitation pour félonie. « Contre les prérogatives de la chevalerie, Philippe VI fit arrêter Clisson et, sans aucune forme de procès, lui fit trancher la tête » explique l'historien Armand Désiré de La Fontenelle de Vaudoré[3].

Le procès-verbal de l'exécution indique que le chevalier a eu la tête tranchée sur un échafaud, et son corps traîné au gibet de Paris. Sa tête fut ensuite envoyée à Nantes pour être exhibée sur la porte Sauvetout[3].

La vengeance[modifier | modifier le code]

Jeanne récupère la tête de son époux. En silence, elle longe les remparts de Nantes et vient contempler, en compagnie de ses fils Olivier et Guillaume, la tête tranchée de son mari. Elle leur fait jurer de tout faire pour venger la mémoire de leur père[3],[10].

Ravagée par la douleur, Jeanne voue une profonde haine pour le roi de France. Désormais, elle n'aspire plus qu'à se venger de celui qui lui a pris son mari. « Au lieu de se livrer à une douleur stérile, le désir de venger un outrage aussi cruel lui inspira une résolution extraordinaire », explique La Fontenelle de Vaudoré[3].

Étang de la forêt de Touffou.

Après avoir rassemblé 400 fidèles, elle se dirige vers le château le plus proche de Clisson : le château de Touffou, bâti en lisière de la forêt du même nom. La garnison du château est commandée par Le Gallois de la Heuse, un fidèle de Charles de Blois, neveu du roi de France[3].

Lorsque la troupe de Jeanne arrive en vue des remparts, elle leur demande de se dissimuler dans les bois et bosquets environnants puis elle se présente à l'entrée, escortée uniquement d'une quarantaine d'hommes. Le commandant du château, qui n'est pas encore au courant de l'exécution d'Olivier de Clisson et n'a donc aucune raison de se méfier d'elle, fait abaisser le pont-levis et l'accueille avec tous les honneurs dus à son rang[11].

Cette erreur va leur être fatale. Jeanne et ses hommes se rendent en effet maîtres de la porte et font rentrer rapidement le reste de la troupe. La garnison est massacrée et la place forte pillée. Le commandant, Le Gallois de la Heuse, parvient à s'enfuir après s'être caché[11].

Selon le moine Dom Lobineau, « Charles de Blois, instruit de cette aventure, assemble alors du monde pour reprendre son château. » Mais lorsqu'il arrive au pied des remparts, il est trop tard. Jeanne est partie en emportant le butin avec elle et est déjà en route pour attaquer un autre château[3],[11].

Dévorée par la haine, elle consacre sa fortune à lever une armée pour assaillir les troupes favorables à la France stationnées en Bretagne[12]. En un temps record, elle va ainsi piller différents châteaux et massacrer les garnisons. Même si les chroniqueurs de l'époque ne donnent pas de liste précise, la plupart font état d'actes de cruauté et de garnisons massacrées sans pitié[11].

Informé, le roi de France demande à Jeanne de Belleville de venir s'expliquer devant le Parlement de Paris, mais celle-ci n'a aucune confiance dans la justice du roi et refuse de s'y rendre[11]. La veuve ne peut pardonner au roi sa cruauté, et à Charles de Blois d'avoir trempé dans ce qu'elle considère comme un assassinat.

Face à ce refus, le roi Philippe VI de Valois la condamne à être bannie du royaume et confisque ses biens par décret le [11]. Néanmoins ce décret est aussi tardif qu'inutile. Se sachant menacée sur terre, Jeanne s'est réfugiée en Angleterre avec le butin amassé durant ses différentes campagnes. Avec le soutien du roi d'Angleterre, elle espère maintenant continuer le combat sur mer.

La Lionne sanglante[modifier | modifier le code]

Elle fait armer deux navires corsaires et, toujours accompagnée de ses deux fils, mène une guerre contre les bateaux français. À défaut de pouvoir atteindre directement le roi de France, elle s'attaque systématiquement à tous les navires marchands battant pavillon français qu'elle rencontre. Selon le médiéviste Jean Favier, cette « gigantesque entreprise de course ruinait ainsi tout un courant du commerce maritime français »[3].

Vêtue du haubert et de la gorgière de maille, Jeanne de Belleville combat l'épée à la main, se lançant à chaque fois la première à l'abordage[13]. À la tête de ses hommes, elle fait subir de lourdes pertes aux navires du royaume de France. Les bateaux sont coulés et les équipages passés au fil de l'épée. « S'attaquant aux bateaux de guerre français moins forts que les siens et à tous les vaisseaux marchands, elle mettait à mort sans merci tous les Français tombés entre ses mains », publie la Chronique Normande du XIVe siècle[3].

Cette violente guerre de course dure neuf mois, ce qui vaut à Jeanne le surnom de « Lionne sanglante »[12]. Le roi de France lance plusieurs navires à la poursuite des pirates. Après plusieurs combats acharnés, les vaisseaux du roi parviennent à s'emparer des navires de Jeanne de Belleville, mais cette dernière réussit à s'échapper à bord d'une barque avec ses deux fils[14].

Malheureusement pour eux, les rescapés n'ont pas eu le temps d'emporter avec eux de l'eau et des vivres au moment de prendre la fuite. Les cinq jours de dérive suivants sont terribles. Un des deux fils de Jeanne, Guillaume, meurt de soif, de froid et d'épuisement. Au bout de six jours, Jeanne et son deuxième fils Olivier sont finalement recueillis à Morlaix par des partisans des Montfort, ennemis du roi de France[15]

Dernières années[modifier | modifier le code]

Réfugiée en Angleterre avec ses enfants, Olivier et Jeanne, elle épouse Walter Bentley, lieutenant du roi Édouard III en Bretagne et capitaine des troupes anglaises qui combattent pour Jean de Montfort contre Charles de Blois.

Pendant ce temps, le pape Clément VI, sur requête du roi de France, intervient auprès du roi Édouard III pour qu'il mette un terme aux agissements de la « Tigresse bretonne »[16], alliée de l'Angleterre.

Jeanne de Flandre, dite « Jeanne la Flamme ».

Lasse et épuisée par cette vie si mouvementée, Jeanne n'a de toute façon plus la force de continuer le combat. Désormais, elle souhaite se consacrer à l'éducation de son fils et récupérer par des moyens plus pacifiques les domaines qu'elle a perdus[14].

La ville et le château de Blain lui étant fermés (le château a été saisi avec tous ses biens et donné à Louis de Poitiers de même qu'une maison au faubourg de Nantes), elle se retire à Hennebont, où elle est accueillie à bras ouverts par la comtesse Jeanne de Flandre, dite « Jeanne la Flamme », et son jeune fils le comte de Montfort[14].

Jeanne de Belleville meurt vers 1359[17], probablement à Hennebont[3], ou en Angleterre[1].

Son fils, Olivier V de Clisson, parvient à force de requêtes et de protestations à récupérer au fur et à mesure les domaines et châteaux confisqués à sa famille. Bien qu'élevé à la cour d'Angleterre, il servira le roi de France Charles V, puis Charles VI et deviendra connétable de France[3].

Mariages[modifier | modifier le code]

Jeanne de Belleville a été mariée quatre fois[18].

1re union[modifier | modifier le code]

Aux environs de 1312, à 13 ans, elle est mariée à Geoffroy VIII de Châteaubriant, veuf en premières noces d'Alix de Thouars. Ils auront deux enfants[3] :

2e union[modifier | modifier le code]

On la marie vers 1328 à Guy de Penthièvre, veuf de Jeanne d'Avaugour. L'union sera de courte durée car, après une enquête, le mariage est annulé par le pape Jean XXII en 1330.

3e union[modifier | modifier le code]

Elle épouse en 1330 Olivier IV de Clisson. Ensemble, ils auraient eu quatre enfants :

  • Maurice seigneur de Blain né entre 1331 et 1334 ;
  • Guillaume seigneur de la Trouvière, né entre 1331 et 1334. Selon la légende, il serait mort dans les bras de sa mère vers 1345, six jours après le naufrage du vaisseau amiral de sa mère ; toutefois, aucune trace historique, aucun document de l'époque ne confirme ce récit inventé au XIXe siècle[19].
  • Olivier V, surnommé le Boucher, l'Éborgné d'Auray, né le et mort le , mari de Marguerite de Rohan fille d'Alain VII de Rohan et de Jeanne de Rostrenen ;
  • Jeanne née vers 1340 Dame de Belleville épouse de Jean Harpedenne, Sénéchal de Saintonge, seigneur de Raine dans le Devonshire, de Montendre, de Fontenay-le-Comte (1361) et Vicomte d'Aunay. Originaire du Devonshire en Angleterre, il fut un lieutenant de Jean Chandos.

Contrairement à une légende répandue, Ysabeau de Clisson (née vers 1325 et morte le épouse de Jean 1er de Rieux et mère de Jean II de Rieux), n'est pas la fille de Jeanne de Belleville mais celle de Blanche de Bouville, première épouse d'Olivier de Clisson. Ces deux derniers ont eu deux enfants, Ysabeau et Jean de Clisson[19].

4e union[modifier | modifier le code]

Elle épouse vers 1349 Walter (Gauthier) de Bentley, lieutenant du roi d'Angleterre en Bretagne, capitaine des troupes anglaises qui combattent contre Charles de Blois. Au titre de ses faits d'armes, il reçoit de nombreux fiefs en Bretagne, entre autres « les terres et châteaux de Beauvoir-sur-Mer, d'Ampant, de la Barre, de la Blaye, de Châteauneuf, de Villemaine, de l'Île-Chauvet et les îles de Noirmoutier et de Bouin ».

Ensemble, Jeanne et Walter ont tenté de récupérer les terres des Belleville qui avaient été confisquées à Jeanne. Même si Edouard III les leur rend officiellement, la guerre qui fait rage plonge la région dans un chaos inextricable où l'autorité seigneuriale est difficile à remettre en place. Ainsi, même certains Anglais qui sont censés aider Jeanne dans cette tâche lui volent du sel, à leur profit[19].

Famille[modifier | modifier le code]

Le père de Jeanne de Belleville est Maurice IV de Montaigu (1263-1304).

Sa mère, Létice de Parthenay (vers 1276 - ?) était la fille de Guillaume VI de Parthenay et Jeanne du Perche-Montfort.

Postérité[modifier | modifier le code]

Une rue porte son nom, Rue Jeanne la corsaire, à Nantes dans le quartier de Saint-Joseph de Porterie.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • 2022 : Court-métrage Jeanne de Belleville, fiction produite par l'association K.M production et réalisé par Maxime Pinchaud. Le projet a été présenté au Nikon film festival 2022.

Télévision[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Jeanne de Belleville », sur Archives départementales de la Vendée (consulté le ).
  2. « Tournée en Vendée, l’émission Secrets d’histoire sur Jeanne de Belleville diffusée lundi 25 avril », sur Ouest France, .
  3. a b c d e f g h i j k l et m Gautier Demouveaux, « Jeanne de Belleville, la tigresse bretonne », sur Le Télégramme, .
  4. Anne Gerday, « Par vengeance, Jeanne de Belleville est devenue la "lionne sanglante" », sur La Libre Belgique, .
  5. Sténuit 2015, II, p. 23.
  6. Philippe Richard, Olivier de Clisson, connétable de France, grand seigneur breton, 1336-1407, Éditions Opéra, , p. 21.
  7. a b c et d Sténuit 2015, II, p. 24.
  8. a et b Isabelle Mermin, « «Secrets d’Histoire»: Stéphane Bern raconte le destin sanglant de Jeanne de Belleville, pirate par amour », sur Le Figaro, .
  9. a et b Sténuit 2015, II, p. 24-25.
  10. Philippe Richard, Olivier de Clisson, connétable de France, grand seigneur breton, 1336-1407, Éditions Opéra, , p. 39.
  11. a b c d e et f Sténuit 2015, II, p. 26-27.
  12. a et b Stéphanie Janicot, « « Pour ce qu’il me plaist », femme pirate de Bretagne », sur La Croix, .
  13. Sténuit 2015, II, p. 28-29.
  14. a b et c Sténuit 2015, II, p. 30-31.
  15. Philippe Richard, Olivier de Clisson, connétable de France, grand seigneur breton, 1336-1407, Éditions Opéra, , p. 40.
  16. Yvonig Gicquel, Olivier de Clisson (1336-1407), Jean Picollec, , p. 32.
  17. Élie Durel, « Bellevigny. Jeanne de Belleville, une personnalité méconnue », sur Ouest France, .
  18. Medieval Lands : Brittany : Olivier IV de Clisson.
  19. a b et c Astrid de Belleville, Jeanne de Belleville, Mémoire soutenu à l'Université de Poitiers,
  20. « Secrets d'Histoire - Jeanne de Belleville, pirate par amour », sur France TV pro,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Sources radiophoniques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]