Jeanne Deroin

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Jeanne Deroin
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Jeanne Deroin, née à Paris le , morte à Londres le , est une féministe et socialiste française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ouvrière lingère autodidacte, elle obtient le brevet d'institutrice et rédige dès 1831 un plaidoyer contre « la soumission des femmes ». Malgré son adhésion critique aux idées des socialistes utopiques, elle reste peu active jusque vers 1848 car elle élève ses trois enfants. Elle s'est mariée en 1832 avec le saint-simonien Antoine Ulysse Desroches, tout en refusant de prendre son nom et en insistant lors de la cérémonie civile sur son statut d'égalité.

En 1848, elle devient l’une des porte-voix de la revendication féministe : en , elle fonde avec Désirée Gay La Politique des Femmes, « journal publié pour les intérêts des femmes et par une société d’ouvrières », et dont, sur décision administrative, elles doivent changer le titre : il devient L’Opinion des Femmes, « publication de la société d’éducation mutuelle des femmes ».

Selon Jeanne Deroin, c'est en tant que mères que les femmes ont des droits et des devoirs politiques[1]. « C’est comme chrétiennes », explique-t-elle, « comme citoyennes et comme mères que les femmes doivent réclamer le rang qui leur appartient dans le temple, dans l’État et dans la famille. […] Mais c’est surtout cette sainte fonction de mère, que l’on oppose comme incompatible avec l’exercice des droits de citoyennes qui impose à la femme le devoir de veiller sur ses enfants et lui donne le droit d’intervenir dans tous les actes de la vie civile, mais aussi dans tous les actes de la vie politique ».

À l'instar des journalistes du Charivari, Daumier se moque des engagements publics des femmes, qu'ils soient artistiques (Bas-bleus), sociaux (Les Divorceuses) ou politiques (Femmes socialistes)

Lors de la Révolution de 1848, elle se fait connaitre progressivement jusqu'à son action d’éclat de 1849 : elle se présente comme candidate aux élections législatives du 13 mai[2] car « la cause du peuple et la cause des femmes sont intimement liées ». Même si elle ne s'est pas manifestée publiquement avant cette date, on la trouve dans le mouvement saint-simonien, très attentive aux débats sur l’abolition des privilèges de la naissance, l’émancipation de la femme et l’amélioration du sort moral, physique et intellectuel de la classe ouvrière, comme en témoigne sa correspondance de l’époque.

Elle est la première à accoler « masculin » derrière le terme « suffrage universel », allant à l'encontre du préjugé voulant que, les hommes étant seuls capables de faire de la politique, la question ne se posait même pas d'un droit de vote aux femmes (dès 1792 Nicolas de Condorcet proposait pourtant le droit de vote aux femmes ; idée reprise par Claude-Henri de Saint-Simon, ainsi que par Eugénie Niboyet et Madame Herbinot de Mauchamps en 1838 ou en 1848 par Jenny d'Héricourt et Victor Considerant).

Rares sont les voix — y compris dans son camp — qui soutiennent cette candidature. Pierre Joseph Proudhon, comme la plupart des socialistes, la juge « excentrique », et même des femmes comme George Sand ou Marie d'Agoult, alias Daniel Stern, l'estiment déplacée. Les différentes séries consacrées aux femmes par Honoré Daumier, Les Bas bleus, Les Divorceuses ou Les Femmes socialistes, illustrent bien ce conservatisme : elles tournent en ridicule les aspirations de ses contemporaines au vote ou au travail et présentent leur émancipation comme une catastrophe pour l'ordre domestique.

À l'été 1849, Jeanne Deroin est élue au comité central de l'Association fraternelle et solidaire de toutes les associations qui rencontre un grand succès en réunissant plus de cent associations ouvrières. Mais en mai 1850, la police fait une descente dans les bureaux et y arrête quarante-six personnes[3]. Jeanne Deroin est emprisonnée jusqu'en juin 1851. Elle reprend son activité d'enseignante après sa sortie mais en 1852, après le coup d'État du 2 décembre 1851, craignant d'être de nouveau arrêtée Jeanne Deroin part en Angleterre et s'installe à Londres où, bien que recevant une pension de la République française à partir de 1871, elle meurt dans la pauvreté en 1894[4].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Michèle Riot-Sarcey :
    • « Jeanne Deroin ne sera pas élue ! », L'Histoire,
    • « De l'utopie de Jeanne Deroin », Revue d'histoire du XIXe siècle,no 9, 1993 (en ligne).
  • Gérard Max Delcel, Socialisme et féminisme au milieu du dix-neuvième siècle: Jeanne Deroin, s.n, 1965
  • Nicole Pellegrin, chap. 7 « Chapitre 7 », dans Écrits féministes de Christine de Pizan à Simone de Beauvoir, Paris, Flammarion, coll. « Champs classiques » (no 953),
  • Alexandre Zévaès, « La première candidature féministe », L'Œuvre, disponible sur Gallica
  • (en) Oxford Dictionary of National Biography (notice BnF no FRBNF43615444), Deroin, Jeanne
  • Rémi Gossez, Les ouvriers de Paris. Livre premier : L'organisation 1848-1851, La Roche-sur-Yon, imprimerie de l'Ouest, , 447 p. (lire en ligne), p.345 à 351

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mathilde Dubesset, « Joan W. SCOTT, La citoyenne paradoxale, les féministes françaises et les droits de l'homme Albin Michel 1998 », Travail, genre et sociétés, vol. 2, no 2,‎ , p. 193-197, § 8 (DOI 10.3917/tgs.002.0193, lire en ligne).
  2. « Qui se souvient de Jeanne Deroin ? », lalibre.be, 5 juillet 2010.
  3. Gossez.
  4. Oxford.

Articles connexes[modifier | modifier le code]