Jeanne Chauvin

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Jeanne Chauvin
Description de cette image, également commentée ci-après

Jeanne Chauvin représentée
sur une gravure de Louis Rémy Sabattier.

Naissance
Jargeau
Décès (à 64 ans)
Provins
Nationalité Française
Pays de résidence France
Diplôme
Doctorat de Droit
Licence de Philosophie
Profession
Avocate
Autres activités
Professeur de Droit

Jeanne Chauvin est une avocate française née à Jargeau dans le département français du Loiret le et morte le à Provins dans le département français de Seine-et-Marne.

Elle est notamment célèbre pour avoir été la première femme à plaider en France, en 1907.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de notaire, orpheline à 16 ans, brillante élève, elle réussit deux baccalauréats - Lettres et Sciences,- deux licences - Droit et Philosophie - et est reçue docteure en Droit. Elle est la deuxième femme de France à obtenir une licence de droit en 1890 et la première Française[note 1] à soutenir son doctorat en Droit en 1892[1], qu'elle consacre à l’Étude historique des professions accessibles aux femmes et où elle affirme que c'est notamment sous l'influence de la Bible et du catholicisme qu'a été introduite et consolidée l'inégalité juridique entre les hommes et les femmes. Elle y revendique pour la femme l'égalité tant dans son éducation que dans l'accession à toutes les professions, aussi bien privées que publiques.

Mais ces idées ne font pas l'unanimité et sont même contestées : lorsqu'elle se présente devant le jury, des étudiants envahissent la salle, chantent La Marseillaise et déclenchent un vacarme tel qu'il faut ajourner la soutenance. Quelques jours plus tard, elle est reçue docteur en droit à l'unanimité des membres du jury.

Elle est alors chargée de dispenser des cours dans plusieurs lycées parisiens pour jeunes filles, elle est entre autres professeur de droit au lycée Molière[2], mais n'oublie pas son combat féministe.

Dès 1893, elle demande aux parlementaires d'accorder à la femme mariée le droit d'être témoin dans les actes publics ou privés ; d'admettre la capacité des femmes mariées à disposer des produits de leur travail ou de leurs industries personnels[3].

Le 24 novembre 1897, pourvue de tous les diplômes requis, - elle est titulaire d'un doctorat en droit et d'une licence ès lettres - elle se présente à la cour d'appel de Paris pour prêter le serment d'avocat. Elle essuie un refus qui lui est signifié le 30 novembre 1897, au motif que la loi n'autorise pas les femmes à exercer la profession d'avocat, exercice viril par excellence. Elle devra attendre trois ans, à la suite de pressions féministes, pour que Raymond Poincaré et René Viviani fassent voter la loi publiée au Journal officiel de la République française le 1er décembre 1900, permettant aux femmes d'accéder pleinement au barreau avec accès à la plaidoirie. C'est ainsi qu'elle peut prêter serment comme avocate au barreau de Paris le 19 décembre 1900, la deuxième après Mme Petit, qui a prêté serment le 5 décembre 1900. Jeanne Chauvin sera cependant la première avocate de France à plaider, en 1907[4].

La loi de décembre 1900 suscite une réaction misogyne importante aussi bien au Palais de Justice que dans le public. Certains juristes, comme le juge Paul Magnaud, applaudissent cependant à cette entrée des femmes dans la profession, espérant même qu'elles pourraient bientôt devenir magistrates.

Depuis 2017, la bibliothèque de la faculté de droit de l'université Paris-Descartes porte son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Roumaine Sarmiza Bilcescu, première doctoresse en droit dans le monde, est la première femme à suivre régulièrement les cours à la faculté de Droit de l'université de Paris. Elle soutient sa thèse de doctorat en Droit en 1890, ayant pour titre « De la condition légale de la mère », deux ans avant sa collègue française Jeanne Chauvin.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Catherine Marry, Celles qui dérogent... in Christian Baudelot et Roger Establet, Quoi de neuf chez les filles ? : entre stéréotypes et libertés, Nathan(ISBN 978-2-09278-083-1).
  2. Extrait de Centenaire du lycée Molière. Mémorial 1888-1988, p. 68. (Paris)
  3. Debré et Bochenek 2013, p. 169-170
  4. Debré et Bochenek 2013, p. 169+175

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jeanne Chauvin, Étude historique sur les professions accessible aux femmes : influence du sémitisme sur l’évolution de la position économique de la femme dans la société, Paris, Giard et Brière, .
  • Jeanne Chauvin, Cours de droit professé dans les lycées de jeunes filles de Paris, Paris, Édition V. Giard & E. Brière, .
  • (en) Sara Lynn Kimble, Justice Redressed: Women, Citizenship, and the Social Uses of the Law in Modern France, 1890-1939 (thèse de doctorat), University of Iowa, .
  • (en) Mary Jane Mossman, The First Women Lawyers: A Comparative Study of Gender, Law and the Legal Professions, Portland, Hart, .
  • Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Arthème Fayard, , 374 p. (ISBN 978-2-213-67180-2), pp. 169-176