Jean Vallette d'Osia
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Jean Gustave Marie Marcel Georges Vallette d'Osia |
| Pseudonyme |
Faure |
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Militaire, résistant, candidat électoral |
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- |
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Jean Vallette d'Osia, né le à Rennes et mort le à Annecy-le-Vieux, est un officier français, principalement connu pour les responsabilités qu'il a exercées dans la Résistance intérieure française en Haute-Savoie. Il a terminé sa carrière militaire comme général de corps d'armée à Lyon, après avoir commandé la 27e division d'infanterie alpine.
Biographie
[modifier | modifier le code]Jean Vallette d'Osia est le fils de Marcel (Louis-Marie-Marcel) Vallette d'Osia (1857-1931), officier d'infanterie, et de Jeanne du Chambge de Noyelles (1867-?) et le petit-fils du général Joseph-Hyacinthe du Chambge[1].
Dans sa jeunesse, il milite au sein des étudiants d'Action française de Versailles[2]. Néanmoins, la guerre et l'engagement de Jean Vallette d'Osia dans l'armée en 1916 provoque sa rupture définitive avec l'Action Française.
Début de carrière militaire (1916-1939)
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Jean Vallette d'Osia est engagé volontaire à Saint-Cyr en . Un an plus tard il est affecté en tant qu'aspirant au 19e RI, puis lieutenant, où il va multiplier les actions d'éclat.
Grande Guerre
[modifier | modifier le code]Il commande dès 1917 un groupe franc sur les différents fronts de la Marne et du Chemin des Dames[3]. Le , il capture un allemand qui interrogé, dévoile la grande attaque du Chemin des Dames. Il reçoit alors sur le champ de bataille, la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Durant la Première Guerre mondiale, il est blessé à trois reprises et reçoit six citations pour conduite héroïque.
Après sa sortie de Saint-Cyr, il est envoyé au Maroc, affecté au 1er régiment étranger basé à Meknès. Il participe à la guerre du Rif[4].
Expert reconnu du combat en montagne
[modifier | modifier le code]En , il rejoint le 6e BCA en garnison à Grenoble, où il peut mettre en valeur ses qualités physiques. C'est là qu'il rencontre le capitaine Eugène Molle dont il deviendra l'ami fidèle[4]. Rapidement, avec lui, il devient un cadre de la division alpine remarqué pour sa vigueur et son allant.
Le capitaine Vallette d’Osia transforme son expérience du feu de la Grande Guerre et de la guerre du Rif en une idée de combat novatrice pour la montagne. Sa vision repose sur une idée simple mais radicale : en montagne, l'isolement causé par le relief et le froid rend les ordres classiques inefficaces. Pour compenser ces ruptures de communication, il prône une « culture de l'initiative » où chaque chasseur alpin doit être capable de réfléchir par lui-même et de remplacer son supérieur au pied levé. En plaçant l'agilité mentale et la polyvalence au-dessus de la discipline rigide, Vallette d’Osia démontre que la réussite tactique en montagne ne dépend pas de la force brute, mais de la capacité des hommes à s'adapter intuitivement aux contraintes extrêmes de leur environnement[5].
Pour cela, il s'attache à développer au mieux les dernières compétences techniques disponibles dans le domaine de l'alpinisme dans son unité, à l'instar de ce que prônent les grands chefs alpins de cette période, Pourchier, Béthouart et Dosse notamment.
En 1934, il est reçu à l'École de Guerre[6] avant d'être nommé à l'état-major de la XIVe région militaire à Lyon[7].
La Seconde Guerre mondiale
[modifier | modifier le code]Drôle de Guerre et Bataille de France
[modifier | modifier le code]Capitaine et officier d'état-major en 1939 lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est promu commandant en [8]. Il est en Écosse le , en support du corps expéditionnaire français en Norvège[9].
Il participe à la bataille de France à partir du dans le secteur de la Somme et en Normandie[10]. Lors d'un combat inégal sur la Bresle, il est fait prisonnier par les Allemands avec le reste de sa division près de Saint-Valery-en-Caux. Refusant la captivité, il s'évade une première fois. Il est repris, mais s'évade une seconde fois à Nuits-Saint-Georges et réussit à passer en zone libre, où il prend connaissance de l'appel du général de Gaulle[11].
Il se rend alors à Clermont-Ferrand pour demander l'avis du général Maxime Weygand qui lui aurait déclaré « Forcément, tôt ou tard, la France rentrera dans la guerre… si tous ceux qui sont capables de l'aider à se reprendre s'en vont, jamais elle ne pourra le faire avec honneur. De Gaulle, par ailleurs, a suffisamment d'officiers de valeur à ses côtés. Je vous demande de rester »[12]. Vallette d'Osia choisit alors de réintégrer l'armée d'armistice, il est nommé en , chef de corps du 27e bataillon de chasseurs alpins à Annecy[13].
L'armée d'armistice (Annecy)
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Sitôt en poste à Annecy, il s'emploie à camoufler dans trente dépôts le maximum de matériel militaire — de quoi armer trois bataillons — à l'insu de la commission d'armistice franco-italienne[14]. Comme beaucoup d'officiers français de cette époque, il a en tête l'exemple historique des Allemands vaincus à Iéna et qui ont préparé leur revanche. C'est dans cet esprit de Résistance qu'il assume son commandement du 27e BCA jusqu'à son remplacement à ce poste à la fin de l'année 1941[15]. Il est alors nommé chef d'état-major du département de la Haute-Savoie, et dans ses mémoires, il écrira que le rayon clandestin est inclus dans ses nouvelles fonctions[16]. Il s'occupe notamment de la réception des évadés des camps de prisonniers de guerre allemands, certains jours, plus de trente. En , il reçoit ainsi au château de La Verpillière[17] le général Giraud, avec qui il s'entretient des possibilités de reprise de la guerre.
Il désapprouve les excès du Service d'ordre légionnaire, notamment lorsque certains de ses membres se saisissent de François de Menthon et le plongent dans le bassin d'eau en face de la mairie d'Annecy, et il hait Joseph Darnand notamment lorsque celui-ci préside à Annecy une grande manifestation du S.O.L[18].
En lorsque les Allemands envahissent la zone libre et que le gouvernement de Vichy ne s'oppose pas à cette invasion, Vallette d'Osia ne se rend pas à une convocation du préfet Dauliac le , qui voulait le sommer de livrer les armements cachés, et entre dans la clandestinité. Cela lui vaut d'être condamné pour « abandon de poste en présence de l'ennemi »[19]. Il aurait voulu rallier l'Afrique du Nord pour se mettre aux ordres du général Giraud, mais la traversée de la frontière espagnole semble trop hasardeuse.
(Parmi les chasseurs du 27e BCA qu'il a commandés durant cette période, figurent notamment Henri de France, l'antiquaire parisien Robert Desaules et le peintre Maurice Boitel).
La Résistance en Haute-Savoie
[modifier | modifier le code]Le zèle du préfet Dauliac permet à celui-ci de retrouver 24 dépôts d'armes sur trente, dont les armes sont livrées aux autorités d'occupation. Lorsqu'en 1940, Vallette d'Osia prit le commandement du 27e BCA avec des idées de revanche, son but était de prévoir, le moment venu, un gonflement possible des effectifs par l'incorporation de civils. Avec la nouvelle situation « c'est aux civils de prendre l'affaire en main », le rôle des militaires est maintenant d'aider les civils : « Si nous nous sentions dégagés de toute obligation vis-à-vis d'un gouvernement qui avait capitulé devant les exigences de l'ennemi et liquidé son Armée, nous ne l'étions pas de notre mission de soldat »[20].
L'agencement militaire des mouvements clandestins
[modifier | modifier le code]Au cours d'une réunion, une assemblée de résistants lui demandent de « prendre la tête de la Résistance en Haute-Savoie »[21]. Au mois de novembre, Vallette d'Osia avait pris contact avec Combat dont il connaissait l'existence[22], mais il ne semble pas qu'il soit affilié, à cette époque à un mouvement de résistance connu. Il se rend à Genève pour prendre contact avec le consul anglais en vue de participer à l'acheminement de renseignements[23]. Par l'intermédiaire du consul, il parvient aussi à établir le contact avec Giraud, mais le télégramme qu'il reçoit du général contient des prescriptions tellement inadaptées à la réalité que Vallette d'Osia en vient à douter que le général Giraud en soit vraiment l'auteur[24].
Les officiers du 27e BCA
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Il a gardé le contact avec un certain nombre d'anciens officiers, chefs de corps comme Cogny, Reyniès, Noiret, Laffargue, ou de plus jeunes officiers comme les lieutenants Tom Morel, Griffolet d'Aurimont[25], Lalande[26], etc. ainsi qu'avec les Mouvements unis de la Résistance (MUR) naissants, dont il reconnait, sinon l'autorité, du moins la légitimité pour impulser « une action cohérente dans un plan d'ensemble définis en accord complet avec les alliés »[27]. Il participe ainsi à la création de ce qui deviendra l'Armée secrète de Haute-Savoie. Les contacts avec l'Organisation de résistance de l'armée (ORA) semblent assez étroits[28]. C'est le commandant Descour qui en est le chef d'état-major régional. Dans ses mémoires, Vallette d'Osia fait état de tensions au moment de la fusion de l'ORA dans les MUR, les militaires devant être subordonnés au responsable civil de la branche « Action »[29].
La section des agents de liaison de Haute-Savoie
[modifier | modifier le code]En 1942, dans un contexte de durcissement du régime, avec la mise en place du STO, Vallette d’Osia demande à Antoinette Reille d'organiser un réseau exclusivement féminin travaillant en liaison avec des officiers de chasseurs Alpins passés à la Résistance notamment pour cacher les nombreux jeunes ouvriers fugitifs venus se cacher pour ne pas être envoyés en Allemagne[30] dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO). Les agentes se trouvent au cœur du dispositif de liaison et de renseignement de la Résistance de Haute-Savoie. Tom Morel, commandant le maquis des Glières en 1944, leur écrit : « Tous les espoirs sont permis tant qu’il y aura des filles de France pour faire ce que vous faites. »[31] La présence d’une secrétaire et d’agents de liaison montre que le commandement d’Annecy fonctionne comme un état-major. Sous commandement de Vallette d’Osia, il centralise et exploite ces renseignements, commande directement les unités déployées et coordonne leurs actions[32].
L'envergure opérative de l'AS de Haute-Savoie
[modifier | modifier le code]En 1943, Vallette d'Osia est sollicité par les MUR pour prendre en charge les jeunes réfractaires au STO, ceux-ci sont aiguillés afin de se cacher vers des régions montagneuses. 5 000 jeunes avaient ainsi gagné la Haute-Savoie[33]. Il prend alors contact avec l'américain Allen Dulles, responsable en Suisse de l'OSS, (service d'action et de renseignements, ancêtre de la CIA) qui lui accorde un financement mensuel à hauteur de mille francs (un demi salaire de l'époque) pour chacun des cinq mille réfractaires. C'est en possession d'un magot de cinq millions de francs qu'il repasse la frontière[34]. Début 1943, les résistants français attendent un débarquement allié pour l'automne. C'est donc dans cette perspective, fort du soutien américain, que Vallette d'Osia organise des maquis où des officiers de l'armée encadrent les jeunes réfractaires qui acceptent de servir dans la Résistance. Ainsi, parlant d'un chef de maquis civil, le commandant Coudet témoigne en 1949 : « Il m’a été présenté par le général Vallette d’Osia (alias Faure), chef départemental de la H.S., qui l’avait nommé dans la fonction quelques mois auparavant. »[35]. Pour l'encadrement, des renforts viennent également d'anciens de l'École des cadres d'Uriage[36]. Un parachutage d'armes britanniques a lieu en sur le plateau des Glières : des mitraillettes Sten mais pas d'arme lourde[36].
La coopération entre les différentes mouvances de la Résistance reste quelque chose de complexe. Si la plupart de ses camarades officiers ont des liens avec l'ORA, Vallette d'Osia est responsable en Haute-Savoie de l'Armée secrète qui n'a pas encore intégré l'ORA. L'Armée secrète dépend des MUR, mais d'Osia n'appartient à aucun des trois mouvements constitutifs des MUR, et c'est à titre privé, en quelque sorte, qu'il a obtenu le soutien de l'OSS américain. Il consent « dans un but d'Union » à leur donner un droit de regard sur ses finances. C'est lui qui fait passer la frontière et accompagne Pierre de Bénouville, membre du comité directeur des MUR et Pierre Dejussieu-Pontcarral, chef d'état-major de l'Armée secrète, en Suisse pour rencontrer les alliés. Avec les maquis Francs-tireurs et partisans d'obédience communiste avec lesquels les maquis de Vallette d'Osia doivent coexister, les relations sont plutôt mauvaises car il est détesté des mouvements communistes malgré son souhait d'effacer les idéologies personnelles au profit de la France[37].
En été 1943, les contacts avec Londres reprennent en vue d'organiser des parachutages d'armes qui sont promis pour le mois d'août. Les échanges de messages radios font état de dissensions stratégiques. « Préférons petits groupes bien disciplinés d'une vingtaine d'hommes maximum, capable accomplir tâches précises » notifie Londres. Vallette d'Osia leur répond : « Répète que Région Alpine commence à être organisée. Serait dommage ne pas utiliser au jour J unités constituées et animées d'un haut moral… » [38]. Aucun parachutage n'intervient avant l'arrestation de Vallette d'Osia qui survient le , à Annecy, très peu de temps après la capitulation italienne du qui provoque l'invasion de la zone d'occupation italienne, et donc d'Annecy, par les Allemands[39].
Arrestation et évasion
[modifier | modifier le code]Après un interrogatoire musclé, Vallette d'Osia est transféré à Annemasse, puis à Lyon, où il est incarcéré une journée à la prison Montluc. De là, il est convoyé en train vers le Nord par deux soldats allemands. Il réussit à sauter du train, menottes aux poignets, par la fenêtre du compartiment, lors de la nuit du , vers Nuits-Saint-Georges[40].
S'il disparait de l'écosystème de l'Armée secrète de Haute Savoie, Vallette d'Osia a structuré l'organisation de telle sorte que ses subordonnés directs ont naturellement autorité pour assurer la permanence du commandement. Ainsi le capitaine Maurice Anjot assure l'intérim depuis Annecy jusqu'à ce que le chef des maquis de l'Ain, Henri Romans-Petit devienne chef de la Haute Savoie, tout en conservant ses prérogatives dans l'Ain. Dès lors, Anjot devient ce qui serait aujourd'hui son chef d'état-major à Annecy. Le maquis des Glières sera formé par le regroupement des maquis organisés par l'action de Vallette d'Osia. Le lieutenant Tom Morel, ancien cadre du 27e BCA devenu son subordonné direct, en quelques sortes son chef des opérations, commandera le bataillon des Glières ayant pour mission d'assurer la réception des parachutages annoncés en fin d'hiver 1944. Vallette d'Osia ne participera donc pas directement à l'héroïque défense du plateau des Glières.
Le rôle structurant du commandant Vallette d'Osia dans la Résistance haut-savoyarde
[modifier | modifier le code]Clandestin dès , Vallette d'Osia illustre la frange de l'encadrement militaire qui fait le choix d'un passage précoce à la clandestinité. Il est l'architecte de la militarisation de la Résistance en Haute-Savoie. Jean Louis Crémieux-Brilhac rappellera à l'occasion du 50e anniversaire de la Libération que l'Armée secrète « est devenue une réalité en Haute-Savoie grâce au commandant Vallette d’Osia, ancien commandant du 27e bataillon de chasseurs alpins. »[41] Fort de son prestige d'officier et de sa connaissance du terrain, il s'impose comme l'architecte principal de la Résistance dans le département ; une organisation qui ne se limite pas à un simple regroupement d'effectifs, mais consiste en une véritable structuration tactique visant à transformer des groupes clandestins hétérogènes en une force opérationnelle, encadrant conjointement les premiers maquis et les réseaux de sédentaires mobilisables[42].
Au-delà de cet ancrage local, l'envergure de l'action de Vallette d'Osia se déploie à un niveau hautement stratégique. En liaison avec l'ORA et le général Delestraint, il intègre le département à la stratégie de la France libre. Ce rôle de charnière s'illustre par l'obtention de fonds américains via la Suisse et la transmission de renseignements à Londres et Alger[32]. Il se concrétise en 1944 par la guerre des ondes entre Maurice Schumann et Joseph Darnand, puis par les parachutages conséquents du printemps et d'août.
L'efficacité de son organisation se traduit, à l'été 1943, par une intensification de la lutte armée, instaurant un climat de « pré-guerre civile » selon la description qu'en font les autorités préfectorales de l'époque ainsi que les rapports allemands[43]. Quand il est arrêté en , il laisse un outil de combat solidement constitué, capable de durer malgré sa disparition.
Alger
[modifier | modifier le code]Désormais trop connu pour assumer ses responsabilités à la tête de l'Armée secrète de Haute-Savoie, Vallette d'Osia se replie sur la Suisse, ne passant la frontière que pour quelques réunions où de fortes tensions entre différentes mouvances de la Résistance ont vu le jour. Il accepte la proposition de Descour d'aller représenter l'Armée secrète auprès des Alliés ou du Comité français de libération nationale. Après un embarquement manqué en décembre 1943 à Saint-Raphaël à bord du sous-marin Casabianca, il rejoint la région d'Angers où, après quelques jours d'attente, il est exfiltré vers Londres par voie aérienne en compagnie du lieutenant-colonel Paul Ély, adjoint du général Georges Revers, chef de l'ORA[44].
À Londres où il arrive le [45], le courant passe bien avec Maurice Buckmaster, responsable de la section française du Special Operations Executive (SOE), mais beaucoup plus mal avec les responsables de la Direction générale des Services spéciaux (DGSS) — le service d'action et de renseignements réunifié de l'Armée française de la Libération — avec qui il est en désaccord sur l'ordre de mobilisation générale en Haute-Savoie lancé au moment où les Allemands et la Milice française s'apprêtent à lancer l'assaut contre le maquis des Glières[46].
Toujours accompagné de Paul Ély, Vallette d'Osia arrive à Alger fin février 1944, quelques jours avant l'ouverture du procès de Pierre Pucheu. Il rencontre son ancien camarade de collège François de Menthon, commissaire à la justice du Comité français de libération nationale qui lui aurait montré un papier où était inscrite, avant l'ouverture du procès, la sentence de mort à laquelle devait aboutir le procès. Dans ses mémoires, Vallette d'Osia écrit : « Giraud eut une attitude assez lamentable, lâchant Pucheu, attitude qui lui fit perdre beaucoup de prestige auprès des cadres et entraîna leur désaffection »[47].
Assez vite après son arrivée à Alger, Vallette d'Osia et Paul Ély sont reçus, ensemble ou séparément par les généraux Henri Giraud, Jean de Lattre de Tassigny et finalement par Charles de Gaulle. Au cours de l'entretien en tête-à-tête avec de Gaulle dont il est clair qu'il va devenir le chef du gouvernement provisoire, Vallette d'Osia attire l'attention sur le fait que les communistes qui se réclament d'une action commune se lancent en réalité de plus en plus dans une action indépendante, se soustrayant à tout contrôle, ce qui constitue une situation extrêmement difficile. « Cette partie de mon exposé ne plut pas à de Gaulle, qui se fâcha : nous n'avions qu'à obéir aux ordres reçus, sans nous mêler de ce qui ne nous regardait pas ». Avec l'évocation des officiers du 27e BCA qui sont en train de se faire tuer au maquis des Glières, de Gaulle se radoucit[48]. Au moment de l'entretien, les FTP communistes coexistaient plutôt bien avec leurs camarades de l'Armée Secrète au sein du bataillon formé par le lieutenant Tom Morel dans le maquis des Glières[49].
Malgré son désir d'être parachuté en France, par exemple comme délégué militaire régional, Vallette d'Osia doit attendre que soit accompli le débarquement de Provence pour rentrer en France. Le , il atterrit près de Saint-Tropez à bord d'un Dakota américain. Le , il est à Annecy où il reprend contact avec ses anciens amis[50].
La bataille des Alpes
[modifier | modifier le code]Vallette d'Osia, maintenant lieutenant-colonel, est l'un des premiers à entrer le au matin dans la ville de Lyon libérée[51]. Jean de Lattre de Tassigny lui confie le soin de constituer et de commander la division alpine FFI[52] qui absorbe quelque 32 bataillons de Forces françaises de l'intérieur (FFI), totalisant 32 000 hommes. La mission de cette division est de mener le combat contre les forces allemandes qui tiennent encore les grands cols des Alpes tout au long de la frontière italienne. Les combats se poursuivent tout l'hiver, jusqu'à la jonction à Turin avec les troupes alliés d'Harold Alexander et la reddition des forces allemandes d'Italie le [53]. En , alors qu'il vient d'être nommé colonel, il doit céder le commandement de ce qui est devenu la 27e division alpine à son vieil ami Molle devenu général[54].
Dès , Élisabeth et Colette Périès[55], accompagnées d’Antoinette Reille se remettent au service de Vallette d'Osia. Elles entrent officiellement dans l'armée et encadrent 300 volontaires féminines affectées aux transmissions, au décryptage, au secrétariat et aux ambulances. Cet engagement militaire marque l'aboutissement de leur parcours débuté au sein de l'Armée secrète.
Carrière militaire après la Seconde Guerre mondiale
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Toujours intégré à la 27e division alpine, Vallette d'Osia prend part avec cette dernière à l'occupation de l'Autriche.
Un an plus tard, il est nommé à la tête de la subdivision de Grenoble en 1945 et assure la formation des troupes alpines et leur spécialisation dans les problèmes de guerre en zone de montagne, dont il est à l'époque le meilleur spécialiste français. En 1950, il est promu général de brigade. À partir d'août 1952, il prend le commandement de la 27e division d'infanterie alpine à Grenoble.
La pérennité de la 27e division alpine et l'identité même des troupes de montagne doivent leur salut à l'énergie déterminée du général Vallette d’Osia lors de la reconstruction de l'unité dès 1945. Loin de se contenter de restaurer les acquis du passé, il a instauré une cellule de veille technologique et tactique pour moderniser la doctrine militaire. Ce travail de synthèse a permis d'intégrer les leçons cruciales tirées des combats hétéroclites de la Seconde Guerre mondiale, qu'il s'agisse du froid polaire de Scandinavie ou de la chaleur étouffante des Apennins. Entre 1949 et 1952, cet effort de réflexion [56]a abouti à la publication de manuels de référence sur le ski, l'alpinisme et le combat en montagne[57]. Véritable maître d'œuvre de cette refonte, Vallette d’Osia a personnellement annoté et corrigé chaque directive de son état-major, s'assurant que la théorie soit toujours au service d'une réalité de terrain qu'il connaissait mieux que quiconque[58].
En septembre 1955, il est nommé commandant du secteur de défense des Alpes, et promu général de division le .
En août 1958, atteint par la limite d'âge, il passe en deuxième section après quarante-deux ans de vie militaire. Six semaines avant, il avait été nommé général de corps d'armée[59].
Quarante deux ans de vie retraitée
[modifier | modifier le code]Jean Vallette d'Osia bénéficiera d'autant d'années de retraite, quarante-deux, que d'années de service. Il consacre une partie de son temps à écrire ses mémoires dont les trois tomes finissent par paraître entre 1988 et 1994 sous le titre de Quarante-deux ans de vie militaire[1]. L'homme qui ressort de cette autobiographie apparait effectivement complètement investi pour servir son pays et inspiré par l'idéal militaire. Les quelques informations qui débordent sur sa vie privée retournent en partie dans la sphère militaire.
Candidat à la première législature de la Ve République
[modifier | modifier le code]Alors qu'il vient de basculer en 2e section du corps des officiers généraux, Vallette d'Osia est poussé à se présenter aux élections législative de décembre 1958 pour la première circonscription de Haute-Savoie[2]. Il finit par être candidat modéré mais sans étiquette. Il accepte par devoir, bien qu'il annonce clairement dans son programme[60] ne pas vouloir y faire carrière[61] et avoir pour projet de s'adonner à son jardin et sa famille. Malgré cette déclaration sans équivoque, il obtient 31,6% des voix au second tour qui voit Charles Bosson être élu.
Engagement associatif
[modifier | modifier le code]Président départemental du Souvenir français
[modifier | modifier le code]Prenant la succession de ses grands anciens, illustres chefs des troupes alpines, les généraux Dosse et Doyen, Jean Vallette d'Osia devient délégué général du Souvenir français de Haute-Savoie le [62]. En 2019, les comités du Souvenir français de Savoie et Haute-Savoie lui ont rendu hommage lors d'une conférence de Jean-Olivier Viout à Challes-les-Eaux[63]
Depuis le , la Maison du combattant et de la Mémoire - 74 porte son nom[64].
Président départemental de la Croix Rouge Française
[modifier | modifier le code]Dès le début des années 60, Vallette d'Osia s'engage à la Croix-Rouge française comme bénévole et il devient président pour le département de la Haute-Savoie.
Membre actif de la Société des membres de la Légion d'honneur
[modifier | modifier le code]Son engagement actif est avéré jusqu'à sa mort au sein de la Société des membres de la Légion d'honneur[65], dans la section de Haute-Savoie. Il est présent sur de nombreuses cérémonies tout au long de ces années de retraite, d'autant plus remarquable après 1978 en portant sa grand-croix. Il est régulièrement contacté pour participer à des mémoires d'appui de candidature aux ordres nationaux, pour des anciens subordonnés ou pour justifier des services de certains Résistants de Haute-Savoie[66].
Mort
[modifier | modifier le code]Lors de ses obsèques, les autorités de l'État sont représentées durant la messe par le préfet, le général d'armée Bachelet, le chef de corps et les cors de chasse de la fanfare du 27e BCA et par des autorités militaires et civiles de la région.
A l'issue de la cérémonie religieuse, les honneurs militaires lui sont rendus par un piquet d'honneur du 27e BCA, tandis que le général Bachelet lit son éloge funèbre[67]. À la demande de Bernard Accoyer, le gouvernement et les députés présents à l'Assemblée nationale, respectent une minute de silence en son honneur.
Décorations
[modifier | modifier le code]En 1918, Vallette d'Osia est l'un des plus jeunes Français décoré de la Légion d'honneur à titre militaire, à l'âge de 19 ans. Il est aussi celui qui l'aura portée le plus longtemps, 82 ans, en étant décoré du grand cordon en 1978 par le président Valéry Giscard d'Estaing.
Grand-croix de la Légion d'honneur
Croix de guerre - (6 citations)
Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs (2 citations)
Croix de guerre - (6 citations)[68]
Médaille de la Résistance française, avec rosette (décret du )[69]
Médaille des évadés
Insigne des blessés militaires
Croix du combattant volontaire -
Médaille coloniale (avec agrafes "Maroc")
Médaille commémorative de la guerre -
Médaille interalliée de la Victoire
Médaille commémorative française de la guerre -
Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre
Publications
[modifier | modifier le code]- Jean Vallette d'Osia, Quarante-deux ans de vie militaire, 1916-1958 : 1916-1939, 1ère guerre mondiale - L'entre deux-guerres, Lyon, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, , 191 p. (ISBN 2-905230-45-2 et 978-2-905230-45-4, OCLC 419262241).
- Jean Vallette d'Osia, Quarante-deux ans de vie militaire, 1916-1958 : 1939-1945, 2ème guerre mondiale - Résistance - Libération, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, (ISBN 2-905-230-23-0 (édité erroné), OCLC 462483105).
- Jean Vallette d'Osia, Quarante-deux ans de vie militaire, 1916-1958 : 1945-1958, dans le secteur des Alpes, Lyon, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, , 152 p. (ISBN 2-905230-94-0 et 978-2-905230-94-2, OCLC 463845791).
- Louis La Bastie (Joseph-Marie-Louis, Capitaine), Sous la tenue bleue du 27e B.C.A., Edition P. Besacier, 1951. (Préface du général Jean Vallette d 'Osia)
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Paul-Denis du Péage, Recueil de généalogies lilloises. Tome 3 / par Paul Denis Du Péage,..., 1906-1909 (lire en ligne), p. 1130-1131.
- ↑ L’Action française, (lire en ligne) :
« Le lieutenant Jean Vallette d'Osia appartenait à la section d'étudiants d'Action Française de Versailles. Il faisait partie de nos groupements depuis le collège. »
- ↑ Jean Vallette d'Osia, Quarante-deux ans de vie militaire, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, volume 1, 1991, p. 11-79
- 1 2 Vallette d'Osia, volume 1, p. 83-129
- ↑ B. de Franqueville, Le processus d’innovation participative dans l’armée de Terre : exemple des troupes de montagne, Ecole de Guerre, 2025, p11
- ↑ Vallette d'Osia, volume 1, p. 171-172.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 1, p. 179-187.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 16.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 21.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 25-44.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 44-54.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 55. L’auteur commente, à propos des officiers de valeurs aux côtés de de Gaulle : « là, c'était une erreur, la suite ne l'a que trop montré, ils étaient peu nombreux »
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 57.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 58-59.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 57-74.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 74.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 75-76.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 76-77.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 83-86.
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- ↑ « Colette et Louise Périès, femmes résistantes en Haute-Savoie », sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, (consulté le )
- 1 2 SHD GR 16 P 200798 / Carton Louise Dunoyer
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 96-99.
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- ↑ SHD 16P462376 / Carton Jean-Joseph Peccoud
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- ↑ Jean-Louis Crémieux-Brilhac, « Glières (conférence 10/05/1994) », sur Fondation Charles de Gaulle, (consulté le )
- ↑ SHD GR16P289850 / Carton Georges Volland
- ↑ AN, 72 AJ/188/1, traduction de BOB. 56 déb., OKW 29.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 160-172.
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- ↑ Olivier Vallade, article maquis des Glières dans Dictionnaire historique de la Résistance Robert Laffont, 2006, p. 724-725
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 188-208.
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- ↑ Musée de la Résistance, « Affiche de recrutement FFI pour la Demi-brigade de la Drome »
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 219-295.
- ↑ Vallette d'Osia, volume 2, p. 257.
- ↑ « Colette et Louise Périès », sur Les services de l'État en Haute-Savoie (consulté le )
- ↑ Général Valette d'Osia, « La guerre en montagne », sur Bibliothèque du Service historique de la Défense, École Supérieure de Guerre, 1952
- ↑ « Notice provisoire sur le Combat de l'Infanterie en coopération avec les autres armes : Approuvé le 10 Mai 1951 sous le n° 3784 E. - M. F. A/G./3/E. G . Fascicule n° 6, Le Combat en montagne »
- ↑ B. de Franqueville, Le processus d’innovation participative dans l’armée de Terre : exemple des troupes de montagne, Ecole de Guerre, 2025, p12
- ↑ Vallette d'Osia, volume 3, p. ??.
- ↑ « Élections législatives de 1958 - 1ère circ. Haute-Savoie (74) : Premier tour, le dimanche 23 novembre 1958 », sur archelec.sciencespo.fr (consulté le )
- ↑ « Élections législatives de 1958, Haute-Savoie - 74, circonscription n°01 : profession de foi de Jean Vallette d'Osia », sur archelec.sciencespo.fr (consulté le )
- ↑ 2025_05_16_Titre de NOMI des délégués généraux depuis octobre 1943.pdf; Archives privées du Souvenir français - Haute-Savoie
- ↑ « 2019 - Hommage au Général Jean Vallette d'Osia Conférence », sur www.souvenir-francais-savoie.org (consulté le )
- ↑ UDAACM, « L'Union Nationale des Combattants 74 », sur UDAACM, (consulté le )
- ↑ SMLH, « Société des membres de la Légion d'honneur - Accueil », sur www.smlh.fr (consulté le )
- ↑ SHD cote 14 YD 2153 /
- ↑ Gilles Gamba, « amicale 27 et 67°BCA », sur amicale 27 et 67°BCA (consulté le )
- ↑ Eloge funèbre du général Valette d'Osia (lire en ligne)
- ↑ « - Mémoire des hommes », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Sources et bibliographie
[modifier | modifier le code]La plupart des ouvrages sur la résistance font référence à Vallette d'Osia sans donner beaucoup d'information sur son parcours.
Certains ouvrages plus spécialisés lui consacrent plusieurs pages voire un chapitre, notamment :
- Charles Rickard, La Savoie dans la Résistance, Ouest-France, 1986.
- Jean Mabire, La Bataille des Alpes, 1944-45, Presses de la Cité, 1986.
- Paul Dreyfus, Histoire extraordinaire de la Résistance, Stock, 2001.
- François Musard, Les Glières (), Robert Laffont, 1965.
- Michel Germain, Chronique de la Haute-Savoie pendant la Deuxième Guerre mondiale ( - ), La fontaine de Savoisienne.
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 14 YD 2153, GR 16 P 583682, FRSHD_PUB_00000355.pdf)
- Ressource relative aux militaires :
- Naissance en août 1898
- Naissance à Rennes
- Décès en février 2000
- Décès en Haute-Savoie
- Centenaire français
- Officier de Légion étrangère
- Résistant français
- Général français du XXe siècle
- Militaire français de la Première Guerre mondiale
- Militaire français de la Seconde Guerre mondiale
- Militaire français de l'armée de Vichy
- Militaire français de la guerre du Rif
- Grand-croix de la Légion d'honneur
- Titulaire de la croix de guerre 1914-1918
- Titulaire de la croix de guerre 1939-1945
- Titulaire de la croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs
- Titulaire de la médaille de la Résistance française
- Titulaire de la médaille de la Résistance française avec rosette
- Titulaire de la médaille des blessés de guerre
- Personnalité du Front national
- Histoire de la Haute-Savoie
- Grand Annecy
- Décès à 101 ans
- Élève de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr
- Personne détenue à la prison Montluc
- Personnalité de l'Action française