Jean Ray (écrivain)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jean Ray.
Page d’aide sur l’homonymie Pour l’article ayant un titre homophone, voir Jean Rey.
Jean Ray
Alias
John Flanders
Naissance
Gand, province de Flandre-Orientale, Drapeau de la Belgique Belgique
Décès (à 77 ans)
Gand, province de Flandre-Orientale, Drapeau de la Belgique Belgique
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français, néerlandais
Genres

Œuvres principales

Raymond Jean Marie De Kremer[1] est un écrivain belge bilingue, né le et mort le à Gand. Il écrit en français principalement sous le pseudonyme Jean Ray et en néerlandais souvent sous le pseudonyme John Flanders. Mais il a aussi usé de plusieurs dizaines d'autres pseudonymes et a, selon les éditions et rééditions, utilisé indifféremment l'un ou l'autre pseudo. Il est connu en français pour s'être largement consacré à la littérature fantastique, dont il est un des maîtres mais il a aussi beaucoup écrit pour la jeunesse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Arnaud Huftier, auteur de Jean Ray, L'alchimie du mystère (Encrages, 2010) et responsable de l'édition des textes dans leur version intégrale depuis mai 2016 (Alma éditeur), propose les repères biographiques suivants : « Jean Ray est né le 8 juillet 1887, à Gand, où il a fait ses études. En 1910, il entre dans l’administration communale de Gand, où il exercera divers emplois jusqu’en 1919. Parallèlement, à partir de 1909, il compose les chants français de différentes revues théâtrales flamandes, puis, à partir de 1910, des paroles de chansons. »

Lieu de naissance à Gand

C’est dans ce cadre qu’apparaît pour la première fois, en 1912, la signature Jean Ray, avec la partition Tarif d’amour (Gand/Paris: Oscar Berte/Max Eschig). Publication dans Gand XXe siècle/Gent XXste eeuw, en 1911 et 1913, sous la signature Raymond De Kremer, de ses deux premières nouvelles en français : « Sur la route » et « Le Voleur ». Le 17 février 1912, il se marie avec Virginie Bal, artiste de music-hall connue sous le nom de scène Nini Balta. Naissance le 7 juillet 1913 de leur fille unique : Lucienne De Kremer. Publication dans Ciné en 1919, sous le pseudonyme Jean Ray, de ses deux premières nouvelles fantastiques : « La vengeance » et « Le Gardien du cimetière ». Il va désormais vivre de sa plume.

À partir de 1920, il participe au Journal de Gand, puis, à partir de 1923, dirige L’Ami du Livre. Il y publie la plupart des nouvelles qui vont constituer son premier recueil, édité par La Renaissance du Livre en 1925 : Les Contes du whisky. Le 8 mars 1926, Raymond De Kremer est arrêté et inculpé de fraude. Mis en faillite, il est condamné à six ans et six mois de prison, et sera finalement libéré le 1er février 1929.

Le 23 juin 1928, apparition de la signature John Flanders dans la revue néerlandophone Ons Land. Il faut attendre la sortie de prison de l’auteur pour voir cette signature s’imposer dans La Revue Belge. Fin 1931, publication, sous signature Jean Ray, du recueil La Croisière des ombres aux Éditions de Belgique. À la suite de l’échec critique et commercial de ce volume, il va multiplier les collaborations : des récits pour la jeunesse, avec les presses de l’abbaye d’Averbode, ou pour la revue Bravo (où il utilise 166 pseudonymes) ; des nouvelles dans La Flandre Libérale, Mon copain, Prenez-moi, etc. ; des articles dans Les Débats, De Filosoof, Le Bien Public, De Dag, etc. ; des fascicules Harry Dickson à partir de 1932…

C’est l’époque la plus prolifique en publications : en 1936, il publie 96 fictions originales et près de 300 articles, alors qu’en 1937, ce sont 108 fictions originales et toujours quelque 300 articles… Retour du nom Jean Ray en temps de guerre, avec la publication aux Auteurs Associés des recueils Le Grand Nocturne (1942), Les Cercles de l’épouvante (1943), Les Derniers Contes de Canterbury (1944), ainsi que des romans Malpertuis (1943) et La Cité de l’indicible peur (1943).

Après la Seconde guerre mondiale, l’auteur reprend son activité de polygraphe, collaborant notamment à Audace, Le Petit Luron/‘t Kapoentje, Les Cahiers de la Biloque, Overal, Fiction, Het Volk, Tintin/Kuifje, Mystère-Magazine, Golf, etc., et publiant de nombreux romans pour la jeunesse.

En 1947, sortie aux Éditions de la Sixaine du recueil Le Livre des fantômes et de l’anthologie La Gerbe noire dirigée par Jean Ray. En 1961, publication chez Marabout du recueil Les Vingt-cinq meilleures histoires noires et fantastiques. Suivront, chez ce même éditeur, les recueils inédits Le Carrousel des maléfices (1964) et Les Contes noirs du golf (1964).

De 1963 à 1965 paraissent aux éditions Laffont quatre volumes trompeusement intitulés : Œuvres complètes. Dans le deuxième volume en 1964 figure notamment le roman inédit Saint-Judas-de-la-Nuit. Décès de Jean Ray à Gand, le 17 septembre 1964, à h 30.

Selon la légende qu'il a lui-même répandue à travers quelques interviews[2], et qui fut en grande partie entretenue par Henri Vernes, il se serait engagé comme marin et aurait fait le tour du monde, participant à la contrebande d'alcool durant la prohibition aux États-Unis. Cette version d'un Jean Ray bourlingueur et globe-trotter, contrebandier et pirate à bord du Fulmar est remise en cause par plusieurs biographes de l'auteur.

Parcours littéraire et professionnel[modifier | modifier le code]

En 1925, il fait paraître Les contes du whisky, son premier recueil de nouvelles. Il entame alors une collaboration plus ou moins anonyme avec plusieurs journaux et revues. C'est ainsi qu'il crée le pseudonyme de John Flanders en 1928. En 1932 paraît son deuxième recueil : La croisière des ombres qui ne connaîtra aucun succès. On peut raisonnablement penser que cet échec est le résultat de la médiatisation autour de son nom en 1927. Toujours en 1932, il s'investit dans la série de fascicules populaires : Harry Dickson ; il n'a pas créé la série à l'origine, il n'a été en fait — au début — que traducteur des aventures d'un « Sherlock Holmes américain », de l'allemand vers le néerlandais (apparition du nom de « Harry Dickson »), puis vers le français. À la longue, il finit par trouver les textes d'origine si médiocres qu'il obtient l'accord de son éditeur pour réécrire les histoires à condition qu'elles respectent le titre et le dessin de couverture des recueils originaux. 103 aventures seront ainsi entièrement de sa main sur les 178 fascicules parus.

Parallèlement, il collabore aux Éditions d'Averbode et publie des textes destinés à la jeunesse, aussi bien en français : Presto-Films qu'en néerlandais : Vlaamse Filmkens. Cette collaboration durera jusqu'à la fin de sa vie.
Viennent alors les années de guerre. Il fait partie d'un groupe d'écrivains qui s'associent pour pouvoir publier : « Les auteurs associés » et y publie son plus fameux roman, Malpertuis (1943), mais aussi : Le Grand Nocturne (1942), Les Cercles de l'épouvante (1943), La Cité de l'indicible peur (1943) et Les Derniers Contes de Canterbury (1944). Il ne cessera d'écrire jusqu'à sa mort le , dans sa ville natale de Gand. Au nombre de ses recueils s'ajoute une nouvelle série : Les Contes noirs du golf, série de récits noirs avec pour cadre le monde du golf, écrits pour un journal sportif.

Le centre ville de Gand

Au début des années 1960, Jean Ray annote avec Henri Vernes, le créateur de Bob Morane, un listing de toutes les aventures de Harry Dickson afin de préciser lesquelles étaient de sa plume. Il fait quelques erreurs, mais il gardera un excellent souvenir de ces aventures vieilles de trente ans.

Jean Ray a aussi été secrétaire de rédaction à l'hebdomadaire Bravo de 1936 à 1940 (cette publication paraissait alors exclusivement en néerlandais). Il y a écrit de nombreux contes ainsi que les scénarios de la série Edmund Bell, mise en images par le grand peintre expressionniste Frits van den Berghe. Après la guerre, il continue d'écrire pour la jeunesse dans plusieurs revues dont l'hebdomadaire Petits Belges. On peut retrouver des nouvelles en français dans le Journal de Mickey.

Réception de l'œuvre de Jean Ray[modifier | modifier le code]

Jean Ray occupe la place la plus importante au sein de l'école belge du fantastique. Son œuvre se caractérise surtout par des histoires peuplées de fantômes et de créatures de l'au-delà. La peur en est le moteur principal, ainsi que ce que cache chaque masque que porte tout individu et l'idée de la survivance des dieux. Son écriture baroque doit beaucoup au roman gothique anglais du XVIIIe siècle.

L'œuvre de Dickens a énormément influencé Jean Ray. Dickens est évoqué dans bon nombre de nouvelles ainsi que dans la série des Harry Dickson. Selon Jacques Van Herp et d'autres spécialistes, Jean Ray et Lovecraft ont été influencés par William Hope Hodgson.

Œuvres de Jean Ray[modifier | modifier le code]

Sous le nom de Jean Ray[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sous le nom de John Flanders[modifier | modifier le code]

Plaque Souvenir comme John Flanders au numéro 539 de Rooigemlaan à Gand.

Pseudonymes[modifier | modifier le code]

On prête à Jean Ray une bibliographie surabondante approchant 9 300 contes et nouvelles et 5 000 reportages, chroniques, critiques et textes divers. Les biographes reconnaissent avoir beaucoup de mal à reconnaître l'auteur qui usa largement de nombreux pseudonymes, en voici quelques-uns : Abrosius, Acker, Newton Baralong, B. Bachelor, Alix R. Bantam, Leslie Bram-Westlock, Gérard Bryne, Philip Clayson Jr, Martin J. Cross, Alphonse Denouwe, Eustache Gill-Banks, Lizzie Hattle, Telka-G. Haigh, W. Morton Haigh, Larssen Hegel, Warton Hepburns, Benjamin Herscher, Fritz Ichauson, Sidney Irving, W. W. Kolman, Lower Ritchard, John S. Meril, Marius Motin, Matt O’Monroy, Beryl Orths, William Preston, Werner Price, John M. Ray, John R. Ray, King Ray, Harold D. Raynes, Walt Reeves, Axel Reiss, Baldwin Ross-Marden, Alice Sauton, John Sailor, Sedgemoor, Richard Sherman-Wheel, Harry V. Smiles, J. White Stewart, R. M. Temple, S. Tombs, Reginald Turner, J. Terrence Vannes, Gustave Vigoureux, Harry D. Whale, Philip Waters Jr, Ethel M. Wright, Albin D. Young...

Jean Ray lui-même n'accordait aucune importance à l'usage de l'un ou l'autre de ses pseudos : ainsi, plusieurs récits initialement signés John Flanders ont été repris par lui dans des recueils signés Jean Ray (notamment dans Le Carrousel des maléfices, La Croisière des Ombres et Les Cercles de l'Épouvante).

Adaptations[modifier | modifier le code]

Alain Resnais envisage dans les années soixante d'adapter plusieurs aventures d'Harry Dickson. Il rencontre Jean Ray pour discuter de ce projet. Des repérages sont menés à Londres par Resnais et son équipe avant que le projet ne soit finalement abandonné.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

  • En 2003, l'illusionniste belge Christian Chelman lui a dédié Le Mauvais Lieu, conte magique inspiré de Malpertuis.
  • En 2008, pour le soixantième anniversaire de l'ouvrage Le Livre des fantômes, la revue de nouvelles canadienne Virages a publié un numéro thématique intitulé Mon fantôme à moi (d'après le titre de la première nouvelle du recueil de Jean Ray, où il introduit son lecteur au mystérieux petit homme au foulard rouge qui hanta son enfance).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Truchaud, Jacques Van Herp, Cahier Jean Ray, Editions de l'Herne, Cahiers de l'Herne, n° 38, Paris, 1980, 416 p.
  • Jean-Baptiste Baronian, Jean Ray, l'Archange fantastique, (Librairie des Champs Elysées, 1982).
  • Cahiers de l'Herne n° 38 : Jean Ray sous la direction de Jacques Van Herp et François Truchaud (Cahiers de l'Herne, 1981).
  • Jean Ray / John Flanders, Croisement d'ombres, sous la direction d'Arnaud Huftier et André Verbrugghen, Otrante, Art et littérature fantastiques no 14, automne 2003.
  • Jean-Baptiste Baronian et Françoise Levie, Jean Ray, une Bio-bibliographie tout en couleur (Éditions La Maison d'à Côté, 2010).
  • Henri Vernes, Jean Ray, 14, rue d'Or, La pierre d'Alun, 2016.
  • Les Fous de Jean Ray, numéro spécial de la revue Phénix, n°32, sous la dir. de Marc Bailly.

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Arnaud Huftier (2010), Jean Ray : L'Alchimie du mystère[3], édition Encrage, collection Travaux : 767 p. (ISBN 2251742433)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice sur la Bibliothèque nationale de France
  2. Revue mensuelle Mystère Magazine, no 41, juin 1951
  3. Jean Ray, l’insaisissable Article de www.lalibre.be, section culture/livres, 31 mai 2010