Jean Héritier

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Jean Héritier
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Jean Héritier, né au Vésinet le et mort à Versailles le , est un journaliste, écrivain, historien, militant royaliste et antisémite puis collaborationniste français.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Royalisme et antisémitisme[modifier | modifier le code]

Jean Héritier, le fils d'un dreyfusard, porte des initialement dans sa jeunesse des convictions sociales démocrates[1]. C'est la lecture de l'ouvrage d'Édouard Drumont La Fin d'un monde qui l'engage sur la voie de l'antisémitisme[2] : il pense dès 1913 que « la synthèse du national et du social » ne peut s'envisager que par « la solution préalable du problème juif et du problème maçonnique »[1].

Il enseigne la philosophie et de grec au collège de Nogent-le-Rotrou[3], rédige plusieurs ouvrages sur le XVIe siècle français et collabore à La Revue du siècle et aux Cahiers d'Occident[4].

Devenu royaliste, il fréquente l'Action française de Charles Maurras et est un des collaborateurs du quotidien du mouvement et de L'Étudiant français[5]. Mais en 1934, estimant que Maurras parle beaucoup mais ne fait rien[1], et dénonçant l'« anti-germanisme intégral » de ce dernier[6], il rompt avec éclat se détourne vers Hitler qui « [a] agi contre les Juifs » ce en quoi il voit une forme de fidélité à Drumont[1],[7]. Il collabore encore au Courrier royal du « comte de Paris » (1934) ainsi qu'à L'Insurgé de Jean-Pierre Maxence et Thierry Maulnier (1937)[5].

Collaboration[modifier | modifier le code]

Durant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat et plaide pour la collaboration avec une Allemagne qu'il définit comme « européenne et catholique dans son essence », tout en recherchant la réforme sociale, ce qui le fait classer à gauche chez les collaborateurs[8].

Il travaille pour l'antisémite Institut d'études des questions juives et ethnoraciales de George Montandon où il enseigne la littérature en compagnie d'Armand Bernardini qui y enseigne l'onomastique[9]. Il rédige de nombreux articles pour la presse collaborationniste, notamment dans Au Pilori[1], La Gerbe, L'Appel, Révolution nationale ou encore Je suis partout[10]. Il publie également dans l'Ethnie française une série d'articles sur « Les Juifs et l'ancienne France »[8].

Lors de l'avancée des Alliés en 1944, il se réfugie en août chez Déat quand les militants du RNP s'apprêtent à partir pour l'Est de la France puis l'Allemagne[8]. Présent parmi les exilés de Sigmaringen, Héritier s'y présente comme « chargé de la mission de restaurer les lys de France »[11] et convertit peu à peu l'ancien socialiste Déat à la monarchie[12].

Comme la plupart des exilés de Sigmaringen en fuite au moment de la Libération, il est condamné à mort « par contumace » mais sera rejugés après sa réapparition en France[3]. Héritier est arrêté en 1946 et interrogé le 2 juillet pour sa participation rédactionnelles à La Gerbe et à L'Appel ainsi que « pour sa participation à la direction d'un réseau de la Gestapo qui dénonça une dizaine de patriotes aux Allemands »[13]. La documentation ne fait pas état du verdict prononcé mais d'une manière générale, les condamnations des universitaires consiste en des peines d'emprisonnement d'une relative clémence[3].

Après la Libération, il est repris dans la liste - à usage interne - des « écrivains indésirables » du Comité national des écrivains[14]. Jean Héritier meurt à Versailles le 3 mars 1969[15].

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Trois erreurs politiques. Louis XVI, Robespierre, Napoléon ; suivies de Louis XVIII, éd. Librairie de France, 1932
  • Histoire de la Troisième République (2 vol.), éd. Librairie de France, 1932, 1933 (directeur)
  • Catherine de Médicis, éd. Fayard, 1940
  • Michel de l'Hospital, éd. Flammarion, 1943

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001 p.145
  2. voir à ce sujet J. Héritier, « Quand me fut révélé Drumont », in Au Pilori, 4 mai 1944, cité par S. Epstein, op. cit. 2001, p.145
  3. a b et c Claude Singer, L'université libérée, l'université épurée (1943-1947), éd. Les Belles Lettres, 1997, p.194
  4. Pierre-Marie Dioudonnat, Les 700 rédacteurs de « Je suis partout » : 1930-1944, éd. Sedopols, 1993, p. 49
  5. a et b Michel Leymarie et Jacques Prévotat, L'Action française : culture, société politique, éd. Presses Univ. Septentrion, 2008, p. 36
  6. Philippe Mège, Charles Maurras et le germanisme, éd. L'Aencre, 2003, p. 122
  7. Max Weinreich : Hitler et les professeurs, Éditeur : Belles Lettres, 2013, (ISBN 2251444696)
  8. a b et c Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001 p.146
  9. Henri Thyssens, Robert Denoël, éditeur, Chronologie : 24 mars 1943, n.d., site internet en ligne
  10. Deux articles à Je suis partout : « La leçon de Frédéric le grand », 12 mai 1944 ; « D'un préjugé à l'imposture », 21 juillet 1944 ; cités par P.-M. Dioudonnat, op. cit. 2003, p. 49
  11. Henry Rousso, Pétain et la fin de la collaboration : Sigmaringen, 1944-1945, éd. Complexe, 1984, p. 58
  12. André Brissaud, Pétain à Sigmaringen (1944-1945), éd. 1966, p. 201
  13. André Halimi, La délation sous l'occupation, éd. L'Harmattan, 2003, p. 267
  14. Pierre Assouline, L'épuration des intellectuels, éd. Complexe, coll. « La mémoire du siècle », 1985, p.161
  15. Roland Gaucher et Philippe Randa, Rescapés de l'épuration. Vol. I : Le journal de guerre de Marcel Déat, éd. Dualpha, 2002, p.123

Liens externes[modifier | modifier le code]