Jean Delay (évêque)

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Jean Delay
image illustrative de l’article Jean Delay (évêque)
Monseigneur Jean Delay
Biographie
Naissance
Lorette
Ordination sacerdotale
Décès (à 86 ans)
Vernaison
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale par le
card. Louis-Joseph Maurin
Archevêque de Marseille
Évêque de Marseille

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Jean Delay, né à Lorette (Loire) le et mort à Vernaison (Rhône) le a été évêque de Marseille de 1937 à 1956.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille d'industriels de la Loire, Jean Delay est né à Lorette le . Il fait ses études chez les pères maristes à Saint-Chamond puis au séminaire français de Rome. Il est ordonné prêtre pour le diocèse de Lyon en octobre 1902.

Famille[modifier | modifier le code]

Mgr Delay est le frère cadet de Maurice Delay, chirurgien puis maire de Bayonne. Mgr Delay est l'oncle de Jean Delay, psychiatre et neurologue, de l'Académie française, et le grand-oncle de Florence Delay, écrivaine, de l'Académie française et de Claude Delay, psychanalyste et écrivaine.

Prêtre diocésain[modifier | modifier le code]

D'abord vicaire il se voit rapidement confier la responsabilité de créer la paroisse de La Valette en périphérie de Saint-Chamond dont il est curé. Précurseur en matière de protection sociale il participe en 1922 à la fondation de la Mutuelle du clergé de Lyon, plus tard dénommée La Primatiale et membre du mouvement des catholiques sociaux réuni par Marius Gonin[1]. En 1924 il devient vicaire général de Mgr Louis-Joseph Maurin, archevêque de Lyon.

Dès 1926, il assure la gestion du sanatorium du clergé de France, installé à Thorenc (Andon, Alpes-Maritimes) étant le président de la Mutuelle diocésaine Rhône et Loire et le fondé de pouvoir de l’Association du sanatorium du clergé jusqu'à la vente du domaine en 1950 à l’hôpital général de la Charité de Grasse. Ce domaine de 20 hectares comprenant le château de Bas-Thorenc est en effet acheté en 1926 pour les soins et la guérison des prêtres tuberculeux. Le sanatorium est ouvert le . Sous son impulsion, les locaux, rapidement devenus trop exigus sont agrandis. Les nouveaux bâtiments sont inaugurés en 1937 par le cardinal Jean Verdier, archevêque de Paris[2]. Le suivi médical est placé sous la direction de la Société médicale de Saint-Luc. La Seconde guerre mondiale et l’évolution des soins antituberculeux grâce à l'antibiothérapie naissante, mettent fin aux activités du sanatorium[3].

Évêque[modifier | modifier le code]

En 1928, il est nommé évêque auxiliaire de Mgr Louis-Joseph Maurin cardinal archevêque de Lyon, en résidence à Saint-Étienne. Au décès du cardinal en 1936, il assure la charge de vicaire capitulaire durant la vacance du siège. Il est nommé au siège épiscopal de Marseille le 15 août 1937 et y demeure jusqu’en 1956. Sous son épiscopat débute à Marseille, la Mission ouvrière en 1941, des prêtres insérés en paroisse dans le nord de la ville et dans la vallée de l'Huvaune, deviennent prêtres au travail.

Le , Mgr Delay consacre l’église du Sacré-Cœur à Marseille et y dit la première messe. Par une bulle du , le pape Pie XII érigea l’évêché de Marseille en archevêché. Le nonce apostolique Mgr Angelo Roncalli, futur pape Jean XXIII, présida le la cérémonie d’intronisation du nouvel archevêque en présence de Mgr Louis Paul Rastouil, évêque de Limoges, et de Mgr Biéchy, vicaire apostolique de Brazzaville[4].

En 1952, un synode diocésain prend en compte la place nouvelle du laïcat et l'évolution des communautés chrétiennes [1]. Dans un souci de rapprocher l’Église du prolétariat, l’expérience des prêtres ouvriers avait été lancée à Marseille, mais dès 1953 Mgr Delay décide de rappeler les prêtres ouvriers de son diocèse[5]. Durant son épiscopat, outre l'église du Sacré-Cœur, Mgr Delay a consacré plusieurs nouvelles églises comme Sainte Louise de Marillac à Bois-Luzy en 1939, Saint Maurice à Pont-de-Vivaux en 1941 et érigé de nouvelles paroisses comme Sainte Rita aux Trois-Lucs ou Saint Jean Bosco au Redon[1].

Retraite et mort[modifier | modifier le code]

Le , Mgr Delay, âgé de 77 ans, confronté à l'extrême lourdeur de sa charge, démissionne pour raison de santé.

Le 20 avril 1958, il baptise le prince héritier Albert de Monaco dans la cathédrale de l'Immaculée Conception de Monaco, avant que celui-ci ne soit présenté au balcon du Palais au peuple de Monaco, par le Prince Souverain Rainier III de Monaco, son père, et Grace Kelly, sa mère[6].

Il décède le dans la maison des prêtres de Saint François de Sales à Vernaison (Rhône) qu'il avait fondé dans le diocèse de Lyon[1].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Il dirige donc l’Église de Marseille pendant la période particulièrement éprouvante et difficile de la Seconde Guerre mondiale. Après la défaite de la France, Mgr Delay exprime sa désolation : « Comment traduire nos angoisses, nos déceptions, notre immense tristesse devant le destin douloureux de notre chère patrie ? »[7].

Au début de l’occupation, comme beaucoup de Français, il accorde une certaine confiance au régime de Vichy. À la suite à l'explosion d'une bombe dans la Grande Synagogue de Marseille le 19 mai 1941[8], il écrit une lettre au Grand Rabbin Israël Salzer de Marseille pour lui exprimer son indignation[9],[10]. Les Forces françaises libres ont transmis clandestinement cette lettre aux pays anglophones, où elle a été ainsi traduite : « My dear Grand Rabbi: I wish to express my deep indignation at the criminal and cowardly act committee (sic) last night against the synagogue of Marseilles. Our moral sense cries out against such an outrage and all Frenchmen loving peace which is so vital in these trying times must condemn it and hope that it will be properly punished. »

Très inquiet des arrestations des juifs, il proteste vigoureusement en particulier le dans une lettre pastorale rendue publique qui prit une ampleur nationale : « Arrêter en masse, uniquement parce qu’ils sont juifs et étrangers, des hommes, des femmes et des enfants qui n’ont commis aucune faute personnelle, dissocier les membres d’une même famille et les envoyer peut-être à la mort, n’est-ce pas violer les lois sacrées de la morale et les droits essentiels de la personne humaine et de la famille, droits qui viennent de Dieu ? » »[11]. Il manifeste encore sa désapprobation lors des violences faites aux habitants expulsés du quartier du Panier lors de la rafle de Marseille en janvier 1943, dont 782 juifs qui seront déportés à Sobibor[12].

C’est en vertu de cette position courageuse que Jacques Chirac, Président de la République française, a pu dire lors de l’inauguration de la clairière des Justes à Thonon-les-Bains : « Justes Mgr Saliège à Toulouse, Mgr Delay à Marseille, le pasteur Boegner et tant d’autres qui, profondément blessés dans leur foi et leur dignité de chrétiens, réagirent publiquement et tentèrent d’intervenir auprès des autorités de Vichy. » [13]. Son engagement en faveur des juifs a facilité celui des chrétiens et religieux marseillais (Père Marie-Benoît, dominicains dont le père Joseph-Marie Perrin, sœurs de Sion[14]) et l'a fait reconnaître Juste parmi les Nations par le mémorial de Yad Vashem le 30 juin 2014[15].

Lors des combats de la libération de Marseille en août 1944, la résidence épiscopale se trouve au milieu du champ de bataille pour la prise de la colline de la Garde et de la Basilique Notre-Dame-de-la-Garde. MgrDelay soigne les blessés dans le jardin même de sa résidence, laquelle se trouve incendiée par le feu d'un char touché à proximité[1]. Le il peut enfin présider la cérémonie d'action de grâce dans cette basilique[16] en présence du général de Montsabert libérateur de Marseille à la tête de la 3e division d'infanterie algérienne.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Les armoiries de Mgr Delay se blasonnent : d'azur à deux palmes d'argent passées en sautoir accompagnées en cœur d'une étoile rayonnante du même, au chef de gueules chargé d'un griffon passant et d'un lion passant affrontés, tous deux d'argent.

La devise en est Parare Domino plebem perfectam (préparer au Seigneur un peuple parfait). Le cri surmontant le chapeau est Stella duce (sous la conduite de l'Étoile)[1].

Hommages et Distinctions[modifier | modifier le code]

Mgr Jean Delay est élu à l'Académie de Marseille en 1949. Il est Officier de la Légion d'honneur Officier de la Légion d'honneur.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Cormier, Armorial et sigillographie des évêques et archevêques de Marseille au XXe siècle, Archives diocésaines de Marseille, Marseille, 2007, pages 207-208. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Académie de Marseille, Dictionnaire des marseillais, Edisud, Marseille, 2001, page 117 (ISBN 2-7449-0254-3).
  • Jean Rémy Palanque, Le diocèse de Marseille, Letouzey & Ané, Paris 1967, pages 288-292.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Armorial et sigillographie des évêques et archevêques de Marseille au XXe siècle, Marseille, Archives diocésaines de Marseille, , 225 p., p. 207-208.
  2. « Le sanatorium du clergé de Thorenc (Alpes-Maritimes) », Marseille (consulté le 21 décembre 2017).
  3. Octave Pasteau, « Sanatorium du clergé de France. Note sur l'assistance médicale aux séminaristes et prêtres soignés à Thorenc », Sanatorium du clergé de France, Paris, H. Baguenier-Desormeaux,‎ s.d., p. 1.
  4. Pierre Guiral et Paul Amargier, Histoire de Marseille, Mazarine, (ISBN 2-86374-078-4), p. 329.
  5. Pierre Andreu, Histoire des prêtres ouvriers, Paris, Nouvelles Éditions Latines, coll. « Collection itinéraires », , 255 p. (ISSN 1766-8565), p. 104-105.
  6. Véronique André, Palais de Monaco : À la table des princes, Hachette Pratique, , 224 p. (ISBN 978-2-0123-1776-5, lire en ligne), p. 160
  7. Jean Rémy Palanque, Le diocèse de Marseille, Paris, Letouzey & Ané, coll. « Histoire des diocèses de France », (ISSN 0336-0520), p. 288.
  8. (en) « Bomb explosion in Marseilles », The Canberra Times,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  9. Sylvie Bernay, L'Eglise de France face à la persécution des juifs: 1940-1944, Paris, CNRS Éditions, coll. « CNRS histoire », , 528 p. (ISBN 978-2-271-07153-8).
  10. (en) « French Bishop Protests Marseilles Synagogue Bombing », sur Jewish Telegraphic Agency, (consulté le 20 décembre 2017).
  11. André Sauvageot, Marseille dans la tourmente, Paris, Éditions Ozanne, , 315 p., p. 157.
  12. « Janvier 1943 les rafles de Marseille », sur Jewishtraces, (consulté le 20 décembre 2017).
  13. Archives de la présidence de M. Jacques Chirac, interventions, Lettres et messages, 1997, 2 novembre.
  14. Madeleine Comte, De la conversion à la rencontre. Les religieuses de Notre-Dame de Sion (1843-1986), vol. 35, t. 1, Paris, L'Harmattan, coll. « Archives Juives », , 144 p. (ISBN 2251694110, file:///C:/Users/Utilisateur/Downloads/AJ_351_0102.pdf), p. 107.
  15. « Delay Jean, dossier n°12701 », sur Yad Vashem France, (consulté le 20 décembre 2017).
  16. Notre-Dame de la Garde, Bataille et délivrance, 15-28 août 1944, Lyon, M. Lescuyer et Fils, , 63 p..