Jean Couy

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Jean Couy
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Naissance

Paris
Décès
(à 73 ans)
Paris
Nom de naissance
Jean François Alexandre Couy
Nationalité
Drapeau : France Française
Activité
Artiste peintre, dessinateur, graveur
Formation
Maître
Antoine François Dezarrois
Mouvement
Conjoint
Marguerite Couy

Jean Couy est un artiste peintre, dessinateur et graveur (burin de 1945 à 1962, eau-forte et linogravure à partir de 1963) français né le 11 avril 1910 à Paris. Artiste abstrait lyrique appartenant à la Nouvelle école de Paris et à qui l'on doit également des cartons de tapisseries et des illustrations bibliophiliques, il vécut en partage entre le 17, rue Campagne-Première, dans le 14e arrondissement de Paris, et la commune de Saint-Léon (Allier). Il est mort le 30 novembre 1983 à Paris et est inhumé, avec son épouse Marguerite, à Saint-Léon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le lycée Lakanal de Sceaux où Jean Couy enseigna le dessin en 1945

Fils unique de commerçants exerçant dans le Marais (lui breton, elle normande), conservant à jamais en mémoire une longue maladie qui, à l'âge de huit ans, l'immobilise en même temps qu'il s'y nourrit de lectures et de rêves, Jean Couy, à l'âge de quinze ans, suit ses parents dans une nouvelle installation à Chatou où il est commis épicier en même temps qu'il commence à pratiquer le dessin avec ferveur dans des flâneries en solitaire sur les berges de la Seine.

Jean Couy est de 1930 à 1934 élève du graveur Antoine François Dezarrois à l'École nationale supérieure des beaux-arts[1], commençant simultanément à pratiquer la peinture de façon indépendante. C'est l'époque où il rencontre Marguerite Bayon, également étudiante à l'École des beaux-arts où elle fréquente pour sa part l'atelier de gravure de Jacques Beltrand[1], qui deviendra son épouse en 1934 et qui lui fera découvrir Saint-Léon, dans l'Allier, où elle conserve des attaches familiales[2] : le couple fera du village son autre lieu de vie, Jean Couy s'y aménageant plus tard un second atelier. Le jardin de l'artiste à Saint-Léon que, « sa vie durant, il arpenta, cultiva et peignit », sera ainsi perçu par son biographe Jacques Leenhardt comme « l'espace expérimental situé entre l'incontrôlable effervescence végétale et l'ordonnancement des allées et des tailles qui nourrit toute l'œuvre de Couy », comme « le théâtre même devant lequel l'artiste, assis sur son banc, se laisse pénétrer par le spectacle de l'art »[2].

En 1935, Jean Couy est nommé professeur de dessin au lycée de garçons de Rennes, aujourd'hui lycée Émile-Zola. Mobilisé dans les chars en Lorraine en 1939, il refusera de participer à toute manifestation artistique pendant l'Occupation. Son atelier de Rennes est totalement détruit dans les flammes lors des bombardements qui accompagnent la libération de la ville en 1944.

De retour à Paris en 1945, Jean et Marguerite Couy s'installent définitivement dans le quartier du Montparnasse. Nommé alors professeur de dessin au lycée Lakanal de Sceaux, Jean Couy renoue avec la gravure, exposant dès 1945 au Salon de la jeune gravure contemporaine auquel il demeurera fidèle toute sa vie. Sa première exposition personnelle à Paris, à la Galerie Breteau, a lieu en 1950. De 1951 date son amitié pour Roger Bissière et son fils Marc-Antoine Louttre (qui plus tard adoptera la signature de Louttre.B) auprès de qui il effectuera plusieurs séjours à Boissiérette, de 1958 son expérience de la tôle émaillée auprès de Jean et Élisabeth Deville à Charleville-Mézières.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Classer Jean Couy[modifier | modifier le code]

Si Jean Couy est défini comme un peintre et graveur de l'abstraction lyrique[1] ou de l'expressionnisme abstrait[3], cette approche est tempérée par Jean-Pierre Delarge qui range l'artiste dans l'abstraction impressionniste au début des années 1950 pour le voir revenir, à la fin de la décennie 1960, vers une figuration où le végétal domine, avec « des géométries planes étalées entre les bosquets et les futaies et traitées en sépia qui le disputent au violacé »[4]. Alors qu'en 1967 Georges Boudaille observe qu'ainsi « il est tenu à l'écart aussi bien par les purs abstraits, qui ne peuvent admettre l'inspiration bucolique de ses tableaux, que par le clan figuratif, radicalement opposé à la formulation d'une pensée en peinture par des moyens spécifiquement plastiques »[5], René Huyghe et Jean Rudel peuvent, en 1970, situer Jean Couy avec Gérald Collot, Géula Dagan, Olivier Debré, Paul Kallos, Robert Lapoujade et Georges Romathier du côté d'une « synthèse pure » où le souci de l'artiste « n'est plus de représenter une nature imitée, copiée, mais de fixer une perception du monde au centre des éléments »[6]. Dans cette même voie, au terme d'abstraction pure Lydia Harambourg substitue celui de « figuration stylisée »[7], Gérard Xuriguera parlant pour sa part de « figurations douces, enrichies de leur passage par l'abstraction » où il situe Jean Couy, aux côtés de peintres comme Claude Garache, François Jousselin, Louttre.B, Xavier Valls ou Jacques Vimard, dans une « approche de l'observé non inféodée au document photographique, non objectivisée par l'œil enregistreur d'un regard froid », dans ce charme qui, « d'après Vladimir Jankélévitch, est non seulement toujours absent et toujours ailleurs, mais en outre perpétuellement plus tard »[8].

Contributions bibliophiliques[modifier | modifier le code]

  • Henri Classens, Aux portes de l'imaginaire, dix-sept eaux-fortes originales de Jean Couy, deux cent quatre-vingt cinq exemplaires numérotés, Éditions de la Caravelle, 1952.
  • Alfred de Musset, Historien om en vit trast (histoire du merle blanc), burins originaux de Jean Couy, Bibliofile Klubben, Stockholm, 1952.
  • Arthur de Gobineau, Livet pa resa, burins originaux de Jean Couy, Bibliofile Klubben, Stockholm, 1953.
  • Selma Lagerlof, Le merle blanc, burins originaux de Jean Couy, La Maison du chagrin, 1953.
  • Jules Laforgue, Quelques poèmes, vingt burins originaux de Jean Couy, cent soixante exemplaires numérotés, Bibliophiles et graveurs d'aujourd'hui, 1958.

Expositions personnelles[modifier | modifier le code]

  • Galerie des beaux-arts, Rennes, 1946, 1962[2].
  • Galerie Breteau, Paris, 1950[7].
  • Galerie Le Cercje, Paris, 1956[2].
  • Galerie Synthèse, Paris, 1958, 1961, 1964, 1966[7].
  • Jean Couy - Gravures et gouaches, Fantasy Gallery, Washington, 1958.
  • Jean Couy - Jardins, Galerie Synthèse, Paris, 1959[9].
  • Jean Couy - Gravures, Galerie Landwerlin, Strasbourg, 1959.
  • Galerie Badan, Genève, 1959.
  • Jean Couy - Gouaches et pastels, Galerie Bridel, Lausanne, 1959.
  • Musée Cantini, Marseille, 1961.
  • Galerie Diario de Noticias, Lisbonne, 1962[2].
  • Galerie Trudi Oberli, Ronca Haus, Lucerne, 1962.
  • Jean Couy - Gravures, château d'Orvalée (Allier), 1970[2].
  • Galerie Bongers, Paris, 1969, 1971, 1975[2].
  • Galerie Le Soleil dans la tête, 1975, octobre 1977[2].
  • Jean Couy - Œuvres de 1950 à 1970, Galerie Protée, Paris, 1989[2].
  • Galerie Lanel, Honfleur, 1989[2].
  • Galerie Gloux, Concarneau, 1989[2].
  • Jean Couy, rétrospective, Musée (Villa Médicis) de Saint-Maur-des-Fossés, avril-juin 1990, décembre 2008[10].
  • Jean Couy - Gravures, dessins, MUDO - Musée de l'Oise, Beauvais, mai-septembre 1991.
  • Jean Couy - Dessins, estampes, château de Nemours, mai-septembre 1994.
  • Jean Couy, peintures et dessins - Rétrospective, Espace Saint-Jean, Melun, octobre 2008 - janvier 2009[11],[12].
  • Jean Couy - Œuvres sur Papier, Galerie Zart 03, Jaligny-sur-Besbre, septembre-novembre 2010.
  • Hommage à Jean Couy, La Galerie, esplanade Napoléon-III, Vichy, septembre-novembre 2010[13].
  • Maison à Pondalez, Morlaix, octobre 2017 - avril 2018[14].

Expositions collectives[modifier | modifier le code]

Réception critique[modifier | modifier le code]

  • « Partant du motif concret, diffusant la lumière à l'extrême, Jean Couy parvient au non-figuratif. Une peinture d'une poésie délicate, équilibrée, saine, fraîche, d'une subtile finesse linéaire, atteignant la transparence par l'élégance des tons employés, presque pastellisés ; bleu, orange, beige, tel est en général son chromatisme. » - Henry Galy-Carles[9]
  • « Sa peinture doit beaucoup à sa gravure. Tant dans le sujet que dans sa facture, sa technique. Imagier, Jean Couy cherche dans la gravure l'accord le plus juste des noirs et blancs, son dessin module la lumière qu'il crée, qu'il circonscrit, qu'il enveloppe d'ardeur végétale, de plans d'ombres. » - Jean-Jacques Lévêque[19]
  • « La figuration stylisée, voire transposée, ne dissimule pas l'exigeante discipline plastique qu'il s'impose. D'où son travail sur le noir et blanc et la pratique quasi-exclusive du burin. Il parvient à un assouplissement des rythmes qui naît de stries répétitives. Cette structure, il la transpose dans ses huiles, dans lesquelles il lui faut allier construction et couleurs. Sa palette très personnelle privilégie la gamme des ocres, des verts rehaussés de rouges et de bleus. Inspiration lyrique et poétique traduite en termes plastiques purs pour évoquer des paysages dictés par la réalité mais toujours repensés. Avec les années, la lumière introduit une nouvelle dimension. » - Lydia Harambourg[7]
  • « Couy n'a jamais peint le spectacle qui s'offrait à lui parce qu'aucun spectacle ne s'offre. Toute chose qui est vue est construite, confusément d'abord dans la mémoire, sciemment ensuite, sur le tableau. Alors autant le savoir et construire vraiment sa vision, et aucun peintre n'a construit autant ses paysages que Jean Couy. Sans doute dira-t-on que ceux de Jacques Villon sont plus géométrisés, que ceux de Claude Monet sont plus unifiés, que ceux de... Pourtant, aucun paysagiste n'a poussé plus loin que Jean Couy la volonté de construire. » - Jacques Leenhardt[2]
  • « Jean Couy reste attaché à la réalité ou tout au moins au souvenir du regard qu'il planifie selon les rythmes équilibrés de l'abstraction... Ses œuvres, fondées sur la réalité, cherchent à unir plastique et poétique. L'abstraction n'est pas son but premier, lui-même avoue ne pas être un véritable abstrait, mais avoir bénéficié de la liberté du geste et de la couleur qui lui a permis l'abstraction. » - Alain Pizerra[1]

Musées et collections publiques[modifier | modifier le code]

Collections privées[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Lors de la Biennale de l'estampe de Saint-Maur l'Association des Amis de Jean Couy décerne tous les deux ans un Prix Jean-Couy, créé en 2014 et réservé aux jeunes graveurs de moins de 40 ans .

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Dictionnaire Bénézit, Jean Couy (article d'Alain Pizerra) et Marguerite Couy, Gründ, 1999, tome 4, page 45.
  2. a b c d e f g h i j k l et m Jacques Leenhardt, Jean Couy, Les Éditions de l'Amateur, 1993.
  3. Aurélie Guénolé, Jean Couy, échappées libres, mémoire, Espace Saint-Jean, Melun, 2008.
  4. Jean-Pierre Delarge, Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, Gründ, 2001, page 290.
  5. Georges Boudaille, « Jean Couy », Cimaise, n°67, janvier-février 1967.
  6. René Huyghe et Jean Rudel, L'art et le monde moderne, Larousse, 1970, tome 2, page 323.
  7. a b c et d Lydia Harambourg, L'École de Paris, 1945-1965 - Dictionnaire des peintres, Ides et Calendes, 1993, page 124.
  8. Gérard Xuriguera, Regard sur la peinture contemporaine, Arted, 1983, pages 152-154.
  9. a et b Henry Galy-Carles, « Les expositions : Jean Couy », Journal de l'amateur d'art, n°230, 25 avril 1959, page 16.
  10. Le Parisien, Saint-Maur-des-Fossés : rétrospective de l'œuvre de Jean Couy, 28 décembre 2008
  11. Arts Infos, Jean Couy, peintures et dessins - Rétrospective, présentation de l'exposition, Melun, 2008
  12. Agence Germain Pire, Jean Couy, peintures et dessins - Rétrospective, présentation de l'exposition, Melun, 2008
  13. « Vichy : Jean Couy et l'indicible vibre », La Montagne, 19 septembre 2010
  14. Les musées de Morlaix, Jean Couy à la Maison à Pondalez, présentation de l'exposition
  15. Patrick-F. Barrer, L'histoire du Salon d'automne de 1903 à nos jours, Arts et Images du Monde, 1992.
  16. a et b Françoise Woimant, Marie-Cécile Miessner et Anne Mœglin Delcroix, De Bonnard à Baselitz - Estampes et livres d'artistes, B.N.F., 1992.
  17. « Saint-Léon : une exposition de gravures en mairie », La Montagne, 27 octobre 2012
  18. Cap Magellan, Vingt graveurs, Portugal, France, présentation de l'exposition
  19. Jean-Jacques Lévêque, Jean Couy, Le Territoire de l'œil, 1976.
  20. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "La rivière" de Jean Couy dans les collections
  21. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Printemps" de Jean Couy dans les collections
  22. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "La fin du jour" de Jean Couy dans les collections
  23. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Le temps passe" de Jean Couy dans les collections
  24. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Flacons" de Jean Couy dans les collections
  25. Musée d'art moderne de la ville de Paris, "Petit jardin" de Jean Couy dans les collections
  26. Musée de Saint-Maur-des-Fossés, présentation des collections
  27. Cuming Museum, Jean Couy dans les collections
  28. Université catholique d'Amérique, Jean Couy dans les collections
  29. Binoche, commissaire-priseur, catalogue de la collection Jean Dausset, Hôtel Drouot, Paris, 8 juillet 1999.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Salmon, Jean Couy, Éditions de la Galerie Breteau, 1950.
  • Jean-Albert Cartier, « Jean Couy, paysagiste du mystère », Aesculape, février-mars 1962.
  • Georges Boudaille, « Jean Couy », Cimaise, n°67, janvier-février 1967.
  • René Huyghe de l'Académie française et Jean Rudel, L'art et le monde moderne, tome 2, Larousse, 1970.
  • Jean-Jacques Lévêque, Jean Couy, Le Territoire de l'œil, 1976.
  • Jean-Louis Pradel, Jean Couy, Éditions Galerie Le Soleil dans la tête, 1977.
  • Jean-Jacques Lévêque, Roy Adzak, Samuel Buri, Jean Couy, Paul-Armand Gette, Moris Gontard, Ferit Iscan, Alain Lestié, Ivan Theimer, Raymond Waydelich à la Biennale de Venise, Éditions de l'Association française d'action artistique, 1978.
  • Gérard Xuriguera, Regards sur la peinture contemporaine, Arted, 1983.
  • Alain Bourdon, Jean Couy, un peintre du silence, Les Éditions de l'Amateur, 1983.
  • Bernadette Boustany, Isabelle Defert et Nadia Bonini, Jean Couy, 1910-1983 - Gravures, peintures, dessins, Éditions du Musée de Saint-Maur, 1990.
  • « Jean Couy », Nouvelles de l'estampe, n°110, 1990.
  • Josette Gallègue (avant-propos de Marie-José Salmon, préface de Jean-Jacques Lévêque), Jean Couy, 1910-1983, Éditions du Musée départemental de l'Oise, 1991.
  • Françoise Woimant, Marie-Cécile Miessner et Anne Mœglin-Delcroix, De Bonnard à Baselitz, estampes et livres d'artistes; B.N.F., 1992.
  • Patrick-F. Barrer, L'histoire de Salon d'automne de 1903 à nos jours, Arts et Images du Monde, 1992.
  • Lydia Harambourg, L'École de Paris, 1945-1965 - Dictionnaire des peintres, Ides et Calendes, 1993.
  • Jacques Leenhardt, Jean Couy, Les Éditions de l'Amateur, 1993.
  • Marguerite Couy, Claudie Puglieri-Conti et Jean-Bernard Roy, Jean Couy - Dessins, estampes, Éditions du château-musée de Nemours, 1994.
  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Gründ, 1999.
  • Jean Couy, Carnets de croquis, Éditions de l'Association des amis de Jean Couy, 2000.
  • Jean-Pierre Delarge, Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, Gründ, 2001 (lire en ligne).
  • Aurélie Guénolé, Jean Couy (1910-1983), l'impressionnisme abstrait, Master recherche histoire et critique des arts, art contemporain, Université Rennes-II, 2007.
  • Bernadette Boustany et Émile Ruffin, Jean Couy - Images enchantées, Éditions du Musée de Saint-Maur-des-Fossés, 2008.

Radiophonie[modifier | modifier le code]

  • Émission Pont des arts, interview de Jean Couy par Michel Bydlowsky, France-Culture, 7 mai 1983.

Liens externes[modifier | modifier le code]