Jean Carmignac

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Jean Carmignac
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Jean Carmignac.

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L'abbé Jean Carmignac (1914 – 1986 à Paris) est un prêtre catholique séculier français qui a consacré sa vie à l'étude des Manuscrits de Qumrân et des textes des évangiles.

Biographie[modifier | modifier le code]

Qumrân[modifier | modifier le code]

Dès le séminaire, il avait commencé l'étude de l'hébreu. En 1955, une bourse d'étude lui avait permis de faire un séjour à l'École biblique et archéologique française de Jérusalem. Là, il s'intéressa aux Manuscrits de Qumrân récemment découverts et fut un des premiers à participer à leur publication en français ; depuis lors, il ne cessa de les comparer aux textes des évangiles, en tirant des conclusions d'un grand intérêt.

Carmignac fonda en 1958 la Revue de Qumrân, qu'il dirigea jusqu'à sa mort et qui continue après lui à publier les études des spécialistes de ces questions.

La naissance des Évangiles synoptiques[modifier | modifier le code]

Carmignac estimait que l'hébreu et l'araméen, tels qu'on les écrivait à Qumrân entre le IIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle, étaient les langues que Jésus avait pratiquées. Afin de faciliter la comparaison entre l'évangile de Marc et certains textes esséniens, il eut, vers 1963, l'idée de traduire cet évangile sous forme de rétroversion, c'est-à-dire du grec vers l'hébreu. « Au bout d'une journée de travail, écrit‑il, je fus ébahi de ce que je pressentais, je me suis rendu compte que sans aucun doute, saint Marc avait été écrit en hébreu. Les mots sont grecs mais la structure des phrases est hébraïque ».

Cette hypothèse, en rupture avec le consensus des spécialistes, orienta une grande partie de son activité et de ses recherches autour du texte des trois évangiles synoptiques. Elle l'amena à corriger certaines erreurs et divergences qui semblaient exister entre ces trois textes, erreurs dues selon lui à une mauvaise lecture du texte hébreu primitif, non vocalisé au Ier siècle. Pour assurer ses positions, il rechercha dans les bibliothèques du monde entier les rétroversions hébraïques des évangiles qui avaient été faites avant lui. Il en trouva des centaines et commença à publier les plus complètes. Il en arriva ainsi à la conclusion que, contrairement à ce que l'on professait depuis le tout début du XXe siècle, les évangiles selon Matthieu et selon Marc ainsi que les documents utilisés par Luc avaient été écrits dans une langue sémitique. Il propose l'hébreu à une date proche de la mort et de la résurrection de Jésus, montrant que les évangiles offrent les paroles et les actes mêmes du Christ et ne sont pas le produit de communautés pieuses du tournant du IIe siècle, ce qui laisserait à tous la latitude de faire un choix parmi les textes qu'ils apportent. Il avance en outre l'hypothèse que l'évangile attribué à Marc aurait été écrit par Pierre lui-même en langue sémitique et qu'il aurait été seulement traduit en grec, avec peut-être quelques adaptations, par Marc, à Rome, au plus tard vers l'année 63[1]. Une hypothèse similaire est présentée par Claude Tresmontant en 1984 dans son ouvrage Le Christ hébreu, hypothèse également rejetée par les historiens.

Recherches sur le "Notre Père"[modifier | modifier le code]

Il participa aux séances de travail de la commission chargée de préparer les traductions françaises des textes liturgiques après le concile Vatican II. Toutefois, les solutions qu'il préconisait ne furent pas souvent adoptées. Comme l'a écrit l'évêque de son diocèse d'origine, « il connut un véritable drame de conscience face à certaines traductions qu'il récusait en savant et en prêtre ». Il s'agit notamment de la traduction de la sixième demande du Notre Père, et ne nos inducas in tentationem : la version proposée (version actuelle, « et ne nous soumets pas à la tentation ») lui paraissait une injure à Dieu. Attribuer au Père le désir malsain de nous tenter était pour lui blasphématoire. Et puisque l'Écriture affirme explicitement que « Dieu ne tente personne » (Jacques 1,13), il semble absurde que Jésus nous ait prescrit de demander au Père de ne pas faire ce dont il est moralement incapable. Carmignac fut alors chassé de la paroisse dans laquelle il exerçait son ministère paroissial. C'est alors qu'il écrivit sa thèse sur le Pater Noster, thèse qu'il soutint avec succès le 29 janvier 1969 à l'Institut catholique de Paris devant le cardinal Jean Daniélou. L'abbé Carmignac demanda et obtint l'autorisation de réciter le Pater Noster en latin pour ne pas utiliser la traduction officielle de ce verset.

Ces travaux ne l'empêchaient pas de participer à l'apostolat paroissial, dans la paroisse Saint-François‑de‑Sales (Paris) qui l'avait accueilli et où il était vicaire à mi‑temps. « Un prêtre se dessèche, disait‑il, s'il se consacre exclusivement à ses études. » Il était souvent au confessionnal ou au chevet des malades.

Jusqu'à son dernier jour, il poursuivit ses recherches, prit part à de nombreux congrès d'exégèse organisés à l'étranger, prononça maintes conférences sur ses découvertes. Il supporta avec patience les humiliations que lui infligèrent de nombreux confrères français[2]. « Cela n'est que l'extérieur, disait‑il, le principal est la vie de l'âme. Mais elle reste le secret de Dieu. »

Bibliographie sommaire[modifier | modifier le code]

  • Jean Carmignac, Recherches sur le « Notre Père », 1969, Éd. Letouzey et Ané. (Il s'agit de la thèse de Carmignac)
  • Jean Carmignac, Royauté, Règne et Royaume de Dieu sans Eschatologie, Éd. Letouzey et Ané (Le mirage de l'eschatologie)
  • Jean Carmignac, À l'écoute du « Notre Père », 1984, Éd. F.X. de Guibert (ouvrage qui condense, à l'usage du grand public, les résultats de sa thèse de 1969, Recherches sur le « Notre Père »)
  • Jean Carmignac, La Naissance des Évangiles synoptiques, 1984, Éd. F.X. de Guibert. (Synthèse très abrégée à l'usage du grand public des travaux de Carmignac sur les évangiles synoptiques) 4e éd. 2007.
  • Jean Carmignac, Powstanie Ewangelii Synoptycznych, traduit W. Rapak, The Enigma Press, Mogilany-Krakow 2009 [édition polonaise]
  • Jean Carmignac. Le Magnificat et le Benedictus en hébreu ?, ouvrage posthume édité par l'Association des Amis de l'Abbé Jean Carmignac (2009). en vente au siège de l'association, 63 rue Joseph

Fondateur en 1958 de la Revue de Qumrân, Éd. Gabalda.

Éditeur des Traductions Hébraïques des Évangiles, aux Éditions Brépols : 4 volumes parus :

  • Volume 1 : The four Gospels translated into Hebrew by William Greenfied (1831), 1982, recension dans Persée,
  • Volume 2 : Évangiles de Matthieu et de Marc traduits en Hébreu par Giovanni-Battista Iona en 1668 et retouchés par Thomas Yeats en 1805, 1982,
  • Volume 3 : Évangiles de Luc et de Jean traduits en Hébreu par Giovanni-Battista Iona en 1668 et retouchés par Thomas Yeats en 1805, 1982,
  • Volume 4 : Les quatre Évangiles traduits en Hébreu by Franz Delitzsch (1877-1890) (1831), 1982.

Études[modifier | modifier le code]

  • Agnès Tichit, L’évangile de Marc en hébreu. Étude de la langue et enjeux théologiques des traductions de Franz Delitzsch (1877) et de Joseph Atzmon (1976), coll. « Langues et cultures anciennes » 20, éd. Safran, Bruxelles, 2012, (ISBN 978-2-87457-047-6).
  • Jean-Marie Van Cangh et Alphonse Toumpsin, L’Évangile de Marc. Un original hébreu ?, coll. « Langues et cultures anciennes » 4, éd. Safran, Bruxelles, 2005, (ISBN 2-9600469-8-6).

Controverse[modifier | modifier le code]

  • Pierre Grelot, Évangiles et tradition apostolique. Réflexions sur un certain « Christ hébreu », Coll. « Apologique », Éditions du Cerf, 1984. Recension sur le site Persée.
  • Pierre Grelot, L'origine des Évangiles. Controverse avec J. Carmignac, Cerf, Paris, 1986. Recension sur le site Persée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Carmignac, La Naissance des Évangiles synoptiques, Paris, François-Xavier de Guibert, 1re édition 1984, (ISBN 2755401184), Conclusions p. 95-96 de la 4e édition, 2007.
  2. La naissance des Évangiles synoptiques, 4e éd., 2007, Réponse aux critiques, pages 97-111.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

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