Jean Breton

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Jean Breton, né le , à Avignon, et décédé le , à Paris, est un écrivain, poète, directeur de revue de poésie, journaliste, animateur, critique, éditeur, français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Breton a fondé et dirigé les revues Les Hommes sans épaules et Poésie 1 et la maison d’édition les éditions Saint-Germain-des-Prés, en 1966. Il a été ensuite directeur Littéraire du Cherche midi éditeur, maison fondée en 1978 par son ami Louis Aldebert, premier gérant et président directeur dénéral après transformation en société anonyme, en 1980. Jean Breton y a lancé la collection « Espaces » qui, consacrée aux anthologies de poésie, a publié en dix ans sous sa direction de 1978 à 1988, 28 titres, regroupant 1.620 poètes.

Avec Robert-J. Vidal, Jean Breton a produit pour la radiodiffusion française, une centaine d’émissions. Tous deux ont été les responsables techniques des disques « Poètes d’Aujourd’hui », chez Adès-Seghers, et de la collection « Poésie de Demain », soit 40 disques de poésie enregistrés, de 1961 à 1967, avec les plus grands comédiens : 70 000 exemplaires vendus. Dès 1958, il a aidé Guy Chambelland à réunir les meilleurs talents dans sa revue Le Pont de l'Épée. Il a donné dix anthologies (1960-2000) qui ont rassemblé 1100 poètes différents, et a présenté dans son ouvrage Chroniques sur le vif, 1952-1980, soixante-deux nouveaux poètes.

Il a rédigé les bio-bibliographies du « panorama » en mille pages de Serge Brindeau, La Poésie contemporaine de langue française depuis 1945.

En 1975, Jean Breton a inauguré avec Guy Chambelland les premières Poétiques de la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon, au moment du Festival. Il a lancé le Grand Prix RTL-Poésie 1, et été membre de nombreux jurys (prix Villon, prix de l’Humour Noir).

Il a découvert et encouragé les meilleurs.[interprétation personnelle] Il n’a jamais hésité à affirmer : J’aime autant publier le recueil d’un poète que j’aime, que mes propres poèmes.[réf. nécessaire]

Jean Breton était aussi et surtout, l'un des poètes majeurs de sa génération et de la seconde moitié du XXe siècle, comme l'a écrit Jean Orizet (in La Bibliothèque de poésie, Volume 4, Les contemporains, France Loisirs, 2004). Nous lui devons Poésie pour vivre, Le manifeste de l'homme ordinaire(1964), qui, coécrit avec Serge Brindeau, avait fait de lui le chef de file des poètes de l'émotion. Nous lui devons également le fait d'avoir instauré la présence de l'homme ordinaire dans le poème, par un réalisme inédit, allié à une quête perpétuelle du désir, qui le place aux côtés des plus grands poètes de l'amour. Jean Breton est le reflet d’un engagement sans faille. Il a une conception bien précise de la poésie, comme du rôle du poète au sein de la société. Partisan de « la poésie de l’homme ordinaire », il s’insurge contre les poètes de laboratoire : « Nous n’écrivons pas pour le divertissement des oisifs et des érudits ni pour être jugés à tout prix – compliments hyperboliques ou lèvres pincées – par nos confrères. Nous nous sentons aussi éloignés de la prétention raffinée des mandarins que d’un populisme de pacotille qui ne nous a jamais fascinés… Si je ne trouve pas dans une œuvre quelques pulsations de l’homme ordinaire, elle me paraît sans légitimité », peut-on lire dans Poésie pour vivre, le manifeste de l’homme ordinaire (La Table Ronde 1964), qui fit couler beaucoup d’encre. Les poètes, comme la critique, se divisant en deux camps : les défenseurs de l’homme ordinaire et les gardiens d’un laboratoire verbal réservé à une élite. Que propose Poésie pour vivre ? Une nouvelle école, une nouvelle idéologie, une morale, une chapelle ? Non, loin de là. Plutôt une invitation à venir partager des valeurs communes, une certaine idée du bonheur et de la justice, inséparable – selon Breton et Brindeau – de l’expérience poétique. Une vérité pratique essentielle ; celle d’ouvrir les yeux des jeunes poètes non contaminés par le « microbe du verbalisme », écrit Christophe Dauphin (in Jean Breton ou la Poésie pour vivre, essai, éd. Librairie-Galerie Racine, 2003). Jean Breton est le poète de l’homme ordinaire et du désir. La vie se déploie dans son poème, cri d’amour et de révolte qui déborde du réel, mais sans jamais ignorer les angoisses contemporaines. « Trop de poètes s’approchent de la poésie avec leur tête. Elle ne se met debout qu’avec tout le manteau du sang », écrit Jean Breton (in Un bruit de fête, le cherche midi éditeur), comme pour résumer un art et une démarche poétique d’une force et d’une générosité peu communes, à propos de laquelle le fidèle et vieux complice, Guy Chambelland, n’aura pas écrit en vain : « Ainsi la poésie de Jean Breton exprime-t-elle une morale profonde et généreuse où se manifestent toutes les tendances de l’individu que le culte (est-ce trop fort ?) de la beauté transcende en une floraison… La femme est là, qui propose la première arche du pont (J’ai bâti ma vie sur toutes les étreintes), médieuse du sentiment intense de vivre ».

Jean Breton s’est tôt présenté et à juste titre, comme un poète de l’émotion certes, mais d’une émotion débarrassée des criailleries romantiques, et qui creuse l’anecdote et la confidence, de la surface vers « le puits artésien de l’être ». Chez Jean Breton, et comme il l’a lui-même écrit en parlant des créateurs de sa sensibilité, le poète s’intériorise dans la coquille de son chant. Certes, il se referme parfois sur lui-même : tête-à-tête un peu masochiste avec la machination sordide du recommencement des choses. Mais ces malaises et ces cris dans la vie, cette stupeur ardente, un rien va les relancer : la pluie (une constante chez les poètes de l’émotion, peut-être parce qu’à l’image des larmes, la pluie est l’encre sans couleur de la détresse), la nuit, la lampe… Ces fétiches extérieurs de la solitude, il semble bien qu’ils jettent le poète dans un état de méditation extrême, axée sur la fuite de l’enfance-refuge, l’amour-absence, la quête de l’unité, la joie d’aller avec ses hauts et ses bas, l’appréhension de la mort. Toujours le lancinera la plaie de vivre-mourir, tantôt latente, endormie, tantôt se remettant à saigner. Parfois, pour mieux écrire, le poète attise sa plaie. Le poème le plus désintéressé, le plus sincère, ne peut tenir debout sans quelques ruses d’écriture ou d’autres drogues. Alors l’accélération du battement de cœur, inscrit au sismographe de l’écriture du poème, devient pour les voyageurs de l’imaginaire, un remarquable, un incomparable moteur d’inspiration. Ajoutons que l’intensité de l’émotion (Christophe Dauphin in Jean Breton, le soleil à hauteur d’homme, Les Hommes sans Epaules, décembre 2006)., dont le dynamisme propulse le verbe, n’est pas uniquement produite par le négatif. Elle peut naître d’un espoir, d’un instant de bonheur, quand bien même les réussites d’écriture seraient plus rares, statistiquement, dans la liesse que dans le marasme. De toute façon, écrire, c’est déjà accéder, sinon à une joie, du moins à une espèce de sérénité intérieure.

Son épouse Marie l’a secondé tout au long de sa carrière d'éditeur et de poète et son fils Alain a assumé son héritage moral en animant, avec Elodia Turki, les éditions Librairie-Galerie Racine. À la fin de sa vie, Jean Breton a effectué plusieurs séjours dans le village d'Audresselles avec le peintre Maurice Boitel.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • T’aimer pour t'aimer - avec une gravure de Pierre-André Benoit - (PAB, 1952)
  • Mission des yeux (HC, 1952)
  • À même la terre (Les Hommes sans Epaules, 1953)
  • Mis au pas (Pierre Seghers, 1953)
  • Cinq poèmes - avec quatre illustrations de René Florent - (éd. Millas-Martin, 1954)
  • Le Festin d’argile (Les Cahiers de Rochefort, 1954)
  • Visage aveugle (Seghers, 1955)
  • Les Poèmes interdits (Le Pont de l’Épée, 1960)
  • Chair et soleil (La Table Ronde, 1960)- (prix Guillaume-Apollinaire 1961)
  • Dire non (éd. Guy Chambelland, 1964)
  • L’Été des corps - avec une couverture de Raymond Moretti - (Chambelland, 1966)
  • Porter plainte - avec un collage d’Antonio Guansé - (Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1971)
  • La couleur n’aboie qu’au soleil - avec vingt papiers collés d’Antonio Guansé - (Collection « Le Livre Unique », Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1971)
  • La Fête en cage - avec douze papiers collés d’Antonio Guansé - (Collection « Le Livre Unique, Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1972)
  • La Beauté pour réponse - avec quatre lithographies couleurs d’Antonio Guansé - (Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1972)
  • Fouetté - avec trois lithographies couleurs d’Antonio Guansé - (Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1972)
  • Tes genoux crient - avec vingt-huit papiers collés d’Antonio Guansé -(Collection « Le Livre Unique », Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1973)
  • Je dis toujours adieu et je reste (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1973)
  • Tomber du sang - dessins de Gilles Durieux - (HC, 1973)
  • Vacarme au secret - avec dix-huit papiers collés d’Alain Breton - (Collection « Le Livre Unique », Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1974)
  • Vacarme au secret, précédé de Je dis toujours adieu, et je reste - (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1975)
  • Espaces - avec neuf eaux-fortes de Renée Lubarow - (Éd. RLD, 1975)
  • L’Équilibre en flammes - avec huit gravures de Marc Pessin - (Éd. Le Verbe et l’Empreinte, 1977)
  • L’Équilibre en flammes (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1984)
  • Chair et soleil, suivi de L’Été des corps (le cherche midi éditeur, 1985)
  • Double Un (Le Méridien Éditeur, 1989)
  • Serment-tison (La Bartavelle Éditeur, 1990)
  • En mon absence (Le Milieu du Jour Éditeur, 1992)
  • Nue et crue sur parole (Les Dits du Pont, 1995)
  • Vacarme au secret et autres poèmes (Le Milieu du Jour Éditeur, 1996)
  • Les Mots. L’Amour (Amis de Hors Jeu Éditions, 1997)
  • S.O.S. Caresses (Tête-à-Tête, 1998)
  • Robe-cobra, avec un dessin d’Alain Breton, (éd. Librairie-Galerie Racine, 2004)

Prose[modifier | modifier le code]

  • Poésie pour vivre – en collaboration avec Serge Brindeau - (La Table Ronde, 1964)
  • Les Chiennes (Soprodé/La Tête de Feuilles, 1970). Porté à l’écran en 1971 par Michel Lemoine (voir Les Chiennes, film).
  • Chroniques sur le vif - 1952-1980 - (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1982)
  • Poésie pour vivre, le manifeste de l’homme ordinaire - en collaboration avec Serge Brindeau - édition revue et augmentée - (le Cherche midi éditeur, 1982)
  • Un bruit de fête (le Cherche midi éditeur, 1990)
  • Nus jusqu’au cœur (La Bartavelle Éditeur, 1999)
  • La Mémoire, le sable (Éd. Librairie-Galerie Racine, 2000)
  • Le péché immortel (le Cherche midi éditeur, 2002)
  • Entretien avec Christophe Dauphin, livre + CD, (éditions du Vertige / éditions Librairie-Galerie Racine, 2011)

Anthologies[modifier | modifier le code]

  • Les Poètes de l’émotion (La Pibole)
  • Nouvel Éveil poétique - avec Alain Breton - (Éditions Scolavox)
  • Les Poètes de Poésie pour vivre (revue Poésie 1, no 91, 1981)
  • Le Coffre à poèmes - pour les enfants de 5 à 12 ans - (Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1984)
  • Nouvelle Poésie contemporaine (Le cherche midi éditeur, 1985)
  • La Poésie comique - avec Claude-Michel Cluny et Jean Orizet - (Le cherche midi éditeur, 1986)
  • La Poésie contemporaine de langue française - deux volumes - (Collection « La Bibliothèque de poésie », Club France Loisirs, 1992)
  • Les Plus Beaux Mots d’amour (le cherche midi éditeur, 1997)
  • Les Plus Beaux Poèmes sur l’eau - avec Robert Estrade et Bernard Wallon - (Le cherche midi éditeur, 1999)
  • Les Poètes et la ville – en collaboration avec Philippe Blard et Bernard Wallon (Le cherche midi éditeur, 2000)

Essais sur son œuvre[modifier | modifier le code]

  • Christophe Dauphin: Jean Breton ou la Poésie pour vivre, essai, (éd. Librairie-Galerie Racine, 2003)
  • Christophe Dauphin : Jean Breton, le soleil à hauteur d’homme (Les Hommes sans Epaules, décembre 2006).

Principales études sur sa poésie[modifier | modifier le code]

  • Serge Brindeau : La Poésie contemporaine de langue française depuis 1945 (Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1973)
  • Pierre Perrin, Jean Breton : de la vie au poème, numéro spécial 11/12 de la revue Possibles (http://longueroye.free.fr/possum.php) (Besançon, décembre 1977), comprenant une étude de Jean Breton : Le métier de poète. Avec trente collaborations : Bosquet, Joubert, Martin, Guillevic, Rode, Rousselot…
  • Joseph-Paul Schneider, Jean Breton ou la part de l’ombre (revue La Sape, no 17-18, 1981).
  • Georges Jean, notice dans le Dictionnaire des poètes et de la poésie (Coll. Folio Junior, Gallimard, 1983).
  • Henry Colombani, Le style de Jean Breton : substance et langue (Poésie 1, no 128, nov. – décembre 1985)
  • Jean-Louis Depierris, Jean Breton, thèse de doctorat d’état, soutenue à la Sorbonne en mars 1986, éditée dans Tradition et insoumission dans la poésie française, pages 193 à 229 (éditions Presses Universitaires de Nancy, 1992)
  • Jean Orizet, Jean Breton, in Anthologie de la poésie française (Larousse, 1988)
  • Robert Sabatier, Jean Breton, in chapitre « Poésie pour vivre », in La Poésie du XXe siècle, tome III, « Métamorphose et modernité », (Albin Michel, 1988).
  • Pierre Ceysson, Serment-tison et Un bruit de fête de Jean Breton, (Les Cahiers de Poésie-Rencontres, no 31-32, novembre 1991)
  • Henri Rode, Jean Breton et le corps absolu, inédit, 1993.
  • Christophe Dauphin, Jean Breton : Vacarme au secret (Rimbaud Revue, no 11-12, 4° tri. 1997).
  • Hubert Bouziges, À propos de Jean Breton (Perpignan, cahiers L’Attitude no 1, décembre 1997).
  • Jean-Paul Giraux, Jean Breton ou que devient l’homme ordinaire ? (le Mercredi du poète au « François Coppée, 26 juin 2002). Cette contribution est intégralement reproduite sur le site de la revue Poésie/première : http://poesiepremiere.free.fr/jeanbreton.htm

Publications universitaires[modifier | modifier le code]

  • Jacques Rancourt, « Poésie du quotidien au Pont de l’Epée : 1966-1970. » Mémoire de maîtrise de Lettres Modernes, Université de Paris X, juin 1972.
  • Danièle et Michel Monate, « Recherches sur la revue Les Hommes sans épaules », C2, Certificat de travail complémentaire de la Maîtrise. Professeur : Michel Decaudin, Paris III, Centre Censier, juin 1973.
  • Françoise Morlier, « Poésie 1 », thèse, Université Bordeaux III, Institut universitaire de Technologie B, Département Carrières de l’Information, Section Métiers du Livre, juin 1973.
  • Jacques Rancourt, « Jean Breton à bout portant », étude inédite, 1974.
  • Michel Sidoroff, « La poésie de Jean Breton », Mémoire de Maîtrise de Lettres, Université de Paris III, 1976.
  • Pierre Perrin, « Jean Breton, une conquête de la liberté », Mémoire de Maîtrise de Lettres, sous la direction de Jacques Petit et de Paul Sadrin, Université de Besançon, 1977. Textes paru dans la revue Possibles, spécial Jean Breton, no 11-13, décembre 1977.
  • Marc Porcu et Jacques Imbert, « Rencontre avec Jean Breton », Maison des Jeunes et de la Culture de Saint-Symphorien d’Ozon (texte-interview publié dans le bulletin Poésie-Rencontres, no 17, 26 février 1982.)

Liens externes[modifier | modifier le code]