Jean Althen

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Jean Althen
Jean Althen.png
Biographie
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Décès
Activité

Jean Althen, de son vrai nom Hovhannès Althounian, (1710-1774) fut un agronome français d'origine arménienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Fils d'un gouverneur de province de Perse, il naquit entre 1709 et 1711[1], voire en 1712 à Djahouk, au Nakhitchevan[2]. Son père était ambassadeur auprès de l'empereur germanique Joseph Ier (1678-1711)[3]. Il fut massacré par les Turcs, puis ses frères connurent, un peu plus tard, le même sort. Sa famille ayant été proscrite par l'empereur Nâdir Châh, il réussit à fuir, mais fut capturé par les Arabes dans le sud de la mer Noire et vendu comme esclave à un trafiquant d'Asie mineure[3].

Pendant les quinze ans de sa captivité, il fut affecté à la culture de la garance. Ayant réussi à s'évader, il parvint jusqu'au port turc d'Izmir, l'antique Smyrne, et à se placer sous la protection du consul de France[3]. Il réussit à le passionner par son savoir et à l'intéresser à la plante tinctoriale. Informé, le marquis d'Antin, ambassadeur auprès de la Sublime Porte[4], lui permit de se réfugier en France à la condition qu'il puisse emporter avec lui des graines de garance, acte qui était alors puni de mort[3].

Premiers essais en France[modifier | modifier le code]

Il arriva à Marseille en 1736[5] et y exerça la profession d'étameur de cuivre[2]. Là, il fit connaissance d'un riche parti, Marie Dhoues[6] qu'il épousa en [4] et grâce à sa dot, il put partir se présenter à la Cour de Versailles[3].

Entré en contact avec l'Ordre des dominicains, il leur révéla qu'il était en possession de plusieurs secrets de culture dont celui du coton. Ce fut assez pour que les religieux puissent demander et obtenir une entrevue avec le roi[3]. Louis XV s'intéressa à lui, le décora et lui alloua une pension de 300 livres[4]. Désormais bien vu en cour, il lui fut rétrocédé des terres à Montpellier et à Castres pour tenter d'y acclimater la culture du coton, à partir de 1743 ; il inventa en outre en 1753 une « machine à éplucher le coton »[2]. L'expérience ayant réussi, elle souleva l'hostilité des manufacturiers de soie lyonnais qui parvinrent à faire cesser ces nouvelles plantations[3].

Retour en Provence[modifier | modifier le code]

Tombé en disgrâce, Althen retourna à Marseille totalement démuni. Découragé, il pensa même, un moment, rejoindre son Arménie espérant, sur place, pouvoir récupérer quelques biens de sa famille[3]. Ce fut alors que J. C. Flachat[4], le directeur de la manufacture royale de Saint-Chamond, prit fait et cause pour l'agronome et le fit venir à Saint-Étienne[7]. Là, en 1754 Jean Althen put commencer ses premiers essais de culture de la garance. Un arrêté fut même pris par le pouvoir royal, le , exemptant de toutes taxes cette plantation pendant vingt ans[7].

La garance des teinturiers (rubia tinctorum).
Jean Althen, statue élevée sur le Rocher des Doms d'Avignon.

Il fallut pourtant se rendre à l'évidence, le climat forézien ne convenait point. Althen s'en fut à Avignon, avec une lettre de recommandation à remettre à madame de Clausonnette. Celle-ci mit à sa disposition, dès le début de l'année 1763, quelques-unes de ses terres sur les bords du Rhône. Mais le passage des trains de halage empêchait toute culture[7]. Jean Althen s'adressa alors aux consuls de la ville et leur proposa le 30 juin 1763[8], un projet de culture à grande échelle. Pour éliminer les ultimes réticences, il fournit, en cette occasion, des racines de la rubiacée pour faire, après broyage, des essais de teinture. Le sieur Descry, mandaté par la ville, en fut chargé et conclut fort favorablement[7].

Premières garancières en Comtat Venaissin[modifier | modifier le code]

Le Conseil de Ville d'Avignon put donc prendre sa décision. Elle fut favorable puisque sur les 31 conseillers, 28 lui accordèrent le privilège exclusif de cette culture pendant dix ans. De plus, Joseph-François-Xavier de Seytres de Pérussis, marquis de Caumont et premier consul, lui offrit quelques terres pour développer ses cultures. La première garancière vit donc le jour au domaine de Vasserot[7], à Caumont[4].

Si la première récolte fut encourageante, elle se révéla insuffisante. Alors que le pouvoir royal avait laissé échapper l'opportunité d'installer des garancières en France, le ministre Bertin comprit toute l'utilité de cette culture en Europe et fit parvenir, par l'intermédiaire de l'Intendant de Provence, un quintal de graines provenant d'Izmir[7]. Dès 1770, les paluds furent utilisés de Pernes à Monteux et tous leurs propriétaires se virent mettre gratuitement à leur disposition graines et barbans sous la responsabilité du sieur Bournareau, bayle du marquis de Caumont[9].

Ce fut le succès. Il s'associa avec M. Clauseau pour fonder une société[5] et, en 1772, la production de poudre de garance fut suffisante pour alimenter les manufactures d'indiennes d'Orange[10]. Ses premiers clients furent les frères Welter[5]. La même année 1772, fut publié sous son nom un Mémoire sur la culture de la garance, à Amiens et à Paris (Impr. royale, in-8° ou in-4°, 18 p.), réédité en 1779 (Paris, in-4°)[11].

Alors qu'il était en pleine action pour imposer la garance, Jean Althen s'occupa aussi des perfectionnements dans la fabrication de la soie entre les années 1756 et1763. Il n'y eut cependant aucun essor significatif à cause des importations du Levant[5]. Il put à peine apprécier le succès de ses garancières puisqu'il décéda, assez misérablement[12], dans la maison de sa fille Marguerite, à Caumont, le [9]. Son corps fut inhumé dans le cimetière du village[4].

L'inventaire de ses biens mobiliers eut lieu le et fut rédigé par maître Petit, notaire à Caumont. Quant à la liquidation de sa succession, elle dut être réglée par une ordonnance du vice-légat Ange-Marie Durini, rendue le [4]. Ces décisions furent imposées par le second mariage contracté par Jean Althen, à Avignon, au cours de l'année 1764, avec Marie Bourgeois, union dont il avait eu aussi une fille[13].

Après sa mort[modifier | modifier le code]

Le blason d'Althen-des-Paluds rend hommage à Jean Althen : De gueules à la bêche à garance d'or, accostée de deux fleurs de garance du même, à la champagne ondée d'argent et d'azur.

Une reconnaissance tardive célébra pourtant les apports fait par cet agronome. En 1821, le conseil général de Vaucluse fit graver une plaque de marbre en son honneur :

« À Jean Althen, Persan, introducteur et premier cultivateur de la garance dans le territoire d'Avignon, sous les auspices de M. le marquis de Caumont en MDCCLXV. Le conseil général du département de Vaucluse. MDCCCXXI. »

Rien ne semblait pouvoir arrêter les avancées de cette industrie d'autant qu'en 1829, les recherches permirent d'extraire la « garancine », principe actif de la racine et d'exporter ce produit vers l'Allemagne, l'Angleterre et les États-Unis[14].

Tout un quartier de Monteux, dont les paluds avaient vu s'installer les premières garancières, fut détaché de la commune, par ordonnance du et érigé en commune indépendante sous le nom d'Althen-des-Paluds[9].

La ville d'Avignon lui érigea une statue en bronze sur le rocher des Doms, elle fut inaugurée le . Elle était l'œuvre des frères Briand[15] et avait été coulée à Paris par les ateliers Quesnel[9].

Ces hommages posthumes avaient une raison : le boom économique de l'industrie de la garance. La garancine, permettait de teindre les tissus en rouge, fournissant notamment les pantalons rouges de l'infanterie française. Alors qu'il n'y avait que dix moulins à garance sur la Sorgue en 1804, un quart de siècle plus tard, en 1839, on en dénombrait cinquante dans tout le Vaucluse. Dans le département, les seules communes de Caumont, Entraigues, Monteux, Pernes et Le Thor produisit jusqu'à 65 % de la production au niveau mondial[14]. Les superficies des cultures de garance étaient alors les suivantes dans le Midi de la France[16] :

Superficie des garancières méridionales en hectare
Année 1840 1862
Vaucluse 9 515 ha. 13 503 ha.
Bouches-du-Rhône 4 143 ha. 3 735 ha.
Drôme 164 ha. 1 104 ha.
Gard 125 ha. 1 395 ha.
Hérault - 204 ha.
Alpes-de-Haute-Provence - 181 ha.
Ardèche - 60 ha.
Var - 11 ha.
Soit un total de 13 947 sur les 14 676 ha.
cultivés en France
20 193 sur les 20 468 ha.
cultivés en France
Poudre d'alizarine.

Mais la découverte de l'alizarine artificielle, en 1868, sonna le glas de l'industrie tinctoriale de la garance dans le Vaucluse[17]. Elle périclita et redescendit à nouveau à cinquante moulins en 1880.

La statue de bronze d'Althen resta à Avignon jusqu'en 1936, date à laquelle Louis Gros, à l'époque maire de la ville, l'offrit au maire d'Althen-des-Paluds, M. Perrin. Elle fut alors installée sur la place de ce village. En 1943, l'occupant nazi décida de la démonter et l'emporta pour la faire fondre en vue de fabriquer des armes[18]. Une reproduction de cette statue a été réinstallée en 1998 à Avignon, dans le Jardin des Doms, puis, le une nouvelle statue de Jean Althen, due à Marcella Kratz, sculpteur d'origine allemande, a été inaugurée dans le village d'Althen-les-Paluds en présence de l’ambassadeur d’Arménie en France[19]. Entre-temps, la municipalité avignonnaise avait décidé de donner le nom d'une de ses artères à l'agronome arménien. C'est une rue donnant sur l'actuelle rocade Charles-de-Gaulle qui porte désormais cette plaque :

« Jean Althen - Introducteur de la garance dans le Comtat Venaissin. 1709-1744[20]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sa date de naissance varie selon les sources. Marc Maynègre, op. cit., p. 81.
  2. a, b et c Gérard Dédéyan (dir.), Histoire du peuple arménien, Privat, Toulouse, 2007 (ISBN 978-2-7089-6874-5), p. 919.
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Marc Maynègre, op. cit., p. 81.
  4. a, b, c, d, e, f et g Jules Courtet, op. cit., p. 2.
  5. a, b, c et d Jean Althen et la garance
  6. Jules Courtet, op. cit., p. 2, écrit Dhoulès
  7. a, b, c, d, e et f Marc Maynègre, op. cit., p. 82.
  8. Archives Municipales d'Avignon, BB54
  9. a, b, c et d Marc Maynègre, op. cit., p. 83. Voir aussi sur les ateliers Quesnel, Elisabeth Lebon, Le fondeur et le sculpteur, Paris, OPHRYS/INHA, (lire en ligne) http://inha.revues.org/3243
  10. Hyacinthe Chobaud, L'industrie des indiennes à Avignon et à Orange de 1677 à 1884, Mémoires de l'Académie de Vaucluse, 1938.
  11. Florian Reynaud, Les bêtes à cornes dans la littérature agronomique de 1700 à 1850, Caen, thèse de doctorat en histoire moderne, 2009, annexe 2
  12. Jules Courtet, op. cit., p. 2, l'auteur tout en niant qu'il mourut dans la pauvreté signale qu'il avait dû vendre ses droits sur sa société à son associé.
  13. Jules Courtet, op. cit., p. 2, l'accuse à ce propos d'avoir été bigame.
  14. a et b Robert Bailly, op. cit., p. 25.
  15. Robert Bailly, op. cit., p. 26, écrit ce nom Brian.
  16. Adèle Seigle, La culture de la garance dans la région provençale, Annales de la Faculté de droit d'Aix-en-Provence, n° 16, 1937.
  17. Marc Maynègre, op. cit., p. 117.
  18. Le patrimoine arménien en France
  19. Arménie Magazine
  20. Marc Maynègre, op. cit., p. 84.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules Courtet, Dictionnaire géographique, géologique, historique, archéologique et biographique du département du Vaucluse, Avignon, 1876.
  • J. Mathorez, « Notules sur quelques Arméniens ayant vécu en France avant 1789 », Revue des études arméniennes, Paris 1922, II, 85-90.
  • Robert Bailly, Dictionnaire des communes du Vaucluse, Éd. A. Barthélemy, Avignon, 1986, (ISBN 2903044279)
  • Marc Maynègre, Hovhannès Althounian, dit Jean Althen in De la Porte Limbert au Portail Peint, histoire et anecdotes d’un vieux quartier d’Avignon, Sorgues, 1991, (ISBN 2950554903)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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