Jean-Luc Lagarce

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Jean-Luc Lagarce est un comédien, metteur en scène, directeur de troupe et dramaturge français né le à Héricourt (Haute-Saône) et mort le à Paris 14e.

C'est aujourd'hui l'un des auteurs contemporains les plus joués en France[1]. Ses textes sont traduits en vingt-cinq langues et sont joués dans de nombreux pays.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Luc Lagarce naît à Héricourt en Franche-Comté, de parents protestants et ouvriers chez Peugeot[2].

En 1975, il s'inscrit au conservatoire d'art dramatique et à la faculté de philosophie de Besançon[3]. Auteur et metteur en scène, il est encore en licence lorsqu'il fonde avec d'autres étudiants le Théâtre de la Roulotte, en 1977[4], dont le nom rend hommage à Jean Vilar. Sa maîtrise de philosophie, intitulée « Théâtre et Pouvoir en Occident », est publiée[5] mais il décide par la suite d'abandonner sa thèse, qui devait porter sur la notion de système chez Sade, pour privilégier la mise en scène et l'écriture. Il met notamment en scène Marivaux, Labiche, Ionesco, puis ses propres textes. Ses premières pièces sont jugées par Lucien Attoun, directeur de Théâtre Ouvert, trop proches du théâtre de l'absurde de Ionesco et Beckett. Attoun décidera cependant de publier ses textes suivants et de les intégrer au nouveau répertoire dramatique de France Culture[6].

Après une expérience théâtrale de va-et-vient entre l'Est de la France et la capitale, pendant laquelle il officie en tant que chef de troupe, il s'installe à Paris à la fin des années 1980. Ses mises en scène de pièces classiques ont souvent plus de succès que celles de ses propres textes, les représentations des premières permettant de financer les secondes. Il se sait condamné sept ans avant sa mort, et centre alors son écriture sur la disparition et la famille, que celle-ci soit biologique ou choisie. Au printemps 1990, il reçoit le prix Léonard-de-Vinci (la bourse de la Villa Médicis pour l'étranger) et part trois mois à Berlin où il rédige Juste la fin du monde. A son retour en France, très peu sont ceux qui comprennent et acceptent cette pièce. Il achève Le Pays lointain une semaine avant sa mort, dans une tentative de réécriture après son dernier échec, en livrant une version plus ample et complète de Juste la fin du monde[7].

Il meurt à 38 ans du sida, comme d'autres dramaturges de sa génération tels que Bernard-Marie Koltès ou Copi. Après sa mort, François Berreur œuvre à la reconnaissance de ses écrits, qui ne se produit véritablement qu'à la fin des années 1990.

Postérité[modifier | modifier le code]

Jean-Luc Lagarce laisse une œuvre riche de plusieurs dizaines de pièces, plusieurs récits et un roman, Voyage à La Haye. Ses écrits sont redécouverts par les critiques et les metteurs en scène après sa mort.

Sa pièce Juste la fin du monde entre au répertoire de la Comédie-Française en 2008[8]. Cette pièce et Dernier remords avant l'oubli sont inscrites au programme de l'agrégation de lettres modernes, de lettres classiques et de grammaire, pour la session de 2012. Il est au programme du baccalauréat théâtre en 2008, 2009, 2010 et 2018 avec deux œuvres : Juste la fin du monde et Nous, les héros. Ses pièces sont mises en scène tout autour du monde, comme Music-Hall, dont la version brésilienne de Luiz Päetow a reçu le Prix Shell de Théâtre en 2010[9],[10].

Il a été adapté au cinéma par Xavier Dolan qui réalise le film Juste la fin du monde, sorti en 2016 et récompensé la même année au festival de Cannes par le Grand Prix du jury[11].

En 2019, Christophe Honoré en fait un des personnages de sa pièce-hommage Les Idoles[12].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Une partie de son théâtre est largement autobiographique, et met en scène un double de l'auteur aux prises avec les relations difficiles qu'il entretient avec sa famille et ses origines. Les pièces Retour à la citadelle (1984), Juste la fin du monde (1990), J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne (1994) et le Pays lointain (1995) traitent du thème du retour et des adieux, et invoquent les origines provinciales et prolétaires de Lagarce, son homosexualité et sa maladie. Une autre part de son œuvre théâtrale consiste en une peinture de la vie provinciale, tout autant celle des petits théâtres que celle des familles changées par le temps et les conflits d'argent, que l'on observe dans Music-hall (1989) et Derniers Remords avant l’oubli (1987)[13].

Le théâtre de Lagarce est centré sur le discours. Les intrigues de ces pièces sont relativement minces et explorent profondément le poids des non-dits et de l'incapacité au dialogue. Son écriture procède notamment par incises, les personnages reprennent sans cesse ce qu'ils viennent de dire en le modifiant (épanorthose) : en voulant préciser les choses au maximum, le texte devient paradoxalement de plus en plus flou[14]. La langue dramatique de Lagarce « oscille entre la parole quotidienne voire triviale, et un lyrisme revendiqué » écrit Michel Raskine[7].

L'ensemble de l'œuvre de Jean-Luc Lagarce est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs, qu'il a fondées en 1992 avec François Berreur[15].

Théâtre complet[modifier | modifier le code]

Tome I (ISBN 978-2846812955)
  • Erreur de construction, 1977
  • Carthage, encore, 1978
  • La Place de l'autre , 1979
  • Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale, 1980
  • Ici ou ailleurs, 1981
  • Les Serviteurs, 1981
  • Noce, 1982
  • La bonne de chez Ducatel, 1977
Tome II (ISBN 2-912 464-78-1)
  • Vagues souvenirs de l'année de la peste, 1982
  • Hollywood, 1983
  • Histoire d'amour (repérages), 1983
  • Retour à la citadelle, 1984
  • Les Orphelins, 1984
  • De Saxe, roman, 1985
  • La Photographie, 1986
Tome III (ISBN 2-912 464-49-8)
Tome IV (ISBN 978-2-84681-030-2)
  • Les règles du savoir-vivre dans la société moderne, 1994
  • Nous, les héros, 1993
  • Nous, les héros (version sans le père),1993
  • J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne, 1994
  • Le Pays lointain, 1995
Non publié
  • Les Solitaires intempestifs (également sa propre maison d'édition) 1987

Cinéma et opéra[modifier | modifier le code]

  • Quichotte, 1989, livret d'opéra
  • Retour à l'automne, scénario coécrit avec Gérard Bouysse

Prose[modifier | modifier le code]

  • Le Bain, 1993, récit
  • L'Apprentissage, 1993, récit
  • Du luxe et de l'impuissance, 1994, recueil de onze articles et éditoriaux
  • Journal, Les Solitaires Intempestifs (Tome 1, 1977-1990 et Tome 2, 1990-1995)

Essai[modifier | modifier le code]

  • Théâtre et Pouvoir en Occident, 1979

Roman[modifier | modifier le code]

Metteur en scène[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir sur franceculture.fr.
  2. Éditions Larousse, « Encyclopédie Larousse en ligne - Jean-Luc Lagarce », sur www.larousse.fr (consulté le 16 février 2019)
  3. « Parcours de Jean-Luc Lagarce », sur www.theatre-contemporain.net
  4. Théâtre de la Roulotte, « BnF Catalogue général », sur catalogue.bnf.fr, 30920-frfre (consulté le 16 février 2019)
  5. « Théâtre et Pouvoir et Occident - Jean-Luc Lagarce », sur www.solitairesintempestifs.com (consulté le 15 février 2019)
  6. Encyclopædia Universalis, « JEAN-LUC LAGARCE », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 16 février 2019)
  7. a et b « Programme de salle - Juste la fin du monde, mise en scène de Michel Raskine », sur www.comedie-francaise.fr
  8. « Juste la fin du monde (Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Michel Raskine, 2009) », sur www.comedie-francaise.fr
  9. (en) « Music Hall », théâtre contemporain
  10. (en) « Music Hall: la critique en portugais », théâtre magazine
  11. « Palmarès du 69e Festival de Cannes », sur Festival de Cannes 2019, (consulté le 15 février 2019)
  12. Odéon-Théâtre de l'Europe, « Les Idoles - Spectacles », sur Odéon-Théâtre de l'Europe (consulté le 15 février 2019)
  13. « Jean Luc Lagarce », sur larousse.fr.
  14. Armelle Talbot, « L’épanorthose : de la parole comme expérience du temps », in Jean-Luc Lagarce dans le mouvement dramatique. Colloque de Paris III, Besançon, Les Solitaires Intempestifs, Colloques année (...) Lagarce, vol. IV, 2008, p. 255-269. Voir aussi l'entrée « Épanorthose » dans le glossaire proposé par le site educ.theatre-contemporain.net.
  15. « Historique », sur www.solitairesintempestifs.com (consulté le 15 février 2019)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lire un classique du XXe siècle : Jean-Luc Lagarce, Besançon, SCEREN, CRDP Franche-Comté / Les Solitaires Intempestifs, 2007.
  • Le Roman de Jean-Luc Lagarce, Jean-Pierre Thibaudat, Besançon, Les Solitaires Intempestifs, 2007.
  • Problématiques d'une œuvre. Colloque de Strasbourg, Besançon, Les Solitaires Intempestifs, Colloques année (...) Lagarce, vol. I, 2007.
  • Regards lointains. Colloque de Paris-Sorbonne, Besançon, Les Solitaires Intempestifs, Colloques année (...) Lagarce, vol. II, 2007.
  • Traduire Lagarce : Langue, culture, imaginaire. Colloque de Besançon, Besançon, Les Solitaires Intempestifs, Colloques année (...) Lagarce, vol. III, 2008.
  • Jean-Luc Lagarce dans le mouvement dramatique. Colloque de Paris III, Besançon, Les Solitaires Intempestifs, Colloques année (...) Lagarce, vol. IV, 2008.
  • Connaissez-vous Jean-Luc Lagarce ?, Besançon, Les Solitaires Intempestifs, 2008.
  • Jean-Luc Lagarce, introduction de Jean-Pierre Sarrazac [lire en ligne], revue Europe, n° 969-970, janvier-février 2010.
  • Lectures de Lagarce. Derniers remords avant l'oubli. Juste la fin du monde, Catherine Douzou (dir.), Rennes, PUR, coll. Didact, 2011.
  • Le Théâtre de Lagarce du point de vue de la joie, Françoise Dubor (dir.), Rennes, PUR, coll. La Licorne, 2012.

Liens externes[modifier | modifier le code]