Aller au contenu

Jean-Luc Brunel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Jean-Luc Brunel
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Fonction
Président-directeur général
Karin Models (d)
à partir de
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Jean-Luc Didier Henri BrunelVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Période d'activité
Autres informations
A travaillé pour
Karin Models (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Partenaire
Lieu de détention

Jean-Luc Brunel, né le à Neuilly-sur-Seine et mort le dans le 14e arrondissement de Paris, est un entrepreneur français du mannequinat et proxénète supposé.

Impliqué dans l'affaire Epstein, et notamment accusé d'avoir fourni des jeunes filles mineures et majeures à Jeffrey Epstein dans le cadre d'un trafic sexuel, il est incarcéré à la prison de la Santé et retrouvé mort dans sa cellule en 2022, suite à un suicide par pendaison selon les autorités.

Origines et carrière professionnelle

[modifier | modifier le code]

Jean-Luc Didier Henri Brunel est né le à Neuilly-sur-Seine, proche de Paris[1]. Son père dirigeait une société du secteur immobilier[2].

Il commence sa carrière dans les années 1970 comme attaché de presse chez Air Tour, une filiale du voyagiste Jet Tours, avant de devenir « découvreur français de mannequins »[n 1] à l'agence Karin Models à Paris. Il en prend la direction en 1978[3].

Dans les années 1970, Jean-Luc Brunel met en relation de nombreuses jeunes filles avec Claude François, qui dirige des séances photos pour le magazine de charme Absolu, qu’il a fondé[4].

Avec son frère, Arnaud Brunel, il fonde en 1988 Next Management Corporation. L'année suivante ils forment, avec Faith Kates, l'entreprise de mannequinat Next Management Company. Les deux frères détiennent 25 % de la société. Jean-Luc Brunel quitte la société en avec les mannequins de Miami. Next Management Company intente un procès contre les frères Brunel[2]. Entre-temps, il fonde l'agence Karin Models of America en 1995[5]. Karin est alors liée à la toute puissante agence Ford[6].

Jean-Luc Brunel est considéré comme un découvreur talentueux, ayant recruté de nombreux mannequins, dont certains sont devenues célèbres, comme Christy Turlington, Sharon Stone et Milla Jovovich[7].

Il est mis en cause, avec Claude Haddad, dans l'émission 60 Minutes en raison de témoignages concernant de la drogue et des viols dans son agence[6]. Quelque temps après, il est contraint de quitter son agence européenne, en 1999, après de nouvelles révélations diffusées par l'émission de la BBC MacIntyre Undercover du journaliste Donal MacIntyre (en)[7].

Au début des années 2000, il quitte l'Europe pour s'installer aux États-Unis[8].

Les témoignages de viols à son encontre conduisent d'anciens partenaires à l'empêcher d'utiliser désormais le nom de Karin Model. Il transforme le nom de son agence américaine en MC2 Model Management. Ne pouvant plus compter sur ses soutiens habituels, notamment de son frère et d'Étienne des Roys, il obtient un financement de Jeffrey Epstein. MC2 possède des bureaux à New York, Miami et Tel Aviv[9],[7].

Les deux hommes ont été mis en contact par Ghislaine Maxwell[7], que Brunel connaît depuis les années 1980. Jeffrey Epstein finance la nouvelle agence de Brunel « jusqu'à un million de dollars »[9]. Il choisit le nom de sa société pour rappeler l'équation d'Albert Einstein : E=mc2[2],[7]. Les clients de MC2 incluent Nordstrom, Macy's Inc., Saks Fifth Avenue, Neiman Marcus, J.C. Penney Co., Kohl's Corp., Target Corporation, Sears et Belk (en)[10]. La société est dissoute le [11].

En 2019, Jean-Luc Brunel aide à la création de deux agences : The Identity Models à New York et 1Mother Agency à Kiev, en Ukraine[2].

Affaires judiciaires

[modifier | modifier le code]

Accusations de viols et de participation au réseau Epstein

[modifier | modifier le code]

En 1988, Jean-Luc Brunel fait l'objet d'une enquête journalistique approfondie qui fait l'objet d'une diffusion dans l'émission de télévision américaine 60 Minutes. L'enquête, menée par le producteur Craig Pyes et la journaliste Diane Sawyer, dure sept mois. Le chapitre « American Models in Paris » (« Mannequins américains à Paris ») met en lumière les agissements de Jean-Luc Brunel et Claude Haddad[12]. Brunel fait l'objet d'allégations d'agressions sexuelles s'étalant sur trois décennies[13]. Deux mannequins l'accusent de les avoir droguées et violées alors qu'elles étaient mineures. Les témoignages décrivent ces pratiques comme généralisées[8],[14].

Dans un entretien, Eileen Ford, de la Ford Modeling Agency de New York, qui a envoyé des mannequins auprès de Brunel à Paris, nie avoir eu connaissance des multiples plaintes d'exploitation sexuelle et de drogues[12]. Malgré les dénégations de Brunel, l'agence Ford rompt ses liens avec lui[12]. Brunel admet par la suite avoir consommé de la cocaïne pendant des années, affirmant n'avoir pas de problème de drogue au motif qu'il s'abstenait de consommer cette substance pendant la journée[12].

Ses agissements sont à nouveau dénoncés par le journaliste irlandais Donal MacIntyre (en) sur la BBC en 1999[7].

Ses anciens associés, dont Ruth Malka, qui a repris l'agence Karin Models, affirment n'avoir été au courant de rien[8].

En 2002, la top-model Karen Mulder décrit dans la presse la culture des comportements sexuels agressifs (inappropriés) et la manipulation, répandue dans l'industrie du mannequinat. Brunel échappe à toute accusation criminelle[2]. Douze victimes affirment avoir été victimes d'abus sexuels prescrits en France[15].

Implication présumée dans le réseau de Jeffrey Epstein

[modifier | modifier le code]

Virginia Roberts Giuffre, l'une des accusatrices de Jeffrey Epstein, affirme en 2014 dans un dossier judiciaire que MC2 était une couverture pour du trafic sexuel[3]. L'objet de la société était de fournir des jeunes filles à Epstein. Elle écrit qu'Epstein s'est vanté devant elle « d'avoir couché avec plus de mille filles de Brunel »[16]. Brunel déclare : « Je nie fermement avoir commis un seul acte illicite ou seul un acte répréhensible dans le cadre de mon travail en tant que découvreur ou directeur d'agences de mannequins ». Dans des documents judiciaires publiés en , elle nomme Jean-Luc Brunel comme l'un des hommes avec lesquels Ghislaine Maxwell lui a ordonné, alors qu'elle était adolescente, d'avoir des relations sexuelles[17].

Il est accusé d'avoir recruté des jeunes femmes et d'avoir participé au réseau sexuel d'Epstein[16].

Jean-Luc Brunel apparaît à 25 reprises comme passager dans les journaux de vol de l'avion privé d'Epstein entre 1998 et 2005[2]. Il rend visite à Epstein à au moins 70 reprises quand ce dernier est emprisonné en 2008[18].

Alors qu'ils travaillent ensemble depuis l'an 2000, Jean-Luc Brunel se retourne en 2015 contre Epstein et porte plainte contre lui, affirmant que lui et MC2 auraient « perdu plusieurs contacts et affaires dans le secteur du mannequinat à cause des actions illégales d'Epstein »[19],[20]. Il dénonce également son ancien partenaire pour entrave à la justice et pour avoir empêché sa déposition devant le département de police de Palm Beach[20]. Ces accusations sont rejetées.

Arrestation et mise en examen

[modifier | modifier le code]

En 2019, la police nationale française ouvre une enquête sur Brunel après le déclenchement de l'affaire Epstein. Il est soupçonné de s'être caché en Thaïlande[21] ou en Amérique du Sud[22] ou de s'être « fait discret » après la mort de ce dernier, ce que nie son avocate d'alors, affirmant que son client se tient à la disposition de la justice.

Le , il est arrêté à l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle alors qu'il s'apprête à embarquer pour le Sénégal. Il est mis en examen pour viols sur mineur et pour harcèlement sexuel et placé en détention provisoire. Il est également placé sous le statut de témoin assisté dans le cadre du réseau présumé de l'affaire Epstein et est accusé d'avoir « organisé le transport et l'accueil de jeunes femmes pour le compte de Jeffrey Epstein », selon l'acte d'accusation officiel[15],[23]. Il est écroué dans la foulée[24],[16],[23].

Son avocate, Corinne Dreyfus-Schmidt, abandonne sa défense après son arrestation alors qu'il tentait de fuir[23].

Des crimes présumés ne pourront être examinés par la justice du fait des délais de prescription. À la suite du témoignage de Thysia Huisman, onze autres femmes affirment avoir été victimes d'abus sexuels commis par Jean-Luc Brunel[15],[23].

En juin 2021, il est mis en examen une seconde fois pour viol aggravé d'une mineure. Cette procédure résulte du témoignage d'une femme, qui déclare avoir été droguée et violée en 2000 après une soirée en discothèque alors qu'elle était une jeune mannequin âgée de dix-sept ans.

Les enquêteurs suspectent à cette date Jean-Luc Brunel d'être impliqué dans une dizaine d'agressions sexuelles, la plupart prescrites. Ses avocats, Marianne Abgrall et Mathias Chichportich, dénoncent une « accusation qui surgit près de vingt ans après et sans la moindre preuve est une nouvelle illustration du lynchage médiatico-judiciaire que subit Jean-Luc Brunel depuis le suicide de Jeffrey Epstein »[25],[26].

Incarcéré à la prison de la Santé à Paris, Jean-Luc Brunel est retrouvé mort, pendu dans sa cellule le [27]. Une enquête sur les causes de sa mort est ouverte. Sa disparition met un terme à l'action publique[28],[29]. En janvier 2024, ses avocats annoncent avoir demandé une enquête administrative concernant sa mort. Il avait tenté de se suicider à plusieurs reprises en détention[30]. Le timing de son décès conduisant à l'arrêt des enquêtes en France peut interroger [31].

Vie privée

[modifier | modifier le code]

Jean-Luc Brunel a été marié à Helen Hogberg, mannequin suédois et l'un des modèles de David Hamilton ; ils divorcent en 1979.

En 1988, il épouse le mannequin américain Roberta Chirko. Ils divorcent par la suite[2]. Outre son frère, Arnaud, avec lequel il a travaillé, il a également une sœur[24].

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. Dans le mannequinat, le terme de « scout » est utilisé pour celui qui trouve puis recrute de nouveaux talents.

Références

[modifier | modifier le code]
  1. « BRUNEL Jean-Luc Didier Henri », sur Fichier des personnes décédées (consulté le ).
  2. a b c d e f et g (en) Linda Robertson, Julie K. Brown et Nicholas Nehamas, « Did a Miami-based modeling agency fuel Jeffrey Epstein’s ‘machine of abuse’? », Miami Herald,‎ (lire en ligne)
  3. a et b (en) Jon Swaine, Jon Henley et Lucy Osborne, « Jean-Luc Brunel: three former models say they were sexually assaulted by Jeffrey Epstein friend », sur the Guardian, (consulté le )
  4. « Jean-Luc Brunel (1946-2022) : Notre enquête sur l'ami français de Jeffrey Epstein », technikart.com, 19 février 2022.
  5. (en-GB) Kim Bhasin et Jordyn Holman, « Modelling Agency With Ties to Epstein Names Macy’s, Nordstrom as Clients », sur The Business of Fashion, (consulté le )
  6. a et b (en) Michael Gross (en), Model : The Ugly Business of Beautiful Women, W. Morrow, (réimpr. 2003, 2011), 524 p. (ISBN 9780688126599, présentation en ligne), p. 13
  7. a b c d e et f (en) Bradley J. Edwards, Relentless Pursuit: My Fight for the Victims of Jeffrey Epstein and Ghislaine Maxwell, Simon and Schuster, (ISBN 978-1-9821-4815-7, lire en ligne)
  8. a b et c Frédéric Autran et Ismaël Halissat, « Jean-Luc Brunel, le rabatteur qui aimait «les drogues et le viol silencieux» », sur Libération.fr, (consulté le )
  9. a et b (en) Conchita Sarnoff, « Jeffrey Epstein Pedophile Billionaire and His Sex Den », The Daily Beast,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. (en) Kim Bhasin et Jordyn Holman, « Epstein-Linked Modeling Agency Claimed Nordstrom, Macy’s as Clients », Bloomberg.com,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. (en) Kate Briquelet, « Epstein’s Pal Jean-Luc Brunel Quietly Sells Off His Infamous Modeling Biz », The Daily Beast,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. a b c et d (en) Gross, Michael, 1952-, Model : the ugly business of beautiful women, HarperCollins e-books, (ISBN 978-0-06-207612-0 et 0-06-207612-4, OCLC 778095488)
  13. (en) Elaine Cobbe, « Ex-model accuses Jeffrey Epstein's friend of rape », CBS News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. (en) Halperin, Ian., Bad & beautiful : inside the dazzling and deadly world of supermodels, Citadel, (ISBN 0-8065-2456-1 et 978-0-8065-2456-6, OCLC 52457932)
  15. a b et c « Affaire Epstein : Jean-Luc Brunel mis en examen et placé en détention provisoire », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. a b et c (en-US) Amanda Arnold, « What We Know About Jean-Luc Brunel, One of the Men Closest to Epstein », sur The Cut, (consulté le )
  17. (en) Dan Mangan, « Jeffrey Epstein's alleged madam Ghislaine Maxwell was a guest at a Jeff Bezos-hosted retreat in 2018, report says », sur CNBC, (consulté le )
  18. (en) Emily Shugerman,Kate Briquelet,Lachlan Cartwright, « Jeffrey Epstein’s Modeling Ties Go Much Deeper Than Victoria’s Secret », The Daily Beast,‎ (lire en ligne, consulté le )
  19. (en-GB) Jon Swaine, Jon Henley et Lucy Osborne, « Jean-Luc Brunel: three former models say they were sexually assaulted by Jeffrey Epstein friend », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  20. a et b (en) Patterson, James, 1947- et Malloy, Tim (Journalist),, Filthy rich (ISBN 978-0-316-27405-0, 0-316-27405-4 et 978-1-4555-4264-2, OCLC 939705296)
  21. Valérie Cantié, « Affaire Epstein : une ex-mannequin affirme que Jean-Luc Brunel, proche du milliardaire, l’a agressée sexuellement », sur Franceinfo, (consulté le )
  22. Jean-Michel Décugis, Ronan Folgoas et Jérémie Pham-Lê, « Affaire Epstein : Jean-Luc Brunel localisé en Amérique du Sud », sur leparisien.fr, (consulté le )
  23. a b c et d (en) Kevin G. Hall, Ben Wieder, Philippe Berry et Thibaut Chevillard, « Jean-Luc Brunel, agent who allegedly procured girls for Jeffrey Epstein, needs a new lawyer », The Miami Herald,‎ (lire en ligne) :

    « Dreyfus-Schmidt parted ways with her client following his attempt at leaving France last week. »

  24. a et b Philippe Berry et Thibaut Chevillard, « Comment l’enquête sur Jeffrey Epstein et Jean-Luc Brunel s’est accélérée », sur 20minutes.fr, (consulté le )
  25. Louise Colcombet et Jérémie Pham-Lê, « Affaire Epstein : l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel mis en examen pour un deuxième viol », sur leparisien.fr, (consulté le )
  26. « L'ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel de nouveau mis en examen pour viol sur mineur », sur Le HuffPost, (consulté le )
  27. « Affaire Epstein : l'ancien agent de mannequins français Jean-Luc Brunel, mis en examen pour "viols sur mineurs", retrouvé mort dans sa cellule », sur Franceinfo, (consulté le ).
  28. « Affaire Epstein : l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel retrouvé mort dans sa cellule », sur L'Obs, .
  29. Zoé Lauwereys, Jérémie Pham-Lê et Nicolas Jacquard, « Affaire Epstein : l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel retrouvé mort en prison », sur Le Parisien, .
  30. « Suicide de Jean-Luc Brunel en détention : ses avocats demandent une enquête administrative », sur Libération (consulté le )
  31. Mathilde Karsenti, « Affaire Brunel : "une autopsie est en cours mais tout porte à croire qu'il s'agit d'un suicide" », sur www.marianne.net, (consulté le )

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]