Jean-Louis Gouttes

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Jean-Louis Gouttes
Biographie
Naissance
Tulle (France)
Décès
Paris
Évêque de l’Église catholique
Dernier titre ou fonction Évêque constitutionnel
Évêque constitutionnel de Sâone-et-Loire

Ornements extérieurs Evêques.svg
Blason à dessiner.svg
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Jean-Louis Gouttes, né le 21 décembre 1739[1] à Tulle et mort le à Paris, guillotiné[2], est un ecclésiastique et un homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Pierre Gouttes « bourgeois » de Tulle[3], après des études au collège des Jésuites de Tulle[4] il s'engage jeune dans un régiment de dragons, avant de devenir prêtre[2]. En 1761 il est vicaire à Larrazet, dans le diocèse de Montauban. Il est ensuite vicaire à Roquemaure dans l'Albigeois. En 1775 il « monte » à Paris et devient vicaire au Gros Caillou, succursale de Saint-Sulpice. Il publie en 1780 Théorie de l'intérêt de l'argent tirée des principes du droit naturel, de la théologie et de la politique contre l'abus de l'imputation d'usure[5].

Curé près de Bordeaux, puis à partir de 1787 d'Argilliers, près de Béziers il est un des meneurs du bas-clergé de son diocèse, réclamant l'augmentation de la portion congrue, puis est élu, le 27 mars 1789, député du clergé aux États généraux de 1789 pour la sénéchaussée de Béziers, avec 185 voix sur 311[2]. Il est l'un des 148 membres du clergé qui rallient le tiers-état dès le 19 juin 1789. Il se montre député actif, intervenant fréquemment sur les questions financières et religieuses. Ce n'est donc pas un hasard si du 29 avril au 8 mai 1790, il est le 24e président de l'assemblée constituante[6].

Le 15 février 1791, en remplacement de Talleyrand démissionnaire, il est élu évêque d'Autun par l'assemblée des électeurs du département, réunie à Mâcon sous la présidence de Claude Larmagnac : il recueille au second tour de scrutin 178 suffrages pour 347 votants[7]. Sacré à Paris le 3 avril, en même temps que plusieurs autres évêques élus, il arrive à Autun le 7 avril et est installé le 10 avril évêque constitutionnel de Saône-et-Loire (ex. évêché d'Autun). Le territoire de son évêché regroupe ceux des anciens diocèses de Chalon, Mâcon et Autun. Le 3 septembre 1791, il est élu administrateur du département[2].

L'évêque à Autun[modifier | modifier le code]

Les sources varient : « homme de cœur » et révolutionnaire modéré pour Auguste Marcade[8], il pille le diocèse en « scélérat » pour Jean Orieux[9]. Anatole de Charmasse, peu enclin à louer les révolutionnaires, déclare ne pouvoir souscrire « à une maligne interprétation » et souligne « la bienveillance attendrie » qui ressort de ses portraits[10].

Inconnu en Saône-et-Loire, il n'est pas sans réputation de prêtre intègre, attaché au nouveau régime, et de député actif. Deux autres départements faillirent l'élire évêque, l'Aude et le Lot[11]. Si à l'échelon du département de Saône-et-Loire, le clergé paroissial fut majoritairement « jureur », de l'ordre de 61 % selon l'historien Timothy Tackett[12], il n'en fut pas de même au chapitre cathédral d'Autun et dans les paroisses de la ville, majoritairement réfractaire. Le nouvel évêque fut donc amené à « importer ses collaborateurs », dont le premier vicaire épiscopal Pierre Victor Lanneau, qui avait été un temps professeur au collège de Tulle[13]. Or Lanneau évolua rapidement vers des positions anti religieuses, renonçant à la prêtrise et devenant le président de la Société populaire puis du district d'Autun. Il devint le principal accusateur de l'évêque, demandant sa démission. Jean-Louis Gouttes refusa[14].

Ayant protesté contre la suppression totale du culte et contre la Terreur, il est arrêté le 18 nivôse an II (7 janvier 1794) par le comité révolutionnaire d'Autun[15]. Transféré à Paris le 4 février, incarcéré à la Conciergerie, condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire le 6 germinal an II, il est guillotiné le soir-même, ce 26 mars 1794[16]. Philippe Séguin termine la présentation de ce prédécesseur en écrivant[17] :

« Ainsi l'évêque mourut en martyr. Pas plus qu'à Grégoire vivant l'Église ne rendit justice à son souvenir (...) Jean-Louis Gouttes, curé éducateur et évêque actif, est tombé dans l'oubli. »

Armoiries[modifier | modifier le code]

  • Sceau ovale : portant une croix rayonnante et sortant au milieu des nuages, avec cette légende : Évèché du département de Saône-et-Loire

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Harold de Fontenay dans, Revue Nobiliaire Historique et biographique , Paris, librairie J.B. Dumoulin, 1867, p. 466.
  • « Jean-Louis Gouttes », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]
  • Anatole de Charmasse, Jean-Louis Gouttes évêque constitutionnel de Saône-et-Loire et le culte catholique à Autun pendant la Révolution, Impr. Dejussieu, Autun, 1898. 470 p.
  • Marcel Dorigny, Autun dans la Révolution française, tome 2. Du bastion royaliste à la Montagne du département (1789-1795), Éditions Amatteis, 1989. 246 p. (ISBN 2-86849-088-3)
  • Erna Hindie Lemay, Dictionnaire des constituants, Voltaire foundation, Oxford et Universitas, Paris, 1991
  • Philippe Seguin, 240 dans un fauteuil la saga des présidents de l'Assemblée, Le Seuil, 1995

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La date de naissance de Jean-Louis Gouttes, donnée pour le 21 septembre par le Dictionnaire des parlementaires, est plus surement le 21 décembre 1739, selon deux sources notoires : Anatole de Charmasse (cf bibliographie), qui retranscrit l'acte de baptême, et Erna Lemay, dans le Dictionnaire des constituants. De même la date du décès est fournie par ces sources concordantes. Voir son acte de baptême du 22 décembre 1739 : Archives départementales de la Corrèze en ligne, registre des baptêmes, mariages, sépultures de la Paroisse de Saint-Julien de Tulle, années 1729-1739, vue 694, consulté le 26 octobre 2016
  2. a, b, c et d dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (A.Robert et G.Cougny) cité sur sa fiche de l'AN
  3. Anatole de Charmasse, Jean-Louis Gouttes - Le culte catholique à Autun pendant la révolution, p. 2. Le parrain Jean-Louis Gouttes est aussi déclaré « bourgeois » par l'acte de baptême
  4. Edna Hindie Lemay, Dictionnaire des constituants, notice « Jean-Louis Gouttes », p. 420-422
  5. Erna lemay, notice citée. La carrière du curé Gouttes est tirée de cette notice, reprise par Philippe Seguin
  6. Auguste Marcade, Talleyrand prêtre et évêque, 1883, [1], p. 124. Voir aussi Philippe Seguin, 240 dans un fauteuil, « Jean-Louis Gouttes », p. 113-116
  7. de Charmasse, p. 69
  8. Marcade, p. 120
  9. Jean Orieux, Talleyrand ou le sphynx incompris, Flammarion, p. 163
  10. de Charmasse, p. 87
  11. Marcel Dorigny, Autun dans la Révolution française, vol 2, p. 82
  12. La Révolution, l'Église, la France. Le serment de 1791, éditions du Cerf, Paris, 1986, cité par M. Dorigny, op. cit. p. 85
  13. Marcel Dorigny, Victor Lanneau, prêtre jacobin et fondateur du Collège des sciences et des arts (1758-1830), p. 7-25, in Le Morvan révolutionnaire, Société des études robespierristes, Paris, 1988. Lanneau est professeur à Tulle bien après la scolarité de Gouttes, mais selon M. Dorigny ce « facteur commun  » a pu influer dans le choix du vicaire par l'évêque
  14. A. de Charmasse, p. 284
  15. de Charmasse, op. cit. p. 277
  16. de Charmasse, p. 288
  17. P. Séguin, 240 dans un fauteuil, p. 116

Lien externe[modifier | modifier le code]