Jean-Louis Cheynet

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Jean-Louis Cheynet
Fonctions
Député du Dauphiné

(2 ans, 8 mois et 25 jours)
Maire de Montélimar
Maire de Montélimar
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Montélimar Drôme
Date de décès (à 68 ans)
Lieu de décès Montélimar
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession Avocat à Montélimar

Signature de Jean-Louis Cheynet

Jean-Louis Cheynet (Montélimar, Montélimar, ), est un avocat et homme politique français.

Origine familiale[modifier | modifier le code]

Il est issu d'une famille notable de Montélimar[1] dont l'origine est vivaroise. Son plus lointain ancêtre dauphinois, Georges Cheynet, est en effet mentionné comme étant "du diocèse de Viviers" lors de la signature d'un contrat d’arrentement, à Montélimar, en 1547[2].

L'un des arrière-grands-oncles du député, Charles Cheynet, né à Montélimar en 1668, décédé à Lyon en 1762, président en la Cour des Monnaies de cette ville[3], mathématicien[3], musicologue et correspondant de Jean-Philippe Rameau[4], a été l'un des fondateurs, en 1700, de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de la ville de Lyon[5], membre de l'Académie du Concert et le premier, a établi la théorie musicologique de l'authentique génération de la tierce mineure[4].

Louis Cheynet (1714-1791), père du député, a été consul de Montélimar, notamment en l'année 1754[6]. Sa mère, Magdeleine Louise Michel, est la fille de Jean-André Michel, notaire royal à Montélimar et de Louise Loubaud. Son grand-père Jacques Cheynet (1679-1760), son bisaïeul Charles Cheynet, décédé en 1707 ont également été consuls de Montélimar[7], tout comme le sera son frère Jacques-Joseph Cheynet (en 1786) et l'ont été nombre de ses cousins, oncles ou grands-oncles Cheynet durant les XVIIe siècle et XVIIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Louis Cheynet naît à Montélimar le 4 mars 1741 et y est baptisé le lendemain, en la collégiale Sainte-Croix[8]. Son parrain est Maître Jean-André Michel, notaire royal à Montélimar, son aïeul maternel et sa marraine Demoiselle Catherine Barret, épouse de Sieur Jacques Cheynet, son aïeule paternelle.

Il suit d'abord des études de droit à Grenoble, où il obtient son diplôme de bachelier, puis de licencié en droit de l'université[9]. À l'issue de ses études, il est reçu avocat au parlement de Grenoble, ville où il s'établit dans un premier temps[10]. Il revient ensuite habiter sa ville natale, dont il est premier échevin en 1768[8], lors de son mariage avec Jeanne Claudine Élisabeth Nicolas du Roure, fille de Jacques-Daniel, avocat du roi en l'échevinage de Montélimar[11], seigneur du Roure à Châteauneuf-du-Rhône[11], capitaine des chasses du prince de Monaco[11], et de Jeanne Monique Laurans[12].

En 1789, Arthur Young, le fameux agronome anglais, rendra visite à Montélimar à Mme Cheynet, entrevue qu'il raconte dans son Voyage en France :

« 22 août 1789 : « Ayant une lettre pour M. Faujas de Saint-Fond, le célèbre naturaliste qui a doté le monde de maints ouvrages sur les volcans, l'aérostation et diverses autres branches de l'histoire naturelle, j'ai eu la satisfaction, après m'en être enquis, d'apprendre qu'il était à Montélimar, et, ayant été le trouver, de voir que cet homme d'un mérite distingué était gentiment logé et que tout ce qui l'entourait dénotait une réelle aisance. Il me reçut avec la franche politesse qui est conforme à son caractère ; il me présenta sur le champ à M. l'abbé Béranger, qui habitait près de sa maison de campagne et était, me disait-il, un excellent cultivateur, ainsi qu'à un autre Monsieur, dont le goût a pris la même louable direction. Le soir, M. Faujas vint me prendre pour me mener chez une amie[13]qui s'adonne aux mêmes recherches, Mme Cheynet, dont le mari est membre de l'Assemblée Nationale ; s'il a la bonne fortune de trouver à Versailles une autre dame aussi agréable que celle qu'il a laissée à Montélimar, sa mission ne sera pas stérile et il pourra peut-être s'employer mieux qu'à voter des régénérations. Cette dame nous accompagna dans une promenade que nous fîmes pour visiter les environs de Montélimar, et j'eus le grand plaisir de voir qu'elle était une excellente cultivatrice, avec une grande pratique de cet art ; elle eut la bonté de répondre à maintes de mes questions, particulièrement sur la culture de la soie. Je fus si charmé de la naïveté [en Français dans le texte] de caractère et de l'aimable conversation de cette charmante dame qu'un plus long séjour en cette ville aurait été délicieux ; - mais la charrue ! »[14]

Carrière avant la révolution[modifier | modifier le code]

Avocat à Montélimar, Jean-Louis Cheynet acquiert, en 1774, l'office d'avocat du roi au siège de la sénéchaussée, laissé vacant par le décès de Claude-Bernard Boisset. Il revendra cette charge en 1785 à son cousin Mathieu-Barthélémy Odouard, futur chevalier de l'Empire[10].

En janvier 1787, il devient maire de Montélimar aux termes d'un brevet du duc d'Orléans, futur Philippe-Égalité, gouverneur du Dauphiné. En 1788, c'est en sa qualité de maire de Montélimar qu'il se rend à Grenoble pour complimenter le parlement, de retour d'exil.

Carrière politique et administrative[modifier | modifier le code]

Lieutenant général au grand bailliage de Valence à la suite de l'éphémère réforme de Lamoignon et des édits du — office qu'il n'exercera pas dans les faits —, Jean-Louis Cheynet tente, sans succès, de convaincre ses concitoyens de le députer à l'Assemblée de Vizille[15]. Finalement, le 24 août 1788, il est député par la ville de Montélimar à l'Assemblée de Romans[16]. Élu député du Tiers-état du Dauphiné aux États généraux le 5 janvier 1789[17], il figure à l'Almanach du Dauphiné pour 1789 comme "colonel honoraire de la milice citoyenne de Montélimar, maire et député". Le 20 juin 1789, il prête le Serment du Jeu de Paume et signe le procès-verbal de la séance[18]. En 1790, il recevra la médaille offerte à tous les députés, commémorant l'abandon des privilèges de la nuit du 4 août 1789. Cette médaille est conservée par sa famille.

Au cours de son mandat, il est modéré, plutôt monarchien et siège presque constamment avec la majorité de l'assemblée, appuyant, dans les premiers temps, Jean-Joseph Mounier. Il vote en faveur de l'établissement des assignats et vote blanc sur la question du rattachement d'Avignon.

Le 4 décembre 1790, il devient président du tribunal de Montélimar, position qu'il n'occupe en fait qu'après la dissolution de l'Assemblée constituante, mais ses compatriotes ne l'en appellent pas moins à la présidence de la "Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité" de Montélimar"[19], club qui regroupera dans la suite les "enragés" de la ville, ce qui lui vaudra quelque inquiétude lors de la réaction thermidorienne[20]. Il en cède la présidence, le 23 février 1794, à Louis Pellapra[21]. Le 8 brumaire an IV, le Conseil des Cinq-Cents ne l'en comprendra pas moins parmi ses candidats pour l'élection des membres du Directoire.

Le 17 septembre 1799, il devient maire par intérim de Montélimar et le reste jusqu'en avril 1800, date à laquelle Bonaparte, premier consul, le nomme premier adjoint au maire de Montélimar. Il abandonnera cette place à la fin de la même année, conjointement avec le maire, M. de Saulces de Freycinet, pour protester contre l'énormité des impôts. Il devient également, le 1er juin 1800 (12 prairial an VIII), commissaire du gouvernement près le tribunal de Montélimar. En 1803, il préside l'assemblée du canton et est membre du conseil d'arrondissement[22]. Il sera enfin, sous l'Empire, procureur impérial auprès du tribunal de première instance de Montélimar.

Mort – Postérité[modifier | modifier le code]

Sa maison de la rue Montant-au-château, où il meurt au soir du 28 novembre 1809 et que l'on peut encore voir aujourd'hui, à l'angle de la place aux Herbes, a été restaurée par ses soins. Il l'a enrichie de meubles et objets achetés à Paris lors de sa députation. La cage d'escalier, carrée et très claire, dans le goût du XVIIIe siècle finissant, est ornée d'une noble et belle rampe en fer forgé. Elle mène au grand salon, situé au premier étage, où se trouve une admirable cheminée régence en marqueterie de marbre, laquelle provient du château de Grignan[23].

De son mariage avec Élisabeth Nicolas du Roure, Jean-Louis Cheynet a eu trois enfants, un garçon et deux filles.

Depuis 1989, une place de sa ville de Montélimar évoque son souvenir et en 2006, une plaque a été apposée sur sa demeure par Franck Reynier, maire de Montélimar.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Max et Paulette Boisson, Les Cheynet in Cercle généalogique de la Drôme Provençale, La mémoire d'une ville, Montélimar et le nom de ses rues, tome 2, p. 5 : "Jean-Louis Cheynet fait partie d'une importante famille établie depuis la première moitié du XVIe siècle dans la région de Montélimar...".
  2. Cf. contrat d'arrentement reçu Maître Curtil, notaire royal à Montélimar (Drôme) le 16 juin 1547, A.D. Drôme, 2 E 8776.
  3. a et b Jean-Baptiste Dumas, Histoire de l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, Lyon, Giberton et Brun, "Libraires de l'Académie de Lyon", 1839, 2 volumes in 8°, tome I, p. 231 ; J. Brun-Durand, Dictionnaire biographique et biblio-iconographique de la Drôme, Grenoble, Librairie Dauphinoise, 1900, deux volumes in 4°, tome I, p. 185, etc.
  4. a et b Léon Vallas, Un siècle de musique et de théâtre à Lyon [1688-1789], Lyon, 1932.
  5. Archives Municipales de la ville de Lyon, Almanachs royaux de la ville de Lyon [1732-1762], Liste de académiciens, comprenant la date de leur entrée à l'Académie ; Jean-Baptiste Dumas, Histoire de l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, Lyon, Giberton et Brun, "Libraires de l'Académie de Lyon", 1839, 2 volumes in 8°, tome I, p. 231 ; J. Brun-Durand, Dictionnaire biographique et biblio-iconographique de la Drôme, Grenoble, Librairie Dauphinoise, 1900, deux volumes in 4°, tome I, p. 185, etc.
  6. Baron de Coston, Histoire de Montélimar et des principales familles qui ont habité cette ville, tome III, p. 446.
  7. Max et Paulette Boisson, Les Cheynet in Cercle généalogique de la Drôme Provençale, op. cit., p. 5 : "L'importance de ces bourgeois de Montélimar ressort du nombre de consuls que l'on relève parmi eux. En un siècle, ce furent au moins huit Cheynet qui présidèrent aux destinées de notre ville : Charles (v. 1634-1707), Barthélémy (v. 1653- après 1730), Jacques (12 novembre 1679-2 septembre 1760), Jean-Barthélémy (25 juin 1686-16 décembre 1755), Louis (25 septembre 1697-15 mars 1774), Louis (2 janvier 1714-1er février 1791), Claude-Vincent (22 janvier 1721-7 avril 1768), Jean-Louis (4 mars 1741-29 novembre 1809), etc.".
  8. a et b Archives Municipales de Montélimar, registres paroissiaux de la collégiale Sainte-Croix, 1741, 7 .
  9. Max et Paulette Boisson, Les Cheynet in Cercle généalogique de la Drôme Provençale, op. cit., p. 1, "La place Jean-Louis Cheynet".
  10. a et b Baron de Coston, Histoire de Montélimar et des principales familles qui ont habité cette ville, tome IV, p. 14.
  11. a b et c Marylène Marcel-Ponthier, Montélimar en Drôme provençale, Montélimar, 2009, tome II, p. 198.
  12. Archives Municipales de Montélimar, registres paroissiaux de la collégiale Sainte-Croix, 5 juillet 1768, 68 . Chacune des deux familles, Nicolas et Laurans, donnera un maire à la ville de Montélimar au XIXe siècle.
  13. Les deux familles, Faujas et Cheynet, étaient en fait proches parentes, Louis Cheynet (1697-1774), oncle du député - moulinier en soie et l'un des premiers industriels de Montélimar, consul de Montélimar en 1763, dont le nom est inscrit sur la Porte Saint-Martin, édifiée en cette même année 1763 à l'est de la ville -, ayant épousé en 1721 Claudine Faujas, tante du naturaliste. En 1724, avec la permission du roi Louis XV, Louis Cheynet avait acquis de Guy Pape, marquis de Saint-Auban, la maison dite « de Diane de Poitiers » située à Montélimar, face à l'hôtel de ville. Cette demeure Renaissance est restée dans la descendance de la famille Cheynet jusqu'à l'aube du XXIe siècle, passant successivement, par mariage, aux Rivière de Nocaze puis aux Rousset et Rousset de Pina de Saint-Didier (Cf. Marc Cheynet de Beaupré, Notice sur Jean-Louis Cheynet et sa famille, « Héraldique et Généalogie » n° 108, septembre-octobre 1988, p. 259).
  14. Arthur Young, Voyages en France en 1787, 1788 et 1789, Paris, Librairie Armand Colin, 1931, tome I, pp. 403-404.
  15. Michel Seyve, Montélimar et la Révolution, 1788-1792 — Audaces et timidités provinciales, Éditions "Notre temps",1987, p. 357 : "29 juin [1788] : proposition de participation à Vizille par Cheynet, Maire, non retenue par le Conseil Général qui n'adresse au roi qu'une protestation particulière".
  16. Ibid., p. 19.
  17. Edna Hindie Lemay, Dictionnaire des Constituants, Paris, "Universitas", 1991, p. 208.
  18. A. Brette, Le Serment du Jeu de Paume, planche II, p. 12.
  19. J. Brun-Durand, Dictionnaire biographique et biblio-iconographique de la Drôme, op. cit., tome I, p. 186.
  20. Baron de Coston, Histoire de Montélimar et des principales familles qui ont habité cette ville, tome IV, p. 320.
  21. Ibid., p. 231.
  22. Grands notables du Premier Empire, Drôme, Éditions du CNRS, 1980, notice concernant Jean-Louis Cheynet, p. 190.
  23. Marc Cheynet de Beaupré, Notice sur Jean-Louis Cheynet et sa famille, Héraldique et Généalogie n° 108, septembre-octobre 1988, pp. 258-262.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]