Jean-Louis Benoît (philosophe)

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Jean-Louis Benoît
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Jean-Louis Benoît en 2014.
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Jean-Louis Benoît est un philosophe français, né à Granville en 1943, spécialiste de Tocqueville.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Louis Benoît a poursuivi toute sa formation universitaire en France : il est agrégé de lettres, titulaire d’un DEA de philosophie politique de Paris IV Sorbonne et docteur ès lettres en 2002[2]. Il a fait toute sa carrière comme professeur, dans le privé puis dans le public, enseignant tour à tour la philosophie et les lettres, dans le secondaire et comme chargé de cours de littérature à l’Université de Caen, puis enseignant en classes préparatoires aux concours d'entrée des Écoles de Commerce au lycée Le Verrier à Saint-Lô.

Il est officier des Palmes académiques[3].

Aujourd'hui à la retraite, il poursuit son travail de recherche sur Tocqueville[4].

En 2017, il est candidat à l'Académie française[5] ; il recueille une voix et est battu par Michel Zink[6].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Jean-Louis Benoît a consacré l'ensemble de ses travaux de recherche et de son œuvre à Alexis de Tocqueville dont il a tenu à aborder l'ensemble du corpus, aussi bien dans sa thèse de doctorat Tocqueville moraliste, que dans son approche éditoriale rassemblant la quasi-totalité de ses Textes économiques, que ceux consacrés au fait religieux et aux religions : Bouddhisme, christianisme, islam. Jean-Louis Benoît lie également de façon étroite les analyses et l'action politique de Tocqueville à son origine aristocratique et à son milieu originel – des maistriens – avec lesquels la rupture, idéologique, devient totale.

Il aborde également des thèmes essentiels chez Tocqueville dont les enjeux sont encore vivaces dans la société française contemporaine : l'Algérie et la question de la colonisation, le système carcéral, les conséquences du poids de l'armée dans les pays démocratiques. Il souligne enfin l'importance du dernier chapitre de De la démocratie en Amérique (1835) dans lequel Tocqueville dénonce, comme son ami Gustave de Beaumont, le génocide des Indiens et la situation des Noirs aux États-Unis qui constituent une antinomie démocratique.

Action culturelle et colloques[modifier | modifier le code]

Président de l’Association Lire à Saint-Lô de 1989 à 1997, Jean-Louis Benoît multiplie les rencontres avec auteurs, met en place la nouvelle organisation du Prix littéraire Jean Follain et les soirées culturelles à thèmes autour des auteurs Maupassant, Barbey d'Aurevilly, Jean Follain. À ce titre, il est à l’initiative et le coorganisateur du colloque international L’actualité de Tocqueville, Saint-Lô, 1990, en partenariat avec le Conseil départemental de la Manche puis du colloque consacré au bicentenaire de la naissance de Tocqueville Tocqueville entre l'Europe et les États-Unis dont la première partie se déroule au Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle[7]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Œuvres Complètes d’Alexis de Tocqueville, Tome XIV, Correspondance familiale, appareil critique, notes et introduction, éditions Gallimard, , prix de l’Académie des Sciences, Arts et Belles- Lettres de Caen, .
  • Alexis de Tocqueville, Textes essentiels, Anthologie critique, éditions Pocket, collection Agora, , prix littéraire du Cotentin, .
  • Tocqueville moraliste, Paris, Honoré Champion, collection Romantisme et Modernités, .
  • Comprendre Tocqueville, Armand Colin, collections Cursus, .
  • Alexis de Tocqueville, Textes économiques, Anthologie critique, - En collaboration avec Éric Keslassy – éditions Pocket, collection Agora, .
  • Tocqueville, un destin paradoxal, Bayard, collection Biographies, .
  • Tocqueville, notes sur le Coran et autres textes sur les religions, Bayard, .
  • Alexis de Tocqueville, Sobre las religiones Cristianismo, hinduismo e islam, Encuentro, Madrid, .
  • Tocqueville, Perrin, .
  • Dictionnaire Tocqueville, Nuvis, .
  • Critique Tocqueville en Dictionnaire, Eric Keslessy, Revue Commentaire, Hiver 2018, N° 164.
  • Les multiples visages de Tocqueville, Benoît Malbranque, Institut Coppet, le 7 octobre 2018
  • Mémoires d’Hervé Clérel, Comte de Tocqueville, 1772-1856, Mai 2018.

Critique de Michel Onfray[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage Tocqueville et les Apaches, Michel Onfray déclare notamment [8] :

« (…) J'ajoute que, fidèle à ma méthode, j’ai accompagné ma lecture de cette œuvre par celle d'une biographie, en l'occurrence celle de Jean-Louis Benoît, Tocqueville. Un destin paradoxal. Dès les premières pages, j'ai découvert sous sa plume un Tocqueville de gauche, ce qu'il est et qu'on dit peu, mais aussi, du moins c'est ce que dit son auteur, un homme qui s'oppose au colonialisme, qui lutte en faveur de l'abolition de l'esclavage, qui souhaite humaniser les prisons (…). En somme : un Tocqueville de gauche, politiquement correct. J'allais déchanter (…). J'ai donc repris mes cahiers de notes et entrepris la lecture intégrale de la Démocratie en Amérique, que je ne connaissais que par des morceaux choisis. (…) Et là, les bras m'en sont tombés ! Car Tocqueville s'y montre aux antipodes de ce que raconte la biographie que j’avais lue. Par exemple : « Parmi ces hommes si divers, le premier qui attire les regards, le premier en lumière, en puissance, en bonheur, c'est l'homme blanc, l’Européen, l'homme par excellence ; au-dessous de lui paraissent le Nègre et l’Indien ». Est-ce le propos d'un homme qui s'oppose à Gobineau ? Puis j'ai découvert un Tocqueville qui, certes, critique l'esclavage, mais parce que l’esclave coûte plus cher à son propriétaire en nourriture, en logement, en frais de santé et de retraite, en charge de famille, qu'un ouvrier qui s'avère plus rentable. Est-ce le propos d'un ami des Noirs ? J'ai découvert un Tocqueville qui estimait que le massacre des Indiens obéissait aux lois de la Providence et qu'il en était ainsi, qu'il ne servait à rien de vouloir autre chose et autrement que ce qui advient. (…) ma lecture d'une biographie qui se cache sous le « paradoxe » affiché dans le titre pour présenter un Tocqueville social-démocrate qui témoigne moins d'un portrait fidèle du philosophe que d'un autoportrait rêvé de son biographe. J'ai été induit en erreur. (…) »

Réponse à Michel Onfray[modifier | modifier le code]

L'extermination des indiens, l'esclavage, la colonisation, le sort des travailleurs : Tocqueville est-il un penseur sans coeur ? Faits et Débats.

  • Françoise Mélonio, Tocqueville sous le signe du ressentiment, Revue Commentaire N° 161 Printemps 2018

"Michel Onfray : Tocqueville et les Apaches. Indiens, nègres, ouvriers, Arabes et autres hors-la-loi. (Autrement, 2017, 196 pages.) "Curieux livre que celui de Michel Onfray, livre « repentir » d'un lecteur qui bat sa coulpe d'avoir pris hâtivement Tocqueville pour un démocrate, au printemps 2017, et s'avise quelques..." Extraits : "Et dont Michel Onfray avoue candidement que c'était sa seule lecture à côté de L'Ancien Régime et la Révolution. Jean-Louis Benoît, en présentant un « Tocqueville de gauche », « social-démocrate » et fort sympathique précurseur de Michel Rocard, aurait occulté par d'habiles morceaux choisis que Tocqueville jugeait l'extermination des Indiens « normale », l'esclavage des nègres impossible à abolir aux États-Unis, la domination des Arabes inscrite dans la marche de la civilisation, et la répression des classes populaires nécessaire à la défense de la propriété. Autrement dit, Tocqueville serait une figure exemplaire de la dureté des libéraux envers les Apaches, comme le dit joliment le titre, c'est-à-dire tous les « sauvages ». À cette série de vices horrifiques d'un libéral rétif à l'égalité il ne manque que l'accusation de sexisme, qu'à vrai dire on pourrait adresser à Tocqueville avec plus de justesse que les précédentes. Cette illumination d'Onfray sur la mauvaise odeur du libéralisme tocquevillien a résulté d'une lecture, plume à la main, des trois volumes de la Pléiade (Le Voyage en Amérique, De la démocratie, les écrits sur l'Algérie, sur l'esclavage, les Souvenirs) au cours de laquelle l'évidence s'imposa de l'imposture du libéralisme tocquevillien… Jean-Louis Benoît a publié une longue réfutation très précise de 45 pages sur le site UQAC. Il est assurément tout innocent de la faute qui lui est imputée ; son livre, fondé sur une lecture méticuleuse de l'ensemble des 27 volumes publiés des Œuvres complètes, et d'où sont tirées beaucoup des citations d'Onfray, évite toute sollicitation abusive des textes." [...] L'essentiel n'est donc pas d'étudier Tocqueville pour lui-même, mais de déconstruire le « recyclage » de sa pensée à droite et surtout à gauche. Dans l'œuvre de Tocqueville, Onfray repère une « machine de guerre » utilisée par la gauche postmarxiste et la pensée 68 pour justifier une politique libérale (au sens économique du terme) d'abandon du peuple et de colonisation, ce qu'explicite du reste la conclusion dirigée contre « le néocolonialisme de gauche, contre le droit d'ingérence ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]