Jean-Louis Baghio'o

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Jean-Louis Baghio'o, écrivain français d'ascendance antillaise, est le nom de plume de Victor Jean-Louis, né le à Fort-de-France (Martinique) dans une famille originaire de Sainte-Anne (Guadeloupe) et décédé à Paris le .

Jean-Louis Baghio'o est le frère de la chanteuse guadeloupéenne Moune de Rivel (1918-2014), "La Grande Dame de la Chanson Créole".

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'Henri Jean-Louis (dit Baghio'o, premier magistrat noir des Antilles françaises et auteur de La Bible africaine) et de Fernande de Virel, grande violoniste et musicienne, Victor Jean-Louis fut envoyé en France pour y faire ses études, en compagnie de son frère aîné, Edward, dès 1923. Diplômé de l'Institut électrotechnique de Grenoble en 1930, le jeune ingénieur partit construire des barrages hydroélectriques en Égypte avant de réorienter ses activités professionnelles vers la prise de son pour la radio et le cinéma.

Entre 1939 et 1945 il fut officier de l'armée française, capturé par les Allemands puis réfugié en Suisse avant de rejoindre la Résistance aux côtés de Robert Desnos, Léon-Gontran Damas et Marguerite Duras[1] et de participer en tant qu'assistant technique de Pierre Schaeffer au Studio d'Essai, à la libération des ondes de Paris.

Après la guerre, nommé directeur technique du Service des Émissions de la France d'Outre-Mer à la Radio-diffusion française, Jean-Louis Baghio'o protesta violemment contre le racisme de certains collaborateurs et ce qu'il appelait la « coloniaiserie ». Il commença aussi à rédiger ses premiers textes littéraires et publia le conte Issandre le mulâtre. De 1951 à 1954 il retourna pour la première fois aux Antilles près de son père vieillissant et s'installa avec sa femme et ses cinq enfants à Gourbeyre en Guadeloupe. Il y enseigna les mathématiques au Collège technique Saint Jean Bosco sur les flancs de la Soufrière et traduisit ses retrouvailles avec l'univers antillais dans un recueil de poèmes à deux voix (Les Jeux du soleil) et dans les ébauches de ce qui deviendra son chef-d'œuvre, le roman Le Flamboyant à fleurs bleues, saga endiablée des O'O de Quadeloupe et satire féroce du colonialisme, qui lui vaudra le prix des Caraïbes.

De retour en France, l'ingénieur du son fut chargé par l'ORTF de la construction et de la direction de plusieurs stations de radio en Afrique, dans le contexte difficile de la décolonisation. Là aussi il retraça le parcours de son père, qui avait été longtemps juge français en Afrique, et conçut le roman autobiographique et mémoire à deux voix Le Colibri blanc, dans lequel la télépathie sert parfois de moyen de communication aux protagonistes éparpillés entre France, Antilles et Afrique.

Une fois à la retraite, Jean-Louis Baghio'o se consacra encore davantage à un travail d'homme de lettres. D'abord par l'étude inlassable des langues (créoles, italien et espagnol) mais aussi par celle de la littérature, puisqu'il soutint avec succès un mémoire de maîtrise sur Aimé Césaire et Saint-John Perse à l'Université de Vincennes en 1981. Membre du jury du prix des Caraïbes, il était ravi de lire la production de la jeune génération d'écrivains antillais, tout en se passionnant pour la théorie et l'histoire littéraires.

Jean-Louis Baghio'o s'éteignit à Paris le 20 décembre 1994, foudroyé par une attaque cérébrale quelques heures seulement après sa promenade quotidienne au parc de Vincennes et sa page de traduction quotidienne du Quichotte. Il venait aussi de finir la correction de son ultime roman, Choutoumounou, suite du Flamboyant à fleurs bleues et évocation pleine de verve du Paris antillais des années 1920 et 1930.

S'il y a un élément unificateur dans l'œuvre de Jean-Louis Baghio'o, c'est l'exaltation permanente de l'auteur, manifestée par un style volontiers baroque. Pour lui, le réel – aux Antilles ou ailleurs – n'était jamais terne mais merveilleux. En cela il rejoignait Alejo Carpentier, auteur dont il admirait surtout le roman Le Siècle des lumières.

La sœur de Jean-Louis Baghio'o, Cécile Jean-Louis, née à Bordeaux en 1918 et décédée en 2014, fit une grande carrière de chanteuse créole sous le nom de Moune de Rivel[2], notamment à la Canne à sucre, club antillais de Paris, où elle se produisit de 1945 à 1996. Elle fut aussi la seule femme incluse dans la photo réunissant les participants du Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, réunis à la Sorbonne en 1956.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans
  • Issandre le mulâtre, préface de Catherine Dunham, Paris, éditions Fasquelle, 1949, 175 p.
  • Le Flamboyant à fleurs bleues, Paris, Calmann-Lévy, 1973. Prix des Caraïbes 1975. Paris, éditions Caribéennes, préface de Maryse Condé, 1981, 232 p.
  • Le Colibri blanc, Paris, éditions Caribéennes, 1981, 308 p.
  • Choutoumounou, préface de Mireille Sacotte, Paris, L'Harmattan (Lettres des Caraïbes), 1995, 316 p.
Essais
  • L'Ingénieur du son dans le cinéma, la radio-diffusion et à la télévision, Paris, éditions Chiron, 1949.
  • La Dialectique radio-télévision en Afrique, Paris, Éditions Ocora, 1963.
  • « Hommage à Léon Gontran Damas », Paris, Présence Africaine, 1979.
  • « Deux poèmes, deux poètes : une lecture sémantique du Cahier d'un retour au pays natal d'Aimé Césaire et de Pour fêter une enfance de Saint-John Perse », mémoire de maîtrise (non publié), Université Vincennes-Paris VIII, 1981.
Poésie
  • Chant des îles, divertissement poétique mis en musique par H. Tomasi, Paris, Radio-diffusion française, 1945.
  • Les Jeux du soleil, Paris, éditions Coop Arts Graphiques, 1960.
Œuvre traduite
  • The Blue Flame-Tree, trad. Stephen Romer, Manchester, Carcanet Press, 1990.

Études sur J.-L. Baghio'o[modifier | modifier le code]

  • Charles W. Scheel, « Les romans de Jean-Louis Baghio’o et le réalisme merveilleux redéfini », in Présence africaine no 147, 1988, p. 43-62.
  • Lauren Yoder, « Mythmaking in the Caribbean: Jean-Louis Baghio’o and Le Flamboyant à fleurs bleues », in Callaloo, automne 1989, p. 667-679.
  • Charles W. Scheel, « Hommage à Victor Jean-Louis Baghio’o » (texte de l’eulogie prononcée au Père Lachaise le 26 décembre 1994), in Présence Africaine no 153, 1er sem. 1996, p. 260-264.
  • Hal Wylie, « Choutoumounou [recension du roman de Jean-Louis Baghio’o] », in World Literature Today (University of Oklahoma), Hiver 1996.
  • Charles W. Scheel, Chapitre « Trois réalistes-merveilleux antillais: Alejo Carpentier, Jacques S. Alexis et Jean-Louis Baghio'o » in Réalisme magique et réalisme merveilleux. Des théories aux poétiques, préface de Daniel-Henri Pageaux, collection Critiques littéraires, L'Harmattan, 2005, p. 163-204.

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]