Jean-Louis Alibert

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Jean-Louis Alibert
Description de cette image, également commentée ci-après
« Jean-Louis Alibert, né en 1766 » [Lithographie par Reymond] in: Auguste Corlieu, Centenaire de la Faculté de médecine de Paris, 1794-1894, F. Alcan (Paris), Coll. de la Bibliothèque interuniversitaire de Santé.
Nom de naissance Jean-Louis Marie Alibert
Naissance
Villefranche-de-Rouergue (France)
Décès (à 69 ans)
Nationalité Drapeau de la France France
Domaines Médecine
Dermatologie
Institutions Hôpital Saint-Louis
Académie de médecine
Formation École normale
Faculté de médecine de Paris
Distinctions Legion Honneur Officier ribbon.svg
Officier de la Légion d'honneur (29 avril 1821)[1].

Jean-Louis Marie Alibert (1768-1837) est un médecin français. Professeur à la Faculté de Médecine de Paris, médecin en chef de l’hôpital Saint-Louis, membre de l’Académie de Médecine et premier médecin ordinaire des rois Louis XVIII et Charles X, il est considéré comme le fondateur de la dermatologie en France. Il publie, le premier, une description systématisée de nombreuses maladies cutanées dans son Arbre des Dermatoses, inspiré de la botanique. Il a donné son nom à la « maladie d'Alibert » ou mycosis fongoïde.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît le , à Villefranche-de-Rouergue, où son père était magistrat en qualité de conseiller au Présidial de cette ville. C'est là, au collège des Pères de la doctrine chrétienne, qu’il fit ses premières études. Il développe, au cours de ses promenades sur les coteaux voisins, un goût pour la nature et les beaux paysages[2]. Il eut pour condisciples et amis, Pierre Laromiguière qui fut professeur de philosophie à la Sorbonne et l’abbé Sicard, qui succéda à l’abbé de l’Épée , dans l’enseignement des sourds-muets.

À l’issue de ses humanités, il se rendit à Toulouse, pour y effectuer un noviciat de deux ans, dans la Congrégation des Pères de la Doctrine Chrétienne avant d’être désigné comme professeur de lettres au collège de Villefranche. L’abrogation des ordres religieux en France, par la loi du 17 août 1792, entraîna la fermeture du collège et Alibert fut rendu à la vie civile.

La Convention nationale créa, le 9 brumaire de l’an III (30 octobre 1794), l’École normale dans le but de promouvoir l’enseignement en France et Jean Alibert y obtint une place[3]: il put y compléter son instruction générale, mais, après quatre mois de cours, l’École normale fut fermée.

Il s’était lié d’amitié, à cette époque, avec Pierre Jean Georges Cabanis et Pierre Roussel, normaliens comme lui : ils l’introduisirent dans le salon de Mme Helvétius (Anne-Catherine de Ligniville Helvétius) et il fréquenta ainsi la Société d’Auteuil ; fermé pendant la Terreur, le salon d’Auteuil accueillit après le 9 thermidor de l’an II (27 juillet 1794)[4] plusieurs médecins dont Philippe Pinel, René-Nicolas Dufriche Desgenettes et ultérieurement Anthelme Richerand, Guillaume Dupuytren, Gaspard Laurent Bayle, Joseph Récamier …. Ces fréquentations décidèrent de son avenir.

Portrait lithographié par Villain d'après Berthon.

La loi du 14 frimaire de l’an III (4 décembre 1794) avait créé les Écoles de Santé[5] et Alibert se présenta au concours de celle de Paris, le 20 février 1796, où il fut admis : il suivit avec assiduité les leçons de clinique médicale de Jean-Nicolas Corvisart à la Charité, celle de Philippe Pinel à la Salpétrière et de clinique chirurgicale de Pierre Joseph Desault à l’Hôtel-Dieu mais également ceux de Xavier Bichat.

À cette époque, il devint membre de la Société philomatique de Paris[6] et en 1796, il participa à la création de la Société médicale d’émulation : il en fut le premier secrétaire général. Le 28 brumaire de l’an VIII (19 novembre 1799), il soutint sa thèse de doctorat avec pour sujet : Dissertation sur les fièvres pernicieuses ou ataxiques intermittentes[7].

En 1801, le Comité des hôpitaux de Paris, dont faisait partie Cabanis, nomma Alibert médecin-adjoint de l'hôpital Saint-Louis(hospice du Nord)[8], puis titulaire en 1802.

Situé loin du centre de Paris, Saint-Louis recevait essentiellement des patients atteints de maladies chroniques ou contagieuses dont faisaient partie les maladies de la peau comme les ulcères de toute origine, les maladies croûteuses ou le scorbut : Alibert décida qu’il en ferait sa spécialité. À l’hôpital Saint-Louis, il inaugura des Cliniques sur les maladies cutanées qui attirèrent des étudiants mais aussi des médecins confirmés français ou étrangers. Les locaux du pavillon Gabrielle étant devenus trop exigus, Alibert transporta ses cours en plein air, sous les ombrages des tilleuls[9]. Dans son enseignement, il reprendra les travaux de Anne-Charles Lorry[10] qui publia plusieurs observations sur l'influence de la psychologie sur le développement de certaines maladies cutanées.

En 1815, Antoine Portal le fit nommer médecin consultant du roi Louis XVIII et en 1818, il devint premier médecin ordinaire du roi ; cette distinction flatteuse fut unanimement approuvée par l’opinion publique[11]. Il consacra alors la plus grande partie de son temps aux soins du roi et il dut abandonner son service de l’hôtel-Dieu qui fut confié à son élève Laurent-Théodore Biett.

Avec Portal, il contribua à la création de l‘Académie de médecine et il fit partie de la section Médecine où il fut élu, le 27 décembre 1820. Le 9 août 1821, Alibert fut choisi comme professeur de botanique à la Faculté de Médecine de Paris, puis, en 1823, il obtint la chaire de thérapeutique et de matière médicale.

Au décès de Louis XVIII, en septembre 1824, il devint premier médecin ordinaire du roi Charles X qui le nomma Baron, (le 31 octobre 1827), pour les services rendus pendant le règne et la maladie du roi.

Jean-Louis Alibert est mort à Paris, à 69 ans, le 4 novembre 1837 d’un cancer de l’estomac et il fut inhumé, le 7 novembre au cimetière du Père-Lachaise. Jean Cruveilhier prononça un discours au nom de la Faculté, le secrétaire perpétuel de l'Académie de Médecine, Étienne Pariset fit son éloge au nom de l’Académie. Quelques mois plus tard, son corps fut transporté à Villefranche-de-Rouerge puis dans la chapelle de son château du domaine des Aliberts. Repose également dans cette chapelle qui peut se visiter son épouse la baronne des Aliberts. Lieu dit les Espeyrous Marin.

Le 5 novembre 1838, le professeur Jean-Nicolas Marjolin fit un panégyrique d’Alibert dans la séance annuelle de la Faculté de Médecine. En 1840, le roi Louis-Philippe donna le nom d’Alibert à une rue de Paris, avoisinant l’Hôpital Saint-Louis[12].

Alibert fut comblé d’honneur : chevalier de la Légion d’honneur, il fut élevé au grade d’officier en avril 1815. Il était membre de nombreuses sociétés savantes françaises et étrangères comme l’Académie de médecine de Madrid, l’Académie des sciences de Turin, celle de Saint-Pétersbourg ou l’Académie impériale de Vienne. Il était également membre de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron.

Le musée municipal de Villefranche-de-Rouerge comporte une salle qui lui est consacrée.

Publications et apport scientifique[modifier | modifier le code]

Il s'intéressa à la thérapeutique générale sous l'influence de Bichat et publia en 1804 Les Éléments de thérapeutique et de matière médicale qui aura cinq rééditions entre 1804 et 1826.

C’est entre1806 et 1814, qu’il publia plusieurs importants ouvrages de dermatologie dont Description des maladies de la peau observées à l'hôpital Saint-Louis, et exposition des meilleures méthodes suivies pour leur traitement (illustrée de cinquante trois planches en couleur) (cet important ouvrage fut réédité en 1833 chez Cormon et Blanc à Paris[13]) et Précis théorique et pratique sur les maladies de la peau : il y fit la première description du mycosis fongoïde[14].

En 1817, est édité un premier volume Nosologie naturelle ou les maladies du corps humain distribuées par famille, dans lequel il classe les maladies par organe. On lui doit le fameux « l’Arbre des dermatoses » qu’il imagina à partir de l’Arbre des Fièvres de Francesco Torti : c’est dans Monographie des dermatoses ou précis théorique et pratique des maladies de la peau publiée en 1832[15], qu’apparaît la première illustration dont il existe plusieurs versions ultérieures[16] : cette image frappa les esprits et est restée comme un symbole, alors que cette classification ne fut jamais réellement adoptée. C’est en 1823, qu’il publia sa Physiologie des passions qui obtint en août 1827, un prix Montyon à l’Académie française. Il avait, en 1820, écrit un Éloge historique de Pierre Roussel[17].

Alibert tenta de résoudre le problème de la contagion de certaines dermatoses en utilisant le procédé de l'inoculation qu'il pratiqua non seulement sur des animaux mais aussi sur lui-même et certains de ses élèves ; c’est ainsi qu’il envisagea le rôle du sarcopte acarien dans la transmission de la gale[18].

« Varicelle pustuleuse. Groupe des dermatoses exanthémateuses », dessin et gravure de Choubard, in: Clinique de l'hôpital Saint-Louis ou traité complet des maladies de la peau, Cormon et Blanc (Paris), 1833.
  • Traité des fièvres pernicieuses intermittentes, [3e édition], Crapart, Caille et Ravier (Paris), 1804, In-8°, disponible sur Gallica.
  • Description des maladies de la peau observées à l'hôpital Saint-Louis, Paris, Caille et Ravier, 1806, comportant 15 estampes gravés par Salvatore Tresca d'après G. Moreau Valvile, disponible sur Gallica.
  • Nouveaux éléments de thérapeutique et de matière médicale,[suivi d'un nouvel essai sur l'art de formuler et d'un précis sur les eaux minérales les plus usitées] , [Seconde édition, revue, corrigée et augmentée], Crapart, Caille et Ravier (Paris), 1808, 2 vol. (XLI-[1]-704, IX-[1]-779 p.) ; in-8 :
  1. Tome premier, disponible sur Gallica
  2. Tome second, disponible sur Gallica
  • Précis théorique et pratique sur les maladies de la peau, C. Barrois (Paris), 1810-1818, 2 vol. ([4]-XVI-437, 387 p.) ; in-8 :
  1. Tome premier, disponible sur Gallica
  2. Tome second, disponible sur Gallica
  • Physiologie des passions, ou Nouvelle doctrine des sentiments moraux, Bechet jeune (Paris), 1825, 2 vol. (LXXV-372 p.-4 p. de pl., 472 p.) ; in-8 :
  1. Tome premier, disponible sur Gallica
  2. Tome second, disponible sur Gallica
  • Précis historique sur les eaux minérales les plus usitées en médecine, [suivi de quelques renseignements sur les eaux minérales exotiques], Bechet jeune (Paris), 1826, In-8°, disponible sur Gallica.
  • Monographie des dermatoses, ou Précis théorique et pratique des maladies de la peau, par M. le Baron Alibert, chez le Dr Daynac éditeur (Paris), 1832, 2 vol. in-8°:
  1. Tome premier, disponible sur Gallica
  2. Tome second, disponible sur Gallica

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Arbre des dermatoses.jpg
  • Alfaric (A.), J.L. Alibert fondateur de la dermatologie en France, sa vie, son œuvre [thèse de médecine Paris], 1917.
  • Brodier (L.), J. L. Alibert médecin de l'hôpital Saint-Louis, 1768-1837, Maloine (Paris), 1923. 390 p.
  • Busquet (P.), Les biographies médicales, janvier 1927.
  • Jean-Louis Alibert, 1768-1837. Fondateur de la dermatologie française, médecin chef de l'hôpital Saint Louis, Société des amis de Villefranche.-(Villefranche-de-Rouergue), 1987, 126 p.
  • « Jean-Louis, baron Alibert », in: Larousse, Texte intégral.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Louis Marie Alibert dans la base de données Léonore.
  2. Dans La Physiologie des passions qu’Alibert a publié en 1823, il vante les paysages de son pays natal : « Quiconque dans ses voyages a vu les bords de l’Alzou … ne peut s’en éloigner qu’avec regret ».
  3. Ses élèves furent recrutés parmi les instituteurs primaires, les prêtres, les professeurs de collège, les fonctionnaires.
  4. Chute de Robespierre.
  5. Trois écoles avaient été créées à Paris, Montpellier et Strasbourg.
  6. La Société philomathique de Paris.
  7. D’abord publiée chez Richard, Caille et Ravier, elle fut éditée ensuite en 1801 et des éditions successives en furent tirées en 1809 et 1820 chez le même éditeur.
  8. Cet hôpital fut construit en 1607 par Henri IV, pour les pestiférés, l'hôtel-Dieu situé au centre de Paris ne pouvant pas accueillir tous les malades.
  9. Une représentation picturale en a été faite par René Berthon en 1811.
  10. Arne Kissmeyer. Anne-Charles Lorry (1726-1783) et son œuvre dermatologique ; Paris : libr. A. Legrand, 1928.
  11. L’un des journaux de la Capitale qualifie Alibert « un des hommes qui soutiennent le mieux la gloire de la Médecine en France et qui ont le plus contribué à étendre ses progrès en Europe ».
  12. Décision royale du 19 janvier 1840. Cette voie ouverte dès 1740 prit les noms successifs de : ruelle Dagouri, rue Notre-Dame, ruelle des Postes, impasse Saint-Louis, et en dernier lieu de cul-de-sac de l'Hôpital Saint-Louis.
  13. Catalogue des textes en ligne.
  14. Mycosis est un mot créé par Albert pour désigner les affections caractérisées par des excroissances cutanées ou tumeurs fongueuses (ayant l’aspect d’une éponge) de la peau : aujourd’hui, ce mot ne s’emploie plus que dans l’expression « mycosis fongoïde » dite aussi maladie d’Alibert (ref Mycosis fongoïde.
  15. 2 volumes; 528 + 752 pages. chez Daynac, à Paris en 1832 puis 1 volume de 814 pages chez Baillère en 1835.
  16. Cet arbre figure le derme, les branches principales les diverses maladies qui lui sont propres, les rameaux indiquent les genres, les ramuscules, les espèces et les variétés.
  17. En préface à Système physique et moral de la femme suivi d'un fragment du systeme physique et moral de la femme, de Pierre Roussel.
  18. Son rôle sera confirmé, en 1834, par l’un de ses élèves, Renucci.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]