Jean-Joseph Rabearivelo

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Jean-Joseph Rabearivelo
« Premier poète africain moderne »
Description de cette image, également commentée ci-après

Photographie non datée, non créditée, années 1930

Nom de naissance Joseph-Casimir Rabe
Naissance 4 mars 1901 ou 1903
Isoraka, Tananarive
Décès
Tananarive
Nationalité Malgache de Madagascar
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture malgache et français

Œuvres principales

  • Œuvres complètes : tome I (2010)
  • Œuvres complètes : tome II (2012)
  • Les Calepins bleus
  • La Coupe de cendres
  • L'Aube rouge

Jean-Joseph Rabearivelo, né Joseph-Casimir Rabe le ou 1903 à Isoraka (quartier de Tananarive) et mort le à Tananarive (actuelle Antananarivo), est le premier écrivain Malgache d'expression française. Il est de plus considéré comme le premier poète africain moderne. Lorsqu'il se fait renvoyer du Collège Saint-Michel, à l'âge de 13 ans, il ne connaît du français que les rudiments. Mais par un travail passionné, il devient un homme de lettres, un véritable intellectuel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jean-Joseph Rabearivelo naît sous le nom de Joseph-Casimir Rabe (du nom des deux saints relatifs aux mois et jour de sa naissance : Joseph et Casimir) le 4 mars 1901, 1902, 1903 ou 1904 dans la clinique du docteur Villette à Isoraka, quartier du nord de la capitale Tananarive (aujourd'hui Antananarivo). Moins de cinq ans plus tôt, Madagascar était devenue une colonie française sous le nom de colonie de Madagascar et dépendances[1].

Il est le fils naturel et non reconnu d'un membre de l'aristocratie protestante malgache et frère du pasteur protestant Ravelojaona (14 février 1879, Tananarive - 4 septembre 1956 à Ambatofotsy) avec une jeune femme du nom de Rabozivelo. Son père, qu'il ne connu jamais, était un des quatorze enfants d'un maître du collège supérieur de la Société missionnaire de Londres et proche de James Sibree (en)[1],[2].

Sa mère, Rabozivelo, appartenait à l’ethnie des mérinas et plus précisément à la caste des hovas (les roturiers de rang élevé) de religion protestante. En effet, originaire d'Ambatofotsy tout comme le père naturel de Jean-Joseph Rabearivelo, elle descendait de la caste noble des Zanadralambo (famille se prétendant descendant du souverain Ralambo qui régna sur le royaume de Madagascar de 1575 à 1610). Anciens grands propriétaires fonciers, sa famille est ruinée par les bouleversements introduits par la colonisation (notamment l’abolition de l’esclavage traditionnel) et Rabozivelo doit vendre les quelques rizières et bijoux qu'elle possède encore pour permettre à son unique fils de s'acheter des livres.

Généalogie[modifier | modifier le code]


 
 
Ravelojaona
Membre de la Société missionnaire de Londres.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ranivo
Grand-mère de Rabearivelo. Descendante du roi Ralambo.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pasteur Ravelojaona
 
???
 
Rabozivelo
 
Ramahatandrema
 
Lucie
 
???
 
Docteur Ramangalahy
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jean-Joseph Rabearivelo
 
Mary Razafitrimo
 
 
 
 
 
 
 
Gilbert Rameliarison
 
Beby
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Solofo Rabearivelo
 
Sahodra Rabearivelo
 
Voahangy Rabearivelo
 
Noro Rabearivelo
 
Velomboahangy Rabearivelo
 
 
 
Solofo Rameliarison

Introduction[modifier | modifier le code]

Il est un poète malgache, considéré comme le premier poète africain moderne. À 13 ans, il fut renvoyé du Collège Saint-Michel pour avoir refusé de prendre part au service religieux ; après avoir été scolarisé brièvement dans une école privée, il abandonna toute éducation organisée et se mit à travailler aux divers « petits boulots » que proposait la société coloniale. En 1924 il se fit correcteur à l'Imprimerie de l'Imerina ; il y travailla bénévolement les deux premières années, et garda ce travail mal payé jusqu'à sa mort. Il est vrai que cette maison lui publia plusieurs de ses ouvrages en tirage limité. En 1926, Rabearivelo épousa Mary Razafitrimo, fille d'un photographe, avec qui il eut cinq enfants. Toute sa vie il fut endetté, jusqu'à être condamné à la prison : ses finances eurent à concilier bas salaires, passion du jeu, achats de livres et addiction à l'opium. Lecteur vorace et autodidacte, il publia des anthologies de poésie malgache et collabora à deux revues littéraires, 18 Latitude Sud et Capricorne. Au soir du 23 juin 1937, après avoir envoyé diverses lettres d'adieu, il se suicida au cyanure, notant ses derniers moments dans le dernier de ses Calepins Bleus, un journal de 1800 pages environ. Des quelque 20 volumes qu'il produisit, notamment de poésie, théâtre, roman et critique littéraire, la moitié restait inédite à sa mort. Son œuvre montre une affinité à la fois avec les poètes symbolistes et surréalistes, tout en restant fortement enracinée dans la géographie et le folklore de Madagascar. Il se sentait également français et malgache, mais il lui fut refusé toute occasion d'aller travailler et vivre à Paris. Ce désespoir motiva son suicide.

Vie et œuvre de Jean-Joseph Rabearivelo[modifier | modifier le code]

1903 (1901 / 1902 / 1904 ?) : Naissance le 4 mars, de Joseph-Casimir Rabearivelo (du nom des deux saints relatifs aux mois et jour de sa naissance), à la clinique du Docteur Villette, Isoraka, quartier de Tananarive. Il fera précéder son prénom de « Jean », en référence à Jean Berchmann, l’un des trois saints sous le patronage duquel il a reçu la confirmation. Il conservera son nom malgache sur les conseils de son ami Pierre Camo, « seule manière certaine, ‘‘selon lui, de piquer la curiosité et d’attirer sur lui l’attention ». Les sources (documents officiels, déclarations écrites ou orales du poète ou de ses contemporains) divergent quant à l’année exacte. L’année 1904 aurait été utilisée par Rabearivelo lui-même pour améliorer ses dossiers de candidature afin d’entrer dans l’administration. L’année 1903, indiquée sur le registre des actes de naissance de Tananarive, semble être la plus probable, même si elle pose des problèmes de cohérence pour les années de scolarité. Sa mère, Rabozivelo, protestante, était originaire d’Ambatofotsy (qui signifie « à la pierre blanche » en malgache), village au nord de Tananarive, et elle était apparentée à la caste noble des Zanadralambo (prétendus descendants de Ralambo). Cette ascendance aristocratique renforça la vénération de Rabearivelo pour le passé royal mérina. Cette parenté lui confère un type merina. Sa mère est très protectrice, dévouée à son unique fils. Elle élèvera le fils de Rabearivelo, Solofo, après son suicide. La famille de sa mère est celle de grands propriétaires fonciers ruinés, comme beaucoup de ces familles, par les bouleversements introduits par la colonisation (notamment l’abolition de l’esclavage traditionnel). La famille du poète est donc pauvre. La mère de Rabearivelo vendra les quelques rizières et bijoux – souvenirs de sa richesse passée – pour que le jeune poète puisse s’acheter des livres. Rabearivelo se présente lui-même comme ayant « la taille de Napoléon, la taille des grands hommes ». Il poursuit : « J’ai le front dévasté que j’aime à comparer à celui que telle estampe donne de Baudelaire ».
1908 ( ?)-1916 : Son éducation est confiée à son oncle, de confession catholique. Cette formation le distingue à nouveau de la haute société, qui est protestante. À cinq ans, il entre à l’École des Frères des Écoles chrétiennes d’Andohalo, puis il fréquente le collège Saint-Michel des Jésuites à Amparibe (d’où il sera exclu pour indiscipline à l’âge de 13 ans) et enfin l’école Flacourt, à Faravohitra. Ses études sont plutôt médiocres, et Rabearivelo devra apprendre le français en autodidacte. De cette époque date son probable désir, vite éteint, d’entrer dans les ordres. Il perdra ensuite la foi jusqu’à devenir, selon ses dires, « anti-chrétien ».
1915 : Il aurait publié à cette date ses premiers poèmes en malgache, dans la revue Vakio ity, sous le pseudonyme de K. Verbal.
1916-1923 : Ses études terminées, Rabearivelo exerce différents métiers : secrétaire et interprète du chef de canton d’Ambatolampy, saute-ruisseau et gratte-papier chez le brocanteur Rasamoely (1919), dessinateur en dentelles chez Mme Anna Gouverneur, employé de bibliothèque au Cercle de l’Union (ce qui lui permet de lire énormément et de se cultiver). Un administrateur, le gouverneur Lucien Montaigné, qui a remarqué ses dispositions intellectuelles, soutient ses premiers essais littéraires. De ces années date aussi la publication de ses poèmes dans Le Journal de Madagascar (bilingue français-malgache) sous les noms de plume d’Amance Valmont (qu’il réutilisera plus tard pour la revue Capricorne), Jean Osmé et enfin de Jean-Joseph Rabearivelo. La coutume malgache autorisant facilement les changements de nom, Joseph-Casimir se fit appeler Jean-Joseph Rabearivelo pour avoir, disait-il, les mêmes initiales que Jean-Jacques Rousseau.
1920-1921 : Il écrit des articles et des poèmes dans divers journaux de Tananarive ainsi qu’une pièce de théâtre dans un français encore hésitant.

1935 : Ses amis Armand Guibert et Jean Amrouche publient à Tunis, dans leur collection des "Cahiers de Barbarie", Traduit de la nuit, recueil de poèmes présentés comme « transcrits du hova par l’auteur ».
1936 : Rabearivelo est nommé membre de la Commission chargée de préparer la participation de Madagascar à l’Exposition Universelle de 1937. Son espoir de quitter l’île pour la représenter en France est immense. Il sera à la hauteur de sa terrible désillusion. Parution du recueil de poésie Chants pour Abéone, à Tananarive, chez Henri Vidalie, en édition de luxe, tirée à cinquante exemplaires. Parution de Tananarive, ses quartiers et ses rues, à Tananarive, à l’Imprimerie de l’Imerina. Il s’agit d’une sorte de guide onomastique des rues et des quartiers de la ville du poète, écrit en collaboration avec Eugène Baudin, le rédacteur en chef de La Tribune de Madagascar. Parution de la version française d’Aux portes de la ville, à Tananarive, à l’Imprimerie officielle.
1937 : Après une vie d’excès en tout genre, ruiné, il tente une ultime fois d’entrer dans l’Administration. Nouveau refus le 20 juin. Suicide de Jean-Joseph Rabearivelo (22 juin).
1938 : Parution d’un article nécrologique de Robert Boudry, suivi d’extraits des Calepins bleus dans la revue du Mercure de France (numéro du 15 septembre).
1939 : Parution des Vieilles chansons des pays d’Imerina, à Tananarive, à l’Imprimerie officielle. Cette édition est l’hommage posthume de la colonie au poète, ouvrage réédité en 1980, chez Madprint, Antananarivo.
1957 : Parution du recueil poétique en malgache, Lova, à Tananarive, à l’Imprimerie Volomahitsy.
1960 : Parution de Poèmes, à Tananarive, par le Comité des Amis de Rabearivelo. Parution de la première édition bilingue de Presque Songes et Traduit de la nuit, préfacée par Jacques Rabemananjara.
1987 : Colloque international « Jean-Joseph Rabearivelo, cet inconnu ? » à l’Université d’Antananarivo, entre le 25 et 30 mai.
1988 : Première publication de L’Interférence (écrit en 1928) à Paris, chez Hatier.
1990 : Parution de Traduit de la nuit, recueil de poèmes choisis et présentés par Gonzague Raynaud, à Paris chez Orphée / la Différence. Parution de ‘‘Poèmes’’ (recueil regroupant Presque Songe, Traduit de la nuit, Chant pour Abeone), édition préfacée par Jean-Louis Joubert, à Paris chez Hatier.

Œuvres de Jean-Joseph Rabearivelo[modifier | modifier le code]

Anthologies[modifier | modifier le code]

  • Poèmes (Presque-songes, Traduit de la nuit), Imprimerie officielle, Antananarivo, 1960.
  • Poèmes (Presque-songes, Traduit de la nuit, Chants pour Abéone), Hatier, Paris, 1990.
  • Œuvres complètes : tome I. Le diariste (Les Calepins bleus), l'épistolier, le moraliste, CNRS Éditions, Paris, 2010.
  • Œuvres complètes : tome II. Le poète, le narrateur, le dramaturge, le critique, le passeur de langues, l'historien, CNRS Éditions, Paris, 2012.

Poèmes[modifier | modifier le code]

  • La Coupe de cendres, G. Pitot de la Beaujardière, Antananarivo, 1924.
  • Sylves, Imprimerie de l'Imerina, Antananarivo, 1927.
  • Volumes, Imprimerie de l'Imerina, Antananarivo, 1928.
  • Presque-Songes, Imprimerie de l'Imerina, Antananarivo, 1934.
  • Traduit de la Nuit, Éditions de Mirage, Tunis, 1935 & Éditions Orphée La Différence, Paris, 1991.
  • Chants pour Abéone., Éditions Henri Vidalie, Antananarivo, 1936.
  • Lova, Imprimerie Volamahitsy, Antananarivo, 1957.
  • Des Stances oubliées, Imprimerie Liva, Antananarivo, 1959.
  • Amboara poezia sy tononkalo malagasy, Éditions Madagasikara, Antananarivo, 1965.
  • Vieilles chansons des pays d'Imerina, Éditions Madprint, Antananarivo, 1967.

Pièces de théâtre[modifier | modifier le code]

  • Imaitsoanala, fille d'oiseau : cantate, Imprimerie officielle, Antananarivo, 1935.
  • Aux portes de la ville, Imprimerie officielle, Antananarivo, 1936.
  • Eo ambavahadim-boahitra, Imprimerie nationale, Antananarivo, 1988.
  • Resy hatrany, Imprimerie nationale, Antananarivo, 1988.

Proses[modifier | modifier le code]

  • L'Interférence, suivi de Un conte de la nuit, Hatier, Paris, 1988.
  • Irène Ralimà sy Lala roa, Imprimerie nationale, Antananarivo, 1988.
  • L'Aube rouge, Omnibus, Paris, 1998 (écrit en 1925).

Divers[modifier | modifier le code]

  • Enfants d'Orphée, Mauritius: The General Printing, 1931.
  • Éphémérides de Madagascar, Eugene Jaeglé, Antananarivo, 1934.
  • Tananarive, ses quartiers et ses rues, Imprimerie de l'Imerina, Antananarivo, 1936.

Référence[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Joseph Rabearivelo, Œuvres complètes: Le diariste (Les Calepins bleus), L'épistolier, Le moraliste, vol. 1, CNRS, (lire en ligne), p. 1074.
  2. Louis Molet, « Ravelojaona », sur Dictionnaire Biographique des Chrétiens d'Afrique.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yvette Andriamaromanana, Pour une approche de la prose de Jean-Joseph Rabearivelo, écrivain malgache d'expression française (1901-1937), Université Paris-Sorbonne, 1991, 728 p. (thèse).
  • Martine Mathieu Job, « Jean-Joseph Rabearivelo », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de Corinne Blanchaud, (dir.), Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, Éd. H. Champion, Paris, 2010, p. 369-373 (ISBN 978-2-7453-2126-8)
  • Charles-Édouard Saint Guilhem, Jean-Joseph Rabearivelo, Presque-songes, H. Champion, Paris, 2013, 167 p. (ISBN 978-2-7453-2505-1)
  • Littératures insulaires - Caraïbes et Mascareignes, , 131–147 p. (ISBN 2858022852, lire en ligne) (inscription nécessaire) – via L'Harmattan.
  • Marie-Christine Rochmann, « Jean-Joseph Rabearivelo : Poète de la mort », Présence Africaine, Éditions Présence Africaine, vol. N° 145, no 1,‎ , p. 165-172 (ISSN 0032-7638, résumé, lire en ligne)
  • Gabriel Razafintsambaina, « Hommage à Rabearivelo… », Présence Africaine, Editions Présence Africaine, vol. N° XXXVI, no 1,‎ , p. 120-126 (ISSN 0032-7638, résumé, lire en ligne)
  • Jacques Rabemananjara, « 50e anniversaire de Ia mort de Jean-Joseph Rabearivelo », Présence Africaine, Éditions Présence Africaine, vol. N° 142, no 2,‎ , p. 3-10 (ISSN 0032-7638, résumé, lire en ligne)

Multimédia[modifier | modifier le code]

  • L'œuvre littéraire de Rabearivelo, « Prince des poètes malgaches » : conférence enregistrée au Salon de lecture Jacques Kerchache le 21 septembre 2012 (conférenciers : Serge Meitinger, Claire Riffard, Pierre-Marc de Biasi, Bernard Cerquiglini, Liliane Ramarosoa), Musée du quai Branly, Paris, 2012, 1 CD data (1 h 45 min)

Liens externes[modifier | modifier le code]