Jean-Joseph Carriès

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Jean-Joseph Carriès
Breslau - Jean Carriès.jpg

Louise Catherine Breslau, Portrait de Carriès dans son atelier (1885-1886), Paris, Petit Palais.

Naissance
Décès
(à 39 ans)
Paris
Nationalité
Activité
Distinction

Jean-Joseph Carriès est un sculpteur et céramiste français, né à Lyon le , et mort à Paris le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils d’un cordonnier, Jean-Joseph Carriès se retrouve orphelin en 1861, à l'âge de 6 ans. Recueilli par la Compagnie des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul[1], il effectue son apprentissage de modeleur estampeur chez un sculpteur d’objets religieux, Pierre Vermare[2]. Il y révèle rapidement sa personnalité et découvre l’art gothique dans les musées et églises ; en particulier le portail gothique de la cathédrale Saint-Jean, qu'il voit tous les jours[1]. Il étudie à l'école des beaux-arts de Lyon puis part s'installer à Paris[3].

Carrière[modifier | modifier le code]

1875-1888 : les portraits parisiens[modifier | modifier le code]

Durant ces années, Carriès est avant tout reconnu pour ses portraits et vit de ce type de commandes, ce qui ne l'empêche pas d'expérimenter des formes assez audacieuses et directement issues de son imaginaire[1]Cf. Le Guerrier, autoportrait imaginaire de l'artiste en conquistador espagnol.[4].

Il est très remarqué au Salon de 1881[5] où, en plus de la théâtrale tête décapitée de Charles Ier, il expose ses bustes des Déshérités en plâtre, enrichis de patines savantes, représentant des marginaux et des pauvres et mêlant naturalisme et symbolisme. Cette série est complétée par d’autres bustes idiosyncratiques en plâtre, cire et finalement en bronze, de membres de la famille, de figures religieuses et de bébés étranges et dérangeants.

L’intérêt de Carriès pour le grès émaillé et les céramiques date de l’exposition universelle de 1878, à Paris, où il voit des exemples d’œuvres japonaises réalisées dans cette matière[3]. Il est encouragé dans cette démarche par Paul Gauguin, à qui il est présenté pendant l’hiver de 1886-1887 par Ernest Chaplet dans l’atelier de céramique de ce dernier, rue Blomet.

En 1888, fuyant le Salon officiel, il expose ses œuvres dans l'hôtel particulier parisien de ses mécènes Paul et Aline Ménard-Dorian et rencontre un véritable succès[1].

1888-1894 : l'influence décisive de Puisaye[modifier | modifier le code]

À l’automne 1888, Carriès a gagné une indépendance financière suffisante pour lui permettre de se consacrer essentiellement à perfectionner le procédé complexe de cuisson de la poterie en grès émaillé[1] : « ce mâle de la porcelaine » comme il l’appelle. L’artiste installe un atelier à Saint-Amand-en-Puisaye[3], cité connue pour son argile et ses potiers. Fermement engagé lui-même dans son rôle d’artiste-artisan, Carriès crée des glaçures dans de subtiles variations de brun, de beige et de crème.

À partir de 1888-1889, il applique ces effets de couleurs à de nombreuses versions de ses anciens portraits en céramiques et à un répertoire toujours plus important d’autoportraits, d'animaux et de masques fantastiques inspirés par la sculpture gothique et l’art japonais. C’est à travers ces deux dernières influences que l’extrême réalisme de Carriès mène à la distorsion, à la caricature et finalement au grotesque. Inspiré par le symbolisme, il recourt de plus en plus au motif de la « tête coupée », représentant des têtes sur des socles réduits.

En janvier 1889, il organise sa première exposition de grès dans son atelier à Paris, le Tout-Paris cultivé s'y rend[1].

Autoportrait ornant la tombe de Jean-Joseph Carriès, Paris, cimetière du Père-Lachaise.

Vers 1890[1],[3],[6],[7], la princesse Louis de Scey-Montbéliard, née Winnaretta Singer et future princesse Edmond de Polignac, lui commande, à partir d'un dessin d'Eugène Grasset, ami de l'artiste, une porte monumentale destinée à aménager une pièce de son nouvel hôtel particulier parisien de la rue Cortambert où doit être conservé le manuscrit de Parsifal de Richard Wagner, qu’elle vient d’acquérir[7]. Conçu en grès émaillé, le modèle ne pèse pas moins de vingt-deux tonnes et doit comporter 600 carreaux de grès émaillé[1],[7] ; cet écrasant travail usera les forces de Carriès et restera inachevé[8].

Pendant plus de trente ans le plâtre original, grandeur nature, de La Porte de Parsifal fut exposée à Paris au Petit Palais, à l’entrée d’une pièce dédiée à l’œuvre de Carriès. À la fin des années 1930, à cause d’une décision de Raymond Escholier, alors directeur du musée, le modèle fut détruit et la salle consacrée à Carriès démantelée.

En 1892, Carriès expose 130 pièces au salon de la Société nationale des beaux-arts et s'attire les éloges.

Mort[modifier | modifier le code]

Mort prématurément d'une pleurésie le [2],[1], en pleine gloire, il est inhumé dans la 12e division du cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Distinction[modifier | modifier le code]

Œuvres dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Le musée du Petit Palais à Paris conserve un fonds d’œuvres de Carriès, données pour une large part en 1904 par l’ami intime de l’artiste, Georges Hoentschel, architecte, décorateur, collectionneur et lui-même céramiste. Le musée d'Orsay possède également plusieurs exemples de son travail.

Galerie[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Du 31 mars au 11 juin 2007 : Auxerre, musée Leblanc-Duvernois
  • Du 1er octobre 2007 au 31 janvier 2008 : Paris, Petit Palais, « Jean-Joseph Carriès, La matière de l’étrange »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j « La matière de l'étrange Jean Carriès, dossier de presse » [PDF], sur paris.fr.
  2. a et b « Jean Carriès (1855-1894) », sur grespuisaye.fr (consulté le 9 janvier 2016).
  3. a, b, c et d Encyclopédie de l'art, Paris, France, Librairie générale française, , 1336 p. (ISBN 2-253-05303-1), p. 186-187.
  4. « Le Guerrier - Musée des Beaux Arts de Lyon », sur mba-lyon.fr (consulté le 9 janvier 2016).
  5. Au Salon de 1881, il suscite l’admiration de sculpteurs comme Antonin Mercié ou Alexandre Falguière. Le peintre Jules Breton lui commande son buste et Judith Gautier lui consacre un article où elle écrit : « L’artiste semble connaître la douleur humaine et se pencher vers elle de préférence en se servant pour la mettre à nu de l’ébauchoir comme d’un scalpel ».
  6. « Porte monumentale Carriès », sur grespuisaye.fr (consulté le 9 janvier 2016).
  7. a, b et c « Le Petit Palais - Masque grotesque, fragment du revers - petitpalais.paris.fr », sur petitpalais.paris.fr,‎ (consulté le 9 janvier 2016).
  8. Carriès passa les quatre dernières années de sa vie à travailler sur ce projet, mais les contraintes techniques pour mettre en forme, glacer et lier entre elles 600 pièces différentes se révélèrent insurmontables.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amélie Simier (dir.), Jean Carriès (1855-1894) : la matière de l'étrange, Paris Musées, 2007
  • Guy Marin, préface de Marcel Charmant, Dictionnaire biographique des céramistes nivernais, éd. de l'Association pour la recherche et la connaissance des faïences nivernaises, Nelle Impr. Laballery, Clamecy, 2009, p. 41/224 pp. (ISBN 978-2-9533974-0-6)

Iconographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]