Jean-Georges Wille

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Jean-Georges Wille
Jean-Baptiste Greuze - Portrait of Georges Wille - WGA10670.jpg

Jean-Baptiste Greuze, Portrait de Jean-Georges Wille (1763), Paris, musée Jacquemart-André.

Naissance
Décès
(à 92 ans)
Paris
Nom de naissance
Johan Georg Wille (ou Will)
Nationalité
Français (naturalisé en 1758)
Activité
Maître
Élève
A influencé
Distinctions

Jean-Georges Wille, né le à Giessen et mort le à Paris, est un graveur français de naissance allemande, qui exerça essentiellement son art en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un graveur de renom[modifier | modifier le code]

C'est dès l'enfance que Jean-Georges Wille a de fortes dispositions pour le dessin et qu'il a pour premier maître un peintre nommé Luhn[1]. Ayant appris le métier d’armurier dans sa ville natale, Wille fréquenta le graveur sur cuivre Georg Friedrich Schmidt à Strasbourg et se rendit, avec lui, en 1736, à Paris où il fut, par moments, le voisin de Denis Diderot, rue de l’Observance. Jean-Georges Wille fut reçu chez Nicolas de Largilliere dont il peignit plusieurs copies de tableaux, avant de travailler chez un orfèvre nommé Lelièvre, puis chez le marchand d'estampes Michel Odieuvre[1]. Le peintre Hyacinthe Rigaud l’ayant incité à se mettre à la gravure sur cuivre, il réalisa sa première estampe, le portrait du maréchal de Belle-Isle. Bientôt, les plus célèbres peintres français lui confièrent leurs ouvrages à graver, mais il effectua également des gravures d’après des tableaux de maitres anciens, parmi lesquels Gerard ter Borch, Gabriel Metsu, Jan van Mieris ou Caspar Netscher, dont beaucoup appartiennent aux plus remarquables créations de la gravure sur cuivre.

Wille fut graveur de la cour des rois Frédéric II, Frédéric V de Danemark et, surtout, de Louis XV. Naturalisé français en 1758[2], il fut élu à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1761[3]. Napoléon Bonaparte le nomma chevalier de la Légion d’honneur et l’Institut de France l’admit au nombre de ses membres. Pour Émile Dacier, « son atelier fut, avec celui de Jacques-Philippe Le Bas, une pépinière de remarquables graveurs ; parmi les français, Pierre-Alexandre Tardieu et Charles-Clément Bervic furent les héritiers et continuateurs de sa doctrine »[4].

Un homme de réseaux et de transferts culturels[modifier | modifier le code]

Joseph Parrocel, gravé par Wille d'après Hyacinthe Rigaud, 1744.

Wille est qualifié par les historiens d'« entrepreneur de réseaux »[3]. En effet, membre de la loge des Amis réunis, il fut au centre d'une sociabilité maçonnique pour les artistes originaires de l'espace germanique[5] et entretint avec de nombreux personnages une correspondance intense à l'échelle de l'Europe, notamment avec ses compatriotes allemands qu'il se chargea de guider à Paris quand ils passaient par la capitale du royaume de France, notamment pour visiter les collections d'arts privées qui s'y développèrent au XVIIIe siècle. Par exemple, lorsque le philosophe kantien Herder se rendit en France en mai 1769, Wille lui servit de guide et lui fit découvrir la société parisienne. Jean-Georges Wille, ainsi, « participa activement aux transferts culturels entre la France et l'Allemagne »[3] au siècle des Lumières, d'autant qu'il se chargea par ailleurs de traduire et publier les ouvrages de langue allemande qu'il jugeait dignes d'intérêt, tout en les recensant dans le Journal étranger[3].

Le Dictionnaire Bénézit étend le travail de graveur de Jean-Georges Wille jusqu'à l'année 1790, soit sur plus d'un demi-siècle. Après que ses biens (son activité de graveur se dédoublant de celles d'éditeur et de marchand d'estampes, il était également collectionneur de peintures et dessins) lui aient été confisqués par la Révolution française, il termina sa vie ruiné et aveugle[6].

Jean-Georges Wille a laissé des Mémoires, « écrites avec la bonhomie qui le caractérisa »[6] et publiées par Duplessis en 1857[7], dans lesquels il donne entre autres la première évocation connue de Denis Diderot.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Compositions (scènes d'histoire et de genre)[8],[9][modifier | modifier le code]

Portraits[8],[9][modifier | modifier le code]

Galerie de gravures[modifier | modifier le code]

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Expositions[modifier | modifier le code]

  • Salon de 1808, Paris[15].
  • The second exhibition of prints from the collection of T. Harrison Garrett - Works of Rembrandt and Wille, Institut Peabody, Baltimore, 1886.
  • Zeichnungen alter Meister aus Deutschen Privatbesitz, Staatsgalerie, Stuttgart, 1965.
  • 15th - 18th french drawings in the Metropolitan Museum of Art, Metropolitan Museum of Art, New York, 1986.
  • Artists and amateurs - Etching in the nineteeth century France, Metropolitan Museum of Art, New York, octobre 2013 - janvier 2014.

Réception critique[modifier | modifier le code]

  • « Le burin de M. Wille a conservé à ce Salon la réputation dont il jouit. » - Denis Diderot, Le Salon de 1761
  • « Un des plus fameux graveurs du siècle passé, appelé le Doyen des graveurs de l'Europe. Son œuvre se distingue dans notre catalogue par la richesse, la plupart par la beauté, et en même temps par la rareté des épreuves, ainsi que par plusieurs pièces très peu connues. » - Johann Gottlieb Abraham Frenzel (de)[9]
  • « Le burin de Wille est correct, brillant et hardi. Aucun graveur n'a su, mieux que lui, donner à chaque objet son caractère propre, faire comprendre la différence des étoffes, rendre leurs plis, et surtout éclairer les reflets chatoyants du satin. Il était habile dessinateur et amateur enthousiaste des beaux-arts. Ce goût, joint à beaucoup de tact, fait qu'il a mis dans toutes ses estampes un sentiment et un coloris extraordinaires. » - Charles Le Blanc, de la Bibliothèque royale de Paris[16]
  • « La mort de Cléopâtre d'après Netscher fut en 1754 sa première composition et elle obtint un succès qui l'encouragea à suivre cette voie ; car à partir de cette époque il ne publia guère que des sujets dont il emprunta les modèles à Adrien van Ostade, ter Borch, Gérard Dou, Schenau, Dietrich, ou même son fils. Plusieurs de ces estampes sont aujourd'hui fort recherchées : elles rendent avec une fidélité louable les œuvres qu'elles reproduisent, et quelques une, comme L'instruction paternelle ou Les musiciens ambulants, ont le privilège de jouir parmi les amateurs de la plus grande estime. » - Nouvelle Biographie générale[1]
  • « Wille était l'intermédiaire obligé entre les artistes allemands, suisses, danois et suédois et le monde parisien, notamment l'introducteur des gravures de chasses et d'animaux de Johann Elias Ridinger (1698-1767) enrichies d'une belle nature sauvage. Le cercle de Wille est, comme le remarque Yvonne Boerlin-Brodbeck, "un facteur important de la diffusion de l'image idéalisée d'une Suisse aux paysages ensoleillés, couronnés de cimes enneigées"[17]. Wille est particulièrement important par le fait qu'il oriente l'art du paysage pratiqué à Paris vers le pittoresque, avec ses séries de dessins des campagne de l'Île de France, ou vers une nature rude et pierreuse telle celle qu'il voyait lors des expéditions qu'il faisait, en compagnie de sa femme et de ses élèves, dans les carrières des environs de Paris. » - Madeleine Pinault-Sorensen[18]

Musées et collections publiques[modifier | modifier le code]

Pierre-Alexandre Wille, Portrait de Jean-Georges Wille, dessin.

France[modifier | modifier le code]

Allemagne[modifier | modifier le code]

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Johann Gotthard von Müller, Portrait de Jean-Georges Wille, gravure d'après Jean-Baptiste Greuze, 1776

Portugal[modifier | modifier le code]

République tchèque[modifier | modifier le code]

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Suède[modifier | modifier le code]

Jean-Georges Wille, Ruines du château de Bécoiseau, dessin, Metropolitan Museum of Art
  • Nationalmuseum, Stockholm, Le concert de famille, d'après Godfried Schalken, 1761 ; Musiciens ambulants, d'après Christian Wilhelm Ernst Dietrich[31].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Australie[modifier | modifier le code]

Collections privées[modifier | modifier le code]

Élèves[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Nouvelle biographie générale, Éditions Ambroise Firmin Didot, 1866, tome 46, page 747.
  2. Archives alsaciennes d’histoire de l’art, vol. 1-4, 1967, p. 140 lire en ligne.
  3. a, b, c et d Charlotte Guichard, « Les Circulations artistiques en Europe (années 1680-années 1780) », Les Circulations internationales en Europe, années 1680-années 1780, Pierre-Yves Beaurepaire et Pierrick Pourchasse (dir) Presses Universitaires de Rennes, 2010, p. 391.
  4. Émile Dacier, La gravure française, Larousse, 1944, page 175.
  5. Pierre-Yves Beaurepaire, L'autre et le frère - L'étranger et la Franc-Maçonnerie en France au XVIIIe siècle, Éditions Honoré Champion, 1998, pages 320-322.
  6. a et b Dictionnaire Bénézit, Grûnd, 1999, tome 14, page 618.
  7. Old and sold, Les mémoires et le journal de Jean-George Wille, 1914
  8. a et b Catalogue des livres rares et précieux de la bibliothèque de M. de Wlassoff, chambellan de Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies, suivi d'une description sommaire de ses gravures, tableaux, pierres gravées et bronzes, Imprimerie Auguste Semen, Moscou, 1821.
  9. a, b, c et d Johann Gottlieb Abraham Frenzel, Catalogue raisonné des estampes de feu Madame la Comtesse d'Einsiedel de Reibersdorf, imprimerie C.C. Meinhold et fils, Dresde, 1833.
  10. Alte Drucke, La mort de Marc Antoine, présentation de l'estampe
  11. a et b PubHist, Le concert de famille, présentation de l'estampe
  12. Art of the print, Le fumeur, présentation de l'estampe
  13. Utpictura 18, L'Instruction paternelle, présentation de l'œuvre
  14. Utpictura 18, Abel-François Poisson, Marquis de Marigny, présentation de l'estampe
  15. Charles-Paul Landon, « Jean-Georges Wille » in Salon de 1808, édité par l'auteur, imprimerie des Annales du Musée, 1808.
  16. Charles Le Blanc, Catalogue de l'œuvre de Jean Georges Wille, graveur, Éditions Rudolphe Weigel, 1847.
  17. Yvonne Boerlin-Brodbeck, Johann Caspar Füssli und sein Briefwechsel mit Jean-Georges Wille - Marginalien zu Kunstliteratur und Kunstpolitik in der zweiten Hälfte des 18. Jahrhunderts, Schweizerisches Institut für Kunstwissenschaft, 1978.
  18. Madeleine Pinault-Sorensen, Rousseau et l'art du paysage, in textes réunis et édités par Frédéric S. Eigeldinger, Jean-Jacques Rousseau et les arts visuels, Droz, 2003.
  19. Archives de Seine-et-Marne, Le château de Blandy-les-Tours par Jean-Georges Wille
  20. École nationale supérieure des beaux-arts, Jean-Georges Wille dans les collections
  21. Musée national de l'Éducation, Jean-Georges Wille dans les collections
  22. Château de Versailles, Portrait de Nicolas-René Berryer
  23. Bauernhausmuseum Hof Haina, présentation de la salle dédiée à Jean-Georges Wille
  24. Musée Teyler, Jean-Georges Wille dans les collections
  25. Musée de Lamego, douze gravures
  26. Galerie Morave de Brno, Jean-Georges Wille dans les collections
  27. British Museum, Jean-Georges Wille dans les collections
  28. National Portrait Gallery, Jean-Georges Wille dans les collections
  29. Royal Collection, Jean-Georges Wille dans les collections
  30. Victoria and Albert Museum, Jean-Georges Wille
  31. Nationalmuseum, Stockholm, Jean-Georges Wille dans les collections
  32. Fogg Art Museum, Jean-Georges Wille dans les collections
  33. Institut d'art de Chicago, Jean-Georges Wille dans les collections
  34. Davison Art Center, Jean-George Wille dans les collections
  35. Metropolitan Museum of Art, Jean-Georges Wille dans les collections
  36. Philadelphia Art Museum, Jean-Georges Wille dans les collections
  37. Firestone Library, Princeton, Jean-Georges Wille dans les collections
  38. National Gallery of Art, Washington, Jean-Georges Wille dans les collections
  39. National Gallery of Victoria, Jean-Georges Wille dans les collections
  40. Musée des beaux-arts d'Orléans, Aignan-Thomas Desfriches, collectionneur, mécène et dessinateur, 2015
  41. Christian Bernard Rode, in Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, 1843, tome 36, page 269.
  42. Artiste de premier ordre qui figura parmi les fondateurs de l'École allemande de peinture et dirigea ultérieurement l'Académie de Dresde (de)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Élisabeth Décultot, Michel Espagne et François-René Martin, Johann Georg Wille (1715-1808) et son milieu. Un réseau européen de l’art au XVIIIe siècle, Paris, École du Louvre, 2009, (ISBN 978-2-904187-25-4).
  • Georg Kaspar Nagler, Neues allgemeines Künstler-Lexikon, E.A. Fleischmann, Munich, 1835-1852.
  • Georges Duplessis, Mémoires et journal de J.-G. Wille. Graveur du Roi. D’après les manuscrits autographes de la Bibliothèque Impériale, t. 1, t. 2, Paris 1857.
  • Charles Le Blanc, Catalogue de l'œuvre de Jean-Georges Wille, graveur, Leipzig, Rudolph Weigel, 1847 (lire en ligne).
  • Sous la direction de Jean-Chrétien-Ferdinand Hœfer, Nouvelle Biographie générale, Éditions Ambroise Firmin Didot, 1866.
  • (de) Wilhelm Schmidt, « Wille, Johann Georg », dans : Allgemeine Deutsche Biographie (ADB) vol. 43, Duncker & Humblot, Leipzig 1898, p. 257-260.
  • Henri Manesse, Jean-Georges Wille, graveur du Roi, de l'Académie de peinture et de sculpture, membre de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, d'après son journal et ses mémoires, Imprimerie de L. Gy, 1905.
  • Émile Dacier, La gravure française, Larousse, 1944.
  • Werner R. Deusch, Der Kupferstecher Johann Georg Wille in sein Pariser Tagebuch - Ein Betrag zu den deutsch-französischen Kunstbeziehungen im 18. Jahrhundert, Harrassowitz, 1958.
  • Peter Vignau-Wilberg et Jana Hofmeister, Beiträge zur Kunst des 17. und 18. Jahrhunderts un Zürich, Schweizerisches Institut fûr Kunstwissenschaft', Zürich, 1978.
  • Yvonne Boerlin-Brodbeck, Johann Caspar Füssli und sein Briefwechsel mit Jean-Georges Wille - Marginalien zu Kunstliteratur und Kunstpolitik in der zweiten Hälfte des 18. Jahrhunderts, Schweizeriches Institut für Kunstwissenschaft, 1978.
  • (de) Hein-Thomas Schulze Altcappenberg, « Le Voltaire de l’art ». Johann Georg Wille (1715-1808) und seine Schule in Paris. Studien zur Künstler- und Kunstgeschichte der Aufklärung, Lit-Verlag, Münster 1987, (ISBN 3-88660-363-6).
  • Michel Espagne, « La diffusion de la culture allemande dans la France des Lumières : les amis de Jean-Georges Wille et l'écho de Winckelmann », dans l'ouvrage collectif sous la direction d'Édouard Pommier : Winckelmann : la naissance de l'histoire de l'art à l'époque des Lumières, La Documentation française, 1991.
  • Michael Werner, « Des artistes allemands en France au XVIIIe siècle : le cas Wille », in Jean Mondot, Jean-Marie Valentin et Jürgen Voss (dir), Allemands en France, Français en Allemagne, 1715-1789 : contacts institutionnels, groupes sociaux, lieux d'échanges, Sigmarigen, Jan Thobecke Verlag, 1992, p. 170-177.
  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Gründ, 1999.
  • Actes du colloque Johan Georg Wille (1715-1808) et son milieu, École normale supérieure/École du Louvre, XXIIIe rencontres de l'École du Louvre, 2007.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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