Jeff Fillion

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Jean-François Fillion)
Jeff Fillion
Naissance
Chicoutimi
Médias
Fonction principale Animateur de radio
Radio CHOI-FM, RadioPirate, CHIK-FM

Jean-François Fillion (plus connu sous le nom Jeff Fillion) est un animateur de radio québécois (né le à Chicoutimi)[1]. Il anime actuellement Fillion le midi à CHOI Radio X du lundi au vendredi de 11h:30 à 14h:00.

Il a été l'animateur de l'émission matinale de la station CHOI-FM entre 1996 et 2004, son émission Le monde parallèle de Jeff Fillion devenant la plus écoutée à Québec. Il quitte cette station suite à des poursuites civiles pour diffamation, puis lance sa propre émission de radio internet nommée Radio pirate.

Il est embauché par Bell Média et sera sur les ondes de NRJ 98.9 à partir du . Il est toutefois congédié en à la suite d'un commentaire controversé et jugé déplacé sur Twitter. CHOI Radio X décide par la suite de donner une autre chance à Jeff Fillion. L’animateur anime donc Fillion le midi à CHOI Radio X depuis en compagnie de ses collaborateurs Claude « Gerry Pizza » Trudel, Dominique Dumas et Laurence Gagnon (jusqu'en 2020). Il participe à chaque jeudi matin dans une chronique dans Maurais Live sur CHOI Radio X.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît à Chicoutimi, de parents enseignants. Son père, Gilbert Fillion[2], a été député du Bloc québécois. Sa mère est Louise Michaud. Il a 3 sœurs.

Fillion va à la polyvalente Charles-Gravel. Selon ses dires, il y est frappé par ses profs avec l'autorisation de son père qui fait partie du corps professoral de l'école.[3]

Il quitte le Cégep de Chicoutimi en 1986 avant d’obtenir son diplôme. Déjà, « Jeff » occupe un emploi bien payé d'animateur de radio dans sa région.

Dans sa jeunesse, il se considère comme "gauchiste" mais se convertit aux idées conservatrices au courant de années 1990 alors qu'il est consultant pour des stations en Floride[4]. À cette époque il est fasciné par la culture populaire et la politique américaine, ainsi que des animateurs provocateurs comme Rush Limbaugh et Howard Stern[5].

Fillion revient au Québec vers 1996 pour travailler à la station CHOI venant d'être achetée par Genex. Il devient « morning man ». En 2002, son principal concurrent, Robert Gillet, est arrêté dans le cadre d'une enquête sur la prostitution juvénile. En 2004, son émission matinale Le Monde parallèle de Jeff atteint le sommet des sondages dans sa case horaire, avec une part d'environ 25% de l'auditoire[6]. C'est d'ailleurs à cette époque qu'il forge et popularise le terme « clique du Plateau » mais aussi que celui de « radio poubelle » apparaît dans des médias[7].

Fillion quitte CHOI en suite à l'accumulation de plaintes le visant lui et son employeur. En effet, une douzaine de poursuites, pour plus de 6 millions de dollars, sont portées à son encontre depuis 1998. Elles sont toutes réglées hors cour, sauf l'affaire Chiasson, qui est déterminante dans sa démise[8]. Fillion annonce quelques mois plus tard le lancement d'une radio internet payante[9], qui prendra le nom de RadioPirate et qui demeure active. En 2007, la Cour d’appel rend sa décision dans l'affaire Chiasson : Fillion, ses anciens employeur et co-animateurs sont condamnés à payer 300 000$ à Sophie Chiasson[10].

Au printemps 2014 il est embauché par NRJ Québec et revient sur les ondes FM de la vieille capitale[11]. Il est de nouveau congédié en , après avoir publié sur Twitter des emojis jugés ironiques en réponse au suicide du fils d'Alexandre Taillefer[12]. Il est néanmoins engagé par CHOI plus tard en 2016. L'émission du midi qu'il anime est diffusée avec un délai de 40 secondes, au cas où l'animateur échapperait des propos problématiques sur le plan légal[5]. Dans le marché de la ville Québec, l'émission Fillion est en 2016 la plus écoutée de sa case horaire, avec une moyenne de 23 600 auditeurs au quart d'heure. En , l'émission est en deuxième position le midi avec 26 000 auditeurs pour le marché central de Québec, mais première dans le marché régional avec 42 600[5],[13].

Historique juridique[modifier | modifier le code]

Démêlés avec le CRTC[modifier | modifier le code]

La station CHOI-FM est menacée deux fois d'être chassée des ondes par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), notamment à cause d'accusations de propos offensants et d’attaques personnelles tenus, entre autres, par l’animateur vedette[14],[15].

Entre 2002 et 2004, 41 plaintes sont déposées au CRTC contre la station, principalement à cause de propos tenus par Jeff Fillion. Plus de 10 000 lettres d'appui sont envoyées au même organisme. Le CRTC statue le la fermeture définitive de la station, prévue pour le . Cette décision soulève l'ire et les passions d'une partie des auditeurs de la station. Entre 30 000 et 50 000 personnes marchent dans les rues de la ville de Québec pour protester contre la décision du CRTC. Une pétition d’environ 209 000 noms est remise au gouvernement canadien, lors d'un rallye de plus de 3 000 à 8 000 personnes à Ottawa.

La station bénéficie aussi du soutien de différents partis politiques canadiens, notamment l'Action démocratique du Québec, le Parti conservateur du Canada et le Nouveau Parti démocratique, ainsi que de différents organismes internationaux voués à la défense de la liberté d'expression, dont Reporters sans frontières et le journal d'affaires britannique The Economist[16].

L’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) et les autres médias écrits et télés refusent toutefois de prendre position. Anne-Marie Dussault, présidente de la Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ) déplore la décision du CRTC tout en critiquant l’usage par Radio X de sa licence. Elle dira se sentir comme «l’avocate d’un tueur en série».

À cette occasion, la station CHOI-FM organise une diffusion en plein air, devant le Parlement. La cause est portée en Cour suprême du Canada, soit la plus haute instance judiciaire au Canada. Le tollé réussi à prolonger la licence de diffusion de CHOI-FM, qui diffuse toujours sur la bande FM 98,1 dans la région de Québec.

Le jugement de la Cour suprême aura un effet sur ce que les Canadiens acceptent de diffuser sur leurs ondes, à l’égard de l’équilibre entre les droits d’exprimer en ondes des opinions controversées et des droits des victimes des attaques verbales publiques.

Condamnation dans l'affaire Sophie Chiasson[modifier | modifier le code]

À la suite d'un procès en diffamation, Jeff Fillion, la station et ses coanimateurs sont condamnés, le , à verser 340 000 $ (montant révisé à 300 000 $ au terme de l'appel en 2007) en dommages-intérêts à l'animatrice de télévision Sophie Chiasson[17]. Le juge Yves Alain, de la Cour supérieure du Québec, affirme dans son jugement, que « les propos visant Mme Chiasson sont sexistes, haineux, malicieux, non fondés, blessants et injurieux. Ils portent atteinte à la dignité, à l’honneur et à l’intégrité de l’être humain en général et de Mme Chiasson en particulier. » Fillion avait entre autres affirmé que le cerveau de madame Chiasson était inversement proportionnel à la grosseur de ses seins et sous entendu qu'elle avait fait des fellations pour obtenir des emplois dans les médias.

Le montant donné à Sophie Chiasson est bien au-delà de la jurisprudence où les montants n'avaient jamais dépassé 50 000 $.

Quelques jours avant la décision, le matin du , lors de son émission Le monde parallèle de Jeff Fillion, Jean-François Fillion quitte son poste d'animateur. Le président de Genex Communications et propriétaire de CHOI-FM, Patrice Demers, affirme, en conférence de presse, que : « Il [Jeff Fillion] n'avait pas le goût de faire de la radio dans le contexte que nous et la société lui imposions ». Il demeure toutefois à l'emploi de Radio X.

Condamnation dans l'affaire de l'ADISQ[modifier | modifier le code]

Le , Genex, Patrice Demers et Jeff Fillion sont condamnés à payer 593 000 $ à l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), Solange Drouin, Lyette Bouchard et Jacques K. Primeau. Il questionne la crédibilité de l'ADISQ, le copinage dans l'industrie de la musique et accuse l'ADISQ d'être une mafia où c'est toujours un même groupe d'amis qui se retrouve à sa tête. Il est particulièrement dur à l'endroit de Solange Drouin qu'il traite entre autres de « vache » et de « plotte »[18]

Cette cause, malgré le montant élevé accordé, fait peu parler puisqu'elle tombe en plein été et en début de vacances. Il faut aussi noter que Genex était assurée contre les poursuites à l'époque des propos litigieux et ce sera donc la compagnie d'assurances qui paiera la peine.[réf. nécessaire]

La cour d’appel du Québec réduit ce montant à 183 000 $. En 2009, la Cour suprême refuse d’entendre l’ADISQ qui réclame un montant plus élevé.

Condamnation dans l'affaire Pierre Jobin[modifier | modifier le code]

M. Fillion est condamné à verser 150 000 $ au journaliste et présentateur Pierre Jobin de TVA Nouvelles pour des propos diffamatoires. Jeff Fillion qualifie Pierre Jobin de « niaiseux », de « vendeur d'assurances », de « mange-merde », de « brain washé », de « sac de merde », d'un gars « qui passe bien à la télé, mais ça s'arrête là » ou de « bel écœurant qui n'a pas de couilles » et qui était incapable de faire preuve de sympathie envers les victimes du réseau de prostitution juvénile mis au jour dans la foulée de l'enquête Scorpion menée, à l'époque, par la police de Québec[19],[20].

Ces insultes font suite à la diffusion d'un reportage à TVA sur l'affaire du golf érotique, un bordel à ciel ouvert avec des prostituées mineures au club de golf du Mont Tourbillon, le 20 février 2003. Radio X commandite l'événement. Ses logos se retrouvent partout sur les isoloirs et sur un camion avec gyrophare à l'entrée. CHOI-FM assure l'animation et opère la disco mobile. Le calendrier de femmes dénudées Dream team est distribué. Le patron de Radio X, Patrice Demers, et l’animateur Jeff Fillion sont sur place.[21],[22]

Dès le lendemain de la diffusion du reportage, Fillion commence à insulter Pierre Jobin régulièrement. Ça va durer pendant 4 ans.

Ces attaques répétées font sombrer Pierre Jobin dans des périodes d'anxiété et de stress. Il perd confiance en lui face à sa famille et ses collègues de travail. Il développe la peur d’être agressé par des auditeurs de Radio X dans la rue. Il a des pensées suicidaires.

En 2009 Patrice Demers et Jeff Fillion poursuivent à leur tour Pierre Jobin, laissant entendre qu'il a préparé divers reportages à TVA dans le but de leur nuire. Le reportage sur le tournoi de golf érotique est au coeur du litige. Ils réclamant 950,000$ en dommages. Le juge, ayant évalué la qualité des reportages, va rejeter la plainte.

Conflit avec Genex[modifier | modifier le code]

Le , Genex ordonne la saisie[23] des actifs de son ancien animateur. Les huissiers gèlent les actifs financiers de la compagnie appartenant à Jeff Fillion ainsi que ses actifs bancaires personnels et sa caisse de retraite[24]. Genex réclame 90 000 $ à son ancien animateur pour récupérer une partie de l'argent qu'elle a perdu dans une poursuite intentée contre elle et Fillion.

Radio sur Internet et par satellite[modifier | modifier le code]

Le , soit un an exactement après son départ de CHOI-FM, Jean-François Fillion prend le micro d'une webradio baptisée RadioPirate, de 7 à 11 heures du matin. Il compte cette fois utiliser les nouveaux médias, webradio et podcast, pour partager ses opinions. Son émission est également diffusée, depuis le , sur la radio satellite XM, canal 172. En , la nouvelle direction de XM met fin au contrat de Fillion. L'animateur poursuit la diffusion de son émission sur Internet[25]. Il continue d'animer sur internet même après son embauche à NRJ puis CHOI. Depuis , un chroniqueur du nom de Carl Samson dit le el peta la cenna fait son apparition dans le show de Jeff soit le mardi et vendredi uniquement dans la version de Radio Pirate.

Politique[modifier | modifier le code]

En juin 2009, Fillion indique qu'il se porte candidat à la mairie de Québec[26] lors des élections municipales du 1er novembre. Sa candidature est confirmée le jeudi [27]. L'animateur juge inacceptable que le maire sortant, Régis Labeaume, n'ait aucune opposition à cette élection, à la suite du retrait de celui qui était considéré comme son principal rival, Alain Loubier. Fillion obtient 8,5 % des votes, ce qui le place en deuxième position derrière Labeaume à 79,9 %.

Références[modifier | modifier le code]

  1. [1] sur myvirtualpaper.com, hebdo le réveil
  2. « Gilbert Fillion n'est plus », sur ICI Radio-Canada (consulté le 22 décembre 2018)
  3. Radio-pirate, mars 2019.
  4. (en) Clifford Krauss, « Bad Mouth or Free Mouth, He Ruffles Genteel Airwaves », sur The New York Times, (consulté le 21 décembre 2018)
  5. a b et c (en) Dan Bilefsky, « Quebec’s ‘Trash Radio’ Host Fires Up Outrage, and Big Ratings », sur The New York Times, (consulté le 21 décembre 2018)
  6. « CHOI-FM bannie des ondes », sur Le Devoir (consulté le 21 décembre 2018)
  7. Marie-Renée Grondin, « Y a-t-il un lien de causalité entre «la clique du plateau» et «les radios poubelles»? », sur Le Journal de Québec (consulté le 16 décembre 2018)
  8. « CHOI-FM: Jeff Fillion quitte les ondes », sur Ici Radio-Canada (consulté le 21 décembre 2018)
  9. « Jean-François Fillion sévira sur Internet », sur Le Devoir (consulté le 21 décembre 2018)
  10. Zone Société- ICI.Radio-Canada.ca, « Il y a 15 ans : la liberté d’expression selon CHOI-FM », sur Radio-Canada.ca (consulté le 7 septembre 2020)
  11. Pierre O. Nadeau, « Jeff Fillion sur les ondes de NRJ », sur Le Journal de Québec (consulté le 21 décembre 2018)
  12. « Jeff Fillion congédié par Bell Média », sur ICI Radio-Canada (consulté le 21 décembre 2018)
  13. « Sondages Numeris: Radio-Canada et CHOI grands gagnants à Québec », sur Le Soleil, (consulté le 22 décembre 2018)
  14. Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications, Décision de la radiodiffusion CRTC2004-271, Ottawa, 13 juillet 2004, consulté le 12 mars 2007.
  15. Dutrisac, Robert, CHOI-FM bannie des ondes, Le Devoir, Montréal, 14 juillet 2004, consulté le 12 mars 2007.
  16. Anne-Marie Gingras, « La question de la liberté d'expression dans les démêlés judiciaires et les revers administratifs de CHOI-FM », Canadian Journal of Political Science / Revue canadienne de science politique, vol. 40, no 1,‎ , p. 79–100 (ISSN 0008-4239, lire en ligne, consulté le 7 septembre 2020)
  17. Alain, Yves, Jugement sur requête introductive d'instance en dommages et intérêts pour atteinte à la réputation et à la vie privée - Sophie Chiasson, Demanderesse c. Jean-François Fillion et Genex Communications Inc.(CHOI-FM) et Patrice Demers et Denis Gravel et Yves Landry et Marie Saint-Laurent, 11 avril 2005, Cour supérieure du Québec, Québec. Jugement retrouvé sur Jugements.qc.ca, consulté le 23 janvier 2006.
  18. Jean-Guy Dubois, « Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo c. Genex Communications inc. » « (http://www.jugements.qc.ca/php/decision.php?liste=26599642&doc=5406465B540D1E00) »
  19. [2]
  20. [3]
  21. « Jobin c. Fillion, 2007 QCCS 6575 (CanLII) » (consulté le 6 septembre 2020)
  22. « Prostitution juvénile: la police de Québec enquête sur un tournoi de golf », sur TVA Nouvelles (consulté le 7 septembre 2020)
  23. Genex fait saisir les actifs de Jeff Fillion, La Presse Affaires, . Consulté le .
  24. Saisie chez Jeff Fillion, Radio-Canada, . Consulté le .
  25. Pierre-Olivier Fortin, « L'animateur de radio Jeff Fillion perd son micro sur XM », Le Soleil, Québec,‎ (lire en ligne)
  26. Jeff Fillion se lance dans la course à la mairie, Pierre-André Normandin, Le Soleil, 24 juin 2009.
  27. Liste des candidats à la mairie de Québec

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]