Jean-Camille Fulbert-Dumonteil

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Jean-Camille Fulbert-Dumonteil ( aux Mondeaux, Cendrieux Dordogne - (à 81 ans)) est un écrivain et chroniqueur gastronomique de la Belle Époque originaire du Périgord. Ce maître de l’art gastronomique signait ses écrits littéraires, d’abord « Fulbert Dumonteil » puis « Fulbert-Dumonteil ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Il était le dernier descendant d’une longue lignée de tabellions et de notaires royaux attestés dès 1704. Son père, Jean Augustin Dumonteilh fils, fut notaire à Cendrieux Dordogne du 24 janvier 1816 à 1842. Sa mère, Mathilde Petit, était également issue d’une vieille famille vernoise.

Fulbert-Dumonteil, comme c’était alors l’habitude, fut placé chez une nourrice. Il découvrit ainsi la vie rustique des fermes périgordines, les balades solitaires dans les champs, le parfum des bois d’alentour, la succession des rudes hivers, des nouveaux printemps, des étés chauds et des automnes humides. Le soir, à la veillée, bercé par les récits des luttes épiques de jadis, tandis que retentissait tout proche, le hurlement des loups ou le ricanement de la chouette, il sentait déjà s’éveiller en lui une imagination débordante.

Il suivit d’honorables études, d’abord à l’école primaire de Vergt, puis au collège de cette commune. S’il prenait grand plaisir à s’étendre sur un tapis de mousse pour écouter les oiseaux ou à parcourir la campagne à la recherche des animaux des bois, il fut aussi un très bon élève. Le 23 août 1843, le maître de pension du collège, Philibert Durieu (en fait de la famille du Rieu de Marsaguet), lui décerna d’ailleurs les premiers prix de version et de thème latins. Il fréquenta ensuite le Collège royal de Périgueux (aujourd’hui Cité scolaire Bertran-de-Born, 11, rue Charles Mangold) où il compléta ses études sur le plan littéraire. Cet établissement lui semblait tout proche de sa demeure paternelle quand il entendait les grelots de la diligence qui, sans aucune vitesse excessive et dangereuse pour les passants, allait le ramener du côté de Vergt.

À la fin de l’adolescence, il quitta le Périgord pour commencer son droit à Paris, où il demeurait 36, rue Bonaparte. Sur la recommandation de l’abbé Masson (1802-1881), curé de Vergt, qui l’honorait de son amitié, le périgourdin Pierre Magne (1809-1879), alors ministre des Travaux Publics, le fit entrer à la Compagnie des Chemins de fer et le fit nommer, en Alsace, « commissaire de surveillance administrative des Chemins de fer, en résidence à Bitche, arrondissement de Sarreguemines ».

Toujours sur la recommandation du ministre Magne, Fulbert-Dumonteil rejoignit alors les services de l’Hôtel de ville de Paris, à la préfecture de la Seine, où il fut le compagnon de bureau des polémistes Henri Rochefort (1831-1913) et Édouard Drumont (1844-1917) avant d’être attaché au cabinet personnel du baron Georges Eugène Haussmann (1809-1891). Il noua à cette époque des contacts précieux pour la nouvelle carrière qui allait s’ouvrir à lui.

D’un caractère fantasque, Fulbert-Dumonteil quitta assez vite l’administration pour se consacrer entièrement au journalisme et participer activement à la vie littéraire quelque peu bohème de cette seconde moitié du XIXe siècle, devenant même membre de l’Association des Journalistes Parisiens. Il débuta au Figaro d’Hippolyte Auguste Cartier de Villemessant (1812-1879), en 1862, par une petite nouvelle Deux yeux sans pareils. Il collabora ensuite à d’autres quotidiens parmi lesquels Le Mousquetaire d’Alexandre Dumas (1802-1870), Le Gaulois, Le Charivari et le Petit Marseillais,mais aussi à des publications du Sud-Ouest dont La France de Bordeaux et du Sud-Ouest à laquelle il donna jusqu’à la fin de ses jours une chronique scientifique bien qu’il n’eut aucune formation dans ce domaine. Il participa également à la rédaction de revues variées, comme Le monde illustré, Nain Jaune, le Musée des familles, Le Journal des Demoiselles ou Le Chasseur français.

Conteur délicat et fin, au style alerte et pittoresque, on lui doit en outre une trentaine de livres dont Portraits zoologiques (1874), Bêtes curieuses, Histoire naturelle en action (1883), Une visite aux Cynghalais (1886), Le Monde des Fauves (1890), Les Fleurs à Paris (1890), Cage et Volières (1893) ou Le Monde des Insectes. Il aborda même des sujets à caractère ethnographiques dont Les Lapons (1889), Les Somalis (1890), Guerrières et guerriers du Dahomey (1891) ou Les Paï-Pi-Bri (1893). Il fut, de ce point de vue, un des fondateurs de la vulgarisation scientifique. Le conteur, moraliste et patriote qu’il était rédigea aussi de charmantes histoires comme Le Voyage au pays du bien (1878, on y reconnaît entre autres le portrait d’un régent de Vergt, M. Malafaye, chez qui il avait commencé ses humanités), Les carillons de Noël (1880), Les Sept femmes du colonel d’Arlot (1884) ou Les Contes jaunes (1886). Dans ces historiettes mystérieuses que de légendes superbes, que de biographies extravagantes, que d’incursions terrifiantes dans la vie d’autrefois, que de croquis de personnages disparus, comme Baroger, marchand ambulant, qui vendait aux jeunes filles de Vergt quelques recettes pour approvisionner leurs amoureux.

Eclectique et prolifique, il publia également, en 1869, les portraits des Députés de la Seine. Il fut particulièrement élogieux pour Jules Simon (1814-1896) et Léon Gambetta (1838-1882). Ce qui n’empêchera pas de les cribler de flèches, en 1872, dans un pamphlet politique acerbe Les Septembrisés dans lequel les républicains dits du Quatre Septembre étaient pris à partie. Il est vrai que Fulbert-Dumonteil devait beaucoup au Second Empire.

Toutefois, son domaine le plus apprécié, et celui qui a fait sa véritable renommée, fut celui de gourmet. Il livra son savoir à des revues, dont La cuisine des familles, remplie de savoureuses recettes, collabora durant près d’un quart de siècle à l’Art culinaire et participa à la rédaction de L’Almanach des gourmands. Mais il put surtout faire étalage de son talent d’écrivain gastronomique dans deux ouvrages fondamentaux : La cuisine française, l’art de bien manger, fins et joyeux croquis gastronomiques écrits par les gourmets (1901) et surtout La France gourmande (1906) qui est un chef-d’œuvre de gastronomie impressionniste et qui lui valut de la part des cuisiniers reconnaissants le titre envié de maître à goûter.

Fulbert-Dumonteil parlait, avec cette voix un peu lente, alors habituelle chez les Périgourdins des campagnes, qui aimaient à retenir l’attention de leurs auditeurs moins pour faire admirer leur éloquence que pour obtenir l’hommage dû à la richesse de leur passé. Il y avait aussi dans cet excellent conteur un peu de ce lyrisme imprégné d’humour, qui était une critique légère, ironique, mais réservée, atténuée et aussi indulgente de l’époque romantique.

Avec sa petite moustache triomphante qui relevait sa figure, son œil clair, sa douceur teintée d’une paillette de vague raillerie, Fulbert-Dumonteil se retira, en 1877, à Neuilly-sur-Seine après la mort de son épouse, Amable Constance Marie Bohers, qui l’avait laissé seul avec deux enfants, qui devaient disparaître tous deux à vingt-cinq ans, et une fille (mariée à M. Girard). Il vécut dès lors dans le voisinage du jardin d’acclimatation dont il se fit l’historiographe et devint l’ami de son directeur Albert Geoffroy Saint-Hilaire. À partir de 1892, il ne mit plus les pieds à Paris, demeurant fidèle à ses sabots, à sa vieille pipe de merisier, à ses cannes où il s’était amusé à sculpter toute une faune fantastique, à son béret, bref à sa tenue rustique qui avait aussi son élégance.

Il s’éteignit le 2 mai 1912 dans la maison de retraite Galignani frères, 89, boulevard Bineau à Neuilly-sur-Seine (aujourd’hui Hauts-de-Seine), à l’âge de quatre-vingt-un ans. Cet établissement avait été construit entre 1885 et 1888 par les architectes de l'Assistance publique Paul Véra et Albert François Germain Delage (1816-1896) grâce à un legs fait à cette institution par les frères Antoine et William Galignani, éditeurs et journalistes. Le legs imposait les architectes, le nom des donateurs et l’accueil gratuit jusqu’à la fin de leur vie de cinquante libraires, auteurs ou éditeurs français.

Peu après la mort de Fulbert-Dumonteil, un comité se réunit pour ériger au musée du Périgord (aujourd’hui Musée d’Art et ’Archéologie du Périgord) de Périgueux, le buste de l’intéressé. L’inauguration de l’œuvre d’Edouard Lormier (1847-1919), fondue par les frères Montagutelli, eut lieu le 5 décembre 1912 en présence de Géraud Lavergne (1884-1965), représentant le préfet, Alexandre Dorin représentant le maire, Ferdinand Villepelet (1839-1923) de la Société Historique et Archéologique du Périgord et Albert Dujarric-Descombes (1848-1926) du Bournat, association félibréenne du Périgord. Joseph Durieux (1873-1950), André de Lachapelle, rédacteur au Journal des Débats, Lucien-Victor Meunier, rédacteur en chef de La France du Sud-Ouest, et Robert Benoît (1862-1942) prirent, entre autres, la parole, de même que MM. Chassaing, Malafaye et Paulin de Brou de Laurière au nom de la population vernoise.

Dans le même temps, la ville de Périgueux et la commune de Vergt attribuèrent son nom à l’une de leurs rues.

Enfin, lors de la Félibrée qui se tint à Vergt, sa ville natale, le 7 juillet 1963, le Bournat fit apposer dans le hall de la mairie une plaque à sa mémoire :

A LA MEMOIRE DE

FULBERT DUMONTEIL
1831 – 1912
LO BORNAT DOU PERIGORD

7 JULLIET 1963

Bien que journaliste de talent, chroniqueur prolifique, romancier fécond, duelliste invétéré et éternel amoureux, Fulbert-Dumonteil fut l’un des premiers à mettre au service d’un talent littéraire incontestable une connaissance approfondie de la gastronomie. Ne cite-t-on pas encore en exemple sa louange poétique de la grive : « Je chante la grive à l’aile grise qui se grise dans les vignes du grain lisse des raisins… » ou cette page dithyrambique s’élevant jusqu’aux accents d’un lyrisme dévot : « A l’ombre des vieux chênes repose, mystérieuse et cachée, la truffe divine qui embaume le monde... Dieu la fit pour le ciel, et se trompant de route, la truffe roula sur la terre... ». Il était, en effet, le seul, disait-on, qui pouvait « poétiser la morue » ! Ses ouvrages dans ce domaine, loin de se résumer à une simple litanie de recettes mille fois ressassées, nous offrent un saisissant panorama de considérations historiques sur l’art de la table, de multiples anecdotes aimables et pittoresques aussi bien sur des personnages célèbres que sur d’humbles paysans, sans oublier un florilège varié de mets gourmands et inattendus.

Artiste des fourneaux et chevalier de la plume, il a brossé ses recettes comme des tableaux d’Arcimboldo et dépeint ses contemporains comme les caricatures de Sem, son compatriote. En outre, selon Lucien Victor Meunier, rédacteur en chef de La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, « En lui l’estomac, de quelque prédilection qu’il fut entouré, n’étouffait point le cœur ». En effet, sur la porte de sa salle à manger, Fulbert-Dumonteil avait écrit : « Pensez aux autres ». C’était donc aussi un homme de cœur.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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