Jean-Baptiste Rivoire

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Jean-Baptiste Rivoire
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Jean Baptiste Rivoire en 2004
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Jean Baptiste Rivoire, né en novembre 1966 à Cambrai et ayant grandi à Alger, est un journaliste d'investigation français.

Ancien rédacteur en chef adjoint de l'émission Spécial Investigation, sur Canal+, il est le coauteur de nombreuses investigations télévisées, notamment sur la guerre civile algérienne des années 1990 et l'auteur de deux livres d'investigation.

En 2021, après avoir quitté Canal+ suite à la prise de contrôle de Vincent Bolloré, il a créé Off-investigation.fr, un site de presse en ligne spécialisé dans l'enquête vidéo, associé à la chaîne de télévision Blast, fondée plus tôt dans l'année par un autre journaliste d'investigation, Denis Robert.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Né en 1966, il est le fils de Bruno Rivoire et de Bernardine Thiery, née à Constantine (Algérie) et y ayant vécu de 1941 à 1959. En 1971, ses parents repartent en Algérie. La famille vit dans le quartier de Ben Aknoun, sur les hauteurs d'Alger, dans une cité de coopérants issus des pays de l'Est.

En 1976, la famille s'installe à Beni-Abbes où Bruno Rivoire est muté au CNRZA (Centre national de recherches en zones arides).

En 1977, la famille revient en France et s'installe à Créteil, dans le Val-de-Marne. Après ses études secondaires au lycée Saint-Exupéry de la ville et une licence de droit international à Paris 1 (Panthéon), Jean-Baptiste Rivoire entre à Science Po Paris qu'il quitte en 1989 pour le CFJ de Paris, dont il sort en 1991.

Premiers reportages[modifier | modifier le code]

En 1991, diplômé de la section Journalistes reporters d'images du CFJ, il commence à travailler pour France 3 Nancy, Marseille, Metz, Lille, Bordeaux, Lyon, puis pour France 2.

En 1992, il entame une collaboration avec l'agence CAPA. Devenu grand reporter, il parcourt le monde pour des émissions comme 24h (Canal plus), Envoyé Spécial (France 2), Zone interdite (M6), La marche du Siècle et États d'urgence (France 3).

En 1995, il se rend au Rwanda pour un reportage de 52 minutes sur les conséquences du génocide.

Enquêtes sur la situation en Algérie[modifier | modifier le code]

De 1997 à 2000, il travaille au sein de l'Agence CAPA, pour le Vrai Journal de Karl Zéro, sur Canal plus, où il effectue plusieurs enquêtes sur la « sale guerre » qui ravage l'Algérie.

En , Jean-Baptiste Rivoire est embauché par Canal+ plus pour rejoindre Paul Moreira et l'émission 90 minutes. En mars 2003, il est envoyé à Bagdad pour couvrir le début de la seconde guerre d'Irak.

En 2006, Rivoire propose à Canal Plus Faites passer l'info, une nouvelle émission d'enquête sur la société de consommation diffusée en première partie de soirée. En 2008, après sept numéros, Canal Plus supprime l'émission. Jean-Baptiste Rivoire prend alors un congé sans solde pour rejoindre le site Bakchich.info. Il y avait animé une petite équipe de journalistes chargée de créer un portail vidéo d'information.

En 2009, il réintègre Canal Plus et rejoint l'équipe de Stéphane Haumant comme rédacteur en chef adjoint de Spécial Investigation[1].

Affaire Didier Contant et enquêtes sur l'assassinat des moines de Tibhirine[modifier | modifier le code]

En 2004, le journaliste Didier Contant, qui avait combattu à plusieurs reprises la thèse de la responsabilité du régime militaire algérien dans l'assassinat des moines de Tibhirine, fait une chute mortelle d'un immeuble parisien. Les autorités françaises concluent à un suicide.

Quelques jours avant le drame, Rivoire avait été informé qu'un certain « Didier Contant » avait exercé, sur le territoire algérien et en compagnie d'un journaliste d'Algérie Presse Service, des pressions psychologiques sur l'épouse de l'adjudant du DRS Abdelkader Tigha, un témoin clé de l'affaire de Tibhirine en fuite à l'étranger qu'il venait d'interviewer. Il avait alors contacté quelques confrères parisiens susceptibles de connaître Contant pour savoir s'il travaillait « en liaison avec les services algériens ».

À la suite de ces appels téléphoniques et du décès de Didier Contant, Jean-Baptiste Rivoire est accusé par le journal Marianne et par la presse algérienne d'avoir volontairement contribué à sa mort. En 2006, Jean-François Kahn est condamné pour avoir diffamé Jean-Baptiste Rivoire[2]. Puis, il est relaxé en appel.

Visé en outre par une plainte de l'une des compagnes de Didier Contant, Rina Sherman, pour « violences volontaires » en raison de ses appels téléphoniques, Rivoire est mis en examen. En , il est condamné à une amende contraventionnelle de 750 euros pour « violence volontaire »[3]. Mais en , la Cour d'appel de Paris relaxe finalement Jean-Baptiste Rivoire, estimant notamment que comme il ne « connaissait pas Didier Contant au moment des faits », il ne pouvait y avoir eu « infraction intentionnelle de violence volontaire »[4].

Entretemps, à la suite de la publication du Huitième mort de Tibhirine, un livre sur l'affaire Contant, Rina Sherman avait été condamnée en pour « injures publiques » envers Jean Baptiste Rivoire et pour « diffamation » envers Paul Moreira. Jean Robin, son éditeur, avait également été condamné pour diffamation[5].

En 2011, il publie aux éditions La Découverte « Le crime de Tibhirine, révélations sur les responsables », décliné sous forme documentaire sur Canal plus en septembre 2011 sous le titre « le crime de Tibhirine ». L'enquête présente de nouveaux témoignages d'anciens agents algériens du DRS, notamment Karim Moulai et "Rachid", membres du commando ayant enlevé les moines, qui confirment que les sept trappistes furent victimes d'un « vrai-faux » enlèvement islamiste secrètement organisé par le général Smaïn Lamari, numéro 2 du DRS[6]. L'opération, qui n'aurait pas dû déboucher sur la mort des moines, aurait dérapé, contraignant la sécurité militaire algérienne à les assassiner et à faire disparaître leurs corps, tout en mettant le crime sur le dos de Djamel Zitouni, présenté officiellement comme le « chef du Groupe islamique armé »[6].

Conflits avec la direction de Canal+[modifier | modifier le code]

Juin 2015[modifier | modifier le code]

Fin 2014, Vincent Bolloré prend le contrôle de la société Vivendi, maison-mère de Canal+ et de la chaîne d'information en continu itélé, qu'il rebaptisera Cnews. L'année suivante émergent des conflits entre journalistes avec la direction de Canal+ et itélé. En , après la censure par Vincent Bolloré d'une enquête sur le Crédit mutuel dans Spécial Investigation, Rivoire interpelle Maxime Saada, directeur général adjoint de Canal+. À l'été 2015, la direction nommée par Vincent Bolloré élimine tous les auteurs des Guignols de l'info, décide de les diffuser en crypté, assume la censure de Spécial Investigation en indiquant en comité d'entreprise qu'il faut désormais « éviter les attaques frontales ou polémiques contre les partenaires actuels ou futurs du groupe » et déprogramme, à la fin septembre[7] un documentaire Hollande Sarkozy, guerres secrètes[7],[8] puis décide plusieurs semaines après de le reprogrammer le 26 octobre[7].

Octobre 2015[modifier | modifier le code]

En octobre, Jean-Baptiste Rivoire est nommé représentant du Syndicat national des journalistes CGT SNJ-CGT à Canal+, ce qui lui permet d’assister aux comités d’entreprise et d'y interroger la direction sur la façon dont elle « traite » l’investigation.

Quelques heures après avoir annoncé ce mandat syndical à sa hiérarchie, il reçoit une lettre recommandée le convoquant à un "entretien préalable à un éventuel licenciement"[7].

Dans les jours qui suivent, la direction nommée par Vincent Bolloré tente de le convaincre d'accepter un chèque de départ en échange de son silence. La direction n'a aucune faute à reprocher à Rivoire, le fait qu'il se soit lancé dans des activités syndicales, n'étant sans doute pas étranger à cette décision observe 20 Minutes (France) en se basant sur des informations du Monde, qui précise de plus que la lettre de convocation « ne mentionne aucun motif précis »[7]. La direction de Canal+ a décidé finalement de reculer et assuré au Monde que le journaliste n’était « pas en procédure de licenciement »[7].

Février 2016[modifier | modifier le code]

En , après un refus de 7 enquêtes sur 11 par Maxime Saada (le nouveau directeur de Canal+ nommé sous Vincent Bolloré), Rivoire révèle ces censures dans Arrêts sur images[9]. Puis, Le Canard enchaîné indique que Rivoire fait partie, avec Patrick Menais (patron du "Zapping"), Bruno Gaccio (ex auteur des Guignols), Olivier Ravanello (président de la SDJ d'Itélé) et Françoise Feuillye (syndicaliste + libres) d'une « liste noire de salariés que Vincent Bolloré souhaiterait évincer »[10].

Juin 2016[modifier | modifier le code]

En , la direction nommée par Vincent Bolloré supprime l'émission Spécial Investigation, puis, le zapping de Patrick Menais[11].

"Le Système B", documentaire RSF sur Bolloré et la liberté d'informer[modifier | modifier le code]

Les équipes de Reporters sans frontières sous la direction de Christophe Deloire se sont intéréssées à l'action de de Jean-Baptiste Rivoire, menée en interne contre les censures subies par ses collègues. Pour faire connaitre ce problème et trouver une solution, elles ont produit Le Système B, un documentaire français, diffusé en et largement médiatisé car il a appelé « l'État, le CSA, l'Autorité de la concurrence et le législateur à intervenir » et dénoncé des « pratiques représentent un véritable danger pour la liberté de la presse, mais aussi pour la démocratie »[12] et alerté contre la censure répétée d'enquêtes dans différents médias du groupe industriel et de services de Vincent Bolloré[13],[14],[15],[16],[12],[17],[18],[19], mais visant aussi d'autres médias, par un usage massif des poursuites judiciaires, afin de décourager au maximum les enquêtes sur « ses activités africaines », qui « représentent un tiers du chiffre d'affaires » du groupe Bolloré.

Fondation de Off-Investigation[modifier | modifier le code]

En 2021, après avoir été laissé 5 ans sans affectation, Jean-Baptiste Rivoire décide de quitter Canal+ et son poste de rédacteur en chef adjoint de Spécial Investigation. Plusieurs mois après[20], il présente le média Off-investigation[21], un site d'information indépendant spécialisé dans l'enquête vidéo[20],[22].

Série d'enquête sur Macron avec la chaîne Youtube Blast[modifier | modifier le code]

Fin 2021, Off-investigation produit et diffuse sur Blast « Emmanuel, un homme d'affaires à l'Elysée »[20], première série d'investigation indépendante en 9 épisodes de 26 minutes sur la présidence de la République et « les parts d’ombre d'Emmanuel Macron et de son action »[20], en particulier dans le domaine des « conflits d’intérêts »[20] et « financement par des lobbies privés »[20],[22].

Refusée par toutes les grandes chaines de télévision (TF1, France Télévisions, Canal+, M6), la série a annoncé qu'elle serait financée à partir 11 novembre par une campagne de crowdfunding sur la plate-forme KissKissBankBank[20],[22]. Off-Investigation choisit alors de la faire connaitre au grand public, via un partenaire avec la chaîne Youtube Blast, fondée par un autre journaliste d'investigation, Denis Robert[20],[22].

Le premier épisode de la série est consacré aux liens entre le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler et la société Mediterranean Shipping Company (MSC), numéro 2 mondial du fret maritime[23]. Sans être dans les plus visionnés sur YouTube réalise un bon démarrage pour un format investigation avec 0,6 million de vues en trois jours[24] puis dépasse le million de vues[25].

Reportages[modifier | modifier le code]

  • Grandir sous camisole (Envoyé Spécial, 1996) de Manon Loizeau et Jean-Baptiste Rivoire (Meilleur grand reportage d'actualité au FIGRA 1996 - Grand prix Jean-Louis Calderon au Festival du scoop d'Angers en )
  • Une vie de toxico (Canal plus, ) de Maria Roche et Jean-Baptiste Rivoire
  • Sectes à Moscou (Envoyé spécial) de Thomas Johnson et Jean-Baptiste Rivoire
  • Peur sur la ligne (Envoyé spécial)
  • Algérie, la vie continue (Zone interdite, ) de Faouzia Fekiri et Jean-Baptiste Rivoire
  • Police palestinienne (Zone interdite)
  • La secte Moon (Zone interdite)
  • Boudha, enfant perdu de Bosnie (État d'urgence, France 3) de Olivier d'Angely et Jean-Baptiste Rivoire
  • Bentalha, autopsie d'un massacre (Envoyé spécial, ) de Jean-Baptiste Rivoire, Jean-Paul Billault, Thierry Thuillier et Bruno Girodon (Prix du meilleur document d'actualité au FIGRA 1999)
  • Algérie, la grande manip, enquête sur l'assassinat de Lounès Matoub (90 minutes, Canal plus, 2000) de Jean-Baptiste Rivoire et Michel Despratx
  • Qui a tué Lounes Matoub ? 90 minutes, Canal plus, de Michel Despratx, Jean-Baptiste Rivoire, Lounis Aggoun et Françoise Testeront ; Canal plus, 28 octobre 2000
  • Attentats de Paris, enquête sur les commanditaires (90 minutes, Canal plus, 2002) de Jean-Baptiste Rivoire et Romain Icard sur la vague d'attentats commis en France en 1995
  • Sarkozy, enquête sur un présidentiable (90 minutes, Canal plus, 2005) de Jean-Baptiste Rivoire et Véronique Robert
  • Khalifa, l'étrange milliardaire algérien (90 minutes, Canal plus)
  • Le crime de Tibhirine (Spécial Investigation, Canal plus, )

Publications[modifier | modifier le code]

  • Jean-Baptiste Rivoire et Lounis Aggoun, Francalgérie, crimes et mensonges d'Etats : Histoire secrète, de la guerre d'indépendance à la « troisième guerre d'Algérie », Paris, La découverte, , 683 p. (ISBN 2-7071-4747-8)
  • Jean-Baptiste Rivoire, Le crime de Tibhirine, La découverte, coll. « Cahiers libres », , 310 p. (ISBN 978-2-7071-6775-0 et 2-7071-6775-4)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Spécial Investigation, Canal plus
  2. Condamnation de J-F Kahn, directeur de Marianne pour diffamation, communiqué de Jean-Baptiste Rivoire
  3. Rivoire condamné en première instance pour « violences volontaires », lesoirdalgerie.com
  4. La Cour d'appel de Paris donne raison à Jean-Baptiste Rivoire, Communiqué de Me William Bourdon, 25 juillet 2011
  5. double Condamnation de juillet 2009, algeria-watch.org, 21 juillet 2009
  6. a et b Jean-Marie Durand, Tibhirine : la piste des services secrets algériens, lesinrocks.com, 19 septembre 2011
  7. a b c d e et f "Canal+: Le rédacteur en chef adjoint de «Spécial Investigation» serait sur la sellette", article dans VingtMinutes le 19/10/15 citant des informations du Monde [1]
  8. BLAST ; le souffle de l'info, « La liberté d'informer est en danger de mort (interview par Denis Robert) », (consulté le )
  9. « Canal +, 2016 : Comment Bolloré a tué l'investigation [AVENT2020] - Par La rédaction », sur arretsurimages.net (consulté le )
  10. Information du Canard enchaîné reprise dans L'Express le 30 mars 2016 [2]
  11. Article dans Les Échos, le 10 juillet 2016 [3]
  12. a et b "Liberté de la presse : que montre le documentaire de Reporters sans frontières sur le groupe Bolloré ?" le 15/10/2021 sur France Télévisions [4]
  13. "RSF dénonce les «méthodes brutales» de Vincent Bolloré dans les médias" dans Le Figaro le 14 octobre 2021 [5]
  14. "Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré contre l’information" par Aude Dassonville, dans Le Monde le 14 octobre 2021 [6]
  15. "Vidéo. Vincent Bolloré : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce ses « méthodes brutales »", par l'Agence France-Presse reprise le 14/10/2021 par le quotidien régional Sud Ouest [7]
  16. "Europe 1 ne digère pas la patte Bollo" le 22 juin 2021 dans Libération [8]
  17. "Le Système B." : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré" par Maxime Tellier, le 14/10/2021 sur France Culture [9]
  18. “Le Système B”, un docu choc sur la méthode Bolloré contre la liberté d’informer" par Richard Sénéjoux le 14/10/21 dans Télérama [10]
  19. "Concentration des médias : une commission et des propositions sur la table" par Aude Carasco, le 24/11/2021 dans La Croix
  20. a b c d e f g et h "Jean-Baptiste Rivoire lance le site Off Investigation : “Sur Internet, il manque de vraies enquêtes filmées" par Richard Sénéjoux, le 25/10/21 dans Télérama [11]
  21. Site de la chaine TV indépendante d'investigation "Off-Investigation" Off-investigation.fr
  22. a b c et d Anne Sogno, « Jean-Baptiste Rivoire : « Bolloré a supprimé les enquêtes à Canal+ et Delphine Ernotte a créé un guichet unique pour les documentaires » », L'Obs, 1er novembre 2021 [12].
  23. « En poste à Genève, il est pressenti pour rejoindre Macron à l’Elysée », Tribune de Genève,‎ (lire en ligne)
  24. « Affaire Kohler : le scandale qui menace Macron », diffusé le 1er novembre 2021 sur Blast [13].
  25. "Off-investigation: l'enquête vidéo pour conviction, Macron en ligne de mire", par Steven Jambot et Simon Decreuze sur Radio France internationale le 13 novembre 2021 [14]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]