Jean-Baptiste Noro

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Jean-Baptiste Noro
Jean-Baptiste Noro
Jean-Baptiste Noro (1878),
photographie d'A. Jellasca et C. Weber.

Naissance
Montmerle-sur-Saône (Ain)
Décès (à 66 ans)
Tunis (Tunisie)
Origine France
Allégeance Drapeau de la Commune de Paris Commune de Paris
Arme Garde nationale
Unité 22e bataillon
Grade Commandant
Années de service au moins 1870 – 1871
Commandement 22e bataillon
Conflits Guerre franco-allemande de 1870
Commune de Paris
Faits d'armes Officier de l'Instruction publique
Commandeur du Nichan Iftikhar
Officier de l'ordre du Médjidié
Autres fonctions Artiste peintre
Militant, membre de l'Association internationale des travailleurs puis de la Fédération jurassienne
Famille Émilie Noro (épouse)
Signature de Jean-Baptiste Noro

Jean-Baptiste Noro, parfois Jean Noro, est un peintre et un anarchiste français né le à Montmerle-sur-Saône (Ain) et mort en à Tunis (Tunisie).

Ancien élève de Gustave Courbet, il rejoint la Garde nationale dans laquelle il est nommé officier. Déjà engagé au sein de l'Association internationale des travailleurs (AIT), il participe à la Commune de Paris et commande le 22e bataillon.Il est condamné en 1872 par contumace à la déportation.

Exilé à Genève, il participe à la scission antiautoritaire de l'Internationale. Il est marié à Émilie Noro, qui témoignera des prisons versaillaises, mais il connaît une relation en exil avec Paule Minck.

Le couple Noro revient à Paris après l'amnistie de 1881, avant de s'installer dans les colonies d'Afrique du Nord. Jean-Baptiste Noro poursuit ses activités de peintre et de professeur de dessin en Algérie et en Tunisie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Noro naît le à Montmerle-sur-Saône, petite ville de l'Ain[1]. Il épouse Émilie Barral le à Lyon[2], avec qui il emménage à Paris au 5, rue Poulletier dans le 4e arrondissement[1].

Artiste peintre de profession, il est élève de Gustave Courbet[1]. Il poursuit ses études au lycée Louis-le-Grand puis aux Beaux-Arts de Paris[3]. Il signe ses toiles G. N. pour Giovanni Noro[1] — sa femme l'appelait Johanni[4].

Commune de Paris[modifier | modifier le code]

Affiche signée par « le commandant du vingt-deuxième bataillon, Noro ».
Affiche du signée par Noro (issue des Murailles politiques françaises, 1874[5]).

Lors de la guerre contre l'Allemagne de 1870, Jean-Baptiste Noro est officier de la Garde nationale[3]. En , il participe à une réunion du conseil de l'Association internationale des travailleurs (AIT)[6]. Après le soulèvement du , sous la Commune de Paris, il est membre du Comité de vigilance du IVe arrondissement et commande le 22e bataillon de la Garde nationale. Il combat notamment plusieurs semaines en première ligne au fort de Vanves. Aux côtés de l'ensemble des officiers de son bataillon, il signe une affiche qui dénonce l'exécution de plusieurs de ses soldats blessés par les forces versaillaises le [1],[note 1]. Il écrit au Cri du peuple, quotidien communard dirigé par Jules Vallès[8].

Au cours de la Semaine sanglante, qui voit la chute de la Commune, lui parvient à s'enfuir[1], mais sa femme est incarcérée en raison de sa fonction de commandant[2]. Il est condamné par contumace le par le 4e conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la privation de ses droits civiques[1].

Vie en exil[modifier | modifier le code]

Exilé, il s'installe à Genève à la fin du mois de [1]. Sa femme le rejoint après sa sortie de la prison des Chantiers en août[2]. Il fréquente le café du Nord[1] et côtoie la communauté des communards exilés[2]. Ainsi, il peut poursuivre à Genève une liaison débutée sous la Commune avec Paule Minck[1]. Ils ont deux enfants, qu'il ne reconnaît pas — Mignon en 1874 et Héna en 1876[9] seront reconnus par le futur époux de Paule Minck —[10], un an après qu'il ait eu un enfant légitime avec son épouse Émilie — Charles Armand en 1873[2]. Malgré l'exil, Paule Minck, qui jouit d'une certaine influence, continue son travail de propagande socialiste à destination de la France. Des rapports de police de 1872 informant sur ses déplacements clandestins en France affirment que Noro l'a aidé à établir de nouvelles routes de contrebande à destination de la province[11].

Jean-Baptiste Noro donne des leçons de dessin, réalise des portraits sur commande et écrit quelques sonnets. Le , il se plaint dans L'Égalité, journal des sections internationalistes de Suisse romande, de la saisie de son mobilier à Bellegarde dans son département de naissance, alors que sa condamnation n'était pas définitive[1].

Durant son exil, Jean-Baptiste Noro poursuit son activité militante. En 1873, il figure parmi les membres de la Section de propagande et d'action révolutionnaire et socialiste de Genève, une organisation de proscrits français adhérente de la Fédération jurassienne, scission de l'AIT. Lors du sixième congrès de la Fédération, dite « Internationale antiautoritaire », organisé à Genève en 1873, il est l'un des trois secrétaires du congrès[1].

Retour à Paris[modifier | modifier le code]

De 1877 à 1878, Jean-Baptiste Noro suit l'armée russe dans la guerre qui l'oppose à l'Empire ottoman en tant que dessinateur et peintre[1]. Il est décoré officier de l'ordre ottoman du Médjidié[3] Après son retour, il emménage à Gênes en Italie[1]. Il bénéficie de l'amnistie des communards de 1881[4] et revient à Paris avec sa femme, au 5, rue Tholozé dans le 18e arrondissement[12].

Il tient son atelier au 13, rue Ravignan. Il y accueille le club littéraire et artistique « La Butte », au sein duquel participe des partisans de la Commune et des anarchistes : ses présidents sont Paul Alexis puis Clovis Hugues et on retrouve parmi les membres réguliers Charles Malato, Jacques Prolo et Jehan-Rictus[4].

Dernières années[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Noro reprend un emploi de professeur aux écoles d'arts industriels de la ville de Paris. Au milieu des années 1880, le couple Noro part vivre dans les colonies d'Afrique du Nord. Il continue de peindre, et sous le pseudonyme de Jacques Didier, publie quelques livres[12]. Il est correspondant dessinateur pour la presse ouest-européenne, comme Le Genevois, The Graphic, L'Émancipation ou Le Monde inconnu[3].

Durant trois ans, il administre les cours industriels à Alger, avant, de 1899 à sa mort en , d'enseigner le dessin à Sfax en Tunisie[12]. Il s'établit au 2, rue d'Ajaccio. Il est promu officier de l'ordre tunisien de Nichan Iftikhar et officier de l'Instruction publique pour la France[3]. Émilie Noro meurt un an plus tard à Tunis ; elle est l'autrice d'un témoignage des conditions de vie dans les prisons de Versailles[2].

Sa petite-fille, Alice Simone Noro (1900-1985), issue de son mariage avec Émilie, est actrice sous le nom de scène de Line Noro[10].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Mère et deux enfants pendant la Commune, 1871[13], Paris, musée Carnavalet[12].
  • Portrait de Louise Michel, gravure, 1875 ou avant[12].
  • Esquisse pour le cabinet du préfet de l'Hôtel de Ville de Paris : L'Envahissement de l'Hôtel de Ville par les bataillons de Belleville, 1889, représentation du soulèvement du 31 octobre 1870, Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris[14].
  • Le Départ de Gambetta pendant le siège de Paris, représentation du , Paris, musée de Montmartre[12].
  • L'Entrée de Bourbaki en Suisse[3], localisation inconnue.
  • Les Blessés de l'armée de Salemen-Pacha[3], localisation inconnue.
  • Une confrontation judiciaire[3], localisation inconnue.
  • Cartons des vitraux de Saint-Malo et de différentes églises[3], localisation inconnue.
  • Floréal[3], localisation inconnue.
  • Rue des Forgerons et Petite danse, à Tunis[3], localisation inconnue.
  • La Cueillette des oliviers à Sfax[12],[3], localisation inconnue.
  • La Rue des forgerons à Sfax[3],[9], localisation inconnue.


Publications[modifier | modifier le code]

En , Jean-Baptiste Noro écrit le sonnet À un morceau de pain blanc[1] [lire sur Wikisource], cité par l'historien Robert Brécy sous le nom de Jean Noro[15].

Publications sous le nom de plume de Jacques Didier[3] :

  • L'art et les artistes de l'Italie du nord ;
  • La Bouche de la vérité.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'affiche est aussi publiée dans le Journal officiel du [7]. Noro, « Nous recevons du citoyen Noro, commandant du 22e bataillon, la communication suivante », Journal officiel de la République française, no 132,‎ , p. 2 (lire en ligne [PDF]).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n et o Le Maitron 2021, p. 1015.
  2. a b c d e et f « NORO Marie, Émilie (BARRAL Marie, Émilie épouse NORO) », sur Le Maitron en ligne, 26 juillet 2009, dernière modification le 13 mai 2021 (consulté le ).
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p et q Dictionnaire illustré de la Tunisie, 1912.
  4. a b et c « NORO Jean-Baptiste », sur Le Maitron en ligne, 26 juillet 2009, dernière modification le 13 mai 2021 (consulté le ).
  5. Les Murailles politiques françaises, t. II : La Commune, Paris - Versailles - La province, 18 mars - 27 mai 1871, Paris, L. Le Chevalier Éditeur, , 676 p. (lire en ligne), p. 483.
  6. Michèle Audin, « Prisons versaillaises – Émilie Noro », sur La Commune de Paris, (consulté le ).
  7. Michèle Audin, « Émilie Noro dans les prisons versaillaises -2- Au Châtelet », sur La Commune de Paris, (consulté le ).
  8. Ludivine Bantigny, La Commune au présent, Paris, La Découverte, coll. « Poche / Sciences humaines et sociales », , 400 p. (ISBN 978-2-3480-6669-6, DOI 10.3917/dec.banti.2021.01), « Sur le front », p. 221-226.
  9. a et b Paul Lidsky, « Deux artistes communards amis de Courbet exilés en Suisse : Jean Baptiste Noro et André Slom », La Commune, Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871, no 87,‎ troisième trimestre 2021, p. 26-27 (lire en ligne [PDF]).
  10. a et b Jean Maitron, avec la collaboration de René Bianco, « MINK Paule. Ecrit parfois MINCK Paule », sur Le Maitron en ligne, 6 mars 2009, dernière modification le 19 septembre 2021 (consulté le ).
  11. (en) Carolyn J. Eichner, Surmounting the Barricades: Women in the Paris Commune, Indiana University Press, , 279 p. (ISBN 978-0-2533-4442-7, lire en ligne), p. 183.
    Traduit en français par Bastien Craipin : Franchir les barricades : Les Femmes dans la Commune de Paris (trad. de l'anglais), Paris, Éditions de la Sorbonne, coll. « Histoire de la France aux XIXe et XXe siècles », , 312 p. (ISBN 979-10-351-0522-8).
  12. a b c d e f et g Le Maitron 2021, p. 1016.
  13. (en) Gonzalo J. Sanchez, Organizing Independence : The Artists Federation of the Paris Commune and Its Legacy, 1871-1889, University of Nebraska Press, , 235 p. (ISBN 978-0-8032-4255-5, lire en ligne), p. 193.
  14. « Esquisse pour le cabinet du préfet de l'Hôtel de Ville de Paris : L'envahissement de l'Hôtel de Ville par les bataillons de Belleville », sur Paris Musées (consulté le ).
  15. Robert Brécy, La chanson de la Commune : Chansons et poèmes inspirés par la Commune de 1871, Paris, Éditions ouvrières, , 273 p. (ISBN 978-2-7082-2855-9, lire en ligne), p. VI.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Noro Jean : Choses et gens de Tunisie », dans Paul Lambert, Dictionnaire illustré de la Tunisie, Tunis, , 468 p. (BNF 35823236, lire en ligne), p. 307.
  • « Noro Jean-Baptiste », dans Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871 : Les acteurs, l'événement, les lieux, Éditions de l'Atelier, coll. « Maitron », , 1437 p. (ISBN 978-2-7082-4596-9), p. 1015-1016.
  • Julien Schuh, « Du cercle aux revues : genèse sociale de l’espace discursif de quelques périodiques fin-de-siècle : Le Cercle de la Butte et les petites revues décadentes et symbolistes », dans Alain Vaillant (dir.) et Yoan Vérilhac (dir.), Vie de bohème et petite presse du XIXe siècle : sociabilité littéraire ou solidarité journalistique ?, Nanterre, Presses universitaires de Paris Nanterre, coll. « Orbis litterarum », , 370 p. (ISBN 978-2-84016-312-1, lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]