Jean-Baptiste Morin de Villefranche

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Jean-Baptiste Morin de Villefranche
Jean-Baptiste Morin by Etienne Desrochers.jpg

Jean-Baptiste Morin
Gravure par Étienne Desrochers.

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Jean-Baptiste Morin de Villefranche ( ou - ) était un médecin et un mathématicien nommé à la chaire de Mathématique de Du Hamel au Collège de France le 3 août 1629[1]. Il développa une activité de théoricien d'astrologie sans faire d'enseignement officiel, puisqu'à son époque l'astrologie judiciaire était illicite en France. Seule l'astrologie naturelle, à vocation météorologique était licite, majoritairement publiée dans les Almanachs.

Ce qui fut considéré comme sa théorie fut publié post mortem, 5 ans après son décès, sans contrôle. Elles furent intégrées par la communauté astrologique internationale au XXe siècle, dans le Corpus de la "tradition", sans analyse critique des textes. Partisan du géocentrisme, selon la version officielle. Il laissa un traité non publié, qui révoque le géocentrisme et qui annonce une astronomie selon Kepler. Il apparaît, selon les mentions officielles des privilèges d'exploitation des textes (privilège du roi de mai 1658) que l'Astrologia Gallica parue à La Haye en 1661 n'EST PAS le texte de Morin.

Il contesta que la solution au problème des longitudes en mer soit réglée par un mécanisme d'horlogerie. Il se trompait car cette solution proposée au XVIIIe siècle par l'anglais John Harrison se révéla concluante, et pratique par tous temps de navigation. Il échangea une correspondance avec Descartes sur la théorie de la composition de la lumière, ayant un intérêt certain, avançant la notion théorique de grain et de "granulité", (avant celle des quanta de lumière découverte au XXe siècle)

Son nom a été latinisé en Morini (en couverture de ses livres).

Biographie[modifier | modifier le code]

Morin naquit le 23 février 1583, à 08h 33 ms, selon son livre titré "Ma vie devant les astres", ouvrage de Morin . Selon Claude Thebault, il naquit le 11 février, 21h 21 ms à paraitre avec 3 preuves officielles, dans Les Vies de Morin avec et sans les astres. La date donnée depuis 343 ans est celle de son acte de baptême. L’enquête de la revue Astroemail, édition 130, publia cet acte intégral retrouvé aux Archives du Rhône. Il ne comporte ni mention de son jour de naissance, ni son heure. À l’époque, un délai de survivance des nourrissons, était appliqué par les parents, auquel mit fin le Concile de Trente en ordonnant le rite du baptême dans un délai de 3 jours. Cette habitude entra dans les mœurs au XVIIIe siècle en France, car Henri III refusa lors de la rédaction de l'Ordonnance de Blois de mai 1579 de publier les textes du Concile, au motif que les nouvelles dispositions papales interféraient avec son autorité royale. L’Astrologia Gallica, publie 3 dates de naissance, fausses et contradictoires de Morin.Il est mort dans son domicile à 2 heures du matin Paris le ,

L'édition française en 1660, chez le libraire Jean Hunault de Vie de Maitre Jean Baptiste Morin est l'œuvre des héritiers de Morin, mention indiquée dans le Privilège royal d'exploitation de mai 1658. Le rédacteur est vraisemblablement L'abbé de Laubérie. Contrairement à l'assertion d'Aurélien Ruellet, dans sa thèse soutenue à Tours en 2014. En effet, il attribuait la rédaction à Guillaume Tronson, exécuteur testamentaire de Morin. Or Tronson est l'auteur de l'apologie de Jean Racine publiée dans la Nécrologie de Port Royal. Le texte de Tronson ne présente aucune correspondance de style d'écriture avec le roman épique, picaresque et rocambolesque de Vie de Maître Jean Baptiste Morin.

Aurélien Ruellet eut le mérite de publier une version partielle du testament de Morin, lequel comporte une révélation inconnue depuis 343 ans, relative à l'état, ainsi qu'au statut de Morin. Il résulte de ce document, que lors de son retour de voyage dans les mines de Hongrie, en mars 1616, Morin reçut les ordres mineurs, à Paris de l'archevêque de Gondi. Morin devint à partir de mars 1616 à sa mort en 1656 un clerc tonsuré, en mesure de recevoir des bénéfices ecclésiastiques. Une vie de 40 années sous les ordres de l'église. Cette donnée efface les relations de son biographe posthume sur sa vie de duelliste (autant de duels qu'il avait d'années d'âge), ainsi que ses rapports aux femmes. Le droit canon imposait des règles précises à cet effet.

Morin reçut un cadeau exceptionnel de Guillaume du Vair, sous la forme d’un séjour touristique, et d’étude, d’une année, tous frais payés en Allemagne, Hongrie et Transylvanie. À son retour, de ce voyage, il écrivit un livre de reportage, une innovation, intitulé Nova Mundia Sublunaris anatomia, comportant deux pages de dédicace expressément très reconnaissantes à Du Vair pour son extrême générosité. Il entra comme médecin au service de l’abbé commendataire Charles de la Bretonnière à l’abbaye de Saint Evroult dans l’Orne jusqu’en 1626. Date de son entrée en service, en province, comme médecin ordinaire du duc de Luxembourg jusqu’en août 1629.

La vie de Morin de 1616 à 1621, date de la mort de Guillaume du Vair comporte de nombreuses zones d'ombre. Il existe des présomptions selon lesquelles Morin était au service de Du Vair, garde des Sceaux de Louis XIII, ministre de la justice.

Morin n’a jamais été employé comme médecin par l’évêque Claude Dormy au Prieuré Saint-Martin-des-Champs, située 270-292 rue Saint-Martin à Paris. Cette affabulation est insérée dans les deux biographies posthumes de Morin. Il publia une apologie d'Aristote en 1624, cultiva également l'optique parallèlement à ses travaux d'astrologie. Morin lança l'idée de créer un Observatoire astronomique à Paris. Connu originellement sous le nom de Bureau des Longitudes, qui lui est resté, devenu l'Institut de Mécanique Céleste et des Ephémérides IMCCE.

La vie de Morin doit s'interpréter en fonction de son réseau relationnel, lequel fait apparaître une forte influence des opposants au pouvoir royal, notamment ses liaisons avec l'entourage direct de Gaston d'Orléans. Il existe ainsi une lecture politique de la Vie de Morin.

Comme il existe aussi une lecture religieuse de sa vie, au regard de ses engagements. En effet, Morin dès 1616 professait la thèse dans laquelle les Jansénistes se reconnaissaient : celle selon laquelle Jésus n'était pas mort pour tous les chrétiens, mais seulement pour les prédestinés, à être sauvé. Cette lecture induit une conséquence sur sa théorie astrologique. Celle selon laquelle les astres prédestinent par circonstances. Très différente du déterminisme développée par André Barbault, à la suite des écrits hâtifs de Henri Selva, et Jean Hiéroz au début du XXe siècle.


L'épisode Morin s'intercale entre les débuts de la diffusion de la théorie de l'héliocentrisme (Copernic, Galilée, Kepler), la découverte des lois de la Mécanique Céleste (les 3 lois de Kepler de 1610) et le raidissement de la religion catholique sur le principe du géocentrisme issu de Ptolémée jusqu'à Tycho Brahe. Partisan déclaré du géocentrisme, Morin apporta sa caution à l'église. À la fin de sa vie il laissa un manuscrit ambigu, non publié, faisant état d'un doute sur l'immobilité réelle de la Terre comme centre du monde. Morin combattit également le système de Descartes, qu'il avait rencontré en 1638.La mort de Morin, selon l'extrait testamentaire publié, laissa la communauté des astrologues sans directive théorique à adopter au moment où l'astronomie évoluait du système de Tycho Brahé à celui de Kepler, puis de Newton. En effet, il ne laissa pas de manuscrit posthume selon les documents publiés. Ce défaut de directive explique la régression des astrologues du XXe siècle.

Morin testa le 5 novembre 1656, in extrémis, quelques heures avant de décéder à Paris, dans son logis, rue des Morfondus au Faubourg Saint Marcel, en face du couvent des Doctrinaires, le 6 novembre 1656. Il est inhumé dans l'église Saint-Étienne-du-Mont.

Le problème des longitudes[modifier | modifier le code]

Morin proposa en 1634 sa solution au « problème des longitudes » : celle-ci était fondée sur la comparaison entre le temps apparent et le temps absolu, lequel était déduit de la position relative de la Lune par rapport au étoiles ; c'était, en somme, une variante de la méthode des distances lunaires. Morin apporta ses propres améliorations pour rendre cette approche efficace, comme l'amélioration des instruments de visée et la prise en compte de la parallaxe lunaire. Il dénigra la proposition de Frisius d'utiliser une horloge de précision embarquée : « J'ignore si le Malin peut réussir à fabriquer une horloge à longitude, mais ce serait folie pour l'homme de s'y essayer »[2].

Morin s’intéressa à la résolution du problème des longitudes à raison notamment du prix de 20 000 livres prévu pour récompenser le lauréat en mesure d’apporter une solution aux difficultés rencontrées par les navigateurs.

Afin d’écarter Morin des compétiteurs, le Cardinal de Richelieu nomma un membre du Collège de France dans la commission, en la personne de Jean Boulenger, titulaire d’une chaire de mathématique de 1606 à 1636. Morin fut officiellement désavoué à deux reprises par un de ses pairs, véritable mathématicien.

Sur le problème des Longitudes Morin se trompa lourdement, puisque contrairement à ce qu’il soutenait, ce fut bien l’invention d’un horloger, John Harrison en 1773, d’un chronomètre marin, réalisé dans un alliage spécial de métaux, une horloge spécialement conçue pour fonctionner quelles que soient les conditions météorologiques, qui résolut le problème au XVIIIe siècle, avec le choix combiné d’un méridien de référence, celui de Greenwich.

Devant les enjeux que représentaient ces recherches pour la marine, le Cardinal de Richelieu envisagea de récompenser Morin, mais nomma un comité d'évaluation pour s'assurer de l'intérêt des propositions du professeur de mathématiques. Le comité, composé de Jean de Beaugrand, d'Étienne Pascal, Claude Mydorge et Pierre Hérigone, formula d'emblée diverses objections à Morin, qui indiquaient que le procédé, fondé scientifiquement, n'était simplement pas praticable. La controverse dura cinq ans, Morin refusant de se rendre aux conclusions de ses juges : il suffisait, selon lui, d'améliorer les méthodes de résolution des triangles sphériques ainsi que les tables lunaires. Dans le cours de son argumentation, il en vint à proposer la création d'un observatoire astronomique à Paris.

Finalement, en 1645, le Cardinal de Mazarin, successeur de Richelieu, accorda une pension de 2 000 livres à Morin pour ces travaux d'astronomie nautique.

L'astrologue[modifier | modifier le code]

Morin n'est pas l'auteur du livre Astrologia Gallica paru à la Haye en 1661. Les auteurs sont ses héritiers, ainsi qu'il en est fait mention dans le Privilège Royal d'exploitation de mai 1658, figurant dans l'édition française de Vie de Morin parue en 1660. L'édition, remaniée, de l'Astrologia Gallica imprimée à La Haye comporte en fin d'ouvrage une prohibition majeure. En effet, l'Eglise et le pouvoir royal interdisaient l'astrologie judiciaire dans le royaume de France, alors que les Pays Bas protestants la toléraient. L'Astrologia Gallica publie le carré de Pythagore de Louis XIV, avec la date exacte donnée par Gaston d'Orléans ayant assisté à la naissance du Roi, lors de l'accouchement public d'Anne d'Autriche. Cet insert interdit, caractérisant un fait de lèse majesté, est le fait de Nicolas Goulas de la Motte, premier gentilhomme de la chambre de Gaston d'Orléans. Publication en réaction des Jansénistes, amis de Morin, à la répression religieuse de Louis XIV à leur égard, à partir des années 1660 en France. Le nom de Morin fut instrumentalisé.

Astrologia Gallica (1661)

Œuvres[modifier | modifier le code]

Quelques œuvres de Morin sont disponibles sur Gallica.

  • Famosi problematis de telluris motu vel quiete hactenus optata solutio, impr. Pierre Ménard, Paris, 1631 ; 1657
  • Longitudinum terrestrium et caelestium nova et hactenus optata scientia, impr. Jean Libert, Paris, 1634
  • Response de Iean Baptiste Morin à une longue lettre de Monsieur Gassend, prevost en l'église épiscopale de Digne, & professeur du roy aux mathématiques. Touchant plusieurs choses belles et curieuses de physique, astronomie, & astrologie, Paris, Macé Boüillette, Jean Le Brun, 1650
  • Remarques astrologiques sur le commentaire du Centiloque de Ptolémée par Nicolas de Bourdin Paris 1657 chez Pierre Ménard
  • Astrologia Gallica principiis et rationibus propriis stabilita atque in XXVI libros distributa, libr. Adriaan Vlacq, La Haye, 1 vol. in-fol. I–XXI + 850 p., 1661.
    • trad. partielle : Jean Hiéroz, L'astrologie mondiale et météorologique de Morin de Villefranche, trad. du livre XXV, Leymarie, 1946, 176 p.
    • Henri Selva, La Théorie des déterminations astrologiques de Morin de Villefranche (conduisant à une méthode rationnelle pour l'interprétation du thème astrologique) (Bodin 1902), Éditions Traditionnelles, Paris, 1976 - Traduction partielle des livres XXI et XXVI de Astrologia Gallica, traduits et présentés par Henri Selva, préface par André Barbault
    • Ma vie devant les astres, collationné dans Astrologia Gallica et traduit par Jean Hieroz avec les reproductions de 39 thèmes originaux de Morin, Cahiers astrologiques, 1943.

Études sur Morin[modifier | modifier le code]

  • Claude Thebault : "Morin comment il trompa tout le monde " enquête spéciale documentée avec preuves et analyses critiques février 2014, Astroemail 130, http://www.astroemail.com
  • Biographie anonyme : La Vie de maistre Jean-Baptiste Morin, docteur en médecine et professeur royal aux mathématiques à Paris (1660)
  • Jean Hiéroz, L'astrologie selon Morin de Villefranche, quelques autres et moi-même, 2e édition remaniée et augmentée, Éditions Omnium Littéraire, 1962.
  • (en) Lynn Thorndike, A history of magic and experimental science, vol. VII : The seventeenth century part I, 1958, 695 p. Chap. XVI Morin's Astrologia gallica [1]
  • Deux documents inédits sur Jean-Baptiste Morin (1583-1656). Édition critique de son testament et de son inventaire après décès.
  • Denis Labouré, " Lire un thème avec Morin de Villefranche ", Éditions Spiritualité Occidentale, 2012, http://www.spiritualite-occidentale.com
  • la base ouverte sur les recherches relatives à Morin de Villefranche engagées depuis 2014, http://astroemail.com/morin/morin.html
  • analyse des éléments partiels de la succession de Morin publiés par Aurélien Ruellet http://astroemail.com/morin/archives-papiers-de-succession.html

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. archives consultées au Collège de France
  2. Cf.

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]