Jean-Baptiste Dumay

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Jean-Baptiste Dumay
Dumay (Le Radical, 1889-10-03).jpg
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Jean-Baptiste Dumay est un ouvrier, syndicaliste et homme politique socialiste français, né en 1841 au Creusot et mort à Paris en 1926. Tourneur aux usines Schneider et Cie, il prit part dans sa ville natale à l'organisation des grèves de 1870 et à la constitution d'une section de l'Internationale. En mars 1871 il dirigea, en tant que maire, la brève Commune du Creusot. Pour échapper à la répression menée contre les communards, il s'exila en Suisse. Rentré en France en 1880, il rejoignit le courant possibiliste et fut élu membre du conseil municipal de Paris (1887-1890), puis député de la Seine (1889-1893). Il fut délégué aux deux premiers congrès de la Deuxième Internationale, ceux de Paris (1889) et de Bruxelles (1891).

Biographie[modifier | modifier le code]

1841-1868 - Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Né au Creusot le , Jean-Baptiste Dumay est le fils posthume d'un maître mineur bourguignon mort au fond, à la suite d'un coup de grisou dans une mine de charbon de la société Schneider Cie [1]. Très tôt, l'enfant se montre rétif à la discipline des établissements scolaires Schneider et, tout en même temps, lecteur passionné. En 1854, impatient de quitter l'école, il entre à moins de treize ans aux usines du Creusot, comme apprenti mécanicien-tourneur. Ayant conservé son goût de la lecture, il ressent violemment le caractère abrutissant d'une formation limitée à l'acquisition de routines[2]. Il fréquente un instituteur révoqué par le régime impérial et un ancien déporté de décembre 1851. À 18 ans, chassé pour avoir poussé ses camarades d'apprentissage à la revendication, il entreprend un Tour de France du compagnonnage qui le conduit à Paris et dans le sud du pays par Dijon, Lyon et Marseille, afin de se perfectionner dans les grandes entreprises métallurgiques françaises[3]. En 1860, un tirage au sort le contraint à cinq ans et demi de service militaire, d'abord à Cherbourg, puis à l'arsenal de Rennes, à Lyon et enfin à Saint-Étienne. Il regagne sa ville natale en 1868.

1868-1870 - Contre l'Empire des Schneider[modifier | modifier le code]

Dumay anime alors le Cercle d'études sociales, un groupe de jeunes ouvriers, d'artisans et de petits commerçants qui milite pour le rétablissement de la République et, localement, contre l'omnipotence de la famille Schneider[4]. En 1870, il organise avec Adolphe Assi[5] les grandes grèves qui paralysent les ateliers puis les mines, en janvier et mars. Cependant, malade, il doit laisser la direction du mouvement à son camarade. Il se lie d'amitié avec Benoît Malon, alors envoyé spécial de La Marseillaise et auteur d'une série d'articles sur les grèves du Creusot, qui identifie en lui une « capacité ouvrière[6] ». Avec l'aide d'Eugène Varlin[7], il participe à la création dans sa ville, le 18 mars 1870, d'une section de l'Association internationale des travailleurs, dont il devient le secrétaire-correspondant.

Lors du plébiscite du 8 mai 1870, qui vise à faire approuver les réformes libérales et du même coup à consolider l'Empire face à l'opposition républicaine, le « non » pour lequel Jean-Baptiste Dumay fait campagne l'emporte très largement au Creusot[8] : il est mis à pied par la direction de l'usine. Le mois suivant, il est lourdement battu par Henri Schneider à l'élection du conseil d'arrondissement[9]. En juillet, après la déclaration de guerre à la Prusse, il se rend à Paris pour rencontrer les dirigeants de l'Internationale et participer avec eux aux manifestations pacifistes. Le 8 août, il organise à son tour une manifestation de la section du Creusot : cette action lui vaut d'être définitivement renvoyé de l'usine. Lors de l'élection municipale qui suit, c'est la liste d'Eugène Schneider qui l'emporte[10]. Mais le 2 septembre l'installation du nouveau conseil municipal ne précède que de quelques jours la chute de l'Empire et l'exil en Angleterre d'Eugène Schneider.

1870-1871 - Maire du Creusot[modifier | modifier le code]

Au Creusot, républicains et conservateurs s'affrontent pour le pouvoir local vacant. Les premiers multiplient les réunions publiques et animent le Comité de défense nationale où la lutte contre les Prussiens s'organise selon les directives de Léon Gambetta, Ministre de l'Intérieur du gouvernement provisoire. Dumay en prend la présidence. Le 24 septembre, le nouveau préfet, sous la pression populaire, le nomme maire provisoire du Creusot. Il ravitaille les armées du Centre qui viennent se battre près de Dijon, protégeant le Creusot, et organise dans sa ville une Garde nationale ouvrière.

Face à la menace prussienne, il prône avant la lettre une forme d'union sacrée : « Trêve de divisions parmi nous, les hasards de la guerre peuvent amener l'ennemi aux confins du département et, ce jour-là, il nous faudra marcher tous ensemble et faire preuve de fraternité[10]. » Mais il doit faire face aux menées des dirigeants de l'usine qui tentent de le déconsidérer aux yeux de Gambetta. Le conseil municipal, simple émanation de l'état-major d'Eugène Schneider, est resté en place : une délégation de la société a convaincu le Ministre de l'Intérieur que seul son maintien pourrait préserver la production d'armes face à l'agitation révolutionnaire. Les quelques mesures sociales que propose le nouveau maire sont systématiquement rejetées.

En 1871, Jean-Baptiste Dumay demande et obtient de Giuseppe Garibaldi, avant qu'il ne quitte Dijon, environ 4000 fusils et autant de kilogrammes de munitions qui lui permettent d'équiper la Garde nationale. Lors des élections législatives, il figure sur la liste républicaine : elle est plébiscitée au Creusot par 77 % des suffrages, mais c'est la liste conservatrice qui l'emporte dans le département grâce au soutien massif du vote paysan.

Le 26 février, des troubles éclatent en ville. Le gouvernement d'Adolphe Thiers envoie des troupes. Le 12 mars, le commissaire de police est révoqué et remplacé par son prédécesseur nommé sous l'Empire : le maire proteste énergiquement auprès du Ministère de l'Intérieur et obtient l'annulation de la nomination.

La Commune de 1871[modifier | modifier le code]

Drapeaux rouges sur l'hôtel de ville du Creusot (photomontage).

Le 19 mars, Dumay fait une conférence aux ouvriers d'une fabrique de limes à Arnay-le-Duc : c'est là qu'il apprend le soulèvement, la veille, de la population parisienne contre le gouvernement Thiers. Le lendemain, le Comité républicain-socialiste du Creusot décide pour le 26 mars une revue de la Garde nationale et une manifestation en faveur du mouvement parisien. Le 25, Albert Leblanc, envoyé en province par le Comité central de la Garde nationale de Paris, appelle les Creusotins à proclamer la Commune, à l'exemple de Paris, Lyon et Saint-Étienne. Le 26, sur la place de la mairie, le face-à-face entre gardes nationaux et soldats de ligne tourne à la fraternisation aux cris de « Vive la République ». Le colonel retire ses troupes. Jean-Baptiste Dumay proclame alors, depuis une fenêtre du premier étage de la mairie sur laquelle est hissé le drapeau rouge[11] : « Je ne suis plus le représentant du Gouvernement de Versailles, je suis le représentant de la Commune du Creusot[10] ».

Dans la nuit, le maire envoie les gardes nationaux occuper la gare, le télégraphe et la poste, mais c'est pour trouver les trois établissements déjà tenus par la troupe. Le matin du 27, le préfet, le parquet et un renfort de mille soldats arrivent par le train. Les réunions sont interdites et des mandats d'arrêt sont lancés contre les meneurs du mouvement. Les manifestations de soutien à Dumay et à la Commune sont dispersées. Pourtant la proclamation est répétée plusieurs fois, le drapeau rouge est de nouveau hissé[11]. Mais le 28, l'ordre est définitivement rétabli. Les dirigeants du Comité républicain-socialiste parviennent pour la plupart à gagner Genève. Certains sont emprisonnés. Jean-Baptiste Dumay reste caché au Creusot.

L'élection municipale du 30 avril voit Dumay, toujours dans la clandestinité, s'opposer une nouvelle fois à Henri Schneider : il s'en faut de seize voix que sa liste ne passe tout entière au premier tour. Mais une centaine d'ouvriers sont opportunément renvoyés avant le second tour, ce qui aboutit le 10 mai à l'élection des candidats Schneider. Henri Schneider restera maire 25 ans.

1871-1880 - Exil en Suisse[modifier | modifier le code]

Ouvriers du chantier du Saint-Gothard, auquel Dumay participa pendant son exil en Suisse.

Après l'écrasement de la Commune de Paris, Jean-Baptiste Dumay rejoint ses camarades exilés en Suisse. Les 28 et 29 juin, la Cour d'assises de Chalon juge vingt-deux Creusotins inculpés pour excitation à la guerre civile : elle condamne Dumay, par contumace, aux travaux forcés à perpétuité.

À Genève, il fonde avec Benoît Malon et Jules Guesde la Section de propagande et d'action révolutionnaire socialiste, qui prendra le parti de Bakounine et adhérera à la Fédération jurassienne. Il participe à la percée du tunnel ferroviaire du Saint-Gothard.

1880-1882 - Retour en Saône-et-Loire[modifier | modifier le code]

En 1880, les communards sont amnistiés. Jean-Baptiste Dumay rentre en France. Il retourne d'abord au Creusot où il crée la Fédération ouvrière de Saône-et-Loire, qui vise à rassembler les militants des chambres syndicales avec ceux du jeune Parti ouvrier[12]. Il lance une grève à Montceau-les-Mines.

Bientôt frappé d'interdit par tout le patronat du département, en même temps débordé par les attentats des anarchistes de la Bande Noire[12], il part s'installer à Paris à la fin de 1882.

1882-1926 - À Paris[modifier | modifier le code]

L'hôtel de ville de Paris vers 1890.

En 1884, Dumay se présente une première fois à l'élection municipale dans le quartier parisien de Belleville, sous les couleurs du possibilisme, mais il est devancé par le conseiller sortant Braleret. En 1887, il se représente dans le même quartier et est élu à l'hôtel de ville de Paris où il siègera jusqu'en 1890, dans la fraction socialiste.

Lors des élections législatives de 1889, il se porte candidat dans la première circonscription du 20e arrondissement. En tête du premier tour, il est très largement élu au second[13]. Au Palais Bourbon, il siège parmi les non-inscrits. Il participe à diverses Commissions, dont celle chargée de la réglementation du travail et la Commission d'enquête sur l'affaire de Panama. Il dépose plusieurs propositions de lois à visée principalement sociale[14]. Ses interventions en séance publique sont nombreuses, consacrées le plus souvent à la défense des grévistes, des droits syndicaux ou à la sécurité des travailleurs mais aussi à des sujets de politique générale[15].

Élu local puis national, Jean-Baptiste Dumay est impliqué dans les évolutions et les conflits qui traversent le mouvement ouvrier français et international. En 1899, il est délégué au congrès de Paris qui marque la naissance de la Deuxième Internationale[16],[17]. Il participe également au congrès de Bruxelles en 1891[18]. À l'intérieur de la Fédération des travailleurs socialistes de France, dont il est l'un des deux députés à la Chambre[19], il se range du côté des allemanistes[20] qui, en rupture avec la direction broussiste, vont constituer en 1890 le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire.

Lors des élections législatives de 1893, il ne se représente pas à Paris mais démissionne de son parti pour se porter candidat, comme socialiste indépendant, dans la première circonscription de Saint-Étienne. Il est devancé au premier tour et battu au second par le candidat opportuniste Oriol[21]. Dumay est alors embauché comme comptable par la mairie de Saint-Ouen puis, en 1896, nommé régisseur-comptable de la Bourse du travail de Paris, sur proposition de la Commission du travail du Conseil municipal[22]. Il occupera cette fonction jusqu'à sa retraite en 1906.

On le retrouve au début de la Première Guerre mondiale à Chelles, où il aurait organisé la mobilisation de la population face à l'avancée des troupes allemandes[16],[23].

Il meurt à Paris le au 33bis de l'Avenue Reille, à l'âge de 85 ans. Ses cendres reposent au columbarium du Père-Lachaise (case 5562)[24]. Le 3 septembre 2010 ses cendres furent transférées et déposées dans une colonne à l'entrée du cimetière Saint Laurent au Creusot, à la demande de la famille.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom de Jean-Baptiste Dumay a été employé comme odonyme pour :

Il est aussi porté par :

  • la salle polyvalente du Breuil (commune voisine du Creusot).

Écrits[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sauf précision contraire, les éléments biographiques proviennent de Pierre Ponsot, article « Dumay Jean-Baptiste » in Jean Maitron (éd.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, vol. 12, Éditions ouvrières, Paris, 1974.
  2. René Parize, « Savoir de soumission ou savoirs de révolte ? L'exemple du Creusot » in Jean Borreil (dir.), Les Sauvages dans la cité : auto-émancipation du peuple et instruction des prolétaires au XIXe siècle, Champ Vallon, Paris, 1985, p. 92-94.
  3. Heinz-Gerhard Haupt (trad. Françoise Laroche), Histoire sociale de la France depuis 1789, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 1993, p. 42.
  4. Jean Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français : notices biographiques sur les ministres, sénateurs et députés français de 1889 à 1940, PUF, Paris, 1960, p. 1548.
  5. Sur le rôle d'Adolphe Assi, cf. Ronald Creagh, notes sur « La Commune de 1871 » au Creusot sur le R.A. forum, 3 mai 2006.
  6. Lettre de Malon à Combault du 12 avril 1870 : cf. Pierre Ponsot, op. cit.
  7. Sur le rôle d'Eugène Varlin, cf. Pierre Ysmal, « Commune de Paris - Commémoration - Le temps des luttes », L'Humanité, 31 mai 2003.
  8. Par 3400 voix contre 1500 : cf. Jean Jolly, op. cit., p. 1548.
  9. Ibid. : par 5000 voix contre 500.
  10. a, b et c Ibid., p. 1549.
  11. a et b Ronald Creagh, op.cit.
  12. a et b Yves Meunier, Écrits ouvriers et libertaires en Saône-et-Loire, s.n., s.l., avril 2002, p. 2.
  13. Jean Jolly, op. cit., p. 1550 : au premier tour, le 22 septembre, il recueille 2468 voix contre 2060 à Sigismond Lacroix, 1358 à Camélinat, 592 à Susini et 132 à Blampain ; il est élu au second, le 6 octobre, avec 5584 voix contre 72 à Blampain ; Rochefort avait obtenu 4048 voix mais était inéligible.
  14. Ibid. : en 1889, pour l'abrogation de la loi contre les affiliés de l'AIT, sur le placement des ouvriers et employés ; en 1890, pour la suppression de l'article de la loi organique invalidant le mandat impératif ; en 1891, sur le Sacré-Cœur de Montmartre, sur la Banque de France, pour l'organisation à Paris d'une exposition internationale sur les outils de prévention des accidents dans les mines et l'industrie, pour l'abrogation des articles du Code pénal relatifs aux atteintes à la liberté du travail.
  15. Ibid. : en 1890, interpellation du gouvernement sur la mise en liberté du duc d'Orléans, sur les menées boulangistes ; en 1891, demande de suppression de l'ambassade auprès du Vatican, des pensions de la Pairie et de l'ancien Sénat ; en 1892, plaidoyer pour la transformation de la Banque de France en banque d'État.
  16. a et b (da) Albert Jensen (éd.), article « Dumay, Jean-Baptiste » du Leksikon for det 21. århundrede, 30 avril 2003.
  17. Histoire de la Deuxième Internationale, t. 6-7 : Congrès international ouvrier socialiste, Paris 14-21 juillet 1889, Minkoff, Genève, 1977 (réimp., éd. orig. 1889-1890-1891), index des noms et liste des délégués.
  18. Histoire de la Deuxième Internationale, t. 8 : Congrès international ouvrier socialiste tenu à Bruxelles, 16-23 août 1891 (intr. Michel Winock), Minkoff, Genève, 1977 (réimp., éd. orig. 1891-1893), index des noms.
  19. Pierre Bezbakh, Histoire et figures du Socialisme français, coll. « Les compacts », Bordas, Paris, 1994, p. 121-122.
  20. Georges Lefranc, Le Mouvement socialiste sous la troisième république, t. 1 : 1875-1920, coll. « Petite bibliothèque Payot », Payot, Paris, 1977, p. 65-71.
  21. Jean Jolly, op. cit., p. 1550 : au premier tour, le 20 août, Oriol rassemble 5972 suffrages contre 4276 à Dumay et 1256 à Fonteney ; le 3 septembre, le second tour donne encore 5118 voix à Oriol, contre 4891 à Dumay.
  22. Ibid. : à l'occasion de la réouverture de l'institution, qui avait été fermée en 1893 sous le ministère Charles Dupuy.
  23. Pierre Ponsot, dans une note de son édition de l'autobiographie de Dumay, Mémoires d'un militant ouvrier du Creusot (1841-1905), Maspero - Presses universitaires de Grenoble, Grenoble, 1976, estime le fait vraisemblable tout en démentant que Dumay ait été maire temporaire de Chelles.
  24. « Le plan des communards du cimetière du Père-Lachaise », Mairie de Paris
  25. Frédéric Botton, notice de la « Rue Jean-Baptiste Dumay » sur ParisAvant.com, 16 juin 2008.

Sources[modifier | modifier le code]

Publications imprimées[modifier | modifier le code]

Publications électroniques (vérifiées le 10/12/2008)[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]