Aller au contenu

Je verrai toujours vos visages

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Je verrai toujours vos visages

Réalisation Jeanne Herry
Scénario Jeanne Herry
Acteurs principaux Leïla Bekhti
Élodie Bouchez
Jean-Pierre Darroussin
Adèle Exarchopoulos
Gilles Lellouche
Miou-Miou
Fred Testot
Denis Podalydès
Pays de production Drapeau de la France France
Genre Drame
Durée 118 minutes
Sortie 2023

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Je verrai toujours vos visages est un film dramatique français écrit et réalisé par Jeanne Herry, sorti en 2023.

Le film aborde le thème de la justice réparatrice, qui confronte les victimes d'infractions à leurs auteurs. Il ne s'agit pas d'un documentaire : il ne présente pas de « vraies victimes » ni de « vrais auteurs de crimes et délits » : les comédiens — pour la plupart acteurs très connus — jouent des personnages, les répliques ne sont pas improvisées, et les faits évoqués sont des faits de délinquance fictifs.

Mais par son parti-pris « réaliste », pseudo-documentaire, et aussi par son dispositif scénique assez théâtral et très épuré, en tension, ce film ouvre un véritable espace de dialogue entre victimes et délinquants, si bien que le film s'institue comme métaphore de son sujet même : « réparer » les blessures et les vies gâchées par la parole échangée, remettre de l'humain et de la relation personnelle au cœur de l'anonymat de la violence.

Des mesures de justice restaurative sont proposées depuis 2014 en France à des victimes de vols, de viols en même temps qu'à des auteurs d’infractions comparables afin qu'ils puissent dialoguer dans des dispositifs sécurisés, et un cadre normé, égalitaire, à la fois officiel et assez « intime » pour favoriser une prise de parole et un échange toujours difficiles. Ces lieux sont encadrés par des professionnels et des bénévoles[1].

Judith (Élodie Bouchez), juriste médiatrice, et les bénévoles Fanny (Suliane Brahim) et Michel (Jean-Pierre Darroussin), animateurs, ainsi qu'Yvette (Anne Benoît) et Cyril (Pascal Sangla), visiteurs de prison, sont parties prenantes et engagées de ce « dispositif qui fait se rencontrer des auteurs d'infraction et des victimes autour d'une même typologie de crimes[2] ». Parfois délinquants et victimes ne se connaissent pas, parfois il s'agit de l'auteur même du crime et de sa victime elle-même qui sont remis en présence l'un de l'autre pour la première fois, rencontre à haut risque...

La préparation à ces rendez-vous, qui fait partie intégrante du processus des mesures restauratives, est orchestrée par Judith, Fanny et Michel, avec Yvette et Cyril en témoins.

Le premier dispositif présenté vise à tenter d'établir des conditions favorables à la reprise d'un dialogue douloureux entre une victime et son agresseur, dans l'espoir d'amorcer un cheminement de rédemption chez l'agresseur et un processus de résilience chez la victime : Chloé Delarme (Adèle Exarchopoulos) a en effet été victime d'inceste commis par son demi-frère Benjamin (Raphaël Quenard) quand ils étaient tous deux mineurs. Elle est prise en charge par Judith. Chloé, très traumatisée par les faits et le processus judiciaire qui a suivi sa plainte, a appris que Benjamin, ayant purgé sa peine, est récemment revenu habiter dans la même commune qu'elle. Elle veut établir des règles sur les horaires des lieux qu'ils fréquentent, pour ne pas risquer de le rencontrer fortuitement. Pour sa part, il semble prêt à lui demander pardon, mais il lui reproche aussi d'avoir porté plainte et mis au grand jour leurs « affaires de famille » au lieu de les régler dans l'intimité, et de l'avoir fait mettre en prison ; et il voudrait lui aussi qu'elle s'excuse, comme s'il n'avait pas vraiment conscience de la douleur profonde que ses agissements ont provoquée. Leurs positionnements respectifs, radicalement asymétriques, sont donc loin d'entrer en résonance au début du processus.

Pour le deuxième dispositif observé, dans une prison, un groupe est constitué de trois condamnés et de trois victimes. Les victimes sont Sabine (Miou-Miou), Grégoire (Gilles Lellouche) et Nawelle (Leïla Bekhti). Les condamnés sont Issa (Birane Ba), Nassim (Dali Benssalah) et Thomas (Fred Testot). Le groupe est encadré par Fanny et Michel, assistés par Yvette et Cyril.

Sabine raconte qu'elle a été victime d'un vol à l'arraché, auquel elle a tenté de résister. Elle a ainsi fait tomber le voleur de son scooter, qui l'a rouée de coups, jusqu'à ce qu'elle cède. Grégoire raconte qu'il est carrossier, et que lui et sa fille ont été victimes d'un cambriolage de type home-jacking, pris en otages sous menace constante. Nawelle raconte qu'elle a été victime d'un braquage dans le commerce où elle travaillait comme caissière, et visée entre ses deux yeux par un revolver à bout touchant. Ces expériences fortement traumatogènes ont été pour chacun d'entre eux à l'origine de troubles anxieux sévères, d'une peur panique permanente qui les empêche presque de vivre et a dégradé drastiquement leurs conditions d'existence.

Au gré du dialogue qui s'instaure difficilement entre eux, des désaccords profonds et des convergences inattendues qui se font jour, des signes d'entraide qui s'échangent, l'évolution des victimes s'accompagne de celle des coupables, ces évolutions aboutissant parfois à la réparation. Ces chemins se caractérisent par des émotions multiples, contradictoires, changeantes : de l'effroi à la colère, de la culpabilité à l'auto-justification, de l'incompréhension à l'écoute et finalement à une certaine empathie.

À l'issue du processus, les agresseurs semblent avoir pris nettement conscience des répercussions de leurs actes sur les victimes et les regrettent, ce qui amène résolument certains d'entre eux sur la voie d'une prévention de la récidive, et à sortir des “excuses” qu'ils se donnaient un peu facilement. L'un des délinquants, au détour d'une phrase, avoue même à la fin : « je verrai toujours vos visages » — réplique emblématique donnant son titre au film —, assurant que ce souvenir l'empêchera désormais de replonger. Et les victimes connaissent un soulagement relatif de leurs symptômes anxieux qui leur permet d'envisager de recommencer à vivre normalement. Tout cela sans lourdeur démonstrative ni vision idyllique de la réalité, car les uns comme les autres ne sont manifestement qu'au début de ce chemin.

Le film se termine sur l'ébauche du dialogue et d'un début de compréhension mutuelle entre le grand frère violeur et sa sœur victime dont il pressent enfin la grande souffrance. Il semble de ce fait renoncer à son ressentiment envers elle. Et au moins s'élabore entre eux une sorte de “contrat d'évitement” se répartissant le temps et l'espace des lieux publics pour que la jeune femme puisse sortir de sa hantise, le tout consigné par leur médiatrice-rééducatrice Judith. Et la dernière rencontre du groupe des trois condamnés et des trois victimes se termine sur un « pot d'adieu » émouvant et des témoignages ténus mais précieux de solidarité. Enfin dans la dernière scène, on voit une séance de formation où Fanny (Suliane Brahim) témoigne du fait que « la justice réparatrice est un “sport de combat” » dont l'importance humaniste est cruciale aujourd'hui pour la cohésion sociale.

Fiche technique

[modifier | modifier le code]

Icône signalant une information Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par les bases de données cinématographiques IMDb et Allociné, présentes dans la section « Liens externes ».

Distribution

[modifier | modifier le code]

Accueil critique

[modifier | modifier le code]
Je verrai toujours vos visages
Score cumulé
SiteNote
Allociné 4,1/5 étoiles
Compilation des critiques
PériodiqueNote
L'Obs 3/5 étoiles
Le Journal du dimanche 3/5 étoiles

En France, le site Allociné donne la note de 4,15, après avoir recensé 35 critiques de presse[3].

Dans son ensemble, la presse française considère que ce troisième film de Jeanne Herry est une grande réussite[3]. Parmi les critiques les plus positives, on peut citer celle de CNews : « Brillant de bout en bout, sans baisse de régime, ni fausse note ou digression superflue, et orchestré au rythme de monologues déclamés avec un naturel, une spontanéité et une rage à faire frémir le plus aguerri des psychanalystes, Je verrai toujours vos visages est sublimé par un casting hors-pair qui fait preuve d’une générosité et d’une confiance absolue en son sujet comme en sa réalisatrice[4]. »

Pour Éric Neuhoff (Le Figaro), « Jeanne Herry s’empare avec fermeté et droiture du thème peu exploré de la justice restaurative. Elle orchestre un fascinant dialogue entre victimes et délinquants[5]. »

Pour Sophie Grassin de L'Obs, ce film est un « Plaidoyer pétri d’humanité, écriture ciselée, tension palpable, le sujet – la réparation – prime ici sur la réalisation, pensée sans ostentation[6]. »

Baptiste Thion (Le Journal du Dimanche), résume sa critique ainsi : « Brillant dans son écriture, ce récit choral fait l’éloge du collectif et d’un dispositif méconnu mais réparateur, rendant au passage hommage aux hommes et femmes qui s’attèlent à son bon fonctionnement[7]. »

À l'occasion de la première diffusion télévisée du film, sur France 2 le dimanche à 21h10, Télé Z (qui marque le film de trois "Z" sur quatre au maximum) écrit : « Sur un sujet difficile, [voici] un film choral aussi pertinent qu'émouvant. La justesse des interprètes, Adèle Exarchopoulos en tête, impressionne[2]. »

Pour son premier jour d'exploitation en France, Je verrai toujours vos visages a réalisé 43 031 entrées, dont 17 357 en avant-première, pour un total de 1 526 séances proposées[8]. En comptant pour ce premier jour les avant-premières, le film se positionne en seconde place du box-office des nouveautés pour sa journée de démarrage, derrière Le Royaume de Naya (74 085) et devant Shazam ! La Rage des Dieux (41 900)[9].

Au bout d’une première semaine d’exploitation dans les salles françaises, le long-métrage totalise 282 292 entrées, pour une première place au box-office, devant Shazam ! La Rage des Dieux (262 525)[10]. La semaine suivante, le film se positionne troisième du box-office, derrière la nouveauté française Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan (194 589) et devant John Wick : Chapitre 4 (155 910)[11]. En semaine 3, le long-métrage descend en cinquième position du box-office hebdomadaire avec 199 416 entrées supplémentaires, derrière la nouveauté 10 jours encore sans maman (256 753)[12].

Je verrai toujours vos visages est le premier film de sa réalisatrice à dépasser le million d'entrées en France.

Pays ou région Box-office Date d'arrêt du box-office Nombre de semaines
Drapeau de la France France 1 165 205 entrées[13] 16

Monde Total mondial 9 056 053 $ - -

Distinctions

[modifier | modifier le code]

Récompenses

[modifier | modifier le code]

Nominations

[modifier | modifier le code]

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. « Je verrai toujours vos visages », sur Allociné (consulté le ).
  2. a et b « Je verrai toujours vos visages », Télé Z, no 2243,‎ , p. 26.
  3. a et b « Je verrai toujours vos visages - critique presse », sur Allociné (consulté le ).
  4. « Je verrai toujours vos visages : pourquoi faut-il absolument voir le nouveau film de Jeanne Herry ? », sur cnews.fr, (consulté le ).
  5. Éric Neuhoff, « Notre critique de Je verrai toujours vos visages : victimes et délinquants face à face » Accès payant, sur Le Figaro, (consulté le ).
  6. Sophie Grassin, « « Le Capitaine Volkonogov s’est échappé », « The Lost King »… Les films à voir (ou pas) cette semaine », sur L'Obs, (consulté le ).
  7. Baptiste Thion, « Les films à voir ou à éviter la semaine du 27 mars », sur Le JDD, (consulté le ).
  8. Slim Mrad, « Box-office 1er jour : Shazam ! 2 manque de rage », sur boxofficepro.fr, (consulté le ).
  9. Brigitte baronnet, « Box-office : un film d'animation ukrainien crée la surprise pour le 1er jour France », sur Allociné, (consulté le ).
  10. Brigitte Baronnet, « Box-office France : un film français plus fort que Shazam 2 et John Wick 4 ! », sur Allociné, (consulté le ).
  11. Maximilien Pierrette, « Super Mario et Les 3 Mousquetaires déjà millionnaires au box-office France », sur Allociné, (consulté le ).
  12. Brigitte Baronnet, « Box-office France : Mario et Les Trois Mousquetaires indétrônables ! Combien de millions d'entrées ? », sur Allociné, (consulté le ).
  13. « Je verrai toujours vos visages », sur JPbox-office.com
  14. a et b « César Nominations 2024 », sur offi.fr (consulté le ).

Liens externes

[modifier | modifier le code]