Jardins de la Renaissance française

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Les jardins de la Renaissance française sont un style de jardin inspiré à l'origine par les jardins de la Renaissance italienne, qui a évolué par la suite pour donner naissance au style plus grandiose et plus formel du jardin à la française sous le règne de Louis XIV, à partir du milieu du XVIIe siècle.

En 1495, le roi Charles VIII et ses nobles rapportèrent le style Renaissance en France à la suite de leur campagne guerrière en Italie[1]. Les jardins de la Renaissance française connurent leur apogée dans les jardins du château royal de Fontainebleau et des châteaux de Blois et Chenonceau.

Les jardins de la Renaissance française sont caractérisés par des plates-bandes ou parterres symétriques et géométriques, des plantes en pots, des allées de sable et gravier, des terrasses, des escaliers et des rampes, des eaux courantes sous forme de canaux, de cascades et de fontaines monumentales, et par l'usage extensif de grottes artificielles, de labyrinthes et des statues de personnages mythologiques. Ils devinrent une extension des châteaux qu'ils entouraient, et furent conçus pour illustrer les idéaux de mesure et de proportion de la Renaissance et pour rappeler les vertus de la Rome antique[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Influence italienne[modifier | modifier le code]

Château de Vallery, vers 1570.

Au XIIIe siècle, l'architecte paysagiste italien, Pietro de' Crescenzi publia un traité, intitulé Opus Ruralium Commodium, qui présentait un plan formel pour les jardins, ornés de sculptures topiaires, d'arbres et arbustes taillés en formes architecturales, suivant une tradition commencée par les Romains. Le roi Charles V de France le fit traduire en français en 1373, et le nouveau style italien commença à apparaître en France[3].

Un autre écrivain de grande influence fut Leon Battista Alberti (1404–1472), qui écrivit en 1450 un livret, De re aedificatoria, pour Laurent de Médicis. Il appliquait les principes géométrique de Vitruve pour dessiner les façades de bâtiments et les jardins. Il suggéra que les habitations devaient avoir une vue sur les jardins, et que les jardins devaient avoir des « portiques pour donner de l'ombre, des berceaux où les plantes grimpantes pousseraient sur des colonnes de marbre, et qu'il devait y avoir des vases et même des statues amusantes, pourvu qu'elles ne soient pas obscènes » [4].

Dans son dessin des jardins du Belvédère à Rome, l'architecte Bramante (1444–1544) introduisit l'idée de perspective, utilisant un axe longitudinal perpendiculaire au palais, le long duquel il disposait des parterres et des fontaines[5]. Cela devint une caractéristique centrale des jardins de la Renaissance.

Un roman populaire du moine Francesco Colonna, publié à Venise en 1499, intitulé Le Songe de Poliphile, voyage allégorique de Poliphile dans des contrées imaginaires à la recherche de son amour, Polia, eut une énorme influence sur les jardins de l'époque. Des idées, comme celle d'une « île-jardin » dans un lac, telle celle du jardin de Boboli à Florence, de statues de géants sortant de terre dans le parc de la villa de Pratolino, et le thème du labyrinthe, firent toutes reprises des voyages imaginaires de Poliphile[5]. Tous ces éléments devaient apparaître dans les jardins de la Renaissance française.

Jardins d'Amboise, de Blois, de Gaillon et de Bury[modifier | modifier le code]

Réalisations de Pacello da Mercogliano à Amboise, Blois et Gaillon[modifier | modifier le code]

Comptant parmi les créateurs italiens qui accompagnèrent Charles-VIII lors de son retour de la Première-campagne d'Italie, Pacello da Mercogliano fut à l'origine des jardins de la Renaissance française par les créations paysagistes et les travaux d'acclimatation agronomique qu'il conduisit à partir de 1496 aux « Jardins du Roy » du Domaine royal de Château-Gaillard à Amboise. En matière de paysagisme, il y réalisa en particulier la première perspective paysagère axiale et les premiers parterres « à la Française », en y intégrant le « miroir d’eau » apporté par l’Amasse et le cours de l’exsurgence qui l’alimente. En matière d'acclimatation agronomique, il y mena : les premières acclimatations d'agrumes (notamment des orangers et citronniers) et de pêchers au nord de la France méditerranéenne en y développant la serriculture en serres chaudes et en y créant la première Orangerie royale française (associant la technique horticole des « caisses d'empotage »), l'obtention de la prune Reine-Claude ainsi que le développement de la culture septentrionale des melons et tomates dans une « chartreuse » comportant des parcelles horticoles séparées par des murs coupe-vent.

Après ses réalisations au Domaine royal de Château-Gaillard (Amboise) que Louis-XII lui cèdera en 1505, il aurait contribué à l'aménagement des jardins du Château d'Amboise. Toutefois, aucun compte de travaux et aucune archive reconnue ne mentionne explicitement son intervention sur ces derniers.

En 1499, Louis-XII lui confia la réalisation des jardins du Château de Blois. Par la suite, il fut engagé par Georges d'Amboise pour réaliser ceux du Château de Gaillon. Ces jardins, construits sur différents niveaux sous le vieux château médiéval, étaient plantés de parterres de fleurs et d'arbres fruitiers. Le parterre à l'entrée du jardin représentait les armoiries de la France en fleurs. Des buissons étaient taillés en forme de cavaliers de bateaux et d'oiseaux. Ils étaient également décorés d'imposantes fontaines de marbre[6].

Autres réalisations à Blois et Bury[modifier | modifier le code]

À partir de 1515, François Ier fit réaliser des jardins dans le nouveau style sur trois terrasses à des niveaux différents entourées par les vieux murs de son château de Blois. Outre les parterres de fleurs, les jardins produisaient une grande variété de légumes et de fruits, y compris des orangers et citronniers dans des bacs, qui étaient rentrés en hiver. Le bâtiment qui les abritait, qui existe toujours, fut la première orangerie de France. Les jardins se trouvaient sur le site de l'actuelle place Victor-Hugo et d'une gare ferroviaire. Les derniers vestiges du jardin ont été détruits en 1890 lors de la construction de l'avenue Victor-Hugo[7].

Jardins du château de Blois, vers 1570.

Les jardins du Château de Bury furent construits entre 1511 et 1524 par Florimond Robertet, secrétaire d'État de Louis XII et de François Ier. Robertet avait visité la villa Médicis à Fiesole et voulut reproduire les jardins en terrasses qu'il y avait vus. Le château, se démarquant du dessin traditionnel des châteaux, était étroitement intégré avec ses jardins. Les visiteurs traversaient un jardin carré à l'intérieur du château et sortaient dans deux jardins géométriques derrière le château, décorés de fontaines et surmontés d'une galerie en bois. L'axe principal reliait l'entrée à la chapelle, à l'extrémité la plus éloignée du jardin. À l'instar des jardins de la Renaissance italienne, les jardins de Bury se trouvaient au bord d'une colline, offrant une belle vue sur la forêt de Blois[8]. Au milieu de la cour du château, Robertet plaça une copie en bronze du David de Michel-Ange, qui lui avait été offert par la République de Florence[9].

Château de Bury

Jardins de Fontainebleau[modifier | modifier le code]

Fontaine de Diane dans les jardins du château de Fontainebleau.

Les jardins du château de Fontainebleau, situés dans une forêt qui a été la réserve de chasse des rois capétiens, ont été créés par François Ier à partir de 1528. Les jardins comprennent des fontaines, des parterres, un forêt de pins apportés de Provence et la première grotte artificielle de France en 1541. Catherine de Médicis commanda des copies en bronze des statues qui ornaient le Belvédère à Rome. Une statue d'Hercule au repos de Michel-Ange orne le jardin du lac. En 1594, Henri IV ajouta une petite île dans le lac, reliée à la cour des fontaines par un pont[10].

Jardins de Chenonceau[modifier | modifier le code]

Le château de Chenonceau avait deux jardins distincts, le premier créé en 1551 pour Diane de Poitiers, favorite du roi Henri II, avec un grand parterre et un jet d'eau, et le second, plus petit, créé pour Catherine de Médicis en 1560 sur une terrasse construite au-dessus du Cher, divisé en compartiments, avec un bassin au centre.

Jardins de Saint-Germain-en-Laye[modifier | modifier le code]

Vue du Château Neuf de Saint-Germain-en-Laye : cette gravure d'Israël Silvestre, montre l'aspect des terrasses avant les modifications apportées par Le Nôtre, vers 1660

Les jardins du château de Saint-Germain-en-Laye marquent le début de la transition vers un nouveau style, qui sera appelé par la suite « jardin à la française ». Ces jardins ont été tracés en 1595 par le jardinier royal, Claude Mollet, pour le roi Henri IV.

Chronologie du jardin de la Renaissance française[11][modifier | modifier le code]

Versions modernes du jardin de la Renaissance[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves-Marie Allain et Janine Christiany, L'Art des jardins en Europe, Citadelles et Mazenod, Paris, 2006
  • Claude Wenzler, Architecture du jardin, éditions Ouest-France, 2003
  • Lucia Impelluso, Jardins, potagers et labyrinthes, Hazan, Paris, 2007.
  • Philippe Prévôt, Histoire des jardins, éditions Sud-Ouest, 2006

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Wenzler, Architecture du jardin, p. 12.
  2. Claude Wenzer, p. 13.
  3. Claude Wenzler, p. 12.
  4. cité par Philippe Prévôt, Histoire des Jardins, p. 69.
  5. a et b Prévôt, Histoire des jardins, p. 70.
  6. Wenzler, Architecture du jardin p. 14.
  7. Prévôt, Histoire des jardins, p. 104.
  8. Wenzler, Architecture du jardin, p. 14.
  9. Prévôt, Histoire des jardins, p. 106.
  10. Philippe Prévôt, Histoire des jardins, p. 107-08.
  11. Selon Yves-Marie Allain et Janine Christiany, L'Art des jardins en Europe, p. 610.