Jardin archéologique de Saint-Acheul

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Jardin archéologique de Saint-Acheul
Image illustrative de l’article Jardin archéologique de Saint-Acheul
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Subdivision administrative Hauts-de-France
Département Somme
Commune Amiens
Quartier Saint-Acheul
Superficie 2 ha
Histoire
Création XXe siècle
Caractéristiques
Lieux d'intérêts coupe géologique et gisement préhistorique
Gestion
Propriétaire ville d'Amiens
Localisation
Coordonnées 49° 52′ 37″ nord, 2° 19′ 52″ est

Le Jardin archéologique de Saint-Acheul est un jardin public de la ville d’Amiens situé dans le quartier Saint-Acheul, au sud-est de la ville. Il a été aménagé pour mettre en valeur le site archéologique qui a donné son nom à une culture préhistorique : l’Acheuléen.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le Jardin archéologique de Saint-Acheul est situé sur une terrasse alluviale dominant le confluent de la Somme et de l'Avre au sud-est de la ville d'Amiens, en aval de Longueau et de Camon. On y accède par la rue de Boutillerie.

Historique[modifier | modifier le code]

coupe géologique de
Saint-Acheul
Jardin archéologique de Saint-Acheul
coupe géologique
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Protection Logo monument historique Classé MH (1947) et  Inscrit MH (1952)
Coordonnées 49° 54′ 00″ nord, 2° 18′ 00″ est

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
coupe géologique de Saint-Acheul
coupe géologique de
Saint-Acheul
Histoire
Époque Paléolithique inférieur

Découverte et rôle dans la légitimation des études préhistoriques[modifier | modifier le code]

En 1853, le géologue Dutilleux recueille des silex taillés (bifaces) des dépôts quaternaires de Saint-Acheul.

Charles Joseph Pinsard présente à Joseph Prestwich les objets découverts dans les carrières de Saint-Acheul, après que ce dernier ait visité les collections du musée d'Abbeville avec Jacques Boucher de Perthes au printemps 1859.
Pinsard convient avec ce dernier et Prestwich de les avertir de la découverte d'objets en place dans un niveau préhistorique, puis d'en prendre une photographie[1]. Le 27 avril 1859, Joseph Prestwich et John Evans peuvent alors extraire l'objet, une "hache de pierre", ou plutôt un biface.
Le cliché est exposé devant la Society of Antiquaries of London et la Royal Society par Prestwich et Evans. Puis à la toute jeune Société d'anthropologie de Paris, Georges Pouchet raconte à la séance du 3 novembre 1859 comment les savants anglais veulent observer "une hache de pierre encore en place dans sa gangue primitive", un propos qu'il illustre par la dite photographie. Cette preuve photographique confirme aux yeux de la communauté scientifique les thèses de Boucher de Perthes et l'ancienneté de l'homme.

En 1859, un autre géologue, Albert Gaudry, y effectue les premières véritables fouilles. Le compte rendu de ses recherches devant l’Académie des Sciences de Paris officialise la naissance d’une nouvelle discipline : la Préhistoire.

Un site de référence[modifier | modifier le code]

En 1872, Gabriel de Mortillet décrit pour la première fois les silex taillés datant du Paléolithique inférieur qu'il a observés sur le site de Saint-Acheul. Il propose à la communauté scientifique de donner le nom d'Acheuléen à tout outil de silex taillé identique à ceux trouvés dans le quartier Saint-Acheul. Le nom Acheuléen désigne une culture et une période de la Préhistoire, il ne désigne pas uniquement les silex taillés de Saint-Acheul.

Victor Commont découvre en 1905 dans les lœss anciens de la gravière Tellier à Saint-Acheul[2], à plus de 8 mètres de profondeur, une très importante accumulation de vestiges lithiques, appelés depuis sous le nom d’ « atelier Commont ». Il réalise à partir des observations faites à Saint-Acheul et sur d'autres sites la première étude stratigraphique rigoureuse de la vallée de la Somme, montrant la relation entre l’étagement des terrasses alluviales et la chronologie[3]. Cette démonstration donne les arguments pour une « chronologie longue » de la préhistoire, dont il est alors l’un des rares défenseurs.

La coupe-type des gisements quaternaires est protégée au titre des monuments historiques : classement par arrêté du 19 août 1947[4].

Les deux coupes préhistoriques sont protégées au titre des monuments historiques : inscription par arrêté du 25 novembre 1952[4].

Création du jardin archéologique[modifier | modifier le code]

Le jardin archéologique a été inauguré en . L’aménagement du jardin fut confié à l’architecte Gilles Duez qui a respecté le paysage naturel et le relief du site. Il a été rénové en 2013.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Une coupe-type des gisements quaternaires (cad. K22 9p, 4p) et une bande de terrain, d'une largeur de 5 mètres, contenant une coupe préhistorique - classée monument historique par arrêté du - ainsi qu'une bande de terrain d'une largeur de 3 mètres, contenant une coupe préhistorique - inscrite sur la liste des monuments historiques par arrêté du , constituent l'intérêt majeur du site.

Un chemin d’accès jalonné de panneaux explicatifs sur l’histoire de l’évolution de l’humanité permet d’accéder à la coupe géologique qui constitue l’élément majeur du site.

Longue de 60 m environ, cette coupe offre au regard les différentes couches de dépôts sédimentaires accumulés depuis 450 000 ans. On peut y observer le déplacement du lit de la Somme vers le nord. La présence d’une épaisse couche de lœss témoigne des épisodes de refroidissement climatique de l’ère quaternaire.

Dans la salle Victor Commont située à l’entrée du site ont été aménagés des ateliers pédagogiques permettant de présenter la taille de silex et la production du feu. Des panneaux à vocation didactique et une exposition d’objets préhistoriques permettent aux visiteurs de visualiser les différentes étapes de l’évolution de l’humanité et de la maîtrise des premières techniques sur une échelle de deux millions d’années.

Une tour dominant le site permet d’observer le paysage environnant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Prestwich 1860 : p. 282 et 292 ; Académie des sciences 1860 ; Société linnéenne du Nord de la France 1888 : "Ce fut M. Pinsard qui avertit par dépêche MM. Prestwich et Evans..." ; Gamble, Moutsiou 2011 : "The second proof lay in the use of photography, probably arranged locally by the Amiens-based architect Charles Pinsard, who was one of the scientific witnesses on the day. Although it was only 20 years after the invention of photography, the two images they took are the earliest examples of both Quaternary stratigraphy and an archaeological discovery as it happened. The photographs had the desired effect in adding credibility to their claim through the glamour of technology." ; Schlanger 2012 : Ch. Pinsard : "Il fut convenu que si les ouvriers en trouvaient une(hache) dans la masse du diluvium, ils arrêteraient leurs travaux et que j’enverrai une dépêche à M. Prestwich, soit à Abbeville, chez M. Boucher de Perthes, où il devait retourner, soit même à Londres." ; Raj et Otto Sibum 2015 : Nathan Schlanger, 12, Boucher de Perthes au travail, Industrie et préhistoire au XIXe siècle
  2. Commont 1906, Commont 1907b
  3. Commont 1907a , Commont 1909, Commont 1913
  4. a et b « Gisement de Saint-Acheul », notice no PA00116057, base Mérimée, ministère français de la Culture

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Prestwich 1860 : Joseph Prestwich, On the Occurrence of Flint-Implements, Associated with the Remains of Animals of Extinct Species in Beds of a Late Geological Period, in France at Amiens and Abbeville, and in England at Hoxne, Philosophical Transactions of the Royal Society of London, 150, 1860, p. 277-317.
  • Académie des sciences 1860 : Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 1860, t.6, p. 833 - Gallica.bnf.fr [1]
  • Gabriel de Mortillet, « Classification de l'Âge de la pierre » in Matériaux pour l'Histoire primitive et naturelle de l'Homme, huitième année, 2° série, T. 3, p. 464-465, 1872.
  • Société linnéenne du Nord de la France 1888 : Société linnéenne du Nord de la France, Mémoires de la Société linnéenne du Nord de la France, 1888, vol. 7 à 8, Amiens, p. 295.
  • Commont 1906 : Victor Commont, « Les découvertes récentes à Saint-Acheul - L'Acheuléen » in Revue de l'École d'Anthropologie, t. XVI, p. 228-241, 1906.
  • Commont 1907a : Commont, V. (1907) L'industrie de la base de la terre à briques à Saint-Acheul, Montières, Belloy-sur-Somme, Félix Alcan (Paris). Texte en ligne disponible sur IRIS
  • Commont 1907b : Commont V. (1907) L'industrie des graviers supérieurs à Saint-Acheul, Félix Alcan (Paris). Texte en ligne disponible sur IRIS
  • Commont 1909 : Commont, V. (1909) Mémoires de la Société géologique du Nord. Tome 06-3., Six-Horemans (Lille). Texte en ligne disponible sur IRIS
  • Commont 1913 : Victor Commont, « Les Hommes contemporains du renne dans la vallée de la Somme » in Mémoire de la Société des Antiquaires de Picardie 37, 430 p., 1913.
  • Gamble, Moutsiou 2011 : Clive Gamble, Theodora Moutsiou, The time revolution of 1859 and the stratification of the primeval mind, Notes and records of The Royal Society, 2011, 65,1 [2].
  • Schlanger 2012 : Nathan Schlanger, « Inventer la préhistoire. Pratiques antiquaires et naturalisations historiographiques », Les nouvelles de l'archéologie, 2012, 129, p. 42-46 [3].
  • Xavier Bailly et Jean-Bernard Dupont (sous la direction de), Histoire d'une ville: Amiens, Amiens, Scérén-C.R.D.P., 2013 (ISBN 978 - 2 - 86 615 - 391 - 5)
  • Raj et H. Otto Sibum, Histoire des sciences et des savoirs : Modernité et globalisation, 2015, Seuil, 467 p.

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