Jane Dieulafoy

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Jane Dieulafoy, gravure du Supplément illustré des Annales, d’après la photographie, 1895-1896.
La citadelle de Véramine, gravure d'après une photographie de Jane Dieulafoy de 1881.

Jane Dieulafoy (née le à Toulouse et morte le [1] au château de Langlade, à Pompertuzat, près de Toulouse), est une archéologue, auteure de romans, de nouvelles, de théâtre, journaliste et photographe amatrice.

Elle était l'épouse de l'archéologue Marcel Dieulafoy.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Née dans une famille de commerçants aisés de Toulouse, Jane Magre est formée au couvent de l’Assomption d'Auteuil (Paris), où elle reçoit un enseignement classique et montre des dispositions pour le dessin et la peinture. En 1869, elle quitte le couvent et fait la connaissance de Marcel Dieulafoy (né en 1844). Ils se marient le 11 mai 1870[2].

Carrière archéologique[modifier | modifier le code]

Entre 1881 et 1882, Marcel part pour la Perse, à la demande du ministère de l'Instruction publique et des Beaux-arts, et à la recherche des origines de l'architecture occidentale. Jane et Marcel Dieulafoy s'embarquent alors à Marseille jusqu'à Constantinople. Puis, ils traversent la mer Noire sur un bateau russe jusqu'à Poti. Ils font ensuite à cheval tout le chemin. Ils parcourent à partir de Tbilissi pendant quatorze mois les routes de la Perse, répertorient, photographient tous les monuments, les mosquées, les ponts, etc.

Parlant persan, non seulement elle tient un journal rendant compte de leurs découvertes archéologiques, mais également sur le milieu et la société persane. Ces observation sont publiées en feuilleton au départ dans la revue Le Tour du monde, de 1883 à 1886. Une monographie en sera publiée sous le titre La Perse, la Chaldée, la Susiane en 1887 chez Hachette.

Dans son livre Une amazone en Orient[3], Jane Dieulafoy rapporte les rencontres officielles que le couple fait avec les différents représentants de l'autorité et, grâce à son habitude de s’habiller en homme, Jane Dieulafoy parvient également à intégrer les caravansérails pour décrire ce qu’elle y voit. Elle mêle description, anecdotes et rappels historiques.

En 1883, le couple repart pour la Perse, afin de fouiller la cité de Suse. C’est alors qu’ils découvrent la frise des Lions du palais de Darius, la rampe de l’escalier du palais d’Artaxerxès III et la frise des Archers. Leurs découvertes seront rapportées en France pour être exposées au Louvre, où le 20 octobre 1886, on inaugure les deux « salles Dieulafoy »[4]. En 1888, elle publie son journal À Suse, journal des fouilles, 1884-1886 rendant compte de leurs découvertes.

Les Dieulafoy, en dépit de leurs succès et de leur renommée, n’ont pas réussi à obtenir de nouvelles missions. Ils se tournent alors vers des pays plus proches : entre 1888 et 1914, ils explorent l’Espagne. Puis, en 1914, Marcel Dieulafoy est mobilisé en tant que colonel du génie et envoyé à Rabat (Maroc), où Jane l’accompagne.

Jane dirige alors les travaux de déblaiement de la mosquée Hassan, et projette d’aller explorer la ville romaine de Volubilis. Sa santé déclinant des suites d’une maladie contractée au service de l’ambulance à Rabat, elle est contrainte de rentrer en France où elle s’éteint le 25 mai 1916 au domaine familial de Langlade[5].

Carrière littéraire[modifier | modifier le code]

En 1890, elle publie chez Lemerre son premier roman : Parysatis, couronné par l’Académie française. Camille Saint-Saëns compose un opéra sur le livret qu’elle tire du roman, et qui sera créé au Théâtre des Arènes de Béziers, le 2 août 1902.

Elle publie également plusieurs romans et nouvelles. Après l’échec de son dernier, Déchéance (1897), elle décidera de revenir exclusivement à la littérature de voyage et aux études historiques.

Elle contribuera aussi à la création du prix de la revue La Vie heureuse en 1904, dont elle est la première présidente[5], et qui deviendra le prix Femina.

Vie politique[modifier | modifier le code]

À l’approche de la guerre, elle milite pour l'intégration des femmes dans l'armée.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Plaque au n°12 rue Chardin (16e arrondissement de Paris), ancien siège de la Société de secours aux blessés militaires ; ancienne résidence de Marcel et Jane Dieulafoy, dont ils ont fait don à l'association.

Elle mène une vie mondaine à Paris, où elle a demandé et obtenu une permission de travestissement pour pouvoir s'habiller en homme [6].

Cette habitude lui permettra de suivre son mari pendant la guerre franco-prussienne de 1870 où Marcel Dieulafoy est mobilisé comme capitaine du génie dans l’armée de la Loire. Habillée en franc-tireur, elle participe à toutes les opérations.

Cheveux courts et habits d’homme lui permettront également de se déplacer aisément en pays musulman sans risquer sa vie en tant que femme européenne a fortiori dévoilée. Parmi les différentes anecdotes et railleries sur cette habitude, elle rapporte elle-même qu'un riche marchand du bazar d'Ispahan félicite Marcel Dieulafoy sur la ressemblance de « son fils » avec lui (en fait il s'agit de Jane).

Jane Dieulafoy fréquente le salon de la comtesse Diane de Beausacq et tient elle-même, dans la résidence du couple à Passy, 12 rue Chardin (Paris), un salon renommé[5].

La complicité intellectuelle avec son mari renvoie à celle du couple d'archéologues Ena et Alfred Foucher[7].

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Le 20 octobre 1886, le président Sadi Carnot l’honore de la croix de la Légion d’honneur, qu'elle reçoit au titre de sa contribution aux travaux de Suse[8],[7].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Œuvres archéologiques et sociologiques[modifier | modifier le code]

  • Jane Dieulafoy, La Perse, la Chaldée, la Susiane, Paris, Hachette, (gallica)
  • Jane Dieulafoy, À Suse, journal des fouilles 1884-1886, Paris, Hachette, (lire en ligne)
  • Jane Dieulafoy, Conférence sur les fouilles de Suse, Rouen, Léon Gy,
  • Jane Dieulafoy, Une amazone en Orient  : Du Caucase à Persépolis, 1881-1882, Paris, Phébus, , 400 p. (ISBN 978-2-7529-0448-5, lire en ligne)
  • Jane Dieulafoy, L'Orient sous le voile. De Chiraz à Bagdad 1881-1882, Paris, Phébus, sd, 356 p.
  • Jane Dieulafoy, À Suse  : journal des fouilles, 1884-1885, Paris, Hachette, , 366 p. (lire en ligne)

Œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

  • Jane Dieulafoy, Parysatis, Paris, Lemerre, (gallica)
  • Jane Dieulafoy, Volontaire 1792-1793, Paris, Colin, (lire en ligne)
  • Jane Dieulafoy, Rose d'Hatra et l'Oracle, Paris, Colin,
  • Jane Dieulafoy, Frère Pélage, Paris, Lemerre,
  • Jane Dieulafoy, Déchéance, Paris, Lemerre,
  • Aragon et Valence, Parysatis : drame lyrique en 3 actes et 1 prologue, Béziers, Théâtre des Arènes,
  • Jane Dieulafoy, Castille et Andalousie, Paris, Hachette,
  • Jane Dieulafoy, L'Œuvre littéraire de Madame Barratin, Paris, Lemerre,
  • Jane Dieulafoy, Isabelle la Grande, Paris, Hachette,
  • Luis de León (trad. Jane Dieulafoy), L'Épouse parfaite, Paris, Bloud, - prix Langlois de l’Académie française en 1907.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hubert Delobette, Aventuriers extraordinaires du Sud, Villeveyrac, Le Papillon Rouge Éditeur, , 288 p. (ISBN 978-2-917875-00-1)
  • Ève Gran-Aymerich, Les chercheurs de passé, 1789-1945 : naissance de l’archéologie moderne, dictionnaire biographique d’archéologie, Paris, CNRS éditions, , 741 p. (ISBN 978-2-271-06538-4)
  • Ève Gran-Aymerich (dir.) et Gran-Aymerich Jean (dir.), Women in Archaeology. The Classical World and the Near East, University of California Press, , « Jane Dieulafoy, exploratrice et archéologue en Orient »
  • Gran-Aymerich Ève et Gran-Aymerich Jean, Jane Dieulafoy, une vie d'homme, Paris, Perrin, , 324 p. (ISBN 978-2-262-00875-8, lire en ligne)
  • Gran-Aymerich Ève et Gran-Aymerich Jean, « Jane Dieulafoy », Archéologia, vol. 189,‎ , p. 77-81.
  • Françoise Lapeyre, Le roman des voyageuses françaises, Paris, Payot, , 292 p. (ISBN 978-2-228-91572-4)
  • Audrey Marty, Le destin fabuleux de Jane Dieulafoy : de Toulouse à Persepolis, l'aventure au féminin, Paris, Le Papillon Rouge Editeur, , 264 p. (ISBN 978-2-490379-14-9, lire en ligne)
  • « Dieulafoy, Jane (née Magre) », sur Site personnel de Nelly Sanchez, sd (consulté le 20 mars 2020)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cote LH/776/38 », base Léonore, ministère français de la Culture
  2. Nicole Chevalier, « Dieulafoy, Jane et Marcel », sur Institut national d'histoire de l'art, (consulté le 20 mars 2020)
  3. Jane Dieulafoy, Une amazone en Orient  : Du Caucase à Persépolis, 1881-1882, Paris, Phébus, , 400 p. (ISBN 978-2-7529-0448-5)
  4. Collectif, « Figures du Louvre : Jane et Marcel Dieulafoy. Documentaire sonore », sur Musée du Louvre, sd (consulté le 20 mars 2020)
  5. a b et c Ève Gran-Aymerich, Les chercheurs de passé, 1789-1945 : naissance de l’archéologie moderne, dictionnaire biographique d’archéologie, Paris, CNRS éditions, , 741 p. (ISBN 978-2-271-06538-4), p. 225.
  6. Christine Bard, « Le « DB58 » aux Archives de la Préfecture de Police », Clio : Femmes, genre, Histoire, vol. 10,‎ (lire en ligne)
  7. a et b Annick Fenet, « De la Sorbonne à l’Asie. Routes orientalistes d'Ena Bazin-Foucher (1889-1952) », sur Genre & Histoire 9, (consulté le 18 avril 2020).
  8. Eve Gran-Aymerich, « Jane Dieulafoy (1851-1916) », sur Bibliothèque nationale de France, sd (consulté le 20 mars 2020)

Liens externes[modifier | modifier le code]