James Lind

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James Lind
James Lind by Chalmers.jpg

James Lind par George Chalmers.

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 77 ans)
GosportVoir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Université d'Édimbourg
Royal High School (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités

James Lind, né le à Édimbourg et mort le à Gosport, est un médecin écossais et un pionnier de l'hygiène dans la marine royale britannique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les informations suivantes proviennent principalement de : James Lind Biography (1716-1794) de Helen Adams Keller.
Sir Iain Chalmers fondateur de la bibliothèque James Lind

James Lind est né à Édimbourg en Écosse en 1716 après une sœur aînée. Il a fait ses études au lycée d'Édimbourg.

En 1731, il commence ses études de médecine comme apprenti du Dr George Langlands, membre du futur Collège royal de chirurgie. En 1739, il entre dans la Marine comme chirurgien en second et navigue en Méditerranée, le long de la côte africaine et aux Antilles. En 1747 il est nommé chirurgien en chef du HMS Salisbury de la Flotte de la Manche et c'est là qu'il mène son expérience sur le traitement du scorbut pendant que son navire patrouille dans le golfe de Gascogne, d'août à octobre. Il quitte ensuite la marine pour rédiger sa thèse sur les maladies vénériennes : c'est l'époque où plusieurs escadres britanniques sont transformées en cercueils flottants (Amiral Vernon et Amiral Anson)[1].

Il obtient son diplôme de médecin et s'installe à Édimbourg où il publie en 1754 A Treatise on the Scurvy dont la traduction en français attira l'attention du monde des marins dans toute l'Europe. Il publie une seconde édition plus complète en 1757, et une troisième en 1772. En mai 1754 Lind publie dans le Edinburgh Monthly Magazine un mémoire sur les sels de plomb toxiques dont est recouverte la vaisselle des navires ; en 1757, il édite An Essay on the most effectual means of Preserving the Health of Seamen in the Royal Navy[2], qui contient des remarques sur la prévention de la malaria et des maladies courantes sur les navires. Deux rééditions suivront, en 1762 et en 1779.

Il épouse Isabella Dickie et ils ont deux fils, John et James. Son fils aîné, John Lind FRSE (1751–1794), fait ses études de médecine à l'université de St Andrews et obtient son diplôme en 1777 ; il prendra la suite de son père à la tête du service de médecine de l'hôpital Haslar en 1783. Son frère, James (1765–1823), a fait carrière dans la marine.

En 1758, il est nommé médecin en chef de l’hôpital naval de Gosport, Hampshire dans le sud de l'Angleterre où il vivra avec sa famille jusqu'en 1794. Il continue à publier le résultat de ses recherches médicales sur les épidémies de typhus et les maladies tropicales. Il découvre que la vapeur d'eau salée est buvable et regroupe toutes ses observations dans An Essay on Diseases incidental to Europeans in Hot Climates, qu'il publie en 1768[3]. Cet ouvrage a un retentissement aussi considérable que celui sur le scorbut, sera réédité cinq fois du vivant de Lind et traduit en français ainsi qu'en allemand.

James Lind prend sa retraite en 1783. Il meurt à Gosport le 13 juillet 1794.

Une bibliothèque en son nom a été créée à Oxford ainsi qu'un site web plurilingue, par le chercheur Iain Chalmers, de la Collaboration Cochrane en tant que coordinateur de l'Initiative James Lind.

Premier essai clinique[modifier | modifier le code]

Traité sur le scorbut, édition de 1757
Publicité Pfizer en 1849 pour la prévention du scorbut à bord des navires grâce à la vitamine C

James Lind a mené ce qui est considéré comme le premier essai clinique : ayant divisé 12 marins scorbutiques en six groupes de deux, il administra à chaque groupe une substance différente, la nutrition des groupes étant par ailleurs identique. Ces substances étaient : le cidre, de l'acide sulfurique, du vinaigre, une concoction d'herbes et d'épices, de l'eau de mer et des oranges et citrons. Seul le dernier groupe a rapidement guéri du scorbut[4].

Son ouvrage sur la prévention du scorbut a fait l'objet de plusieurs rééditions en anglais et en français, mais ses conseils concernant l'utilisation préventive du citron n'ont pas été pris au sérieux de son vivant et se sont heurtés à un scepticisme général dans tous les milieux : un fruit quotidien contre une maladie aussi grave ? de même que l'avait été la recette de l'elixir universel signalée en 1698 par E. Mayxwaringe dans Ignota Febris.

Ce n'est qu'après 1795 que la Royal Navy a intégré, avec succès, le citron dans le régime alimentaire de ses marins au point de parodier l'axome de la pomme (An apple a day keeps the doctor away)[5] et de valoir le surnom de limeys aux marins britanniques[6]. Mais en 1860, l'Amirauté décida, pour des raisons économiques, de remplacer le jus de citron méditerranéen par un substitut, le citron vert des Caraïbes, produit dans les plantations britanniques. C'est l'expédition arctique de George Nares en 1875 qui fit l'amère expérience du caractère inefficace du jus de lime mal conservé. Le même drame arriva en 1894 à l'expédition Jackson-Harmsworth et aux expéditions polaires de Scott dans les années 1910[7]. Il faudra attendre la découverte fortuite des propriétés de la vitamine C pour identifier le problème[8].

L'hygiène à bord[modifier | modifier le code]

À la veille de la Révolution, l'hygiène navale et la santé des matelots sont enfin devenues une préoccupation majeure des officiers de marine anglais et français, grâce aux publications de Lind et de Poissonnier-Desperières[9]. Ces progrès sont la conséquence de nouvelles habitudes intellectuelles des chercheurs, de leur goût de l'observation et de l'expérimentation[10].

Une exposition récente sur Lind, organisée par l'Institut de la Médecine Navale d'Alverstoke à Gosport (10-11 septembre 2016) pour commémorer le 300ème anniversaire de sa naissance, l'appelait à juste titre le père de l'hygiène navale. On lui doit en effet les mesures préventives concernant les épidémies de typhus à bord : douches et linge propre notamment. Il a également attiré l'attention sur la qualité de l'eau potable distribuée aux marins et proposé d'utiliser l'énergie solaire pour distiller l'eau de mer. Il a préconisé l'aération des lieux de vie, bien que l'usage de ventilateurs ait connu un succès mitigé.

La santé aux colonies[modifier | modifier le code]

Traité sur les maladies tropicales
Table des matières

On pourrait aussi l'appeler le père de la médecine coloniale[11]. Ses études ont ouvert la voie des études de médecine tropicale. Comme Lind l'annonce dans son introduction, « Les individus qui forment les émigrations (…) et quittent ainsi le lieu de leur naissance pour des pays lointains peuvent être assimilés à des végétaux transplantés dans un sol étranger, où ils ne peuvent être conservés et accoutumés qu'avec un soin extraordinaire. » Le premier chapitre traite des maladies tropicales subies pendant le séjour à l'étranger dans les pays chauds, notamment les différents types de fièvres, et le second des maladies au retour en métropole. Il se concentre sur la vie dans les comptoirs britanniques.

Lind signale systématiquement les traitements utilisés par les indigènes et l'utilisation des plantes locales. Il préconise l'usage de l'opium contre le tétanos.

Au retour de l'étranger, il conseille aux malades un séjour aux bains de Bath pour réparer leurs forces et remédier aux différents maux, sauf dans le cas de consomption (avec toux) — Lind conseille un séjour dans le sud de la France —, d'hydropisie — Lind recommande l'eau chaude de Bristol ou un voyage en mer en été — ; l'équitation étant déconseillée dans ces deux cas. Le dernier cas est la diarrhée.

Après avoir défendu son procédé de distillation de l'eau, il recommande d'améliorer l'ordinaire du matelot avec les plaquettes de bouillon, ou soupe portative, (avec recette et ajout d'épices pour en améliorer le goût), et de la poudre de salep, quand le pain et la farine viennent à manquer : « Comme deux livres de salep, avec autant de soupe portative, peuvent nourrir sainement un homme pendant un mois entier, ne conviendrait-il pas que chaque vaisseau qui met à la voile, se chargeât de ces objets proportionnément au nombre d'individus qui composent son équipage, pour obvier à des accidens imprévus qui peuvent épuiser les autres provisions dans le cours du voyage. Le salep et la soupe portative contenant la plus grande quantité de nourriture animale et végétale qu'on puisse rassembler dans un aussi petit volume, ne peuvent-ils pas être d'une ressource infinie quand, par le feu, par le naufrage, ou autres malheurs, les équipages se trouvent obligés à quitter leurs bâtimens, & à chercher un asyle dans leurs chaloupes ? »

Une table alphabétique très détaillée regroupe les noms de maladies, les noms de pays et les remèdes.

Les critiques de ses contemporains ont surtout porté sur la quantité considérable de notes et de références historiques, qui en alourdissaient la lecture.

Bibliographie en français[modifier | modifier le code]

  • En 1754, Traité du scorbut : James Lind et Joseph-Barthélemy-François Carrère, traducteur, Traité du scorbut : divisé en trois parties, contenant des recherches sur la nature, les causes & la curation de cette maladie; avec un tableau chronologique & critique de tout ce qui a paru sur ce sujet., Paris, Chez Méquignon aîné, rue des Cordeliers près des Écoles de Chirurgie., , 510 p. (lire en ligne)
  • En 1758, Essai sur les moyens les plus propres à conserver la santé des gens de mer
  • En 1768, Un essai sur les maladies des Européens dans les climats chauds : James Lind et Claude-Esprit Thion de la Chaume, traducteur, Essai sur les maladies des européens dans les pays chauds et les moyens d'en prévenir les suites: : suivi d'un appendice sur les fièvres intermittentes & d'un mémoire qui fait connoitre une méthode simple pour dessaler l'eau de mer., vol. 1, Théophile Barrois le jeune, , 311 p. (lire en ligne)
  • En 1780, Mémoires sur les fièvres et sur la contagion lus à la Société de Médecine et de Philosophie d'Edimbourg traduits et augmentés de plusieurs notes par M. Henri Fouquet.
  • En 1839, Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisons ; suivies de Mémoires sur les substances septiques et antiseptiques, et de la réponse à de Haen et à Gaber, par Pringle, traduit et commenté par Van Swieten.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Gainot, « La santé navale et l'Atlantique comme champs d'expérimentation : les «hôpitaux flottants» », Dix-huitième Siècle, vol. 33, no 1,‎ , p. 165-182 (lire en ligne).
  2. (en) James Lind, An essay on the most effectual means of preserving the health of seamen, in the Royal Navy : containing directions proper for all those who undertake long voyages at sea, or reside in unhealthy situations ; with cautions necessary for the preservation of such persons as attend the sick in fevers, Londres, , 184 p. (lire en ligne).
  3. (en) James Lind, An essay on diseases incidental to Europeans : n hot climates, with the method of preventing their fatal consequences ... To which is added, an appendix, concerning intermittent fevers; and a simple and easy way to render sea water fresh,and to prevent a scarcity of provisions in long voyages at sea, William Duane, , 268 p. (lire en ligne).
  4. Simon Singh et Edzard Ernst, « La naissance de la médecine scientifique (1) », SPS no 295, avril 2011
  5. (en) K.L.Manchestera, « An orange a day keeps the scurvy away », Trends in Pharmacological Sciences, vol. 19, no 5,‎ , p. 167-170 (lire en ligne).
  6. (en) AJ Lorenz, Director, Nutrition Research, Sunkist Growers, Los Angeles, « The Conquest of Scurvy », Journal of The American Dietetic Association, vol. 30,‎ , p. 665-670 (lire en ligne).
  7. (en) Idle words, « Scott And Scurvy », (consulté le 16 août 2017).
  8. (en) Louis Rosenfeld, « Vitamine—vitamin. The early years of discovery », Clinical chemistry, vol. 43, no 4,‎ , p. 680-685 (lire en ligne).
  9. André Reussner, « L'hygiène navale à la fin du XVIIIe siècle », Revue de l'histoire des colonies françaises Année 1931 Volume 19 Numéro 79 pp. 35-54, vol. 19, no 79,‎ , p. 35-54 (lire en ligne).
  10. Jean-Baptiste Fonssagrives, Royal College of Physicians of London, Traité d'hygiène navale, Paris, bJ.-B. Baillière et fils, , 948 p..
  11. (en) Pratik Chakrabarti, « Medicine and Empire 1600-1960 », Lectures, Les comptes rendus, par Thibault De Meyer,‎ (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]