James Barry (médecin)

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James Barry
James Barry (surgeon)01.jpg
James Miranda Stuart Barry, avec un serviteur et son chien, Psyche, vers 1862, Jamaïque.
Biographie
Naissance
Entre 1789 et 1799
BelfastVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Margaret Ann BulkleyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
Arme

James Miranda Stuart Barry (vers 1789-1799 – , né Margaret Ann Bulkley) est un chirurgien militaire de l'armée britannique. Barry a servi en Inde et au Cap, en Afrique du Sud. À la fin de sa carrière, Barry atteint le grade d'inspecteur général chargé des hôpitaux militaires. Durant ses missions, Barry a non seulement amélioré les conditions des soldats blessés, mais aussi les conditions des habitants indigènes. Barry a notamment réalisé la première césarienne effectuée par un chirurgien britannique en Afrique, opération après laquelle la mère et l'enfant ont tous deux survécu[1].

Bien que Barry soit connu et ait vécu sa vie d'adulte en tant qu'homme, il semble qu'il ait été assigné femme à la naissance et élevé comme une fille[2],[3], nommée Margaret Ann Bulkley. Barry s'est fait passer pour un homme afin d'être acceptée comme étudiant à l'université et poursuivre une carrière de chirurgien[1]. Barry est parfois considéré comme la première femme médecin britannique[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Sa biographie est mal connue et sujette à de nombreux mythes et spéculations. Sa date de naissance est incertaine, oscillant selon les sources entre 1789[4], 1792[5],[6], 1795[7] ou 1799[8].

Selon le biographe Hercules Michael du Preez, Barry serait né à Cork en 1789, deuxième des trois enfants de Jeremiah et Mary-Ann Bulkley. Barry est nommé Margaret Ann à la naissance[4]. Barry est le neveu de James Berry, peintre et professeur de peinture irlandais à l'Académie royale de Londres. Leur père, Jeremiah, est propriétaire d'un commerce. Mary-Ann Bulkley et Margaret sont laissées sans le sou par Jeremiah, détenu à la prison de Dublin, tandis que John se marie[4]. Des lettres indiquent qu'en cette période financièrement difficile, un plan monté entre Mary-Ann Bulkley, des amis de son frère et leur notaire afin que Margaret puisse intégrer l'école de médecine[4].

Une note d'un notaire indique que Mary-Ann et Margaret Bulkley ont voyagé jusqu'à Édimbourg par la mer à la fin du mois de novembre 1809[4]. Une lettre envoyée le 14 décembre à ce même notaire demande, au nom d'un certain James Barry, de lui faire suivre son courrier auprès de sa mère Mary-Ann, qu'il nomme sa tante. Il y mentionne qu'il « serait très utile que Mrs Bulkley ([sa] tante) ait un gentleman pour prendre soin d'elle à bord et avoir quelqu'un à ses côtés dans ce pays étrange », indiquant ainsi que James Barry aurait endossé une identité masculine avant d'embarquer pour Édimbourg. Bien que la lettre en question soit signée par Barry, la mention « Miss Bulkley, 14 décembre » figure au dos de l'enveloppe[4].

Formation[modifier | modifier le code]

Parvenu à Édimbourg en 1809, James Barry débute ses études à l'University of Edinburgh Medical School en tant qu'étudiant en littérature et en médecine. Il obtient son doctorat en médecine en 1812[9]. Il retourne ensuite à Londres, où il s'inscrit comme élève au Guy's Hospital ainsi qu'au St Thomas' Hospital[4]. Barry réussit son examen auprès du Collège royal de chirurgie le [4].

Carrière[modifier | modifier le code]

James Barry est engagé comme assistant auprès de l'armée britannique le , à Chelsea puis à l'Hôpital royal militaire de Plymouth, où il est promu assistant en chirurgie[4]. Il aurait peut-être servi lors de la bataille de Waterloo. Il sert en Inde ainsi qu'en Afrique du Sud. Il arrive au Cap entre 1815 et 1817.

Il devient ensuite inspecteur médical pour la colonie. Durant son séjour, il réalise un meilleur réseau hydraulique pour la ville du Cap, et effectue une des premières césariennes réussies. Il se fait des inimitiés en critiquant la manière dont sont gérées les questions médicales locales. Il est connu pour ses opinions franches et pour sa relation avec le gouverneur, Lord Charles Somerset (en), soupçonné d'homosexualité[10].

James Barry quitte Le Cap en 1828 à destination de l'île Maurice, de Trinidad et Tobago et de l'île de Sainte-Hélène. Il sert également à Malte, Corfou, en Crimée, en Jamaïque et, en 1831, au Canada. Il atteint le grade d'inspecteur général auprès de l'armée. Cependant, il est arrêté sur l'île de Sainte-Hélène en raison de problèmes de politique interne de l'île, et rétrogradé au sein l'équipe de chirurgie de l'armée. Il part pour les Indes occidentales en 1838, où il se concentre sur la pratique de la médecine et l'amélioration des conditions de vie des troupes. Il est promu Principal Medical Officer (« Principal officier médical »). Il contracte en 1845 la fièvre jaune et doit alors retourner en Angleterre.

Il est envoyé à Malte en 1846, où il doit faire face à une épidémie de choléra, qui se serait achevée en 1850. Il part à Corfou en 1851 avec le grade de Deputy Inspector-General of Hospitals (« Député Inspecteur général des hôpitaux »). Durant la guerre de Crimée (1854–1856), Stuart et Florence Nightingale ont une dispute[8]. Il part en 1857 au Canada[7] comme inspecteur général des hôpitaux ; il s'occupe d'améliorer l'hygiène publique, la nourriture et les soins médicaux des prisonniers et des lépreux, ainsi que des soldats et de leurs familles.

Retraite et mort[modifier | modifier le code]

Il prend sa retraite en 1864 et retourne en Angleterre. Il y meurt de dysenterie le et est enterré au cimetière de Kensal Green à Londres, sous le nom de James Barry et avec la mention de son rang militaire sur sa tombe[5].

Sophia Bishop, la personne chargée de préparer le corps de James Barry, examine le corps et révèle qu'il s'agit de celui d'une femme après les funérailles. La situation est abordée dans des lettres échangées entre Georges Graham, du General Register Office et le major D. R. McKinnon, le médecin de James Barry, qui a déclaré la mort de Barry et l'a statué comme homme à sa mort[5] :

« Monsieur,

Il m'a été rapporté que l'Inspecteur général le Dr James Barry, mort au 14 Margaret Street le , se trouvait en fait être une femme. Puisque que vous avez fourni le certificat de décès, je prends la liberté de vous demander si ce que j'ai entendu est vrai, et si vous aviez établi qu'il s'agissait d'une femme et apparemment d'une mère ? »

— Georges Graham[5]

« Monsieur, J'ai été un proche de ce docteur depuis de nombreuses années, à la fois à Londres et en Indes occidentales et je n'ai jamais eu un doute sur le fait que le Dr Barry était une femme. Je l'ai soigné durant ces dernières maladies (pour bronchite, puis diarrhée). Une seule fois, après la mort du Dr Barry, au bureau de Sir Charles McGregor, la femme qui devait réaliser l'office attendait pour me parler. Elle souhaitait obtenir des informations sur son emploi, étant donné que la femme qui servait le Dr Barry avait refusé de lui en donner. Parmi d'autres choses, elle m'a dit que le Dr Barry était une femme, et que j'étais un sacré docteur pour ne pas le savoir et qu'elle ne voudrait jamais se faire soigner par moi. Je l'ai informée que cela ne me concernait pas si le Dr Barry était un homme ou une femme, et que je pensais qu'il aurait pu être ni l'un ni l'autre, c'est-à-dire un homme imparfaitement développé. Elle m'a alors dit qu'elle avait examiné le corps, qu'il s'agissait parfaitement d'une femme et même qu'il y avait des signes qu'il ait très jeune eu un enfant. Je lui ai alors demandé comment elle en était arrivée à cette conclusion. La femme a pointé la partie basse de son estomac et a dit « à partir des marques là. Je suis une femme mariée et la mère de neuf enfants, je devrais le savoir. »

La femme semblait penser qu'elle avait découvert un important secret et voulait de l'argent pour le garder. Je l'ai informée que les proches du Dr Barry étaient morts, qu'il n'y avait pas de secret pour moi, et que selon ma propre impression, le Dr Barry était un hermaphrodite. Mais que le Dr Barry soit un homme, une femme ou un hermaphrodite, je l'ignore, et peu importe puisque je peux positivement jurer que ce corps était bien la personne que j'ai connu comme Inspecteur général pendant plusieurs années. »

— D.R. McKinnon[5]

De nombreuses personnes affirment qu'elles avaient toujours été au courant. Cependant, les archives de l'armée furent scellées pour cent ans et ce n'est que dans les années 1950 que l'historien Isobel Rae y a accès. Il conclut que le médecin James Barry est la nièce du peintre James Barry[11].

Controverse[modifier | modifier le code]

A. K. Kubba[5] a suggéré que Barry ait été une personne intersexe et non pas une femme à la naissance. Un autre biographe, Holmes, aborde cette possibilité, mais exprime sa surprise que ce soit une question qui semble poser problème à tant de personnes[12]. Le postulat selon lequel Barry était intersexe a été critiqué pour des raisons à la fois biologiques et sociales[Lesquelles ?]. L'opinion de Kubba a été considérée comme reposant sur des preuves assez minces[13], et dans une recension fondée sur l'ouvrage d'Holmes, Lourdon rejette la possibilité que Barry ait pu être intersexe[14].

L'éventualité de son intersexualité a été considérée par certains théoriciens LGBT et féministes comme une tentative de lui accoler des caractéristiques masculines pour écarter la possibilité qu'une femme ait pu réaliser autant d'accomplissements qu'il ne l'a fait[15],[16]. Un point de vue alternatif à la vision plus biologique consiste à dire que ne pas avoir d'identité sexuelle permet une sorte de « résistance au genre »[17].

Postérité[modifier | modifier le code]

  • Marleen Gorris dirige en 2007 Heaven and Earth, un film sur James Miranda Barry[11].
  • James Barry figure sous le nom de Miranda Stuart parmi les 1 038 femmes mentionnées sur l'installation de l'artiste féministe Judy Chicago The Dinner Party, aujourd'hui exposée au Brooklyn Museum. Cette installation se présente sous la forme d'une table en triangles, de 13 convives par côté, chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique[18].
  • Un roman écrit par Sylvie Ouellette sous le titre Le secret du docteur Barry est édité en 2012 par les éditions De Borée.

Compléments[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pain, Stephanie, « The 'male' military surgeon who wasn't », NewScientist.com, (consulté le 16 mars 2008).
  2. « Five British heroes overlooked by history », BBC News,‎ (lire en ligne).
  3. (en) Jane Warren, « A doctor with a remarkable secret: the truth behind one of the army's top medical officers », Express.co.uk,‎ (lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) Hercules Michael du Preez, « Dr James Barry: The early years revealed », South African Medical Journal, 1re série, vol. 98, no 4,‎ (lire en ligne [PDF]).
  5. a, b, c, d, e et f (en) A. K Kubba, « The Life, Work and Gender of Dr James Barry MD », Proceedings of the Royal College of Physicians of Edinburgh, vol. 31, no 4,‎ , p. 352–356 (PMID 11833588, lire en ligne) Pdf.
  6. (en) Leitch, Robert, « The Barry Room: The Tale Of A Pioneering Military Surgeon » [archive du ], usmedicine.com, (consulté le 14 décembre 2007).
  7. a et b (en) « James Barry Biography », Dictionary of Canadian Biography (consulté le 23 décembre 2007).
  8. a et b « Oxford Dictionary of National Biography : Barry, James (c.1799–1865) », sur oxford dictionary of national biography.
  9. M.D available at the Edinburgh Research Archive.
  10. « Nic Fleming, "Revealed: Army surgeon actually a woman", The Telegraph », sur telegraph.co.uk, (consulté le 26 avril 2016).
  11. a et b (en) Stephen Maguire, « She's a beauty... and just perfect to play the role of the most amazing MALE doc ever; EXCLUSIVE HEARTACHE BEHIND NATASCHA'S SMILE. », Sunday Mirror,‎ (lire en ligne).
  12. (en) Rachel Holmes, Scanty particulars, London, Penguin Books, , 323 p. (ISBN 0-140-29085-0).
  13. (en) Neil Turner, « James Barry » [archive du ], University of Edinburgh,  : « believes on vanishingly slim evidence that she had an intersex condition. ».
  14. (en) Irvine Loudon, « Scanty Particulars: The Strange Life and Astonishing Secret of Victorian Adventurer and Pioneer James Barry [Book Review] », BMJ, vol. 324, no 7349,‎ , p. 1341 (PMCID 1123295, DOI 10.1136/bmj.324.7349.1341).
  15. (en) Carlotta Hacker, The Indomitable Lady Doctors, Formac, (lire en ligne).
  16. (en) « Dr. James Barry and the specter of trans and queer history. », sur The Journey Without a Map,  : « Even A Gender Variance Who’s Who, which identifies itself as “the most comprehensive site devoted to trans history” doesn’t even bring up the idea that Barry was trans. Instead they consider several theories put forth in the 1970s that suggest Barry was intersex. Which has nothing to do with anything as far as I’m concerned since intersex does not equal gender identity, either assigned at birth or lived. ».
  17. (en) Jana Funke, « Obscurity and Gender Resistance in Patricia Duncker's James Miranda Barry », European Journal of English Studies, vol. 16,‎ , p. 215–226 (PMID 25400502, PMCID 4214389, DOI 10.1080/13825577.2012.735410).
  18. (en) « The Dinner Party by Judy Chicago », sur www.brooklynmuseum.org (consulté le 14 septembre 2013).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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