James Angleton

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James Angleton
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James Angleton.
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James Jesus AngletonVoir et modifier les données sur Wikidata
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James Jesus Angleton ( à Boise (Idaho) – à Washington) est un officier de renseignement américain, ayant dirigé le service de contre-espionnage de la Central Intelligence Agency (CIA) de 1954 à 1974.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, James Hugh Angleton, d'abord militaire, a rencontré son épouse, Carmen Mercedes Moreno (femme fougueuse sans instruction, de sang mexicain et apache)[1], pendant l'expédition du général Pershing au Mexique, avec qui il aura quatre enfants : James Jesus, Hugh Rolla, Carmen et Dolores. Il a ensuite fait carrière dans le civil dans la compagnie de caisses enregistreuses NCR Corporation, dont il devient propriétaire de la franchise en Italie[2].

Élevé comme un Américain expatrié, James Jesus Angleton suit son père à Milan où James Hugh Angleton dirige la filiale italienne de NCR Corporation avant d'être envoyé en septembre 1933 au Malvern College (en), une public school dans le Worcestershire. En 1937, il rentre aux États-unis pour étudier la littérature à l'Université Yale. Il s'y montre excellent dans les matières qui l'intéressent, mais négligent dans les autres. Féru de poker et de poésie moderne, il crée un magazine, Furioso (revue littéraire créée sous le parrainage de son premier mentor, Ezra Pound), qui aura une certaine importance dans la littérature américaine moderne. Il n'obtient son diplôme qu'aux rattrapages, dans le dernier quart de sa promotion, en 1941[3]. En septembre 1941, il abandonne la littérature et part étudier à la faculté de droit de Harvard, mais est mobilisé en mars 1943. Pendant ses classes, il est repéré par l'Office of Strategic Services (OSS), service de renseignement qu'il intègre.

Après avoir épousé Cicely d'Autremont en juillet 1943, Angleton est formé à Londres où il croise Kim Philby du Secret Intelligence Service (SIS ou « MI6 ») britannique. Lieutenant à l'OSS, il est nommé chef du bureau italien de la branche du contre-espionnage (X-2) de l'OSS (en) où il travaille à partir de 1944 contre les réseaux fascistes et nazis, participe à l'opération Paperclip. Il contribue notamment à la victoire des chrétiens-démocrates (financement de journaux et syndicats) aux dépens des communistes aux élections de 1948 en Italie ou à y former des agents du réseau Gladio[4]. Remarqué à Washington, il intègre en 1948 la jeune CIA à l'Office of Special Operations (OSO, « bureau des opérations spéciales ») où il est chargé de la relation avec certains services alliés (interlocuteur de Philby, officier de liaison du MI6 à Washington ; liaison avec le renseignement israélien). Il crée le Bureau de contre-espionnage de l'agence. Via sa liaison avec les services de renseignement israéliens, il obtient le « rapport secret » du leader soviétique Nikita Khrouchtchev dénonçant les crimes de Staline. Il remet ce texte à Allen Dulles qui le fait publier dans le New York Times, révélant au monde entier les crimes de Staline encore inconnus à l'époque.

Il est à la tête du contre-espionnage de la CIA de 1954 à 1974, avant d'être démis de ses fonctions pour avoir fait preuve de trop de zèle. En effet, sa paranoïa instaure un climat délétère au sein de la CIA : Angleton surveille tout le monde et traque la moindre trace de pro-communisme. Il va jusqu'à soupçonner Joseph McCarthy, dont l'anticommunisme zélé lui semble suspect. Cette paranoïa pourrait être due à la découverte du fait que son vieil ami Kim Philby, officier de liaison du MI6 à Washington, était en réalité un membre infiltré du KGB. Certains spécialistes du renseignement considèrent qu'il aurait été lui-même un agent double soviétique[5].

Sa paranoïa a déclenché chez lui une obsession à voir partout des agents doubles, notamment au sein de l'administration américaine, à commencer par le secrétaire d'État Henry Kissinger qu'il soupçonne d'être sous influence soviétique. Ses doutes le portent au-delà de l'Atlantique, notamment sur le directeur du service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) français Paul Grossin (aidé de Philippe Thyraud de Vosjoli, il donne foi aux révélations du transfuge soviétique Anatoli Golitsyne qui considère que le SDECE est noyauté par le KGB, ce qui déstabilise le service français), et même sur le Premier ministre britannique Harold Wilson. Il en vient également à penser, sur le plan des relations internationales, que le clivage entre l'URSS et la Chine n'est qu'un simulacre pour intoxiquer les États-Unis. Cette paranoïa qui conduit à multiplier les soupçons est connu dans le métier du renseignement sous l'expression « syndrome d'Angleton »[6]. Le directeur de la CIA William Colby se débarrasse de cet élément au passé lourd en le portant pour responsable des événements noirs de l'opération CHAOS.

Durablement affecté voire discrédité par la disparition, en 1978, dans d'étranges circonstances de John Paisley, un de ses agents chargés de débusquer les agents doubles, cet homme distingué toujours vêtu de noir (il est surnommé le « fantôme gris » par ses collègues de la CIA) reste considéré comme un des membres les plus célèbres du contre-espionnage américain.

Passionné par la pêche à la mouche et les orchidées dont il remporte des concours dans les salons spécialisés, il est surnommé « l'homme aux orchidées ». Le surnom de « Mother » est entièrement apocryphe.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

La personnalité d'Angleton a inspiré plus ou moins librement des personnages de divers romans dont Orchids for Mother (Aaron Latham, 1977) ; La Sape (The Spike) (Arnaud de Borchgrave et Robert Moss, 1984) ; La Fraternité de la rose (The Brotherhood of the Rose) (David Morrell, 1986) ; Harlot et son fantôme (Harlot's Ghost) (Norman Mailer, 1992) ; Spytime: The Undoing of James Jesus Angleton (William F. Buckley, Jr., 2000) ; The Passenger (Chris Petit, 2006).

La Compagnie : le grand roman de la CIA (2003) de Robert Littell fait la part belle à James Angleton dans son rôle de chasseurs de taupes. Dans la mini-série The Company (2007) qui a été tirée de ce roman, le rôle d'Angleton est joué par Michael Keaton.

Dans Millénium, James Angleton sert de modèle à Evert Gullberg, l'ancien chef de la Section Zalachenko.[réf. nécessaire]

Dans le film Raisons d'État (réalisé par Robert De Niro, 2007), le personnage d'Edward Wilson, interprété par Matt Damon, est inspiré d'Angleton.

Dans la quatrième saison du Bureau des Légendes diffusée à l'automne 2018 sur Canal +, le personnage joué par Mathieu Amalric se fait appeler JJA, en référence aux initiales de James Angleton.

James Angleton donne son nom à la chanson Angleton de Biting Elbows, racontant sa vie

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ben Macintyre, L'espion qui trahissait ses amis, Ixelles Editions, , p. 107.
  2. Winks 1987, p. 328-329.
  3. Winks 1987, p. 330-339
  4. Patrick Pesnot, émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 26 avril 2003
  5. Roger Faligot et Rémi Kauffer, Les maîtres espions, Robert Laffont, 1994
  6. Pierre Lacoste, Alain-Gilles Minella, Un amiral au Secret, Flammarion, , p. 141.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Edward Jay Epstein, Legend : The Secret World of Lee Harvey Oswald, New York, McGraw Hill,
  • David C. Martin, KGB contre CIA ou la cruauté des miroirs [« Wilderness of Mirrors »], Paris, Presses de la Renaissance, (ISBN 2-85616-205-3)
  • (en) Robin W. Winks, Cloak & Gown : Scholars in the Secret War, 1939-1961, New York, William Morrow and Company, (ISBN 0-688-07300-X), chap. 6 (« The Theorist: James Jesus Angleton »), p. 322-438
  • Edward Jay Epstein, Intox CIA-KGB : La guerre des mots [« Deception »], Paris, Stock, (ISBN 2-234-02192-8)
  • (en) Tom Mangold, Cold Warrior : James Jesus Angleton: The CIA's Master Spy Hunter, New York, Simon & Schuster,
  • David Wise, La stratégie du soupçon : enquête sur la paranoïa de la CIA [« Molehunt »], Paris, Plon, (ISBN 2-259-02703-2)
  • (en) Timothy J. Naftali, « ARTIFICE : James Angleton and X-2 Operations In Italy », dans George C. Chalou, The Secrets War : The Office of Strategic Services in World War II, Washington, DC, National Archives and Records Administration, (ISBN 0-911333-91-6, lire en ligne), p. 218-245
  • Gérard Arboit, James Angleton : le contre-espion de la CIA, Paris, Nouveau Monde éditions, , 175 p. (ISBN 978-2-84736-228-2)
  • (en) Tennent H. Bagley, Spy Wars : Moles, Mysteries, and Deadly Games, New Haven, Connecticut, Yale University Press,
  • (en) Jefferson Morley, The ghost : The secret life of CIA spymaster James Jesus Angleton, New York, St martin's press,

Articles

  • (en) Cleveland C. Cram, Of Moles and Molehunters : A Review of Counterintelligence Literature, 1977-92, Washington, DC, Center for the Study of Intelligence, (lire en ligne)
  • (en) Cleveland C. Cram, « Of Moles and Molehunters », Studies in Intelligence, vol. 38, no 5,‎ , p. 129-137 (lire en ligne, consulté le 28 mars 2014)
  • (en) David Robarge, « Moles, Defectors, and Deceptions : James Angleton and CIA Counterintelligence », Journal of Intelligence History, vol. 3, no 2,‎ , p. 21-49 (lire en ligne, consulté le 26 mai 2015)
  • (en) David Robarge, « The James Angleton Phenomenon : “Cunning Passages, Contrived Corridors”: Wandering in the Angletonian Wilderness », Studies in Intelligence, vol. 53, no 4,‎ , p. 43-55 (lire en ligne, consulté le 28 mars 2014)

Liens externes[modifier | modifier le code]