Jacques Timothée Dürr

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Jacques Timothée Dürr
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AlgerVoir et modifier les données sur Wikidata
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Surnommé « l'apôtre de l'Algérie », Jacques Timothée Dürr (Strasbourg, - Mustapha, [1]) est un pasteur luthérien alsacien qui a consacré 32 années de son ministère aux colons protestants d'Algérie et a joué un rôle clé dans l'établissement et le développement de l'Église protestante unie d'Algérie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jacques Timothée Dürr est né le à Strasbourg, cinquième des six enfants de Jean-Jacques Dürr et de Marguerite Dorothée Griesbach. Entré au Séminaire protestant de Strasbourg le , il s'inscrit à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg le . Pasteur à La Petite-Pierre de 1822 à 1830, il démissionne pour raison de santé et de 1830 à 1840 il est agent itinérant de la Société évangélique de Strasbourg parmi les protestants disséminés des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de la Meurthe, de la Moselle et des Vosges. De 1841 à 1843 il dessert la paroisse réformée de Courcelles-Chaussy en Moselle[2].

Un poste de pasteur auxiliaire luthérien à Dély-Ibrahim ayant été créé par ordonnance royale du et aucun postulant ne s'étant manifesté, le pasteur Dürr se porte candidat auprès du Directoire de l'Église de la Confession d'Augsbourg le . Nommé par ordonnance royale du il débarque à Alger le et est installé dans ses nouvelles fonctions le . En 1846 le siège de la paroisse est transféré à Douera. Un poste luthérien ayant été créé en à Blida, il y est nommé le et y restera jusqu'au début de l'année 1851. Quoique luthérien, M. Dürr était nommé le sur le poste de pasteur-adjoint réformé d'Alger et était installé le . Enfin, le le Directoire le nommait pasteur titulaire de la Confession d'Augsbourg à Alger, décision confirmée par décret impérial du [3]. Il devait demeurer à ce poste jusqu'à sa mort en 1876 et dès lors occuper la présidence du consistoire d'Alger une année sur deux, en alternance avec son collègue le premier pasteur réformé.

Dès son arrivée à Dély-Ibrahim Jacques Timothée Dürr a déployé une activité sans bornes, partant à la recherche des protestants disséminés, les regroupant en petites communautés, célébrant le culte en français et en allemand dans de nombreuses bourgades autour d'Alger, assurant l'instruction religieuse en allemand à Alger, visitant les camps militaires, notamment de la Légion étrangère, fondant des bibliothèques populaires dans 71 localités, des écoles privées protestantes et des salles d'asile, colportant des Bibles, des catéchismes, des cantiques, président à des confirmations, administrant des baptêmes, visitant les malades et donnant soins médicaux et conseils aux colons et aux indigènes qui le recevaient. Il a ainsi sillonné l'Algérie encore mal pacifiée, seul et sans arme, à pied, à cheval ou en carriole, couchant en plein air, sous la tente ou dans des gourbis. Il a jeté les fondements de nombreuses paroisses, comme à Douéra, Blida, Philippeville, Constantine, Bougie, Guelma et Cherchell, ainsi que ceux de l'orphelinat de Dély-Ibrahim.

Parallèlement le pasteur Dürr veille en permanence à la place de la confession luthérienne au sein de l'Église protestante unie d'Algérie et entretient à cet effet une correspondance importante avec l'inspecteur ecclésiastique de Paris dont dépendent les pasteurs luthériens d'Algérie et avec le Directoire de Strasbourg. Dès 1845 il était parvenu à intéresser les paroisses d'Alsace au sort de leurs coreligionnaires d'Algérie, provoquant la fondation à Strasbourg d'une Commission des Églises algériennes qui envoie des dons en argent et des colis de livres religieux. En liens avec sa hiérarchie, il participe encore activement à la préparation des décrets impériaux des et , réorganisant les Églises protestantes en Algérie et assurant leur caractère bi-confessionnel[4]. Du au , Jacques Timothée Dürr effectue un voyage en Europe pour collecter des fonds au profit de l'orphelinat de Dély-Ibrahim. Il commence par une tournée en Alsace, assiste à la conférence pastorale de Strasbourg, écrit à une centaine de pasteurs, visite de nombreuses paroisses où il prêche, puis passe en Suisse, parcourt l'Allemagne où il assiste à la réunion annuelle de la Société Gustave-Adolphe, se rend aux Pays-Bas et enfin repasse en Alsace. Il réunit ainsi 19 000 francs et intéresse les journaux religieux et les paroisses au sort des colons d'Algérie.

En 1860 il entreprend un second voyage en Europe, toujours au profit de son orphelinat, parcourant pendant 5 mois l'Alsace, le Pays de Bade, le Wurtemberg, la Bavière, la Saxe, la Hesse et la Prusse. Il collecte ainsi 14 500 francs. La guerre de 1870 l'affecte profondément, mais sans briser son ressort. Délégué des Églises luthériennes d'Algérie, il siège au synode constituant de 1872 qui va préparer la loi de 1879 créant l'Église de la Confession d'Augsbourg de France. À plus de 80 ans, il meurt paisiblement à Alger le . Le pasteur Dürr était président en alternance du consistoire central d'Alger, aumônier militaire de la place d'Alger, aumônier du lycée impérial depuis 1855, membre du Conseil académique depuis 1866 et président de nombreuses sociétés savantes et philanthropiques. Le pasteur Dürr a été marié trois fois. Il avait épousé à Barr, le , Marie Boeckel, décédée en 1825. Il se remariait à Strasbourg, le , avec Henriette Benner de Niederlenz (canton d'Argovie), décédée le . Il s'alliait enfin le , à Strasbourg, avec Marie Salomé Vetter, décédée le . Il était père de huit enfants parvenus à l'âge adulte (4 fils et 4 filles).

Distinctions[modifier | modifier le code]

Jacques Timothée Dürr était chevalier de la Légion d'honneur et titulaire de la Croix de bronze de la Société internationale de secours aux blessés.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Jacques Timothée Dürr, Verfasser der für die Kolonialgeschichte Algériens wichtigen Schrift : vier Monate in Algérien. Berecht über meine Aufnahme in Dely-Ibrahim, Treuttel und Würtz, Strasbourg, 1844.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • M. Penel Beaufin, Législation générale des cultes protestants en France, en Algérie et dans les colonies, V. Giard et E. Brière, Paris, 1893, p. 225-241 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gabrielle Cadier-Rey, « Trois tournées pastorales en Algérie au XIXe siècle », in Bulletin de la Société de l'Histoire du protestantisme français, Tome 155, juillet-août-, p. 677-697.
  • A. Chenot, Notice historique sur la paroisse d'Alger, Contant-Laguerre, Bar-le-Duc, 1904, p. 5-12 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ernest Lehr, Dictionnaire d'administration ecclésiastique à l'usage des deux Églises protestantes de France, Vve Berger-Levrault et fils, Paris, 1869, p. 23-27 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Volff, « Une Église protestante unie en Algérie », in Positions luthériennes, no 1, janvier-, p. 71-76 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Volff, « L'apôtre de l'Algérie : le pasteur alsacien Jacques Timothée Dürr (1796-1876) », in Revue d'histoire du protestantisme, tome 4, janvier-, p. 133-148.
  • Jean Volff, L'Église protestante mixte d'Algérie (1830-1908), Olivétan, Lyon, 2020.
  • Jean Volff, « Dürr, Jacques Timothée », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 2 : D-G, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2020, p. 360-361 (ISBN 978-2-84621-288-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ANOM, ville de Mustapha, acte de décès n°577, vue 154
  2. (de) Marie-Joseph Bopp, Die Evangelischen Geistlichen und Théologen in Elsass und Lothringen, Neustadt an der Aisch, 1959, no 1043, p. 123
  3. Archives départementales du Bas-Rhin, dossier du pasteur J.T. Dürr, 2V 353.
  4. Archives départementales du Bas-Rhin, dossier 2V 209