Jacques Rémus

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Jacques Rémus
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Portait Jacques Rémus devant les premiers Thermophones. Atelier des Frigos, 2016
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Jacques Rémus, né en 1947 à Versailles, est un artiste sonore, musicien expérimental, compositeur, auteur de sculptures sonores interactives et de machines musicales robotisées ainsi qu'un biologiste français.

Biographie et formation[modifier | modifier le code]

Biologiste à l’origine[1], agronome (INA Paris-Grignon 1968-1970, DEA ENS-Ulm 1971 ), et chercheur en écologie marine et aquaculture (CNEXO, actuel Ifremer), Jacques Rémus choisit à la fin des années 70 de se consacrer à la musique et à l’exploration de différentes formes de création. Saxophoniste[1], il participe à la fondation du groupe Urban-Sax. Après de nouvelles études il est diplômé en Musicologie à Paris VIII, il s'initie en Acoustique et Musique à Paris VI avec Émile Leipp, il suit diverses formations en composition musicale (GRM, IACP, École Normale de Musique, Scola Cantorum, GMEB, IRCAM). Plus tard, il est admis à une formation nationale de responsables d’entreprises artistiques et culturelles à l’ANFIAC, (Paris, 1988-89).

Influences[modifier | modifier le code]

Durant ses premières études, il est attiré par la musique électro-acoustique de Pierre Schaeffer dont il suit les enseignements au GRM et surtout de Pierre Henry. Il est influencé par des musiciens de « free jazz » comme Steve Lacy ou Don Cherry qui le conseillent. Il mène des activités pédagogiques de 1975 à 1980 avec le GRM, l’Ensemble 2e2m et enseigne à l’École Nationale des Beaux-Arts de Bourges. Il crée au même moment le collectif « Musique en Herbe », axé sur la formation musicale de jeunes enfants et utilise la construction d’instruments de musique inspirés de la facture instrumentale comme base pédagogique[2],[3].

À partir de 1980, après un séjour aux États-Unis et au Canada où il rencontre des artistes de la "sound-sculpture", Jacques Rémus se consacre progressivement puis exclusivement à l'écriture musicale et à la conception de sculptures ou "machines" musicales.

Son travail est influencé par la musique de Conlon Nancarow que Charles Amirkhanian lui fait découvrir en 1979 et que lui présenta plus tard Trimpin (en).

Il est aussi très séduit par les œuvres de nombreux auteurs de science-fiction et en particulier de Raymond Roussel que lui fait découvrir Pierre Bastien[4].

Démarche[modifier | modifier le code]

Sa production démarre en 1981. La particularité de son travail est d’utiliser des processus industriels comme des chaînes de fabrication à actionneurs pneumatiques, des transmissions informatiques sur longues distances, des démultiplexeurs originaux pour former des ensembles instrumentaux mêlant des sons produits mécaniquement avec une lutherie traditionnelle et des sons acoustiques générés avec des énergies ou des matériaux nouveaux [5],[6].

Ses premières commandes robotiques étant développées avant la diffusion du langage musical MIDI, il développe son propre protocole avec des ordinateurs primitifs comme le Sinclair ZX81. La spatialisation de sources sonores mécaniquement animées et non amplifiées est aussi la caractéristique de ses installations. Ses ensembles de machines sont en général volumineux car les sons graves non amplifiés demandent de grandes dimensions[7].  

Privilégiant l’espace public, il produit des installations fonctionnant en extérieur à partir de la fin des années 90[8],[9].

Jacques Rémus réalise des arrangements musicaux de trois types : des musiques que seules des machines peuvent jouer, des musiques bruitistes inspirées de la démarche de Luigi Russolo et des musiques «reconnaissables» arrangées à partir d’un répertoire allant de la musique baroque à la musique contemporaine, alors jouées sur des ensembles accordés. La démarche de Jacques Rémus, reliée à l’Art sonore, se rattache plus précisément à ce qui est théorisé par les allemands sous le nom de Klangkunst, une pratique artistique plus qu’un mouvement[5],[10],[11].

Réalisations[modifier | modifier le code]

Ses œuvres ont été présentées dans des installations, des spectacles, des expositions-concerts ou des performances en France, au Canada, États-Unis, Japon, Afrique du Nord et dans plusieurs pays d’Europe.

Parmi une vingtaine d’installations crées et diffusées entre 1990 et 2011, les plus importantes sont : Concertomatique N°2 (1992), La Roue Leonardo (1995), Le Carillon des Zic-phones (1998), le Carillon N°3 (2001), L’Ensemble des Machines à Laver Musicales (2002), l'Orgabulles (2006), les Thermophones à Bascules (2008), les Motorgs (2011) avec la Cie Sud-Side[12],[13],[14],[15].

Il crée des spectacles avec musiciens et machines comme Bombyx (1981) ou le Double Quatuor à Cordes (1987). Puis plus tard il crée Léon et le Chant Des Mains (2001, commande du Festival de Donaueschingen avec le collectif Métalu-A-Chahuter), Jean Sebastien B et les Machines Vivantes (avec la cantatrice Cécile Rives) ou Signa (2001-2009, duo avec Rolf Sudman, théréministe)[16],[17],[18],[19],[20].

Et pour jouer avec les machines, il développe des systèmes interactifs dont la « Camera Musicale » (interface virtuelle entre le geste et la musique) qui permettent de jouer avec les  installations. Il produit des animations comme le Clavecin du fantôme de Madame de Brimont à Cassan (2006) ou des installations entièrement automatisées comme les Bascules à percussion (2008) pour le Musée des Sciences à San Sebastian (Espagne) et au Musée des Arts Forains à Paris : aux Salons de Musique (1999), Salons vénitiens (2000) et au Théâtre du Merveilleux (2003-2020).

Parallèlement, il écrit des musiques pour le spectacle et le film (Michel Caserta, Denis Pondruel, Stéphane Fievet, Abraham Ségal (1995 à 2019), et a coproduit des spectacles dont il écrit la musique (Aod-Konkhé 1982, Les Muses Bathymétriques 1984).

Depuis 2014 son travail est axé sur la création d’un instrumentarium basé sur la thermoacoustique (tuyaux d’orgues sans soufflerie, fonctionnant avec de très hautes températures). Lauréat 2016 des projets « Arts et Sciences » de la Diagonale de Saclay, il travaille en collaboration avec plusieurs équipes du CNRS et des laboratoires aux États-Unis en particulier avec le professeur Steven Garret du Pennsylvania State University pour mettre au point les «Thermophones». Il produit des installations et concerts automatiques Thermophones 2 (2011) puis Thermophonia (2014-2019), ensemble de 40 Thermophones présenté avec musiques originales[21],[22].

Son atelier principal est depuis 1985 situé aux Frigos de Paris, en proximité de la Grande Bibliothèque (Paris, 13e).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Aquaculture[modifier | modifier le code]

« Critères et moyens d'étude pour la recherche des sites à priori favorables pour l'aquaculture », Actes des Colloques n° 1, CNEXO Best, 1973. Pages 387 à 398 .

"Inventaire des sites à priori favorables à l'aquaculture. Côte Atlantique de Bordeaux à la Rochelle 2e partie (tomes 1 et 2).",  Rapports CNEXO-COB, 1974, 767 pages.

Inventaire des sites favorables à l'aquaculture de la côte Atlantique. Étude générale, Brest, CNEXO, 1973-1975 .

Pédagogie[modifier | modifier le code]

« Des instruments à construire par les enfants, », Cahiers recherche/musique, 1- Pédagogie musicale d'éveil, Paris, INA-GRM, Institut National de l'Audiovisuel, numéro spécial avec Elisabeth Dumurier, Michel Chion, François Delalande, Vishka Radkiewitcz, Evelyne Gayou et Claire Renard, 1° trimestre 1976, pages 67-77.

Machines musicales[modifier | modifier le code]

  • « The music of ringed pipes », Proceedings of the International Symposium on Musical Acoustics, july 2-6, 1995, p.68-73.
  • « De la musique mécanique à la « Mécamusique », une démarche basée sur l’informatique musicale de commande. », Actes des Journées d’Informatique Musicale (JIM 2012), 9-11 mai 2012, Pages 23 à 32.
  • Musiques Arts Technologies. La Sculpture sonore, pratique artistique en recherche de définition., Paris, L’harmattan, collection Musique/Philosophie, 2004 (ISBN 2-7475-6691-9), pages 61 à 77.
  • « NIME 2007 ,7th international Conference on New Interfaces for Musical Expression, Panelist bio », Proceeding NIME 2007 New York edited by Langdon Crawford, 2007, page 23 dans 484 pages .
  • « Non haptic control of music by video analysis of hand movements », Proceedings of the International Conference on New Interfaces for Musical Expression (NIME) (ISBN 978-2-84426-314-8), 2006, Pages 250 à 253 sur 435 pages.
  • « Les Thermophones, récentes évolutions et spatialisation », Forum International Ircam Montréal, février 2021.

Musiques de film[modifier | modifier le code]

Courts métrages
  • 1997 : Les Tourments de Miss Murphy de Jean-Noël Delamarre, avec Éric Provoost et Rufus
  • 1997 : Tallula !, fiction de Violaine Bellet, Antoine Capliez, avec Franck Douaglin, Karl Hauchwarter et Violaine Bellet
  • 1999 : Vita, film d’animation de Vita Ivantcha
  • 2004 : Tage und Nächte in Paris de Georg Stefan Troller
Longs métrages

Pour le réalisateur Abraham Segal :

  • 1983 : Alésia et retour, voyage phénoménal
  • 1986 : Hors les murs
  • 1989 : Comme des fleurs
  • 1989 : Van Gogh, la revanche ambiguë
  • 1996 : Enquête sur Abraham
  • 1999 : Enquête sur Paul de Tarse
  • 2000 : Le Mystère Paul
  • 2013 : Quand Sisyphe se révolte
  • 2014 : Camus, de l’absurde à la révolte
  • 2017 : Enseignez à vivre ! Edgar Morin et l’éducation innovante

Radios[modifier | modifier le code]

  • Bruno Letort, « Tapage nocturne reçoit Jacques Remus (OCTOPUS) 2007[23] ;
  • Elsa Daynac, Reportage avec Jacques Rémus et son orgue particulier, 8 mars 2016 À 7h25[24] ;
  • Aude Lavigne, la-vignette-jacques-remus-inventeur, 28/10/2011[25].

TV vidéos[modifier | modifier le code]

  • Reportage de J.Ansault consacré à l'artiste sonore Jacques Rémus diffusé le 21 septembre 2006 sur Direct 8 dans l'émission Tout va bien[26].

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

  • Faust d'or en 1994 et en 1998 au F.A.U.S.T. (Forum des Arts de l'Univers Scientifique et Technique), Toulouse.

Références et notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Jacques Rémus », sur data.bnf.fr (consulté le )
  2. Madeleine Gagnard, L’éveil musical de l'enfant, Paris, Les édtions ESF, collection Science de l'_Éducation, , 168 p. (ISBN 2-7101-0160-2), pages 78-79
  3. André Murat, « L'éveil du tout petit », Cahiers de l'animation musicale n°30,‎ , pages 60-61
  4. Gérard Nicollet, Les Chercheurs de Sons, Instruments inventés, machines musicales, sculptures et installations, Paris, Editions Alternatives, , 157 p. (ISBN 2-86227-434-8), pages 120 à 125
  5. a et b Jean-Yves Bosseur, Musique et Arts plastiques, Interactions au XX_ème siècle, Paris, Éditions Minerve - Musique ouverte, , 306 pages p. (ISBN 2-86931-088-9), page 87
  6. Fabrice Leduc et Jacques Boutin, « Bruit et son, Les plaisirs du son, Instruments - La flûte enchantée », Sciences et Avenir, Hors série N° 79, (ISSN 0036-8636),‎ octobre novembre 1990, page 72
  7. (en) Sandra Rhobiny, « Art writing and politics from Paris, Because ot the wonderful things he does. », Kilometer zero magazine N°3,‎ , Pages 50 à 55 (www.kilometerzero.org)
  8. Anne Gonon, Tout ouïe, La création musicale et sonore en espace public, Lovérune 84880, Ed. L'Entretemps, HorsLesMurs - Lieux publics, , 192 p. (ISBN 978-2-35539-204-7, lire en ligne), page 83
  9. Cécile Regnault, Une recherche-action pour une conception sonore des espaces publics., Chalon sur Saone, revue Phonurgia, , 80 p., Pages 60 et 72 , annexe Pages 8 et 9
  10. (de) Helga de la Motte-Haber, Klangkunst - Tönende Objekste und kingendre Raüme, Berlin, Laaber-Verlag, , 352 p. (ISBN 3-89007-432-4), page 161
  11. Jean-Yves Bosseur, L’art sonore. Le son dans les arts plastiques contemporains., Paris, Editions Minerve, collection Musique ouverte, , 244 p. (ISBN 978-2-86931-160-2, lire en ligne), pages 85-86
  12. Festival Musique en scène, « Expositions et installations sonores, Concertomatique phase 2 de Jacques Rémus », catalogue Festival,‎
  13. (en) The Council for the International Biennale in Nagoya, Japan, « Jacques Rémus - Concertomatique et l'horticole musique », catalogue d'exposition ARTEC,‎ , pages 44 à 49 sur 132 pages
  14. Claude Lorent, « Les sonorités des arts visuels », sur La Libre Belgique (consulté le )
  15. « La Fabrique sonore Expérience Pommery #9 », Beaux-Arts éditions, TTM éditions,‎ , p. 9,32,33,48 (ISBN 978-2-84278-897-1, www.beauxartsmagazine.com)
  16. (de) Claus Spahn, « ZEIT ONLINE | Lesen Sie zeit.de mit Werbung oder im PUR-Abo. Sie haben die Wahl. », sur www.zeit.de, (consulté le )
  17. Sébastien Hoët, « La Main enchantée, Entretien avec Jacques Rémus », Tausend Augen, n° 24,‎ décembre 2001 février 202, pages 14 à 17
  18. Hubert Baumann, « Léon et le Chant des Mains Donaueschingen 2001 », sur https://vimeo.com/432549466, (consulté le )
  19. Marie Lechner, « Sons dessus dessous », Liberation,‎ , pages 27 28 (ISSN 0335-1793)
  20. Antoine Calvino (photogr. William Beaucardet), « Inventeurs d’Instruments. Lutherie sauvage », Trax,‎ , pages 54-55
  21. Hung Dinh Truong, « Étude du démarrage du son produit par un instrument de musique thermoacoustique : le thermophone », Conference Paper CFA/VISHNO,‎ , Pages 914 à 919 (lire en ligne)
  22. (en) Rémy Franck, « A very special concert with Thermophones », sur Pizzicato, (consulté le )
  23. « Tapage nocturne : podcast et replay sur France Musique », sur France Musique (consulté le )
  24. « Reportage avec Jacques Rémus et son orgue particulier », sur France Musique (consulté le )
  25. « LA VIGNETTE : Jacques Remus, inventeur », sur France Culture (consulté le )
  26. « Jacques Rémus - Vidéo Dailymotion », sur Dailymotion (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]