Jacques Mayol

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Jacques Mayol (1er avril 1927 à Shanghai, Chine - à Calone, île d'Elbe, Italie) était un plongeur apnéiste français.

Pratiquant une gymnastique et une méditation inspirée du yoga, il est le premier plongeur au monde à descendre à une profondeur de 100 mètres en apnée, en novembre 1976, dans les eaux de l'île d'Elbe. Il a ouvert la voie à de nombreux plongeurs libres, dont la discipline n'est pas reconnue.

Quand il plongeait, Mayol surprenait les scientifiques, car son rythme cardiaque pouvait passer de 70 à 20 pulsations par minute ; cette bradycardie aurait dû provoquer une syncope.

Parcours[modifier | modifier le code]

Issu d'un milieu aisé, il se retrouve bloqué à Marseille en 1939 à cause de la Seconde Guerre mondiale. Avec son frère Pierre Mayol, il plonge souvent avec des masques taillés dans des chambres à air de camion et une arbalète artisanale pour pêcher un peu de poisson. À dix-sept ans, il décide de s'engager dans l'aviation au Maroc mais revient à Marseille en 1945. Il passe alors son temps dans les calanques de Marseille avec Albert Falco qui devient le capitaine de la Calypso de Jacques-Yves Cousteau.

Attiré par la Suède, Jacques part en 1948 pour ce pays où il se marie quelques années plus tard avec Vibeke Boje Wadsholt (ou Vicky) dont il a une fille (Dottie) et un garçon (Jean-Jacques/Pedro). En 1957 divorce et départ avec ses enfants pour s'installer à Miami. Mayol passe alors beaucoup de temps avec un dauphin nommé Clown ; en l'observant comme un élève observe le maître, il parvient à améliorer son apnée.

Il fait la rencontre de Enzo Maiorca en 1966 aux Bahamas en battant son record de profondeur par une plongée à 60 m.

Contrairement à ce qui lui avait été prédit, sa cage thoracique n'a pas été écrasée par la pression dès la profondeur de 40 m, ce qui a permis de découvrir le « bloodshift », qui compense en partie la diminution du contenu aérien du thorax, suivant la loi de Boyle-Mariotte, par une augmentation du volume sanguin des capillaires alvéolaires des poumons. Ce sang provenant de l'abdomen et des membres, qui peuvent être comprimés par la pression sans difficulté.

Cette adaptation physiologique nécessaire pour résister sans dommage à la pression de l'eau lors d'une plongée au-delà d'une trentaine de mètres existe chez les mammifères marins, les phoques, les otaries, mais on ignorait alors que l'homme puisse lui aussi faire preuve de cette même capacité, même à un moindre degré.

La compétition entre les deux plongeurs commence alors. En 1973, Jacques s'installe en Italie. Il y effectue une dizaine de plongées expérimentales pendant lesquelles son pouls descend à 26 pulsations par minute, alors que son nombre de plaquettes et de globules rouges est étonnamment élevé.

En 1983, Jacques se rend à Marseille pour assister à l'enterrement de sa mère. C'est à cette occasion qu'il fait la connaissance de Luc Besson qui lui présente son projet de film intitulé Le Grand Bleu. Le personnage de Jacques Mayol, romancé, est interprété par Jean-Marc Barr. On retrouve notamment sa rivalité avec l'italien Enzo Maiorca (nommé Enzo Molinari dans le film et interprété par Jean Reno).

Le succès du film les surprend. C'est pourquoi Jacques décide de réviser le contrat afin de bénéficier financièrement de cette réussite, ce qui ne manque pas de jeter un grand froid entre le plongeur et le réalisateur. Enzo Maiorca fut contacté par le réalisateur mais les négociations n'aboutirent pas[1]. Les deux apnéistes n'apprécièrent pas le film. Enzo Maiorca essaya même de faire interdire le film en Italie, sans succès.

Dans l'histoire de l'évolution, les mammifères marins sont encore, si l'on peut dire, des parents assez proches. Était-il possible de retrouver chez l'homme des capacités d'adaptation au milieu aquatique ou marin, et à la pression, dont avaient pu faire preuve ses ancêtres dans l'évolution ? L'ontogenèse reproduisant la phylogenèse, suivant l'heureuse formule de Haeckel, Jacques fut très durablement passionné par ces questions d'évolution de mécanismes physiologiques, sur lesquels il se documenta longuement[2], pour croiser les expériences qu'il parvenait à avoir, avec une avancée des connaissances dans ce domaine.

D'où son intérêt pour les accouchements pratiqués par le Dr Frédérick Leboyer puis le Dr Michel Odent, où le nouveau-né, quittant le liquide amniotique dans le ventre maternel, après avoir traversé l'épreuve de l'expulsion, se retrouve d'abord en basse lumière sur le ventre de sa mère, avant de baigner dans de l'eau à une température proche de celle qu'il vient de quitter, dans la perspective de minimiser le traumatisme de la naissance, suivant les termes d'Otto Rank. Cette façon de naître plus respectueuse de l'enfant et de sa mère, ou du moins avec moins de violences inutiles, était plus proche de l'eau de la mer, du rivage, de la nature, et la question se posait alors de savoir à quel point l'eau pouvait faciliter la naissance, et le travail même, dans l'accouchement, et aussi quelle influence bénéfique pourrait s'en trouver chez l'enfant ensuite. C'est une partie de ce qu'il cherchait dans la « delphinisation » de l'homme, qu'il poursuivait.

En 1990, au Cap d'Agde, avec le Dr Marc Ohana, Denis Brousse, Denis Fonquerle et ses parents, il participe à la « naissance avec la mer », à la plage de la Grande Conque, dans quatre mètres d'eau, de Jonathan, une première minutieusement préparée, et une réussite qui entraîne une polémique[3] et dont la plupart des images ne paraissent que des années plus tard.

Martin Eden de Jack London était son livre de chevet toute sa vie durant[4].

En 2001, il se suicide par pendaison à son domicile de Calone (sur l'île d'Elbe) où il vivait depuis plus de trente ans. Ses cendres ont été dispersées au large de la Toscane.

Une plaque en son honneur a été posée près du monument de Yonaguni au Japon, près d'un site archéologique sous-marin inédit qu'il lui avait plu d'explorer. Hommage lui a également été rendu en 2011 à l'île d'Elbe par l'apposition d'une plaque dans la mer Tyrrhénienne.

Ses records[modifier | modifier le code]

  • 1966 : - 60 m
  • 1976 : - 100 m
  • 1983 : - 105 m (à 56 ans)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Conférence de presse à la sortie du grand Bleu, question à Luc Besson
  2. notamment "Thalassa" de Sandor Ferenczi, Payot Ed.
  3. Paris Match, 21 juin 1990
  4. (P. Mayol et P. Mouton 2003, p. 9 et chap. II : « Sur la piste de "Jack" »)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]