Jacques Gruet

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Note de Jacques Gruet placardée le 27 juin 1547. (Le chiffre « 7 » a été ajouté, référence des pièces du procès).

Jacques Gruet était un clerc de notaire genevois, par ailleurs libertin et athée, mis à mort pour ses opinions en 1547.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jacques Gruet, membre du « parti des libertins », est arrêté pour avoir placardé dans la Cathédrale Saint-Pierre de Genève un texte dénonçant la tyrannie théocratique instaurée par Jean Calvin.

Jacques Gruet est exécuté à Champel par décapitation, le 26 juillet 1547 après avoir été longuement torturé[1].

Il aurait véhiculé des thèses proches du traité des trois imposteurs.

Placard polémique[modifier | modifier le code]

Le placard fixé contre la chaire de Calvin le serait le plus ancien original d’un texte écrit en patois genevois, conservé aux Archives d’État[2].

Transcription et traduction selon Jeanjaquet publiés dans le Bulletin du Glossaire des patois de la Suisse romande en 1913[3] :

Détail.

« Gro panfar, te et to compagnon gagneria miot de vot queysi ! Se
vot not fade enfuma, i n’y a persona que vot gardey qu’on ne vot
mette en ta lua qu’epey vot mouderi l’oura que james vot
saliete de votra moennery. Et mesuit prou blama ! Quin dyablo !
Et to sut que cetou fottu pretre renia not vegnon ice mettre
en ruyna. Apret qu’on a prou endura, on se revenge. Garda
vot qu’i ne vot nen pregne comme i fit a mosiur Verle de
Fribor. Not ne vollin pa tan avey de metre. Notta bin mon
dire.
 »

« Gros pansu, toi et compagnons feriez mieu de vous taire ! Si vous nous poussez à bout, il n'y a personne qui vous garde qu’on ne vous mette en tel lieu que peut-être vous maudirez l’heure que vous sortîtes jamais de votre moinerie. C'est désormais assez blâmé ! Que diable ! il est bien sûr que ces f..tus prêtres renégats viennent ici nous mettre en ruine. Après qu’on a assez enduré, on prend sa revanche. Gardez-vous qu’il ne vous en prenne comme il fit à monsieur Werli de Fribourg. Nous ne voulons pas tant avoir de maîtres. Notez bien mon dire. »

Selon Jeanjaquet, le « Gros pansu » désignerait Abel Poupin, un ancien franciscain de l’Anjou et pasteur à Genève depuis 1543. Outre les termes injurieux, le texte contient une menace de mort : le chanoine de Saint-Pierre de Genève Pierre Werli avait été tué d’un coup d’épée en 1533 par un réformé au cours d’une émeute[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Berriot, « Un procès d'athéisme à Genève : l'affaire Gruet (1547-1550) », Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, vol. 125,‎ , p. 577-592 (présentation en ligne)
  • Registres du Consistoire de Genève au temps de Calvin, t. II (1545-1546), Genève, Droz, , 417 p. (ISBN 2-600-00638-9), p. 191-192
  • François Berriot, « Remarques sur l’ « Athéisme » au XVIe siècle en France », dans Anne Staquet (direction), Athéisme voilé/dévoilé aux temps modernes: Actes de colloque, Bruxelles, Académie royale de Belgique, (ISBN 9782803103539)
  • George Hoffmann, « Littérature dissidente ou tributaire de la polémique réformée ? », Les Dossiers du Grihl, no 1,‎ (lire en ligne)
    La pensée de trois dissidents notoires du XVIe siècle, Jacques Gruet, Noël Journet et Geoffroy Vallée, est comparée à la polémique réformée pour suggérer qu’ils sont moins en rupture avec la pensée officielle de leur temps qu’on l’a prétendu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éléments (revue), n°117, été 2005, Ephémérides, p.2
  2. Christian Vellas, Genève insolite et secrète, Versailles, Jonglez, , 223 p. (ISBN 9782361950552), Jacques Gruet : l’auteur du plus ancien document genevois en patois (p. 81).
  3. Jeanjaquet 1913, p. 58, 63.
  4. Olivier Labarthe, « La Réforme et la réforme catholique : Les débuts de la Réformation à Genève », dans Encyclopédie de Genève, vol. 5 : Les religions, Genève, , 295 p. (lire en ligne), p. 126 (La politique s’en mêle)

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