Jacques Bidet

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Jacques Bidet
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Jacques Bidet est un philosophe et théoricien social français. Il est professeur émérite à l'Université Paris-Nanterre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1935 dans une famille paysanne, Jacques Bidet étudie d’abord la théologie, notamment à la faculté jésuite de Louvain, puis la philosophie à la Sorbonne. En 1964, il soutient, sous la direction de Maurice de Gandillac, une thèse de troisième cycle de philosophie intitulée « Dialectique de la religion et dialectique de l’histoire ». Il enseigne ensuite à l’Université Saint Esprit de Kaslik (Liban), tout en préparant l’agrégation de philosophie, qu’il obtient en 1965. Après une année au lycée de Colmar, il enseigne, comme Maître assistant, à l’Université d’Alger de 1967 à 1970. Puis au Département de philosophie de l’Université Paris-Nanterre, où il deviendra professeur en 1998. En 1986, il fonde avec Jacques Texier la revue Actuel Marx (Presses Universitaires de France), qu’il dirige, d’abord avec celui-ci, jusqu’en 2006. Ainsi que la collection Actuel Marx Confrontation. Cette revue comportera aussi une édition sud-américaine en langue espagnole, d’abord en Argentine, puis au Chili. En 1995, il crée le Congrès Marx International (Université de Paris-Nanterre), qui se réunira tous les trois ans jusqu’en 2006. En 2003, professeur émérite à l'Université Paris-Nanterre, il demeure membre du SOPHIAPOL, où il tiendra un séminaire jusqu’en 2018. Il sera invité à exposer la réinterprétation du marxisme qu'il propose et les thèses sur la société moderne qui en découlent dans une trentaine d’universités d’Europe, d’Amérique du Sud et du Nord, de Chine et du Japon. Il tissera notamment des liens avec le Département de philosophie de l’université de Fudan, Shanghai, où il coorganisera, au titre d’Actuel Marx et du SOPHIAPOL, cinq conférences internationales, et où il enseignera durant un mois en 2013. Il est visiting professor à Peking University depuis 2019.

Une théorie de la société moderne

L’œuvre de Jacques Bidet, qui se développe de façon continue sur plusieurs décennies, s’appuie notamment sur une réception croisée des traditions antagoniques de Louis Althusser et Jürgen Habermas, se référant également à Michel Foucault, Pierre Bourdieu et Immanuel Wallerstein. La « théorie », à ses yeux, s'élabore à l’interférence entre les diverses sciences sociales et la philosophie ; elle a censément pour corrélat une « pratique » politique. En ce sens, il propose une « théorie métastructurelle », qui considère la structure de la société moderne à partir des présupposés de raison (métastructure) qu’elle instrumentalise. Cette démarche se développe en plusieurs niveaux d’analyse, dont chacun donne lieu à une grappe de concepts impliquant rapports de classe, de genre et de colonialité.

Elle prend son point de départ, autour des années 80, dans un projet de reconstruction du Capital[1]. Marx, avance-t-il, y propose certes une « critique de l’économie politique », mais sur le fond d’une « théorie de la société moderne ». Celle-ci ne se décline pas seulement en infrastructure économique et superstructure politique. Car la « structure » ainsi définie, par laquelle l’exploitation salariale assure l’accumulation de capital, ne se comprend qu’à partir de la logique « métastructurelle » de marché qui la sous-tend, qu’elle retourne en logique capitaliste par la marchandisation la force de travail elle-même. Cet ordre structurel comporte cependant une tendance inéluctable à la concentration en très grandes entreprises, où la logique marchande est appelée à se trouver marginalisée par rapport à une logique organisationnelle dont le salariat, de plus en plus instruit et organisé, va progressivement prendre le contrôle. Voilà le « grand récit » qu’il s’agira de déconstruire.

Dans les années 90, il développe ainsi une théorie alternative, selon laquelle le marché et l’organisation ne sont pas à comprendre selon une telle séquence historiciste, mais comme les deux pôles de la «métastructure de la modernité», formant une alternative constamment présupposée. C’est là le cadre d’une confrontation générale opposant, au sein de la classe dominante, d’une part, les capitalistes, privilégiés du marché, et, d’autre part, les « compétents » (les détenteurs d’autorité compétente,) privilégiés des processus organisés. En face : une classe dite « fondamentale », celle des sans-privilèges, qui combat sur ces deux fronts, contraints cependant de rechercher une alliance stratégique avec ces derniers. Le choix entre eux ces deux « media » alternatifs, marché et organisation, ne pouvant se justifier que par le discours public, la confrontation s’organise autour du débat supposé démocratique. Tel est le cadre formel de la lutte moderne de classe[2].

Autour des années 2000, cette société moderne est considérée en ce qu’elle n’existe que sous la forme de l’État-nation, qui émerge politiquement quand des communautés en viennent à s’imposer sur des espaces qu’elles s’approprient comme leur territoire propre. On entre dès lors dans un nouveau registre, qui n’est plus « structurel », mais « systémique », au sens du Système-monde, inégal par nature, où s’affrontent non pas des adversaires, mais des ennemis, et dont la catégorie centrale n’est pas la lutte (sociale) mais la guerre, notamment coloniale. L’ordonnance impérialiste du Système-monde ne peut cependant empêcher qu’avec le développement des sciences et des techniques n’émerge, au tournant des années 70-80, une nouvelle configuration globale, celle d’un État-monde, où l’on retrouve, sous le régime néolibéral, la même structure d’affrontement étatique de classe. Le monde présent s’analyse dès lors comme l’entrelacement pervers du Système-monde et de l’État-monde[3].

Dans la dernière période, cette approche se traduit en théorie politique orientée vers une stratégie du « commun du peuple » à l’encontre des forces capitalistes et tout autant des dits « compétents », pourtant ses alliés nécessaires[4]. La perspective est celle d’une Nation-monde comme tâche de la communauté humaine face au désastre écologique qui menace la vie dans son ensemble.

Cette approche "métastructurelle" entre en conflit avec la plupart des usages aujourd'hui pratiqués de l'héritage marxien, qu'elle critique soit comme éclectiques, amalgamant économisme et humanisme, soit comme idéalistes, oublieux du matérialisme historique, les jugeant, dans l'un et l'autre cas, incapables de fournir une image cohérente de l'histoire contemporaine et de fonder une politique. Sa réception, au vu des traductions, est surtout le fait de certains cercles intellectuels engagés en politique en Italie, en Amérique latine, en Extrême-Orient (Chine, Corée, Japon) et, plus inégalement, dans le monde anglo-saxon.


[1] Voir Que faire du Capital ?, 1985, pp. 11-1

[2] Théorie Générale, 1999.

[3] L’État-monde, 2011.

[4] « Eux » et « nous » ?, 2018.

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Enseignant à l'université d’Alger en 1968, Jacques Bidet est élu secrétaire de la section Snesup. Parallèlement, il collabore aux activités du PAGS, Parti de l’Avant-Garde Socialiste, qui a pris la suite du Parti communiste algérien dans la clandestinité. Maître-assistant à l’Université de Nanterre en 1970, il adhère au Parti communiste français et devient membre du bureau la Section de Nanterre (Ville et Université). En 1982, il anime la défense de Henri Fiszbin, Secrétaire de la Fédération de Paris du PCF, entré en dissidence. Il se trouve ainsi lui-même « hors du parti », selon l'expression de l'époque, ce qu'il formalise en démissionnant. Il participe aux travaux d'ATTAC depuis sa création, en tant que membre de son Conseil Scientifique . En 2008, il prend part au lancement de la Fédération pour une Alternative, Sociale et Écologique (FASE). Puis il adhère à Ensemble !, qui en est le prolongement. Il milite au Front de Gauche et s'exprime en ce sens dans la presse. Il soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles de 2012 de 2017, mais n’adhère pas à La France insoumise. Durant cette période, à partir de 2012, il s’est en effet principalement consacré à mettre en avant une tout autre perspective stratégique, fondée sur sa propre approche théorique qu’il expose dans « Eux » et « Nous », Une alternative au populisme de gauche, Kimé, 2018, et.  On en trouve un aperçu dans « La leçon des gilets jaunes aux gilets rouges »[1].

Il co-signe également une pétition en soutien à Gérard Filoche, exclu du Parti Socialiste suite à un tweet jugé antisémite, en soulignant l'« atteinte portée à l’honneur d’un militant qui a consacré sa vie entière à défendre les libertés syndicales et le Code du travail, à lutter contre le racisme et l’antisémitisme »[1]


[1] › debats › 2018/12/22

Principaux ouvrages publiés[modifier | modifier le code]

  • Que faire du « Capital » ? : Matériaux pour une refondation, Paris, Klincksieck, 1985, 300 p. ; 2e éd., Presses Universitaires de France, « Actuel Marx confrontation. Série Philosophie », 2000. (ISBN 2-13-050292-X) (paru en anglais, en coréen, en croate et en japonais).
  • Théorie de la modernité, suivi de Marx et le marché, Paris, Presses Universitaires de France, « Questions », 1990, 300 p. (ISBN 2-13-043291-3) (paru en italien et en espagnol).
  • John Rawls et la théorie de la justice, avec la collaboration d'Annie Bidet-Mordrel, Paris, Presses Universitaires de France, « Actuel Marx confrontation », 1995, 140 p. (ISBN 2-13-047141-2) (paru en espagnol).
  • Théorie générale : théorie du droit, de l'économie et de la politique, Paris, Presses Universitaires de France, « Actuel Marx confrontation », 1999, 504 p. (ISBN 2-13-050358-6) (paru en chinois et en croate).
  • Dictionnaire Marx contemporain, avec Eustache Kouvélakis, Paris, Presses universitaires de France, « Actuel Marx confrontation », 2001, 600 p. (ISBN 2-13-052082-0) (paru en anglais, en turc et en chinois) .
  • Explication et reconstruction du « Capital », Paris, Presses Universitaires de France, « Actuel Marx Confrontation ,» Série Philosophie », 2004, 320 p. (ISBN 2-13-054675-7) (paru en espagnol, en brésilien, en italien, traduit et à paraître en chinois).
  • Altermarxisme : un autre marxisme pour un autre monde, avec Gérard Duménil, Paris, Presses Universitaires de France, « Quadrige. Essais, débats », 2007, 300 p. (ISBN 978-2-13-056498-0) (paru en espagnol, en polonais et en coréen, traduit et paraître en chinois).

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