Jack Goody

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Jack Goody
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John Rankine Goody dit Jack Goody est un anthropologue britannique né le et mort le (à 95 ans)[1]. Initialement spécialiste de l'Afrique, Jack Goody s'est ensuite intéressé de près à l'histoire de la famille durant le Moyen-Âge européen, devenant une figure de proue du renouveau des études historiques sur la famille européenne, en Angleterre à l'école de démographie historique de Cambridge, mais aussi en France où il a exercé une grande influence au sein de l'anthropologie historique. Ses travaux comparatistes entre l'Eurasie et l'Afrique, et sur les transformations de la parenté en Europe dans le bas Empire romain sous l'influence grandissante de l’Église chrétienne, ont durablement marqué ses disciplines.

Biographie, œuvre et influences[modifier | modifier le code]

Jack Goody est né à Londres en 1919. Il est engagé volontaire en 1939 dans l'armée britannique, déterminé à combattre le nazisme. Fait prisonnier à Tobrouk, il est emprisonné en Italie. Il s'échappe d'un train lors de son attaque par des partisans italiens dans un fait d'armes qu'un témoin n'hésite pas à qualifier d'« héroïque »[citation nécessaire]. Goody raconte lui-même que sa vocation d'anthropologue serait née de la privation de livres durant cette période, puis au contact des bergers des Abruzzes illettrés qui l'ont caché. De là viendrait son questionnement sur la communication parmi les peuples sans écriture[2].

Il commence en 1946 des études d'anthropologie à l'université de Cambridge où il obtient son doctorat en 1954 (il y tient plus tard de la chaire William Wyse, de 1973 à 1984, et y devient professeur émérite). Durant les années cinquante et au début des années soixante, sous la direction de Meyer Fortes et Evans-Pritchard, il étudie les sociétés du Nord du Ghana. Il publie plusieurs ouvrages sur le thème de l'écriture, dont il situe l'apparition dans un contexte historique et socioculturel. Dans The domestication of the savage mind (1977)[3], il montre les conséquences sur les processus cognitifs de l'invention de l'écriture. Il étend ce type d'analyse à des champs très variés des cultures humaines : la famille, les fleurs, la cuisine, les images.

Remarqué pour l'originalité de cette thématique et l'étendue de son érudition[réf. nécessaire], il acquiert à partir de la fin des années 1970 un rôle de premier plan dans le grand renouveau de l'histoire sociale et le rapprochement de l'anthropologie, de l'histoire et de la démographie, tant en Angleterre qu'en France où nombre de ses ouvrages sont traduits[4]. Proche du groupe d'histoire sociale de l'Université de Cambridge (Cambridge Group for the History of Population and Social Structure) dirigé par Peter Laslett, Goody ne participe cependant à l'ouvrage collectif Household and Family in Past Time[5] que pour en prendre le complet contrepied, réfutant la thèse centrale du livre sur le rôle de la famille hypernucléaire anglaise médiévale (le ménage plaçant tôt ses enfants) dans la réussite et la précocité de l'industrialisation, pour affirmer que les recensements utilisés par ses collègues dans la définition du ménage masquent des liens de parenté beaucoup plus denses [6].

S'écartant des concepts clés de l'anthropologie française, très marquée par les travaux de Lévi-Strauss (l'alliance dans les années 1950 et 1960, puis également la filiation à partir des années 1970), Goody travaille sur le « groupe domestique » en tant qu'unité de production économique et de transmission des biens, établissant alors des contrastes majeurs entre les traditions africaines et européennes. Après avoir participé en 1976 à l'ouvrage collectif Family and Inheritance: rural society in Western Europe, 1200-1800[7], il approfondit la même année cette analyse dans Production and Reproduction: A comparative study of the domestic domain[8].

Il publie en 1983 The Development of Family and Marriage in Europe[9], sur l'influence des préoccupations foncières de l'Église chrétienne à partir du IVs siècle de notre ère dans les transformations familiales et l'étendue considérable des interdits de mariage. Goody y suggère que la transformation du système de parenté au long du Moyen-Âge a des répercussions profondes et irréversibles sur l'ensemble de la société européenne, modelant la forme bilinéaire indifférenciée (encore actuelle) de la famille occidentale, par opposition aux systèmes unilinéaires (patrilinéaires ou matrilinéaires) plus courants dans les sociétés africaines[10]. L'ouvrage connaît d'emblée un important retentissement; préfacé par Georges Duby pour sa première édition française en 1985, il est devenu un classique sur la parenté et a été réédité en 2012[11].

A partir de sa retraite en 1985, Goody s'écarte progressivement de ses préoccupations sur l'Europe. Parcourant le monde, il se met en devoir de dénoncer l'ethnocentrisme occidental[12]. Dans L'Islam en Europe[13], il tente de cerner les rapports complexes et conflictuels entre l'Europe et l'Islam. Plus récemment dans Le Vol de l'histoire, il montre comment l'Europe a conservé sa mainmise sur la construction de l'histoire mondiale en faisant croire qu'elle avait été le lieu de toutes les inventions de la modernité et, ainsi, négligé l'histoire de tous les pays qu'elle dominait.

Publications[modifier | modifier le code]

  • La Raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, Éditions de Minuit, 1979.
  • L'Évolution de la famille et du mariage en Europe, Armand Colin, 1985.
  • Cuisines, cuisine et classes, Paris, Centre Pompidou, « Alors », 1985.
  • La Logique de l'écriture : aux origines des sociétés humaines, Armand Colin, 1986.
  • Entre l'oralité et l'écriture, PUF, 1994.
  • La Culture des fleurs, Seuil, 1994.
  • « Alphabets et écriture », revue Réseaux, n° spécial "Sociologie de la communication", Paris, CNET, 1997, p. 165-189.
  • L'Orient en Occident, Seuil, 1999.
  • Famille et mariage en Eurasie, PUF, 2000.
  • La Famille en Europe, Seuil, 2001.
  • « L'Eurasie et les frontières entre l'Orient et l'Occident », dans Diogène, no200, 2002, p. 141-146.
  • La Peur des représentations : l'ambivalence à l'égard des images, du théâtre, de la fiction, des reliques et de la sexualité, La Découverte, 2003.
  • Au-delà des murs, Parenthèses, 2004.
  • L'Islam en Europe. Histoire, échanges, conflits, La Découverte, 2004.
  • Pouvoirs et savoirs de l'écrit, La Dispute, 2007.
  • Le Vol de l'Histoire, Gallimard, NRF, 2010, traduction de Fabienne Durand-Bogaert.
  • Mythe, rite & oralité, Nancy, Éditions universitaires de Lorraine, 2015, coordination et présentation de Jean-Marie Privat, traduction de Claire Maniez.

Distinctions[modifier | modifier le code]

À l'étranger 
  • Avril 1991 : International Prize for Cognitive Studies de la Fondation Fyssen
  • 1991 : Gold Medal of the Swedish Society for Anthropology and Geography
  • 1993 : Ichiko Prize for Cultural Studies de Tokyo
En France 


Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mort de Jack Goody, anthropologue britannique », sur lemonde.fr,‎
  2. Goody 1985, p. 4, Introduction par M.Segalen.
  3. Traduit en français en 1979 sous le titre Raison graphique, Paris, Éditions de Minuit.
  4. Berlioz Jacques, Le Goff Jacques, Guerreau-Jalabert Anita. « Anthropologie et histoire ». Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public: l'histoire médiévale en France. Bilan et perspectives, 20ᵉ congrès, Paris, 1989. p.277. http://www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_1991_act_20_1_1513
  5. Laslett 1972.
  6. Goody 1985, p. 12-13.
  7. J. Thirsk, EP. Thompson (dir), Cambridge, Cambridge University Press, 1976.
  8. Cambridge, Cambridge University Press, 1976.
  9. Traduit en français sous le titre L'Évolution de la famille et du mariage en Europe, en 1985.
  10. Goody 1985, p. 9.
  11. Goody 1985.
  12. Goody 1985, p. 11.
  13. Jack Goody, L'Islam en Europe. Histoire, échanges, conflits, Paris, La Découverte, 2004, 177 p., compte-rendu par Yazid Ben Hounet dans Études rurales.

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jack Goody, L'Évolution de la famille et du mariage en Europe, Paris, Armand Colin,‎ (1re éd. 1985) (ISBN 978-2-200-27824-3)
  • (en) David R. Olson et Michael Cole (dir.), Technology, literacy and the evolution of society : implications of the work of Jack Goody, Lawrence Erlbaum, Mahwah, N.J., 2006, 358 p. (ISBN 9780805854022)
  • (en) P.Laslett, R.Wall (dir), Household and Family in Past Time, Cambridge, Cambridge University Press,‎ .
  • Georges Balandier, « L'anthropologue confessé  », Le Monde, 7 juin 1996 (interview de Jack Goody)
  • Pierre Bonte et Michel Izard (dir.), « Jack John Rankine Goody », in Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, PUF, Paris, 2008 (1re éd. 1991), p. 302-303 (ISBN 978-2-13-055999-3)
  • Nicolas Journet, « Rencontre avec Jack Goody. De l'oral à l'écrit » ; « Un anthropologue éclectique » ; « L'affaire du "grand partage" » in Sciences Humaines, n° 83, mai 1998, p. 38-41
  • Nicolas Journet, « Jack Goody. La charrue et la plume » ; « Les trois vies de Jack Goody » ; « L'affaire du "bagré noir" » ; « Et la bonne cuisine dans tout ça ? » in Sciences Humaines, no 220, novembre 2010, p. 48-53
  • Adam Kuper, L'anthropologie britannique au XXe siècle, (trad. Gérald Gaillard), Karthala, 2000, 273 p. (ISBN 9782845860803)
  • Christian de Montlibert, Recension Comment l'Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde www.transeo-review.eu/2010, n°02-03}

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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