JATO

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jato (homonymie) et Rato.

Le décollage assisté par réaction (de l'anglais Jet-assisted take-off, JATO) est un système de moteurs-fusées qui permet de fournir une puissance supplémentaire lors du décollage d'un avion. L'autre désignation, plus précise, mais moins fréquemment utilisée, est décollage assisté par fusée (Rocket-assisted take-off, RATO).

Utilisation[modifier | modifier le code]

Le C-130 Hercules « Fat Albert » des Blue Angels décollant à l'aide de fusées JATO.

Ce système est utilisé essentiellement sur les avions militaires, dans les contextes suivants :

  • Décollage à une masse élevée (généralement combinée aux deux raisons suivantes) ;
  • Piste de décollage trop courte par rapport à la masse de l'avion ;
  • Nécessité de réduire la consommation en carburant (le supplément de puissance évite de devoir pousser les moteurs de l'avion à fond) ;
  • Compensation de la perte de puissance des moteurs de l'avion en raison de l'altitude et/ou la température.

Description[modifier | modifier le code]

Une fusée JATO.

Les fusées JATO se présentent sous la forme de grosses bouteilles, généralement fixées sous les ailes ou sur les côtés du fuselage. Cas particulier, le Boeing B-47 Stratojet disposait d'un espace à l'arrière du fuselage pour monter 18 puis 33 fusées dans un conteneur largable.

La poussée n'est pas modulable et chaque fusée est à usage unique, fonctionnant pendant une durée d'environ 10 à 15 secondes. À titre d'exemple, chacune des 12 fusées JATO utilisées par le bombardier français Mirage IV pesait 65 kg et fournissait une poussée de 454 kg[1],[2].


Historique[modifier | modifier le code]

Un Mirage III suisse décollant avec des fusées JATO.
B-47 utilisant des fusées JATO pour réduire la distance de décollage en 1954.
Un Dassault Mirage IVP décollant avec 12 JATO en 1997.

L'Allemagne développa une série de systèmes JATO durant la Seconde Guerre mondiale. Le plus connu est le Walter HWK 109-500, destiné aux Messerschmitt Me 262 et Arado Ar 234. Aux États-Unis, les premières fusées JATO ont été conçues par une équipe de chercheurs américains dirigée par Theodore von Kármán. Les essais commencèrent en août 1941[3] et, en 1942, la compagnie Aerojet Engineering Corp. fut créée pour fabriquer ces fusées en série.

Après la Seconde Guerre mondiale, les JATO restèrent utilisés principalement pour les bombardiers lourds, voire pour des avions de transport (Lockheed C-130 Hercules)[4] ou dans d'autres cas particuliers. Concernant les bombardiers lourds, les JATO furent principalement utilisées jusque dans les années 1950, pour pallier le manque de puissance des moteurs ne permettant pas les décollages à pleine charge. Une fois que les moteurs montèrent en puissance, les JATO ne furent plus guère utilisées. Parmi les bombardiers plus récents, seul le Dassault Mirage IV fut équipé de JATO. La piste de la base aérienne 113 Saint-Dizier-Robinson étant relativement courte, les JATO étaient obligatoires pour ces derniers lorsque la température dépassait les 40 °C)[5].

Concernant les avions de chasse, l'usage des JATO a été moindre. On peut citer les Douglas A-4 Skyhawk pendant la guerre du Viêt Nam (lors de missions depuis des bases côtières pourvues d'une piste de 600 mètres de long seulement) et le Mirage IIIS utilisé par la Suisse (décollage sur une portion de piste ou de route dans un contexte montagneux). Concernant les avions d'attaque au sol, seuls les Blackburn Buccaneers S.50 utilisés en Afrique du Sud utilisèrent régulièrement des JATO, compte tenu de l'altitude et de la chaleur sur leur base AFB Victoria.

Un chapitre particulier de l'utilisation des JATO pour l'aviation embarquée sur porte-avions. On note son usage après la Seconde Guerre mondiale sur des monomoteurs. Concernant les avions plus lourds, le Lockheed P2V Neptune en fut doté pour permettre son décollage sur toute la longueur de l'USS Franklin D. Roosevelt (CV-42), à l'époque encore dépourvu de piste oblique. Des essais furent conduits avec le Lockheed C-130 Hercules sur l'USS Forrestal (CVA-59), permettant un décollage sur 220 m. Toutefois, vu le volume du C-130, cela conduisit plutôt au développement du Grumman C-2 Greyhound (un dérivé des avions de guet aérien E-2 Hawkeye) de taille plus réduite et donc mieux adapté au contexte d'un porte-avions. L'utilisation de JATO sur les E-2 Hawkeye a été évoquée mais non clairement concrétisée, sans doute du fait de la taille importante des porte-avions de l'US Navy.

Une variante extrême des JATO est le développement d'avions ZLL ou ZELTO (pour Zero Length Take-Off) qui étaient montés sur des rampes et propulsés par un moteur fusée, dans l'idée de pouvoir décoller au plus près de la zone de combat sans infrastructure lourde, ou de pouvoir disséminer des avions à distance de bases aériennes qui auraient été des cibles privilégiées de bombardement. Le principal problème ne fut pas celui du décollage, rapporté comme moins pénible qu'avec une catapulte, mais celui de l'atterrissage. En effet des essais avec un matelas gonflable furent plutôt tumultueux (voir F-84 Thunderjet, projets expérimentaux par exemple). À partir des années 1960, le développement d'avions à décollage et atterrissage vertical sonnèrent le glas de ces essais.

De nos jours, le C-130 Hercules de la patrouille acrobatique américaine Blue Angels, surnommé « Fat Albert », a fait de l'utilisation des fusées JATO l'un des moments phares de ses shows publics[6],[7],[8],[9].

Légende urbaine[modifier | modifier le code]

Une légende urbaine qui ne se rapporte à aucun fait réel ayant remporté un prix Darwin Awards 1995 parlait de cela [10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Fusées JATO » (consulté le 12 décembre 2014)
  2. [vidéo] Décollage d'un Mirage IV à l'aite de fusées JATO. sur YouTube
  3. Fact Sheets: Rocket-Assist Takeoff
  4. (en) [vidéo] JATO take-off sur YouTube
  5. Alexandre Paringaux, Dans le souffle du Rafale : Saint-Dizier, Zephir éditions, , 155 p. (ISBN 978-2361180324), p. 28.
  6. (en) [vidéo] The Blue Angels Jet Assisted Fat Albert C-130 sur YouTube
  7. (en) [vidéo] Fat Albert "JATO" Take-Off 2009 sur YouTube
  8. (en) [vidéo] C-130 "Fat Albert" Jet Assisted Take Off (JATO), NAS Miramar Air show sur YouTube
  9. (en) [vidéo] Blue Angles C-130 'Fat Albert' Reno 2009 sur YouTube
  10. (en) Paul Kamrath, « 1995 Darwin Awards : JATO Rocket Car », Darwin Awards (consulté le 10 mai 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]