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Jökulhlaup

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Localisation des différents cas avérés de jökulhlaups et de vidanges brutales d'un lac glaciaire (en violet) dans le monde.

Un jökulhlaup, terme islandais signifiant littéralement en français « course de glacier », prononcé [ˈjœːkʏˌøip], ou débâcle glaciaire est un type de crue soudaine particulièrement puissante et dévastatrice résultant d'une vidange brutale de lac glaciaire en lien avec une éruption volcanique.

L'origine de la crue est la vidange d'un réservoir d'eau de fusion glaciaire par rupture du barrage de glace. Il existe plusieurs types de jökulhlaups en fonction de la position du réservoir (lac intraglaciaire, lac périglaciaire, lac supraglaciaire). Les jökulhlaups les plus puissants se déroulent en Islande, mais ils peuvent se produire ailleurs dès que certaines conditions sont réunies : un volcan recouvert d'une calotte glaciaire ou polaire (c'est le cas en Alaska, aux États-Unis, en Antarctique ou dans les Andes).

Les jökulhlaups peuvent s'apparenter aux lahars, puisqu'il s'agit d'écoulement de forte densité. Toutefois, les lahars sont généralement composés en majorité de cendres volcaniques et se forment le plus souvent lors de pluies torrentielles sur les flancs d'un volcan.

Lorsqu'un volcan sous-glaciaire entre en éruption, la chaleur dégagée par le magma peut entraîner la fonte d'importantes quantités de glace dont l'eau peut s'accumuler derrière un barrage naturel constitué des parois rocheuses ou des bords du glacier lui-même.

Lorsque la pression devient trop importante, la barrière qui retient le lac subglaciaire se rompt, libérant tout ou partie de l'eau retenue dans le lac glaciaire.

Une importante ablation du glacier se produit alors, l'eau réchauffée entaillant le glacier et pouvant emporter d'énormes blocs de glace de plusieurs centaines de tonnes.

Grímsvötn en 1996

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Vestige d'un pont de la route 1 détruit par le jökulhlaup du Grímsvötn en 1996.

Éruption volcanique

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Le , un séisme de magnitude 5 est enregistré sous la calotte glaciaire du Vatnajökull, dans le sud-est de l'Islande. Il est le premier d'une série de petits séismes qui se dérouleront jusqu'au lendemain et à l'apparition du trémor.

Un survol en avion le met en évidence une dépression à la surface du Vatnajökull, signe que la glace est en train de fondre. Trois autres dépressions se forment par la suite, dont une allongée sur cinq à six kilomètres de longueur pour 500 mètres de largeur et 100 à 200 mètres de profondeur. Dans le même temps, une zone située à quinze kilomètres au sud du Grímsvötn et d'un diamètre de dix kilomètres connaît un bradyséisme positif. Tous ces signes indiquent que d'énormes quantités d'eau fondent sous la chaleur du magma rejeté par le Grímsvötn et que cette eau se déplace en direction du sud sous la calotte glaciaire.

Le , l'éruption perce la glace et des panaches de vapeur d'eau mêlés à des cendres volcaniques et de la lave pulvérisée sont projetés à 3 000 mètres d'altitude. Jusqu'au , la situation reste stable, si ce n'est que le glacier se soulève de plus en plus. Mais personne ne savait où se produirait le jökulhlaup ni même s'il se déclencherait. Par précaution, la route 1 au sud du Vatnajökull est fermée à la circulation. De 1 455 mètres d'altitude et 1,5 km3 de volume le , le lac atteint à ce moment 1 509,5 mètres d'altitude pour 3 km3 de volume.

Déclenchement

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Le , à h 30 du matin, le jökulhlaup se déclare dans le Skeiðarársandur, à une cinquantaine de kilomètres à vol d'oiseau du lieu de l'éruption. Le débit de la rivière Skeiðará est multiplié par cent en deux heures et des blocs de glace d'un poids supérieur à mille tonnes et jusqu'à quinze mètres de hauteur provenant du glacier sont charriés dès le début de la crue. Le au soir, des mouvements de glace sont enregistrés au niveau des dépressions glaciaires. Le chenal d'écoulement des eaux est clairement visible, formant le même type de dépression dans la calotte qu'au-dessus du Grímsvötn. De même, avec l'écoulement des eaux, les dépressions dans la glace au-dessus du Grímsvötn s'élargirent et le flot est alors visible entre des parois de glace distantes de 200 mètres.

Le , le volcan sous-glaciaire Bárðarbunga entre lui aussi en éruption durant vingt à trente minutes. Les volcanologues estiment que la décompression de la glace à la suite de la vidange du lac déclenche cette petite éruption.

Le jökulhlaup se termine dans la nuit du au après 52 h de crue ; le débit de la Skeiðará redescend à 400 m3/s.

Les faits observés sont à la mesure du gigantisme de la calotte glaciaire :

  • le débit de l'inondation atteint 45 000 m3/s (supérieur au débit du Mississippi) sur une largeur de cinquante kilomètres et une hauteur d'eau de trois à cinq mètres le à 23 h, heure du maximum de la crue ;
  • au total, 3 km3 d'eau se déversent hors du glacier ;
  • le flot boueux charrie cent millions de tonnes de matériaux volcaniques et forme une panache de quinze kilomètres de longueur dans l'océan Atlantique ;
  • le niveau du lac sous-glaciaire redescend à 1 345 mètres d'altitude ;
  • la vallée de la Skeiðará et une partie du parc national de Skaftafell sont inondés, dix kilomètres de la route 1 et ses ponts (Saeluhusakvisl, Gigya et Skeiðará) sont détruits et dix autres kilomètres endommagés ;
  • la couche de sédiments déposée surélève le sandur de dix mètres par endroits ;
  • le montant total des dégâts (route et câbles téléphoniques emportés) est de quinze millions de dollars américains ;
  • des tremblements de glace sont constatés plusieurs jours après le jökulhlaup en raison des mouvements de la calotte glaciaire et des chutes de séracs dans les dépressions.

Auparavant, des jökulhlaups s'étaient produits à partir du Vatnajökull, entre autres en 1934, 1938, 1954, 1960, 1965, 1972, 1976, 1982, 1983, 1986 et 1991 pour le seul XXe siècle.

Vue du Gígjökull le dont le front glaciaire présente les signes de passage de plusieurs jökulhlaups en raison de l'éruption de l'Eyjafjöll.

L'éruption de l'Eyjafjöll en 2010 provoque une importante fonte de l'Eyjafjallajökull ce qui entraîne des jökulhlaups d'un débit maximal compris entre 2 000 et 3 000 m3/s[1].

Notes et références

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  1. (en) James Ashworth, « Eruption Could Go On For Months », sur The Reykjavík Grapevine, .

Articles connexes

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Liens externes

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