Jésus-Christ (Shingō)

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Daitenku Taro Jurai parfois appelé Jésus-Christ de Shingō (新郷村, Shingō-mura?) est un personnage légendaire parfois identifié à Jésus-Christ. Selon une tradition locale familiale japonaise, considérée par certains comme un canular, celui-ci serait mort à Shingō, alors appelé Herai, à l'âge de 106, 114 ou 118 ans selon les versions. Le tombeau de Jésus est devenu une attraction touristique d'importance pour le petit village de Shingō situé dans la région de Tōhoku et la préfecture d'Aomori.

La légende de la vie de Jésus-Christ de Shingō[modifier | modifier le code]

Les tombes de Shingō

En 1935[1], Koma Takenouchi, un prêtre shintoïste de la préfecture d'Ibaraki, affirma avoir découvert dans la bibliothèque de sa maison familiale un document[2] supposé être le testament de Jésus-Christ. D'après ce document prétendu antique, non seulement Jésus-Christ de Shingō aurait habité à Herai (l'ancien nom de Shingō), mais aussi les deux tombes concernant lui-même et sa famille pourraient être trouvées à proximité du village. D'après Takenouchi, lorsqu'il réalisa la signification de sa découverte, il visita le village avec le cinéaste Banzan Toya qui donnait du crédit aussi à la légende du Jésus mort au Japon[3],[4][source insuffisante]. Avec le maire du village de Shingo Denjiro Sasaki, ils « localisèrent » les tombes correspondant à deux monticules (appelées pyramides) dans le cimetière de famille de Sawaguchi le 10 octobre 1935. Après la traduction du document en japonais moderne, Takenouchi et Toya affirmèrent que ces monticules correspondent aux tombes de « Daitenku Taro Jurai » et à celle des reliques de son frère « Isukiri » ou Isus Chri (en japonais : イスキリ) et de leur mère, la Vierge Marie (une oreille d'Isukiri et une mèche de cheveux de Marie)[5]. Une copie du manuscrit est exposée au musée de Shingō mais l'original, saisi pendant la guerre car il contenait aussi des critiques du régime impérial, a brûlé dans l'incendie qui détruisit le tribunal de Tokyo[6].

Alors que la Bible ne fait aucune mention des années cachées de la vie de Jésus, le testament de Koma Takenouchi[7] décrit que Jésus serait venu au Japon, dans la province d’Etchu, à l'âge de 21 ans, sous le règne de l'empereur Suinin (en japonais : 垂仁天皇), onzième empereur du Japon, pour y étudier la religion japonaise auprès d’un grand maître du Mont Fuji. Après avoir achevé ses études, Jésus serait retourné en Judée à 33 ans. Le testament[note 1] donne une tout autre suite à l'histoire de Jésus que celle habituellement racontée (notamment dans la Bible) et déclare qu'après avoir été condamné à mort par Ponce-Pilate, Jésus s'échappa avec des disciples en Sibérie où il resta quatre années en passant par diverses épreuves et grandes souffrances. C'est son frère Isukiri qui aurait été crucifié à sa place[8]. Jésus-Christ de Shingō partit ensuite avec ses compagnons pour l'Alaska avant de prendre le bateau pour Hachinohe dans la préfecture d'Aomori au Japon[9]. Il se serait marié au Japon avec une sainte femme nommée Myuko et aurait eu trois filles dont les descendants sont certains habitants du village de Shingō, telle la famille de Sanjiro Sawaguchi. Jésus-Christ de Shingō aurait fini sa vie à Herai à l'âge de 106, 114 ou 118 ans sous le nom japonais de Daitenku Taro Jurai, sans approche religieuse particulière. Il aurait exercé sa vie durant le métier de riziculteur. Ces documents de Koma Takenouchi ont été intégrés aux "trésors sacrés" ou "divins" de la secte shintoïste Kōso Kōtai Jingū Amatsukyō[10],[11],[12][source insuffisante].

Junichiro Sawaguchi, petit-fils de Sanjiro Sawaguchi et propriétaire du cimetière où les deux tombes avaient été localisées, a déclaré dans une émission de la BBC du 9 septembre 2006 que lui-même et sa famille étaient bouddhistes et non chrétiens.

L'origine possible du mythe[modifier | modifier le code]

L'association de Jésus à Shingō pourrait provenir de l'association de son ancien nom se prononçant Herai avec le terme japonais pour désigner les Hébreux qui se prononce Heburai[13].

Plusieurs coutumes locales propres à Shingō et antérieures à la découverte du fameux manuscrit Takenouchi auraient donné du corps à la légende. Kenji Kosaka, un habitant du village, rapporte ainsi que jadis on dessinait des croix à l’intérieur des cercueils. D'après lui toujours[réf. nécessaire], au début du XXe siècle, les enfants de Shingō portaient une étoile de David cousue au revers du col de leur vêtements et les prêtres bouddhistes dessinaient une croix sur le front des bébés pour leur première sortie, ce qui n'est pas sans rappeler les pratiques des Kakure Kirishitan[14].

Il est également possible que cette tradition du Christ de Shingō puise ses sources dans un passage de chrétiens américains en provenance de la base de Misawa[15] ou de missionnaires catholiques[16] au XVIe siècle et dans des pratiques anciennes des Kakure Kirishitan, crypto-chrétiens japonais à l'époque d'Edo[17],[18]. Ces chrétiens « cachés » continuèrent, après la révolte de Shimabara, à pratiquer leur culte dans des pièces secrètes au sein de résidences particulières[19]. Au fil du temps, les figures des saints et de Marie prirent l’apparence de statues bouddhiques traditionnelles[20] ; les prières furent adaptées pour ressembler à des chants bouddhistes, tout en conservant nombre de vocables étrangers, tirés du latin, du portugais ou de l'espagnol. Les livres chrétiens étant confisqués par les autorités, la Bible et la liturgie furent transmises oralement[17]. En raison de l'expulsion du clergé catholique et évangélique au XVIIe siècle, la communauté chrétienne kakure s'était appuyée sur des responsables laïcs pour conduire les services. Dans certains cas, les communautés s'éloignèrent de la doctrine chrétienne en perdant le sens des prières : leur religion devint une variante de culte des ancêtres, mais ces « ancêtres » étaient leurs martyrs chrétiens.

Tourisme[modifier | modifier le code]

Une plaque commémorative en caractères hébraïques offerte par la ville de Jérusalem et déposée en 2004 par Eli Cohen (ambassadeur d'Israël) a été posée dans l'espace situé entre la « tombe de Jésus » et celle de son jeune frère Isukiri (ou Isus Chri) sans qu'on sache qui repose dans ces tombes[21].

Un musée est ouvert à l'attention des touristes. 10 000 à 30 000 Japonais visitent cet endroit chaque année[22].

Des pèlerins assistent également chaque année en juin le Kirisuto Matsuri (« Festival du Christ »), pendant lequel sont entonnés des vieux chants traditionnels du village[23]. Les paroles semblent être de l'hébreu déformé par 2000 ans de transmission orale. À cette occasion, seize vierges vestales dansent autour de la tombe[22].

La thèse du canular[modifier | modifier le code]

Inscription figurant sur la tombe de Jésus-Christ de Shingō et qui rappelle la légende.

Il est possible que les faits relatés trouvent leur origine dans les récits des premiers missionnaires catholiques, dans les pratiques anciennes des Kakure Kirishitan ou dans une tradition relatée par des descendants d'anciennes communautés hébraïques[24]. Il est probable que ces récits légendaires aient été amplifiés par la population locale dans l'espoir d'une reconnaissance d'un tourisme naissant. La découverte en 1935 des deux monticules (qu'on[Qui ?] a appelé des petites "pyramides") situés près de Shingō par Katsutoki Sakai et Banzan Toya ne doit rien au hasard[non neutre]. Le maire de Shingō, Denjiro Sasaki (en japonais 佐々木伝次郎) souhaitait en effet donner à l'époque un essor touristique d'importance à son village et avait invité Banzan Toya, connu pour ses reportages et grand amateur d'archéologie-fiction, cinq mois avant la découverte des fameuses pyramides ainsi que des documents relatifs à Jésus par un prêtre shintoïste d'Ibaraki nommé Kyomaro Takeuchi.[réf. nécessaire] À noter que ces genres de pyramides ou monticules restent néanmoins et traditionnellement au Japon associés à des tombes de personnages très importants[réf. nécessaire].

Les documents de Takeuchi font partie d'une collection de textes prétendument antiques[25] et sont au centre d'un mouvement religieux appelé Amatsukyo[réf. nécessaire]. Kiyomaro Takeuchi (1874-1965) doit être considéré comme la plus importante source de ces idées[26]. Il était un prêtre du sanctuaire Koso Kotai Jingu, qui était à l'origine situé près de Shinmei (préfecture de Toyama), et se trouve maintenant dans Isohara (préfecture d'Ibaraki). Le contenu le plus important de la doctrine propagée par son mouvement était l'idée de la supériorité absolue du Japon sur les autres nations et la souveraineté du Japon sur le monde entier. Malgré son attachement à l'Empereur (en japonais : Tennō, 天皇) et un attrait pour les hauts aristocrates militaires et nationalistes impérialistes de la période restrictive des années 1920 et 1930, ce mouvement a subi des persécutions massives[réf. nécessaire]. Takeuchi Kiyomaro a été emprisonné en 1936 avec d'autres membres sous le motif de faute de lèse-majesté. Le groupe s'est organisé à nouveau après la Seconde Guerre mondiale, mais a été démantelé en 1950.

Alors que l'authenticité ainsi que la très grande antiquité des tombes de Shingō ne font aucun doute[non neutre], il semble absolument impossible de les dater très exactement, les documents originaux ayant disparu. La découverte d'autres documents ou des fouilles archéologiques précises menées avec sérieux pourraient lever les incertitudes.[réf. nécessaire]

Il n'en reste pas moins que de nos jours la légende de Jésus-Christ de Shingō est devenue une attraction touristique d'importance pour ce petit village. Aucun message spirituel, ni forme religieuse particulière n'existe en dehors d'une respectueuse mais très anecdotique vénération. L'histoire de Shingō fait régulièrement les titres de l'actualité.[réf. nécessaire]

Les premiers missionnaires chrétiens au Japon[modifier | modifier le code]

Nestoriens en Asie à Khocho (683-770)

Il n'est pas impossible que ces idées d'un Christ venu au Japon trouvent leur origine dans l'action des premiers missionnaires chrétiens nestoriens qui se sont rendus au Japon. Ayant étudié les langues perses et syriaques à l'Université d'Oxford, Peter Yoshiro Saeki[note 2] découvrit dans le livre japonais Shoku Nihongi la preuve de la visite d'un missionnaire persan (Keikyoto) appelé Rimitsui ou Limitsi[27] à Nara en 736, missionnaire qui aurait été le père de Yesbuzid (Jazedbuzid), constructeur de la Stèle nestorienne en Chine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cf. la copie du testament exposé au musée de Shingō.
  2. En 1962, il est devenu docteur Honoris Causa de l'Université Waseda.

Références[modifier | modifier le code]

  1. George Mason University's History News Network (14/06/2007)
  2. Bird, Winifred, Behold Christ's grave in Shingo, Aomori Prefecture
  3. The Japan Daily Press du 31/08/2012 : "Jesus fled Jerusalem to Japan"
  4. Dear General MacArthur: Letters from the Japanese During the American Occupation, Rinjirō Sodei, John Junkerman, Shizue Matsuda, page 166 (lettre de Banzan Toya), Rowman & Littlefield, 2001, extrait en ligne
  5. Associated Press, "Jesus in Japan", 23/12/2000
  6. Libération du 25 décembre 1998.
  7. Where Jesus spent his old age, Time magazine, 14 juin 2007
  8. Franz Winter, Starb Jesus in Japan
  9. Der Spiegel, 05.02.1990, Jesus Kirisuto in Japan, rédacteur de l'article Tiziano Terzani.
  10. George Mason University's History News Network du 14/06/2007
  11. The Takenouchi Documents, Book 1, chapitre 7 ("Mysteries Surrounding Jesus Christ"), Wodo Kosaka
  12. [1]
  13. David G. Goodman et Masanori Miyazawa, Jews in the Japanese Mind: The History and Uses of a Cultural Stereotype, éd. Lexington Books, 2000, p. 7, passage en ligne
  14. (en) Paul Constantine Pappas, Jesus' Tomb in India: The Debate on His Death and Resurrection, Jain Publishing Company, , p. 119
  15. Libération (rubrique "Monde') du 25/12:1998
  16. Le Figaro magazine du 02/06/2006 (mise à jour au 15/10/2007)
  17. a et b (en) « Encyclopedia of Japan : S »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Tokyo, Shogakukan, (OCLC 56431036, consulté le 9 aout 2012)
  18. (ja) « Dijitaru Daijisen : 隠れキリシタン »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Tokyo, Shogakukan,‎ (OCLC 56431036, consulté le 9 août 2012)
  19. [2]
  20. « マリア観音WebSite »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  21. (en)Franz Lidz, « The Little-Known Legend of Jesus in Japan »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur Smithsonian magazine,
  22. a et b Eric Azan, « Jésus est mort et enterré au Japon »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur fait-religieux.com,
  23. « Vidéo du Kirisuto Matsuri »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur dailymotion
  24. Arimasa Kubo, Israelites Came to Ancient Japan & Japan-Israel, A Sealed Ancient History 2 - Buddhism & Eastern Christianity Edition
  25. http://extremeorient.revues.org/107 : Article consultable en ligne "Production et utilisation d’apocryphes à caractère religieux dans le Japon du xxe siècle" de Jean-Pierre Berthon, chargé de recherche au CNRS, spécialiste d’histoire et anthropologie religieuses du Japon.
  26. Franz Lidz, The little known legend of Jesus in Japan, Smithsonian magazine (History & Archeology), janvier 2013.
  27. Rediscovering Japan, reintroducing Christendom: two thousand years of Christian history in Japan, Samuel Lee

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rinjirō Sodei, John Junkerman, Shizue Matsuda, Dear General MacArthur: Letters from the Japanese During the American Occupation, page 166 (lettre de Banzan Toya), Rowman & Littlefield, 2001.
  • (en) Phillip Wood, « Jesus in Japan », FATE, décembre 2003.
  • (en) Franz Lidz, « The little known legend of Jesus in Japan », Smithsonian magazine (History & Archeology), janvier 2013.
  • (en) Where Jesus spent his old age, Time magazine, 14 juin 2007.
  • (de) Tiziano Terzani, Jesus Kirisuto in Japan, Der Spiegel, le 5 février 1990.
  • Frédérique Amaoua, « Au Japon, le Christ… », Libération, le 25 décembre 1998.
  • (ja) Roma ho koyo, 1927.
  • (en) Articles du Journal of the North China Branch of the Royal Asiatic Society de 1932 à 1936.
  • (ja) Shina Kirisutokyo no kenkyu, Showa 18-24 [1943-49], 4 vols.
  • (en) Ben Ami-Shillony, The Jews and the Japanese: The Successful Outsiders, pp. 134–5, Rutland, VT : Tuttle, 1991.
  • (ja) Rabbin Marvin Tokayer, Nihon-Yudaya, Huin no Kodaishi (Japan-Israel, A Sealed Ancient History).
  • (ja) Joseph Eidelberg, Nihon-shoki to Nihon-go no Yudaya Kigen (Jewish Origin of Nihon-shoki and Japanese).
  • (en) Yair Davidi, Lost Israelite Identity, 1996.
  • (en) Yair Davidi, Ephrain, 1995.