J'ai vu le loup, le renard, le lièvre

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Le loup, le renard, le lièvre est une chanson-type du répertoire traditionnel francophone et occitan[1]. Comme toute chanson-type, elle désigne un ensemble de chansons partageant le même thème (sujet) ou des paroles proches. En raison de sa transmission orale, il est impossible de définir une version originale. Au début du 21e siècle, on retrouve cette chanson sous plusieurs formes, par exemple : J'ai vu le loup, le renard, le lièvre (version bourguignonne), A vist lo lop, lo rainard, la lèvre (version occitane), La jument de Michao (version bretonne) ou encore J'ai vu le loup, le renard, et la belette (version américaine, c'est-à-dire cadienne de Louisiane et québécoise du Canada).

Presque toutes ces versions doivent leur popularité actuelle à des reprises marquantes dans les années 1970, dans le cadre du renouveau folk : Mont-Joia pour la version occitane, The Balfa Brothers pour la version cajun ou Tri Yann pour la version bretonne, qui est la plus populaire en France. Au début du 21e siècle, la chanson continue d'évoluer et se diffuse dans le monde entier. Par exemple la version occitane se retrouve en Allemagne, au Danemark, ou au Canada, ainsi que la version bretonne en Suisse ou aux Pays-Bas.

Les textes des versions bourguignonne, occitane et cadienne décrivent une intrusion dans une fête sexuelle. Certaines adaptations dans d'autres langues préfèrent transformer profondément le sens de cette scène. Les versions bretonne, québécoise, ainsi que de nombreuses autres versions françaises n'utilisent que deux vers de ce texte qu'elles insèrent dans une autre chanson pour servir de refrain. La citation ainsi séparée se charge de mystère.

Toute fois, le Québec, une province franco-canadienne, propose sa propre version qui parle plutôt de la jument de Michou. Cette version n'a rien à voir avec la version plutôt vulgaire de ses voisins canadiens anglophones. Même qu'il la chante aux enfants dans les camps de vaccance.

J'ai vu le loup, le renard, le lièvre (Bourgogne)[modifier | modifier le code]

La chanson évoque la participation d'un paysan musicien à une fête de notables, peut-être un sabbat. Les notables sont discrètement désignés par des figures animales. Elle s'achève par Miserere. Mélodiquement, c'est une parodie du Dies iræ liturgique, dont l'origine remonterait au XVe siècle dans le pays de Beaune (Bourgogne) et dont il existe de nombreuses variantes dans les régions françaises[2],[3],[Note 1]. C'est également une comptine : « Les thèmes des chansons étaient naturellement nombreux. Ces chansons pouvaient exprimer par exemple la peur du loup ou, du moins, exorciser cette peur[4].

Paroles[modifier | modifier le code]

  • Lexique ancien français et bourguignon

J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
J'ai vu le loup, le renard cheuler
C'est moi-même qui les ai rebeuillés
J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
C'est moi-même qui les ai rebeuillés
J'ai vu le loup le renard le lièvre

J'ai ouï le loup, le renard, le lièvre
J'ai ouï le loup, le renard chanter
C'est moi-même qui les ai rechignés
J'ai ouï le loup, le renard, le lièvre
C'est moi-même qui les ai rechignés
J'ai ouï le loup, le renard chanter

J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
J'ai vu le loup, le renard danser
C'est moi-même qui les ai revirés
J'ai ouï le loup, le renard, le lièvre
C'est moi-même qui les ai revirés
J'ai vu le loup, le renard danser
Miserere …

cheuler : boire à la pinte
rebeuillés : épiés
rechignés : imités
revirés : fait danser

Interprétations[modifier | modifier le code]

  • Transcription pour piano de Maurice Emmanuel, in Trente chansons bourguignonnes opus 15 (1913), France
  • Serge Kerval, in Chansons des pays de France no 1 (1965)
  • Le Poème Harmonique avec Vincent Dumestre, in Romances et complaintes de la France d'autrefois (2001), France / sous la forme d'une dizaine, c'est-à-dire un thème avec la phrase "dans dix ans" jusqu'à "dans un an"
  • Orchestre baroque La Cetra avec Patricia Petibon in Nouveau Monde (2012), Suisse

Ai vist lo lop, lo rainard, la lèbre (Occitanie)[modifier | modifier le code]

Version binaire[modifier | modifier le code]

Il semble que la version provençale soit encore antérieure à celle de Bourgogne, elle pourrait remonter jusqu'au XIIIe siècle. Elle est au début du XXIe siècle encore transmise en Occitanie sous la forme d'une comptine[5]. C'est la version la plus détaillée et la plus crue. Ici, ce n'est pas la participation mais le témoignage d'un paysan indigné à une fête secrète réservés à des notables. L'orgie est suggérée par la danse autour de l'arbre qui peut désigner un phallus et autour du buisson feuillu qui symboliserait la toison du sexe féminin. Le second couplet suggère la colère de ce paysan qui travaille dur, scandalisé par la débauche d'une élite social. Les termes choquent. Le peu d'argent gagné est trop rapidement "chié par le cul".

Paroles[modifier | modifier le code]

Traduction

Ai vist lo lop, lo rainard, la lèbre
Ai vist lo lop, lo rainard dançar
Totei tres fasián lo torn de l'aubre
Ai vist lo lop, lo rainard, la lèbre
Totei tres fasián lo torn de l'aubre
Fasián lo torn dau boisson folhat.

Aquí trimam tota l'annada
Per se ganhar quauquei sòus
Rèn que dins una mesada
Ai vist lo lop, lo rainard, la lèbre
Nos i fotèm tot pel cuol
Ai vist la lèbre, lo rainard, lo lop.

J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
J'ai vu le loup, le renard danser
Tous trois faisaient le tour de l'arbre
J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
Tous trois faisaient le tour de l'arbre
Faisaient le tour du buisson feuillu

Ici nous trimons* toute l'année
Pour se gagner quelques sous
Rien qu'en un mois
J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
Nous le foutons par le cul †
J'ai vu le lièvre, le renard, le loup

* travaillons
† nous le jetons, nous le dépensons

Adaptation danoise[modifier | modifier le code]

Une version très proche a été aussi popularisée au Danemark par le groupe Virelai fondé en 1999 sous le titre Jeg så en Ulv, en Ræv, en Hare. Mais dans cette version, la dimension sexuelle et l'injustice sociale ont disparu des paroles. Elles laissent la place à la magie d'une scène incroyable, des animaux qui dansent dans la neige.

Traduction

Jeg så en ulv, en ræv, en hare
Jeg så dem danse alle tre
Jeg så en ulv, en ræv, en hare
Jeg så dem danse alle tre

Midt i vinterens kolde sne
så jeg en ulv, en ræv, en hare
midt i vinterens kolde sne
så jeg dem danse alle tre.

J'ai vu un loup, un renard, un lièvre
Je les ai vu danser tous les trois
J'ai vu un loup, un renard, un lièvre
Je les ai vu danser tous les trois

Au milieu de la neige froide de l'hiver
j'ai vu un loup, un renard, un lièvre
Au milieu de la neige froide de l'hiver
Je les ai vu danser tous les trois.

Interprétations[modifier | modifier le code]

  • Mont-Joia, in Cant e musica de Provença XIIe / XXe (1976), France, Occitanie
  • In extremo, in Weckt die Toten! (1998), Allemagne
  • Ensemble Anonymus, in A la via ! (2004), Canada
  • Des Teufels Lockvögel, in Carmina mystica (2005), Allemagne
  • Hollóének Hungarica (vers 2005), Hongrie
  • Virelai, in Havmandens kys (2006), Danemark
  • Jar, in Mala Nocka (2008), Pologne
  • Peregrin, in Sic nullo modo ! (2009), République tchèque

Version ternaire[modifier | modifier le code]

La chanson peut être chantée et dansée sous la forme d'une bourrée trois temps[5]. Elle fait ainsi partie du répertoire commun[6] des musiciens de bal du Massif Central depuis le XIXe siècle au moins. Au début du XXIe siècle, elle continue à être jouée en bal traditionnel, par exemple par le groupe Brotto-Lopez, ou Les musiciens de Saint-Julien. Les paroles sont quasiment identiques à la version binaire. Elles semblent avoir été simplement adaptées pour respecter la prosodie de la bourrée trois temps.

Paroles en occitan[modifier | modifier le code]

Ai vist lo lop, la lèbre e lo rainard dançar

Fasián lo torn del aubre e del boisson folhat

Triman tota l'annada per ganhar quauquei sòus

E dins una mesada, nos fotèm tot pel cuol

Traduction[modifier | modifier le code]

J'ai vu le loup, le lièvre et le renard danser

Tous trois faisaient le tour de l'arbre et du buisson feuillu

Nous trimons toute l'année pour gagner quelques sous

Et en moins d'un mois, nous foutons tout par le cul

Interprétation[modifier | modifier le code]

  • duo Brotto-Lopez (2006)
  • Les musiciens de Saint-Julien (2005)

La Jument de Michao (Bretagne)[modifier | modifier le code]

Une version bretonne intitulée La Jument de Michao ou J'entends le loup, le renard et la belette a été enregistrée la première fois par le groupe folklorique Kouerien en 1973. L'interprétation faite par le groupe Tri Yann dès 1976, sur l'album La Découverte ou l'Ignorance, a permis de médiatiser la chanson qui est régulièrement reprise depuis. Son intégration dans le patrimoine breton s'est faite sous la forme d'une dizaine (décompte de 10 à 1 : c'est dans 10 ans… jusqu'à c'est dans 1 an…) commune en Haute-Bretagne mais aussi ailleurs en France. On retrouve en fait dans la version popularisée par Tri Yann les paroles issues de deux chansons traditionnelles : J’ai vu le loup, le renard, la belette[7] et une autre chanson connue sous le nom de La Jument de Michaud[8]. Les chansons servaient de support aux branles de fonds ancien (tour, pilée menue) dans le pays vannetais-gallo.

Paroles[modifier | modifier le code]

C'est dans dix ans je m'en irai
J'entends le loup et le renard chanter

J'entends le loup, le renard et la belette
J'entends le loup et le renard chanter

C'est dans neuf ans je m'en irai
La jument de Michao a passé dans le pré

La jument de Michao et son petit poulain
A passé dans le pré et mangé tout le foin

L'hiver viendra les gars, l'hiver viendra
La jument de Michao, elle s'en repentira

Interprétations[modifier | modifier le code]

Le groupe de rap Manau a fait une reprise de cette chanson intitulée Mais qui est la belette ? (sortie en 1998), les couplets et le titre sont différents mais le refrain et la mélodie restent similaires. Lutin bleu l'interprète dans une version rock sur l'album Pirate Live sortit en 1998.

Le groupe belge Laïs l'a repris en 2000 sur leur album Dorothea et le chanteur breton-belge Gérard Jaffrès en fit, lui, son interprétation en 2003 sur l'album Viens dans ma maison.

La chanson est également reprise par Nolwenn Leroy sur son album Bretonne, sorti en 2010. Premier single de l'album, elle est mise en avant et le succès de ce projet popularise à nouveau la chanson[9].

Elle est interprétée en verlan par Gilles Servat accompagné par Nicolas Quemener sous le titre La Manju de Chomi et en chanson cachée en 14e position sur son album Ailes et îles, sorti en 2011. La chanson est également reprise par Eluveitie sur son album Helvetios (Luxtos), sorti en 2012. Elle est aussi reprise par le groupe allemand Saltatio Mortis en 2009 dans l'album Wer Wind sät en français dans le texte[réf. nécessaire][10], et par le groupe les Ramoneurs de menhirs sur leur album Amzer An Dispac'h.

La troupe des Enfoirés reprend à son tour la chanson dans le spectacle Le Bal des Enfoirés en 2012 et l'adapte en versions alsacienne, basque et tahitienne.

Sur l'album Trad'n Roll, le groupe Back Ouest s'en inspire pour écrire Ça avoine, sur un rond de Saint-Vincent, qui finit par les paroles « La jument de Michao et puis tous ses copains, ont fini défoncés en fumant tout le foin ».

Le groupe néerlandais Omnia reprend la chanson sur leur album Prayer de 2016 sous le titre "Wolf an Dro"[11]

Le loup, le renard et la belette (Amérique du Nord)[modifier | modifier le code]

Version cajun[modifier | modifier le code]

Il existe des versions cadienne (cajun) sans lien direct avec la version bretonne. Mais la mélodie est très proche. Ce J'ai vu le loup le renard et la belette comporte des couplets spécifiques. Ici encore, quelqu'un témoigne d'une fête secrète réservée à une élite sociale. La dimension sexuelle est présente, il s'agirait d'une orgie. La présence et sans doute l'exploitation d'un enfant choque le narrateur qui imagine le sien à sa place. La fin de la chanson suggère donc le viol sur un mineur.

Paroles[modifier | modifier le code]

J'ai vu le loup, le renard et la belette
J'ai vu le loup et le renard danser
J'ai vu le loup, le renard et la belette
J'ai vu le loup et le renard danser

Je les ai vus taper leurs mains
Je les ai vus taper leurs mains
Je les ai vus taper leurs pieds
Je les ai vus taper leurs pieds

Je les ai vus qu'ils s'embrassaient
Je les ai vus qu'ils s'embrassaient
Je les ai vus qu'ils se caressaient
Je les ai vus qu'ils se caressaient

Je les ai vus avec une enfant
Je les ai vus avec une enfant
Merci bon dieu c'était pas la mienne
Merci bon dieu c'était pas la mienne

Interprétations[modifier | modifier le code]

version québécoise (Le loup, le renard, le lièvre)[modifier | modifier le code]

Il ne reste dans la version canadienne que deux vers. "J'ai vu le loup le renard le lièvre/J'ai vu le loup, le renard passer". Ils sont chantés en tapant du pied pour faire danser[12]. Ils peuvent être également couplés à une autre chanson pour servir de refrain, comme c'est le cas pour La jument de Michao. Ainsi, il existe un couplage avec le texte de la chanson "Derrière chez nous y a un étang". Également avec le texte de la chanson "En revenant de Saint-André". Dans les deux cas, la mélodie reste la même, et la chanson s'intitule "Le loup, le renard, le lièvre".

paroles[modifier | modifier le code]

Derrière chez-nous y a-t-un étang

J'ai vu le loup, le renard passer (bis)

Trois beaux canards s'en vont baignant.

Et pis tape et pis tape,

Et pis roule et pis roule,

Et pis frappe et pis frappe,

Et pis tape et pis roule,

Et pis tape la ribidoune

Et pis tapoche encore.

REFRAIN

J'ai vu le loup, le renard, le lièvre

J'ai vu le loup, le renard passer (bis)

Trois beaux canards s'en vont baignant

J'ai vu le loup, le renard passer (bis)

Le fils du roi s'en va chassant,

Et pis tape....

REFRAIN

Le fils du roi s'en va chassant,

J'ai vu le loup, le renard passer (bis)

Avec son grand fusil d'argent,

Et pis tape....

REFRAIN

Avec son grand fusil d'argent, 

J'ai vu le loup, le renard passer (bis)

Visa le noir, tua le blanc,

Et pis tape....

REFRAIN

Toutes ses plumes s'en vont au vent,

J'ai vu le loup, le renard passer (bis)

Trois dames s'en vont les ramassant,

Et pis tape....

REFRAIN

C'est pour en faire un lit de camp,

J'ai vu le loup, le renard passer (bis)

Pour y coucher tous les passants,

Et pis tape....

REFRAIN

Interprétations[modifier | modifier le code]

  • Ovila Légaré, in Les grand folkloristes québécois[13]
  • Madame Gérard Rhéaume, lors de la 500e de Soirée canadienne[14], émission télévisé de la chaîne CHLT 7 (1973)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En témoigne la version normande : Mon père veut me marier...j'entends le loup, le renard et l'alouette chanter.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Patrice Coirault et al., Répertoire des chansons françaises de tradition orale, t. III : Religion, crimes, divertissements, Bibliothèque nationale de France, , 342 p. (ISBN 978-2-7177-2355-7), chap. 13 (« De la plaisanterie à la gaudriole »)
  2. Henri-Irénée Marrou, Livre des chansons ou Introduction à la connaissance de la chanson populaire française 1944.
  3. Jean Luc Tamby in Aux marches du palais, Romances et complaintes de la France d'autrefois, les chants de la terre Alpha 906.
  4. Michel Vernus, La veillée: Découverte d'une tradition, 2004 p. 165.
  5. a et b « Ai vist lo lop, lo rainard, la lèbre - Occitanie », sur Mama Lisa's World en français. Culture enfantine et internationale. (consulté le 13 octobre 2017)
  6. « Le violon populaire en Massif central », sur https://www.crmtl.fr, (consulté en octobre 2017)
  7. Beaucoup de versions existent, citons par exemple A. Sochard (informateur) et M. Le Roux (collecteur), « J'ai vu le loup le renard la belette », Notice no 20846503, sur Archives du patrimoine oral, Dastum.
  8. Là encore, beaucoup de version existent, citons Mme Boulho (informateur) et P. Blouët (collecteur), « La jument de Michaud », Notice no 6103, sur Archives du patrimoine oral, Dastum.
  9. Biographie Nolwenn Leroy, RFI Musique
  10. (de) « Wer Wind sæt », Wikipedia,‎ (lire en ligne)
  11. (en) « CD PRAYER (2016) », World of OMNIA,‎ (lire en ligne)
  12. Georges Delarue et Geneviève Massignon, Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie, Éditions de la Bibliothèque nationale de France, coll. « Musique », (ISBN 9782717725933, lire en ligne), p. 249–251
  13. Jacques Lefebvre, « Ovila Légaré j'ai vu le loup, le renard, le lièvre », (consulté le 20 octobre 2017)
  14. MTLTV, « Soirée canadienne Mme Gérard Rhéaume J'ai vu le loup, le renard, le lièvre », (consulté le 20 octobre 2017)