J'ai vu le loup, le renard, le lièvre

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Le loup, le renard, le lièvre est une chanson traditionnelle française, dont il existe de nombreuses variantes selon les régions (y compris en Amérique du nord) et qui sont répertoriées par Patrice Coirault sous ce titre[1]. La version la plus connue en France est celle popularisée par le groupe Tri Yann dans les années 1970 sous le titre La Jument de Michao ou Le loup, le renard et la belette.

Historique[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

La chanson évoque la participation d'un paysan, un peu sorcier, à une scène de sabbat. Elle s'achève par Miserere. Mélodiquement, c'est une parodie du Dies iræ liturgique, dont l'origine remonterait au XVe siècle dans le pays de Beaune (Bourgogne) et dont il existe de nombreuses variantes dans les régions françaises[2],[3],[Note 1]. C'est également une comptine : « Les thèmes des chansons étaient naturellement nombreux. Ces chansons pouvaient exprimer par exemple la peur du loup ou, du moins, exorciser cette peur, telle cette vieille chanson de l'est de la France J'ai vu le loup, qui disait: J'ai vu le loup … »[4].

Paroles[modifier | modifier le code]

J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
J'ai vu le loup, le renard cheuler
C'est moi-même qui les ai rebeuillés
J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
C'est moi-même qui les ai rebeuillés
J'ai vu le loup le renard cheuler

J'ai ouï le loup, le renard, le lièvre
J'ai ouï le loup, le renard chanter
C'est moi-même qui les ai rechignés
J'ai ouï le loup, le renard, le lièvre
C'est moi-même qui les ai rechignés
J'ai ouï le loup, le renard chanter

J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
J'ai vu le loup, le renard danser
C'est moi-même qui les ai revirés
J'ai ouï le loup, le renard, le lièvre
C'est moi-même qui les ai revirés
J'ai vu le loup, le renard danser
Miserere …

  • Lexique ancien français et bourguignon

cheuler : boire à la pinte
rebeuillés : épiés
rechignés : imités
revirés : fait danser

Interprétations[modifier | modifier le code]

  • J'ai vu le loup, le renard chanter dans Le Poème Harmonique de Vincent Dumestre (comprenant une dizaine, c'est-à-dire un thème avec la phrase dans dix ans jusqu'à dans un an)
  • J'ai vu le loup (instrumental) par Les Musiciens de Saint-Julien
  • J'ai vu le loup dans Nouveau Monde par Patricia Petibon
  • Le compositeur bourguignon Maurice Emmanuel en a fait une transcription pour piano dans ses Chansons de Bourgogne.

Ai vist lo lop, lo rainard, la lèbre[modifier | modifier le code]

Il semble que la version provençale soit encore antérieure à celle de Bourgogne, elle pourrait remonter jusqu'au XIIIe siècle.

Traduction littérale

Ai vist lo lop, lo rainard, la lèbre
Ai vist lo lop, lo rainard dançar
Totei tres fasián lo torn de l'aubre
Ai vist lo lop, lo rainard, la lèbre
Totei tres fasián lo torn de l'aubre
Fasián lo torn dau boisson folhat.

Aquí trimam tota l'annada
Per se ganhar quauquei sòus
Rèn que dins una mesada
Ai vist lo lop, lo rainal, la lèbre
Nos i fotèm tot pel cuol
Ai vist la lèbre, lo rainal, lo lop.

J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
J'ai vu le loup, le renard danser
Tous trois faisaient le tour de l'arbre
J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
Tous trois faisaient le tour de l'arbre
Faisaient le tour du buisson feuillu.

Ici nous trimons* toute l'année
Pour se gagner quelques sous
Rien qu'en un mois
J'ai vu le loup, le renard, le lièvre
Nous le foutons tout au cul †
J'ai vu le lièvre, le renard, le loup.

* travaillons
† nous le jetons, nous le dépensons

Cette version a été enregistrée dans les années 1970 par le groupe occitan Mont-Jòia et fait l'objet de nombreuses interprétations en Europe, notamment en Hongrie ou en Allemagne.

Danemark[modifier | modifier le code]

Une version très proche a été aussi popularisée au Danemark par le groupe Virelai sous le titre Jeg så en Ulv, en Ræv, en Hare.

Traduction littérale

Jeg så en ulv, en ræv, en hare
Jeg så dem danse alle tre
Jeg så en ulv, en ræv, en hare
Jeg så dem danse alle tre

Midt i vinterens kolde sne
så jeg en ulv, en ræv, en hare
midt i vinterens kolde sne
så jeg dem danse alle tre.

J'ai vu un loup, un renard, un lièvre
Je les ai vu danser tous les trois
J'ai vu un loup, un renard, un lièvre
Je les ai vu danser tous les trois

Au milieu de la neige froide de l'hiver
j'ai vu un loup, un renard, un lièvre
Au milieu de la neige froide de l'hiver
Je les ai vu danser tous les trois.

Le loup, le renard et la belette[modifier | modifier le code]

Bretagne[modifier | modifier le code]

Une version bretonne intitulée La Jument de Michao ou J'entends le loup, le renard et la belette a été enregistrée la première fois par le groupe folklorique Kouerien en 1973. L'interprétation faite par le groupe Tri Yann dès 1976, sur l'album La Découverte ou l'Ignorance, a permis de médiatiser la chanson qui est régulièrement reprise depuis. Son intégration dans le patrimoine breton s'est faite sous la forme d'une dizaine (décompte de 10 à 1 : c'est dans 10 ans… jusqu'à c'est dans 1 an…) commune en Haute-Bretagne mais aussi ailleurs en France. On retrouve en fait dans la version popularisée par Tri Yann les paroles issues de deux chansons traditionnelles : J’ai vu le loup, le renard, la belette[5] et une autre chanson connue sous le nom de La Jument de Michaud[6]. Les chansons servaient de support aux branles de fonds ancien (tour, pilée menue) dans le pays vannetais-gallo.

Paroles[modifier | modifier le code]

C'est dans dix ans je m'en irai
J'entends le loup et le renard chanter

J'entends le loup, le renard et la belette
J'entends le loup et le renard chanter

C'est dans neuf ans je m'en irai
La jument de Michao a passé dans le pré

La jument de Michao et son petit poulain
A passé dans le pré et mangé tout le foin

L'hiver viendra les gars, l'hiver viendra
La jument de Michao, elle s'en repentira

Interprétations[modifier | modifier le code]

Le groupe de rap Manau a fait une reprise de cette chanson intitulée Mais qui est la belette ? (sortie en 1998), les couplets et le titre sont différents mais le refrain et la mélodie restent similaires. Lutin Bleu l'interprète dans une version rock sur l'album Pirate Live sortit en 1998.

Le groupe belge Laïs l'a repris en 2000 sur leur album Dorothea et le chanteur breton-belge Gérard Jaffrès en fit, lui, son interprétation en 2003 sur l'album Viens dans ma maison.

La chanson est également reprise par Nolwenn Leroy sur son album Bretonne, sorti en 2010. Premier single de l'album, elle est mise en avant et le succès de ce projet popularise à nouveau la chanson[7].

Elle est interprétée en verlan par Gilles Servat accompagné par Nicolas Quémener sous le titre La Manju de Chomi en 14e position et en chanson cachée sur son album Ailes et îles, sorti en 2011. La chanson est également reprise par Eluveitie sur son album Helvetios (Luxtos), sorti en 2012. Elle est aussi reprise par le groupe allemand Saltatio Mortis en 2009 dans l'album Wer Wind sät en français dans le texte[réf. nécessaire], et par le groupe les Ramoneurs de Menhirs sur leur album Amzer An Dispac'h.

La troupe des Enfoirés reprend à son tour la chanson dans le spectacle Le Bal des Enfoirés en 2012 et l'adapte en versions alsacienne, basque et tahitienne.

Sur l'album Trad'n Roll, le groupe Back Ouest s'en inspire pour écrire Ça avoine, sur un rond de Saint-Vincent, qui finit par les paroles « La jument de Michao et puis tous ses copains, ont fini défoncés en fumant tout le foin ».

Le groupe néerlandais Omnia reprend la chanson sur leur album Prayer de 2016 sous le titre "Wolf an Dro"[8]

Versions américaines[modifier | modifier le code]

Il existe des versions cadienne (cajun) et québécoise traditionnelles sans lien direct avec la version bretonne. Ce J'ai vu le loup le renard et la belette comporte des couplets spécifiques.

Elle a été reprise, entre autres, par The Balfa Brothers de 1976 (rééditée par Rounder Records en 1989) et aussi par le groupe Beausoleil avec Michael Doucet.

J'ai vu le loup, le renard et la belette
J'ai vu le loup et le renard danser
J'ai vu le loup, le renard et la belette
J'ai vu le loup et le renard danser

Je les ai vus taper leurs mains
Je les ai vus taper leurs mains
Je les ai vus taper leurs pieds
Je les ai vus taper leurs pieds

Je les ai vus qu'ils s'embrassaient
Je les ai vus qu'ils s'embrassaient
Je les ai vus qu'ils se caressaient
Je les ai vus qu'ils se caressaient

Je les ai vus avec une enfant
Je les ai vus avec une enfant
Merci bon dieu c'était pas la mienne
Merci bon dieu c'était pas la mienne

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En témoigne la version normande : Mon père veut me marier...j'entends le loup, le renard et l'alouette chanter.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Patrice Coirault et al., Répertoire des chansons françaises de tradition orale, t. III : Religion, crimes, divertissements, Bibliothèque nationale de France, , 342 p. (ISBN 978-2-7177-2355-7), chap. 13 (« De la plaisanterie à la gaudriole »)
  2. Henri-Irénée Marrou, Livre des chansons ou Introduction à la connaissance de la chanson populaire française 1944.
  3. Jean Luc Tamby in Aux marches du palais, Romances et complaintes de la France d'autrefois, les chants de la terre Alpha 906.
  4. Michel Vernus, La veillée: Découverte d'une tradition, 2004 p. 165.
  5. Beaucoup de versions existent, citons par exemple A. Sochard (informateur) et M. Le Roux (collecteur), « J'ai vu le loup le renard la belette », Notice no 20846503, sur Archives du patrimoine oral, Dastum.
  6. Là encore, beaucoup de version existent, citons Mme Boulho (informateur) et P. Blouët (collecteur), « La jument de Michaud », Notice no 6103, sur Archives du patrimoine oral, Dastum.
  7. Biographie Nolwenn Leroy, RFI Musique
  8. (en) « CD PRAYER (2016) », World of OMNIA,‎ (lire en ligne)